‹ Lettres a l'étrangereChapitre 88 sur 120 · C'est-à-dire le Cousin Pons et la Cousine Bette · texte numérisé non relu

C'est-à-dire le Cousin Pons et la Cousine Bette

4. Avec le directeur Emile de Girardin, furieux de ne pouvoir obtenir de Balzac ; la fin des Paysans, pour laquelle il avait déjà fait des avances d'argent au romancier.

5. Journal avec lequel Balzac était en rapports, ainsi qu'on l'a vu plus haut, pour la réédition de ses œuvres; Pétion était un libraire établi, 11, rue du Jardinet.

Allons, adieu; mille tendres hommages; bien des vœux, des vœux de tous les jours, pour que tout aille bien. Ne vous préoccupez pas des ennuis de la Brugnol ^ par trop, une fois toutes vos précautions bien prises. Vous savez quel cœur je porte pour vos chers enfants. Si Anna donnait un successeur au roi des coléoptères ^, cela me ferait accourir. Dites-moi ce phénomène intéressant; dites-moi bien tout; vous allez avoir bien plus de temps que j'en ai, moi qui me trouve devant soixante-quinze mille francs à payer, et les actions du Nord baissent toujours ! Je n'ai pas peur, les recettes vont bien. Ce n'est que du temps.

Ah! la belle affaire que Moncontour, que vous m'avez déconseillée ! On a fait pour vingt mille francs de vin l'année dernière, et on en fera pour vingt mille encore cette année. Or, quarante mille francs de moins sur le prix, à cent vingt mille francs, c'était une belle affaire. Quand le Nord sera remonté, j'achèterai Moncontour. Ce sera en 1849, à l'âge de cinquante ans, au beau milieu de ma vie !

Allons, réadieu. Voici le premier envoi. Vous lirez cette lettre à Wisnowitz. Dites-vous bien que je voudrais y être, et rire avec les deux saltimbanques. Si Georges veut quelque chose de Buquet, qu'il m'écrive. Dans la noire tristesse où je suis, voir l'écriture d'Anna, de Georges, c'est du bonheur immense. Quant à la vôtre, vous savez ce que c'est!

Ma main est devenue lourde. Je n'écris plus si facilement. Je ne sais si c'est la dissipation de ces trois mois, mais je vois et je sens une différence.

Je ne sais plus parler la langue offlcielle. Je voudrais vous dire tant de choses, j'ai le cœur si plein, et la phrase me paraît si dure, si froide! Vous devinez cette souffrance, la plus cruelle de toutes, et vous aurez le don de clairvoyance, n'est-ce-pas?

Adieu donc, et mille, tous les mille souvenirs! Je ne sais pas si vous faites comme moi; mais, maintenant, je pense à tous ces voyages si beaux, et les ennuis m'en paraissent charmants. Je ne maudirais pas la fille du major, qui vous a dépouillée; je me plais à penser à l'affreux mal de mer du bateau napolitain, où l'on ne mangeait pas; j'ai la quittance de domenico di voto^ comme une relique, et la palme de Rome orne la cheminée du salon vert. Naples, tout en gouaches, orne l'escalier. Je voudrais avoir les portraits de ces deux ouistitis, Anna et Georges, dans le salon vert. Mais comment faire?

Je n'aurai les porcelaines peintes, encadrées, que jeudi. Jugez de ce que c'est que Servais et ses délais.

Allons, il faut quitter ce bout de papier à qui je confie mon âme, et qui doit être l'interprète de tout ce qu'il ne dit pas. Donnez-moi

1. On se souvient que cette intrigante lui avait dérobé des lettres de M"»» Hanska.

2. Par allusion à la passion du mari d'Anna pour les coléoptères.

bien des détails. La tante Aline ne prononce pas le nom d'Anna. Je crois qu'elle la déteste. Pauline ne me demande plus rien d'elle.

Allons, adieu; je vais, maintenant que les premières fatigues du déménagement sont passées, et que je vais ranger mes papiers, vous écrire tous les jours. Ceci part le 31 mai, vous aurez une lettre mise à la poste le 10 juin.

N'oubliez pas de dire à Wolf de tout envoyer, car les chaleurs vont m'obliger à travailler dans la bibliothèque, et à coucher dans la coupole.

J'ai obtenu huit mille francs de plus chez Gossart, ce qui portera la dette à vingt mille francs, et le remboursement des vingt mille francs en juin 1848. Mais c'est douze cents francs d'intérêt. Ce n'est pas tout à fait sûr. Je n'aurais plus que deux mille francs à trouver pour le versement de juillet, et si Rothschild prête trente mille francs, cela fera une dette de cinquante mille francs, hypothéquée sur les actions du Nord^.

MADAME HANSKA, A WISNOVICZ, PAR RADZIWILLOW»

[Paris, l"-io juin 1847.] [Mardi] 1«' juin.

Je dîne aujourd'hui pour la première fois ici. Je vais commencer à y travailler et à m'y établir. Il en est d'une nouvelle maison comme d'un nouvel habit : elle gêne aux entournures. Il faut s'y habituer, en prendre les êtres, ou y incruster ses habitudes, ses regards. Il y en a encore pour une quinzaine de jours. M. Paillard ne donne rien; Lefébure en a pour dix à douze jours, et Grohé, Fabre pour un mois. C'est tout au plus si les raccords de peinture seront finis dans une semaine. Je vais oublier tous ces ennuis, et me mettre aux Paysans^

^^ort et ferme.

^B J'ai oublié de vous dire que cette épouvantable Bocarmé^, qui

^V 1- Pour envelopper cette lettre, Balzac s'est servi d'un feuillet sur lequel il avait

écrit : « A finir : ù Départ cfArcis, les Paysans, les Petits Bourgeois. A faire : la

Famille, les Méfaits d'un procureur du Roi. Pour le Musée des familles : V École des

Bienfaiteurs, la Maisonologie. »

2. La graphie de Balzac est fort capricieuse : il écrit tantôt Radziwilofî, tantôt

Iadziwillow, tantôt Wisnowitz, tantôt Wisnovicz, etc., etc. 3. La comtesse Ida de Bocarmé, que Balzac appelait par dérision sa Bettina. „....,

dépasse en scélératesse la Brugnol, de cent coudées, a fini par se rencontrer avec votre sœur Caroline ^, à Rome, et que ces deux charmantes femmes se sont archi-plu et sont, pour le moment comme deux sœurs à la fleur d'orange.

Je vais chez mademoiselle Godefroid, la collaboratrice de Gérard 2, pour avoir le portrait de mon père, ornement de la première pièce du rez-de-chaussée.

J'ai toujours mal à la gorge.

[Mercredi] 2 juin.

Je suis très content du portrait de mon père, et très mal content de mon premier dîner. J'ai réglé hier deux mille cinq cents francs à Servais, au 15 février 1848. Je vais tout mettre maintenant à cette échéance, car, sans cela, je ne pourrais pas partir. J'y reporterai quatre mille francs de ma mère. Je vais faire une journée de rangement de papiers, car il faut retrouver mes manuscrits et mes plans.

J'éprouve un vide, un ennui, un dégoût de tout, qui agit encore sur mon cerveau. Néanmoins, la nécessité est telle qu'il faut absolument travailler. Rien n'égale d'ailleurs le silence et la tranquillité de la rue Fortunée. On y est tout à fait à la campagne. Seulement, la cloche de Gudin, qui reçoit beaucoup de monde, trouble ce silence. Allons, encore le mois de juin et ce sera fini, il faut l'espérer. Je vais travailler avec d'autant plus de courage que, cette fois, c'est bien la dernière corvée.

Les recettes du Nord montent toujours, et les actions sont stationnaires. Tout dépend de la récolte.

Il me tarde bien d'avoir votre lettre, lorsque vous serez avec les chers petits saltimbanques.

Je n'ai pas une minute de repos, je ne sais pas quand je serai délivré des ouvriers. Croiriez-vous que j'ai été interrompu plus de vingt fois en vous écrivant ce petit nombre de lignes et, notamment, par Altmann, qui vous a vendu le loup, et à qui j'ai fait fête, comme à quelqu'un qui vous avait vue.

On en est à mettre les porte-rideaux. Ce sera tout au plus fait aujourd'hui. Dieu sait quand je serai tranquille!

Mon premier dîner a été exécrable; je ne sais pas si le second sera meilleur.

Je souffre tant de la gorge, et depuis quatre jours, que je vais chez le docteur. J'attends que les ouvriers aient fini, pour partir.

1. Qui fut successivement M.^^ Sobanska, puis Gzirkowicz, pour épouser en^ dernier lieu Jules Lacroix, le frère de Paul Lacroix, le bibliophile Jacob.

2, Balzac fréquenta le salon du peintre Gérard, où il rencontra Stendhal. M"e Godefroid, peintre de talent, était l'élève préférée de Gérard.

[Jeudi] 3 juin.

Ce matin, après une très mauvaise nuit, je suis allé chez M. Nacquart ^. J'ai une inflammation générale, qui éclate sur un point faible, le larynx et les amygdales. J'ai une ordonnance, et je vais la suivre scrupuleusement. C'est tout l'arsenal de la médecine. Il m'est défendu de parler. Mais le moyen, avec un monde d'ouvriers?

Hier, Fabre a à peu près fini, car il en a encore, dimanche prochain, pour une demi-journée. Je puis enfin ranger mes livres. C'est une affaire assez longue. Pendant que je vous écris, il me vient un compèreloriot dans l'œil droit. Il faut absolument me médiquer.

J'ai pris le parti de ne plus mettre un effet à payer aux mois d'août et de juillet, et de faire un fort versement en février 1848, car je ne sais pas ce que va donner la littérature, du moment où je débute par une petite maladie.

Mon ennui est incurable, et je vais essayer de le combattre par le travail.

Il faut que j'aille chez Rothschild, car l'affaire Buisson se termine demain ou samedi, et j'espère aussi terminer avec la Chouette. Il s'agit de lui donner cinq mille francs de plus et j'avoue que j'aime mieux cela que tous les procès et les ennuis qui s'annonçaient. Ce matin, M. Nacquart me grondait de ne pas les avoir donnés. Mais je veux avant tout les lettres, et sans condition.

Une fois l'affaire Buisson soldée, je finirai Labois, et je presserai M. Fessart, qui ne marche pas du tout.

[Vendredi] 4 juin.

J'ai été plus malade. L'affaire Buisson est terminée. Je suis allé chez Rotschild reprendre huit mille francs. Quelle épine hors de mon pied! Je suis allé chez mademoiselle Godefroid pour le portrait de mon père, et chez Souverain ^ pour finir l'affaire Labois. Tout cela prend bien du temps!

[Samedi] 5 [juin].

iVous m'avez souvent demandé de tirer tout au clair. Or, voici laintenant le résumé certain de la position. Remarquez que, dans et inventaire, la maison et le mobilier sont payés, ne doivent pas un ard, et que les actions du Nord restent intactes.

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