C'est-à-dire du 17 de la rue Basse (47 ,rue Raynouard
ment une belle et charmante pièce, hôpital de tous les meubles du garçon. On fera l'escalier plus tard, ainsi que la pièce ajoutée.
Vers la fin du mois, je saurai ce que coûte la maison, sans compter le mobilier, bien entendu. Je ne crois pas avoir dépassé cent mille francs. Sur ces centTnille francs, il ne restera à payer que trente-deux mille francs à Pelletereau, et tout au plus dix-huit mille francs de réparations ; en tout, cinquante mille. Ainsi, vous le voyez, il y aura eu cinquante mille francs de payés. Le reste de la dette est pour le mobilier. Il y a bien quarante mille francs de dus pour le mobilier. C'est quatrevingt-dix mille francs : trente mille francs à payer au 31 juillet et 15 août, trente mille francs en février, et les trente-deux mille francs de Pelletereau.
A MADAME HANSKA, A WIE RZCHO WNIA, PAR BERDITCHEFF
[Paris, 13-20 juin 1847].
Dimanche [13 juin].
Je viens de recevoir votre lettre de Brody^ du 2 juin, et j'étais bien inquiet, car il y avait longtemps que je n'avais reçu ma provision de courage, et je craignais que Millet n'eût vendu une lettre, tant je suis défiant ! J'espère en finir avec Millet, qui s'est fait marchand de vins, et qui alors m'a donné le droit de le renvoyer. J'ai trouvé un dragon, sortant du quatrième régiment avec quinze ans de services et recommandé pour sa probité. Vous allez être bien contente : il est Alsacien, et parle allemand. Ainsi, je pourrai l'emmener, en le remplaçant, en mon absence, par le domestique que je prendrai. L'Alsacien est un homme solide, peu spirituel, mais très probe. Il fera sans doute un excellent cocher, par la suite. Je Tétudierai^. Je suis content de Zanella.
Vous devez être bien heureuse avec votre chère petite chatte et Zorzi. Votre bucolique, dans le genre de Virgile, avec la comtesse Mniszech mère, m'a fait sourire. Moi qui suis partial pour Anna, je trouve que ces deux diamants se valent, avec la différence qu'il y a de l'homme à la femme, qui est bien supérieure à l'homme, à mérite égal de bonté. Je sais cela par moi-même, moi qui ai vu pendant deux mois ^ une délicieuse créature, mangeant tous les jours le ragoût
1. Ville située près de la frontière austro-russe. Voir plus haut p. 220, et plus oin p. 21S, 365,
2. C'est ce François Munch que Balzac retrouva fou, dans la maison illuminée, à son retour d'Ukraine, après son mariage, en mai 1850. Voir plus loin p. 308.
3. M™« Hanska pendant les deux mois qu'elle séjourna à Paris, 12 bis, rue Neuvede-Berry.
fait avec les restes des viandes fraîches de la veille, et qui laissait la viande neuve à son loup, sans que j'aie une seule fois dit un mot de tendresse à ce sujet ! Mais je le voyais, j'en étais touché, et j'allais me coucher, perdu de courses, de travaux et de fatigue. Ce n'est qu'aujourd'hui que, seul, repassant les plus petits détails de mon bonheur et en ramassant les miettes, il me tombe des larmes en pensant à ces immenses petites choses. L'affection vraie est dans tout comme elle est : un géant si elle est gigantesque, de même que la froideur, quand on n'aime pas, glace les plus chaudes tendresses.
Vous ne sauriez croire les sommes énormes qui s'en vont dans les petites choses de la maison, tout ce que les choses mal faites par Fabre coûtent à bien faire ! C'est des glaces au lieu de vitres aux petits dunkerques, c'est, après cela, des tringles en ébène pour tenir les glaces. Les billets de mille francs s'envolent comme des hirondelles.
Je comptais travailler aujourd'hui; mais aujourd'hui tout entier est consacré à des niaiseries, à des mémoires à régler.
La salle de bain ne sera finie que le 16, avec la première pièce. Encore n'ai-je pas le cadre pour le portrait de mon père. J'attends encore la selle^ pour mon buste. J'attends la glace de Schwab, de Mayence, car, tout bien considéré, il n'y a que cela de mettable. La glace antique va sur le poêle de la galerie, et y fait très bien.
Sois content, ô loup bibliophile, il y a place pour d'énormes acquisitions. Mon avis, chère Comtesse, est de n'acheter plus que des curiosités de bibliophilie, car, à Paris, on a tout à la Bibliothèque Royale.
Ballanche^ est mort hier. Dois- je me mettre sur les rangs? J'attends un mot de vous à ce sujet. Je crois le moment propice.
Adieu pour aujourd'hui; à demain. Je vais relire votre lettre pour [vous y répondre.
Lundi [14 juin].
Deux mois après le déménagement du 15 avril, avoir encore ses papiers à ranger! Ne pouvoir pas travailler! Qui le croirait?
J'ai fait ma provision de café, de chocolat, et je vais me mettre à ranger et à travailler demain, car la faillite de Pétion me fait sortir ^aujourd'hui. De plus Chlendowski ne paie pas les billets de son fils, \et son fils fait le seigneur dans sa terre, en Allemagne. J'ai à sortir pour toute la journée, et je n'ai pas le cœur aux affaires, car vous m'a- [vez laissé sous le coup de l'attente de la douane de Radziwilow 3, et
i. C'est-à-dire : le socle pour le buste que David d'Angers avait exécuté en 1843.
2. Pierre-Simon Ballanche, né à Lyon en 1776, philosophe et moraliste, l'ami de Chateaubriand et de M™» Récamier. Membre de l'Académie française depuis . 1842, son fauteuil fut donné, non à Balzac, qui ne se mit pas sur les rangs, mais fà Vatout.
3. La douane de Radziwilow a été décrite par Balzac dans sa Lettre sur Kiew (Les Cahiers balzaciens, n" 7) p. 52-62. Voir plus haut p. 256, 265.
j'éprouve toutes les angoisses dans lesquelles vous êtes. Mais comment vos enfants ne sont-ils pas là? Qu'est-ce que cela veut dire?
Je viens encore de faire mes comptes plus exactement que je ne l'avais fait. J'ai à payer trente-cinq mille francs d'ici au 15 août, et trente-sept mille, avec le surplus du versement. Où prendre cet argent? La tête se brouille; aussi vais-je me mettre à travailler comme un sourd. Je ne vous écrirai plus que quelques lignes. Je comptais aller à Tours; j'y renonce. Je vais faire un livre aux Débats et achever les Paysans^ puis finir le Député (TArcis. Cela peut seul me sauver.
A demain.
Mardi [15 juin].
L'affaire de la commode est terminée et j'en suis enchanté. Cette commode est celle d'Élisa Bonaparte ^, et je l'ai eue exactement pour rien : quatre cents francs! C'est unique, original et royal. J'aurais payé celle de Tours cinq cents francs, et j'aurais eu pour cent francs de frais. Celle-là est toute portée, et il n'y a rien à y faire. J'y mettrai une étagère Louis XIV, tout en bois sculpté et doré. Ah ! la toilette près la chambre est finie. Voilà tous les sacrifices à peu près consommés. L'étagère coûtera cent vingt francs. Je mettrai un bénitier dans le fond du lit; cela coûtera encore quarante francs. Restera la garniture de la cheminée. C'est ce que fera la reine du logis. J'y mets, moi, une paire de flambeaux de cent francs. C'est la dernière acquisition.
Je n'ai pas de regret à ce dernier billet de mille francs jeté dans le complément de mobilier, car je ne saurais voir les choses les plus nécessaires absentes. J'aurais l'air de m'arrêter à mi-chemin.
Vers les premiers jours de juillet, je montrerai le petit hôtel à votre sœur, et alors il y manquera peu de choses.
J'ai acheté le cadre pour le portrait de mon père.
Maintenant, il faut se mettre à l'ouvrage et travailler fort et ferme, et c'est ce que je vais faire. L'Allemand vient au l^r juillet. Il ne peut pas quitter la maison où il est auparavant.
Enfin, veuille Dieu que je finisse les Paysans^ l'ouvrage des Débats et le Député d'Aras^ et tout ira bien. Je serai chez vous à la fin de septembre.
Mercredi [16 juin].
Les raccords des peintures sont terminés; il n'y a plus qu'à nettoyer et qu'à vernir. Mais je viens de faire une triste découverte : Lefébure, le tapissier, me vole, mais me vole dans des proportions énormes, et avec un aplomb digne de Robert Macaire. Il me fait
1. Sœur de Napoléon I^', mariée au prince Felice Bacciocchi, princesse souveraine de Lucques et de Piombino, grande-duchesse de Toscane. Née en 1777, elle est morte comtesse de Compignano, le 7 août 1820.
acheter pour cinq cents francs d'étoffes pour finir les meubles; il ne peut pas les apporter sans cela, dit-il; et, en métrant les étoffes fournies, je vois qu'il s'en faut de dix-huit mètres sur une seule couleur, que tout soit fourni. Il y a cinquante mètres au moins de rideaux brodés à moi. Je vois là cinq cents francs de volés. Je ne sais quel parti prendre. Cinq cents francs, c'est la garniture de la chambre à coucher!
Adieu pour aujourd'hui, car il vient un tas de choses qu'il faut recevoir : la verrerie des cadres, etc.
Jeudi [17 juin].
J'irai voir votre sœur. Je sors pour aller dîner chez M"*® de Castries et faire quelques affaires. Vous trouverez dans cet envoi une carte de votre ami, qui vous prouvera qu'il est bien chez lui, qu'il ne cache pas sa demeure et qu'il peut avouer son domicile^
J'ai vu hier, chez Roque, une coupe pour mettre sur la cheminée de la chambre à coucher, qui est délicieuse. C'est du vieux Sèvres et divinement bien monté. Le scélérat de marchand échange cela contre le service Watteau; mais il veut cinquante francs de retour. Nous retrouverons toujours des porcelaines de Saxe (et je regrette beaucoup ce service de Francfort), mais nous ne rencontrerons pas souvent des Sèvres montés comme cela. Je n'ai pas consenti, mais j'en suis fâché. Je ferai monter par Paillard, en candélabres, les deux vases de Saxe, qui font des boîtes à thé, à quatre pans, pour la chambre à coucher. Comme j'ai acheté les flambeaux, cette cheminée serait complète, avec cette coupe pour le milieu. Servais va me redorer l'étagère. Mais il faut un pot à eau et une cuvette mirobolants, avec tout cela. C'est à n'en pas finir. Il faut absolument encore, de pressé, d'indispensable, quatre mille francs de mobilier.
Plus tard il en faudra onze mille dans le salon d'en bas, le blanc et or.
Je n'ai rien à mettre sur le meuble du roi, dans mon cabinet. C'est affreux. Aussi comptai-je mettre les deux vases de Wolff.
On ne se figure pas ce que c'est que ce luxe-là. C'est une exigence féroce, comme complet. D'ailleurs, soyez sans inquiétude, je suis sage, pour trois cent cinquante francs, des vases admirables, surtout de monture. Eh! bien, je n'y pense plus. Ils sont verts, et faisaient l'affaire pour mon cabinet. Je ne suis pas retourné chez le marchand. Vous m'avez fait renoncer à Tours et à ses meubles en achetant la table à Wolff, et moi, en achetant la commode dorée 1
J'espère vendre la commode de Riesener pour payer la pendule
1. Que le Bottin indiquait par des points : « Balzac (de) ^, h. de lettres »
de notre lustre de la coupole, et faire un groupe de la pendule d'Alibert. C'est un changement absolument nécessaire.
De grâce, faites-moi envoyer un cadre absolument pareil à la miniature de Georges, et que Zorzi me fasse la miniature de son plus grand et plus beau coléoptère^ et les deux miniatures iront en pendant sous les bouquets de fleurs qui font les bras de la glace, en face de la cheminée, de la coupole en camaïeu. Si j'avais eu quatre supports en porcelaine de Saxe, j'aurais été bien heureux. Mais Wolff peutil, ou M^^ 0... faire cela?
A demain. Vous le voyez, je ne travaille pas encore. Les papiers ne sont pas rangés. J'attends encore des petits travaux de Fabre, de Lefébure, et j'ai encore des brochures à trier.
Vendredi [18 juin]. \
J'ai vu votre sœur Aline hier. Elle a sa prolongation; elle reste à Paris. Pourquoi n'y viendriez-vous pas, avec vos enfants, quelques jours, comme elle? Ernestine ne va pas bien; Pauline grandit et embellit. Votre sœur trouve que je suis très aimable quand vous n'êtes pas là. Elle prétend que je suis si absorbé dans la contemplation, que je n'ai plus d'esprit, ce qui pourrait bien être, car jamais je n'ai été l'homme séduisant et spirituel qu'on dit que je suis, près de vous. Je n'existe que par un seul sens, la vue, et un seul sentiment, l'adoration. Aline prétend qu'un certain mariage est fait parfait, consommé, et qu'on le tient secret, elle ne sait pourquoi. Elle doit venir voir le palais de la rue Fortunée dans les premiers jours du mois prochain.
Le dîner de Gastries n'a offert aucun incident; la vieille beauté percluse est devenue d'une affection harpagonienne depuis qu'elle me croit colossalement riche. La petite Sheppard n'est pas venue pendant que j'y étais, car je suis parti à neuf heures et demie.
Vous allez voir comment je deviens sage et rangé. La bibliothèque, en glaces, coûtait quinze cents francs. J'ai dit au miroitier : « Quinze cents francs font soixante- quinze francs d'intérêt, et même quatrevingts francs. Les vitres coûtent trois cent cinquante francs et conservent une valeur de deux cents francs. Dans trois ans, si j'en ai le moyen, je mettrai des glaces, et j'aurai gagné cent francs. » Il a été confondu; je l'ai réglé au mois de février. Il m'a dit : « Je vois bien que Monsieur est dans la voie de la richesse; on peut prendre ses effets sans crainte. »
J'ai refait à fin février les effets de Servais. Ainsi, nous serons à temps pour le paiement, fait par lettres. Je règle tout fin février. Je n'y tiendrais pas, autrement.
Je viens de donner à la reliure cent cinquante volumes brochés.
Samedi [19 juin].
Hier j'ai été forcé de quitter brusquement pour aller chercher le bouquet que j'avais abîmé en le heurtant. Je l'ai rapporté. Le lustre est complet et d'un effet merveilleux. On va me raccommoder deux vases blancs et or à raisins, ceps et pampres, qui étaient dans mon cabinet, et qui orneront le meuble de Bâle.
Je prends pour mon usage, dans mon cabinet, la table couverte de Saxe, qui a des marines. Me le permettez-vous? Mais il me faut un sucrier. Il me faut une carafe originale. J'ai pris le verre de Baden, vous savez, qui est comme en aventurine.
J'ai reçu une lettre pressée de la Presse, Je serai bien positivement à l'ouvrage lundi matin, car je suis en face de mes papiers, mis en Alpes sur mon bureau. J'ai fini par trouver l'organisation de mon cabinet, ce qui n'était pas facile, croyez-le bien. J'ai mis le grand bureau de Boule, en large, devant le meuble qui occupe le fond, ce qui laisse bien voir les deux meubles florentins, et je travaille sur ma petite table devant la cheminée, au jour, ce qui me remet dans mes habitudes. Je vais faire enlever l'affreuse tapisserie de la gouvernante, et remettre la vôtre, car j'espère, de vous et d'Anna, un chefd'œuvre pour le beau fauteuil en ébène et cuivre que je me ferai composer à loisir, avec des ébènes sculptés que j'achèterai petit à petit.
Les provisions de papier ont été faites hier : plumes, etc. Jusqu'alors je me suis servi pour vous écrire, comme vous pouvez le voir, du papier numéroté ^ qui devait servir au Cousin Pons. J 'avais une superstition pour ce papier. Il vous appartient.
Servais m'apporte enfin le dernier cadre pour la galerie, non pas le grand pour le Dominiquin, mais celui de V Aurore. Il est superbe, et le Guide paraît plus beau. J'ai interrompu ma lettre pour le faire arranger et placer. Il m'a promis mon étagère redorée pour les cinq premiers jours de juillet, que votre sœur doit venir voir. Elle veut mener ses enfants aux eaux de mer, à la Teste, ou à Biarritz.
Adieu. Je sors pour une affaire de ma mère, au Siècle. A demain.
Dimanche 20 [juin].
Vous ne savez pas, car je ne crois pas vous l'avoir dit, que j'ai dit à ma famille que je ne voulais recevoir personne, pas même eux, e Fortunée. C'est accepté. Je suis très heureux de ce résultat. Je vais mettre cette lettre à la poste aujourd'hui. C'est demain e je me plonge dans l'ouvrage, avec ardeur, et il le faut pour ma
1. Balzac avait l'habitude de numéroter à l'avance les feuillets avant d'écriie )mme pour se mesurer la tâche.
santé morale. Vous ne croirez pas que je maigris à vue d'œiL Rien ne me nourrit; je dévore mes pensées. Je ne veux pas vous peindre mon état moral, il est affreux. Je ne sais que devenir. Je reste des heures entières perdu dans mes souvenirs et vraiment hébété. J'attends beaucoup du café que je vais prendre. Peut-être sortirai- je de cette consomption. Une seule chose me distrait : c'est d'orner, d'achever la maison, parce que je m'occupe d'Eve. Je suis bien malheureux de ne pas avoir les cinq mille cinq cents francs qui manquent pour tout terminer!
Je n'ai pas de réponse de Schwab. J'ai bien envie de lui dire de ne pas m'envoyer son miroir des quatre parties du monde, car j'ai trouvé une glace, supérieurement dorée, aux Champs-Elysées chez un marchand qui est venu là pour faire concurrence au nôtre. Elle n'est que de trois cents francs. La glace rococo fait merveille dans la galerie.
Je viens de payer les treillages et le jardinier; j'ai payé aussi les tringles qui maintiennent les tapis dans l'escalier. Je paie trop; je vais être dénué d'argent. A vue de nez, dix mille francs à régler finissent le paiement des réparations.
En ce moment, Fabre et un ouvrier finissent (20 juin!) de poser des gâches, des potences, etc., .à la bibliothèque, et des petits travaux à tout; pour toute la journée, des oublis, des raccommodages! On viendra vitrer sans doute demain la bibliothèque. J'attends encore le dessert de mon service; il faut trois ou quatre petites choses pour le water-closet, qui est un bijou. Puis les compléments de Lefébure. C'est tout au plus si j'aurai vu la fin des travaux d'ici à dix jours. Je ne peux pas obtenir ma toilette. Je n'ai que cette semaine qui vient la table de nuit en Boule, pour la chambre. On attend tout, à Paris, dans des délais effrayants. Je n'aurai qu'après-demain les chaises et les fauteuils de mon cabinet.
Allons, adieu. Comment vous dire tout ce qu'il y a de bon dans mon âme pour vous, quand la parole m'est interdite? Je m'efforce de franchir les espaces; je me demande à chaque instant : « Que fait-elle en ce moment? » comme Georges le disait par plaisanterie. Si vous êtes encore avec eux, dites-leur bien des tendresses pour moi. Mais, que diriez- vous à vous-même? Me devineriez- vous? J'en doute, car on ne devine pas l'infini de l'ennui, l'infini des regrets et de tout ce qui m'oppresse. Il y a l'infini du désir qui peut se comprendre quand on aime beaucoup. Demain, je reprendrai mon journal, mais je serai plus bref, si je travaille, et je voudrais vous écrire les volumes que je dois à la Presse ^.
Allons, mille bonnes choses. Il y a un bengali de mort. Il ne peut vivre qu'avec l'aliment du Minou.