‹ Lettres à la fiancée, 1820-1822 (volume 2)Chapitre 41 sur 42 · ON MARCHE DESSUS ON DANSE DESSOUS · texte numérisé non relu

ON MARCHE DESSUS ON DANSE DESSOUS

* 11 avait annoncé la publication d'une œuvre nouvelle de Victor Hugo, sous l'appellation de Roman historique. •• Le roman a pris pour titre déûniUr: VHomme qui rit. "' En lui envoyant un dessin.

J'ai cité, daDS le Dernier jour d'un condamné, la chanson triste :

Je lui ferai donner la danse Où il n'y a pas de plancher.

Cette lugubre danse, je vous l'envoie. Pardonnez-lemoi. Ces' hideux, mais utile. Il faut mettre aux bourreaux le nez dans leur ouvrage. Donc, montrons l'horreur du passé.

Le présent n'est pas beaucoup plus beau. Mais quel Demain vous allez voir, vous qui êtes jeunes! Moi, je sarai mort.

A Madame Rattazzi.

1er janvier 1S69.

Que vous dire? je suis ébloui, enivré, accablé. Votre douce amitié m'entrouvre le paradis, et je ne puis y entrer; je suis lié et coudamné par mon propre vers :

Revenir sur ses pas à la porte du ciell

J'ai écrit cela et je le subis. Cet hiver, on m'a cru bien malade; les médecins m'ont dit : Il faut traverser vite la France et aller à Nice. J'ai répondu : J'ai fait un serment, je ne puis mettre le pied en France; plutôt mourir! — Mais il est bien plus facile de mourir que ne vous résister. Quand je songe qu'elle est là, devant moi, celle qui est tout, celle qui est la beauté, la grâce» le courage, l'esprit souverain et charmant, le savoir épatant, la poésie intense, et qu'elle me dit: Venez! et qu'elle me le dit en termes émus et adorables! Oh! ne pas obéir, ne pas venir, ne pas accourir, ne pas fouler aux pieds la frontière, fût-elle de feu, et le serment, fût-il d'airain, savez-vous que c'est là, madame, un elloit surhumain, et que j'en suis comme anéanti"? Quoi! cette Heur c'est vous qui me l'envoyez! quoi! ces vers c'est vous qui les avez écrits ! ces vers sont de vous, ils sont pour moi, il est sur votre bouche ce sourire d'ange où je crois voir éclore une étoile. Ce sourire divin m'accueillera. Et je reste! Hélas! comprenez l'immensité de ce regret. Quelle sombre chose parfois que le devoir! Je l'ai écrit :

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là!

La France m'est fermée, et la France, quand vous

n'y êtes pas, c'est la patrie; quand vous y êtes, c'est le paradis.

Vous m'écrivez encore cette ligne qui sort de votre cœur comme une lumière : « Je ne me sentirai tout à « fait à Paris, et heureuse d'y être, que lorsque vous « y serez, vous aussi. Et que de bonnes et chères cau- « séries ! Et que le temps s'écoulera doucement et « poétiquement! » Je lis, je relis ces lignes adorables, ces projets plus adorables encore, et ma main tremble. Votre jeunesse songe-t-elle à mes années? Suis-je Eschyle, pour être le meilleur ami, comme vous dites, malgré ma barbe grise, de la reine Rhodope, de cette éblouissante Rhodope qui était à la fois le génie et la souveraine d'Agrigente, et qui était du sang de Jupiter comme vous êtes du sang de Napoléon? Elle préféra Eschyle vieilli qui, comme elle, était génie, au jeune Hiéron, qui était roi comme elle. Mais moi, suis-je Eschyle, et ne vaut-il pas mieux que vous ne me revoyiez pas?

Cette lettre que j'écris là me désole, mais je sens qu'elle ne vous courroucera pas, qu'elle vous plaira même. Je connais Irop votre grande âme pour douter un instant de votre adhésion à mon douloureux sacrifice. Un sacrifice poignant! mais vous êtes faite pour comprendre comme pour inspirer tous les héroïsmes, et, je le déclare, je suis héros aujourd'hui, aujourd'hui seulement. Vous résister, grand Dieu! tout ce que j'ai fait jusqu'à ce jour n'est rien auprès de ce que je fais à cette heure; mais, puisque vous êtes mon amie, inique votre tendre amitié tient une place dans votre vie, je dois rester digne de cette amitié céleste.

Me cacher, me glisser en France, fut-ce pour vous voir, pour vous obéir, ramper inquiet sous l'œil de la police, me rapetisser devant votre cousin et votre persécuteur, même pour me replonger dans votre rayonnement, pour entrer dans votre ciel, je ne le dois pas. Vous êtes ma meilleure amie, ma vaillante amie, vous avez de l'affection pour moi, donc vous m'approuvez.

Je garde votre lettre gravée et ineffaçable dans mon cœur. J'étais absent quand elle est arrivée et je viens de la trouver à mon retour, et je vous écris, ému, bouleversé, car il me semble que c'est votre âme angélique que je viens de respirer dans le baiser donDé à cette (leur.

A M. CotllopouLo.

12 janvier [1S69].

Votre lettre éloquente m'a vivement touché. Oui, vous avez raison de compter sur moi comme écrivain

et comme citojen. Le peu que je suis et !e peu que je puis appartient à votre noble cause.

La cause de la Crète est celle de la Grècp, et la cause de la Grèce est celle de l'Europe. Ces enchainementslà échappent aux rois et sont pourtant la grande logique. La diplomatie n'est autre chose que la ruse des princes contre la logique de Dieu. Mais, dans un temps donné, Dieu a raison. Dieu et droit sont synonymes.

Je ne suis qu'une voix, opiniâtre, mais perdue dans le tumulte triomphal des iniquités régnantes. Qu'importe! écouté ou non, je ne me lasserai pas. Vous me dites que la Crète me demande ce que l'Espagne m'a demandé. Hélas ! je ne puis que pousser un cri. Pour la Crète, je l'ai fait déjà, je le ferai encore.

J'appartiens à la Grèce autant qu'à la France. Je donnerais pour la Grèce mes strophes comme Tyrtée et mon sang comme Cyron. Votre pays sacré a mon profond amour. Je pense à Athèues comme on pense au soleil.

A François Coppée.

Hauteville-House, 30 janvier 1869.

Vous m'envoyez votre œuvre, mais déjà la renommée m'avait apporté votre succès. C'était plus qu'un bruit de fête, c'était un bruit de gloire. Paris vous a salué poëte. Cher et charmant confrère, j'ai lu votre Passant. Je suis ravi. C'est le vers excellent, c'est la pensée douce et forte, l'ensemble est exquis.

Vous avez mis harmonieusement la lune dans le paysage et, dans le poème, la mélancolie. Reflets profonds qui font songer le penseur.

Faire une telle œuvre, c'est parfait; en avoir une telle réussite, c'eM complet. >iotre généreuse jeunesse vous a compris. Vous êtes un prêtre du vrai et grand art; la jeunesse vous applaudi!, et moi je crie à vous merci! et à elle, bravo!

A Madame Cessiat de Lamartine*.

Hauletille-Uouse, 10 mars 18C9.

Madame, Depuis 1821, j'étais étroitement uni de cœur avec

* A la mort de Lamartine.

Lamartine. Cette amitié de cinquante ans subit aujourd'hui l'éclipsé momentanée de la mort. Je n'ai pas voulu, dans les premiers moments, importuner voire douleur des sympathies de la mienne; mais à cette heure, vous me permettrez, n'est-ce pas, madame? de vous dire, à vous qui lui teniez par le sang, à vous qui l'aimiez et qu'il aimait, mon deuil profon I. Toutes le-< formes delà gloire, depuis la popularité jusqu'à l'immortalité, Lamartine les a, radieux poète, orateur puissant et durable. Il nous semble mort, il ne l'est pas. Lamartine n'a pas cessé de rayonner. Il a désormais un double resplendissement : dans notre littérature où il est esprit et dans la grande vie inconnue où il est étoile.

A Victorien Sar lou.

Hauteville-House, 31 m.rs I8fl»j.

Monsieur et cher confrère,

Vous avez écrit à mon fils Charles une lettre qui me touche et m'émeut. Dans l'éblouissement de votre éclatant succès, vous vous souvenez d'un solitaire deux fois proscrit, hier exilé de France, aujourd'hui exilé du théâtre. Je vous remercie du fond du cœur

Votre œuvre triomphante, Patrie, réveille les haut: sentiments et les fières pensées, et vous avez, certes le droit de dire aux spectateurs dont vous venez de refaire l'âme républicaine : Plaudite cives!

A Monsieur L. Uu/jonnet.

Bill-. elles, Î4 août IS69.

J'ai bien tardé, Monsieur, à vous répondre. Ce n'est pas ma faute. Ma vie est un tourbillon, chose étrange dans la solitude. Aucun loisir. Pas un instant à moi. J'ai tenu pourtant à lire votre écrit; il est excellent. Oui, vous avez raison, la France est pour l'Afrique ce que l'Angleterre est pour l'Asie, une mauvaise tutrice. Initier la barbarie à la civilisation, c'est le devoir et le droit des peuples aines. Ce droit et ce devoir, le gouvernement français ne le comprend pas mieux que le gouvernement anglais. De là vos plaintes, auxquelles je m'as-ocie.

Quand la république reviendra, la justice reviendra. La vraie lumière française luira en Afrique. Espérons. Attendons. Luttons.

Vous êtes un jeune et noble esprit. Votre génération, un peu attardée, finira par faire de grandes cboses, dont vous serez. Je vous en félicite d'avance. Moi, je serai mort. Je vous léguerai à tous mon âme.

A Swinburne.

H.-H., 14 juillet [186' La grande date.

Cher et cordial poêle, j'ai été profondément ému de votre lettre et de votre article.

Vous avez raison : vous, Byron, Shelley, trois aristocrates, trois républicains. Et moi-même, c'est de l'aristocratie que j'ai monté à la démocratie, c'est de la pairie que je suis arrivé à la république, comme on va d'un fleuve à l'océan. Ce sont là de beaux phénomènes. Rien de significatif comme ces victoires de la vérité.

Merci, ex imo corde, de votre magnifique travail sur mon livre*. Quelle haute philosophie, et quelle intuition profonde vous avez! Dans le grand critique, on sent le grand poêle.

A Madame Chenay.

Londres, dimanche 23 [1869].

Ma bonne petite sœur, tes lettres sont gentilles comme toi. Je suis une vieille brute de paresseux, ce qui fait que je ne t'ai pas correctement répondu. Je fais mieux aujourd'hui, j'arrive. Pourtant, un gros vent sud-ouest souffle, et nous ne pouvons aborder Guernesey que le 26 (mercredi).

Tu peux préparer pour ce jour-là les divers arcs de triomphe dont lu disposes, les harangues, les clefs de Hauteville sur un plat d'or massif, les agenouillements de la chatte et de son petit, et les vers latins que je te prie de faire en mon honneur.

J'espère que le vent se calmera. La traversée d'Os-

• L'Homme gui rit.

tende, excellente pendant quatre heures, a été affreuse à la lin. Je t'embrasse sur tes deux bonnes joues.

A François Coppèe.

H.-H., 10j»nvier 1870.

Mon jeune et cher confrère, j'ai reçu, de votre part, je crois, votre beau poème des Forgerons. Gomme philosophe et comme démocrate, je n'en puis accepter le point de vue; mais, comme poète, j'applaudis, avec tout le public charmé, à tant de vers fermes, vigoureux et pathétiques.

Continuez vos grands succès; vous finirez, je l'espère, par vous tourner tout à fait, comme moi-même, du coté du peuple. Le vrai est là.

Quant au beau, vous savez où le trouver.

A Henri Rochefort.

Hauleville-House, 10 février 1870.

Je vous ai écrit plusieurs fois; je doute que mes lettres vous soient parvenues. Je fais celle-ci petite pour qu'elle arrive. Étant à l'image de l'empire, elle passera, j'espère.

Vous voilà en prison, j'en félicite la Révolution. Votre popularité est immense comme votre talent et votre courage. Tout ce que je vous avais prédit se réalise. Vous êtes désormais une force de l'avenir.

Je suis, comme toujours, profondément votre ami, et je vous serre la main, cher proscrit, cher vainqueur.

A Edgar Quinet.

16 février 1870.

La vieillesse est luge du total pour les pensées comme pour les années, pour l'esprit comme pour la vie. Seulement, le total des années accable, le total des pensées suutient. De là ce résultat que, tandis que

le corps déchoit, l'esprit grandit. II y a en lui comme une aurore.

Ce mystérieux rajeunissement, dont, comme vous, j'ai conscience, ce doublement des forces intellectuelles et morales quand la force matérielle s'éteint, celte croissance dans le déclin, quelle magnifique preuve de l'âme! De la matière cérébrale affaiblie se dégage une pensée plus forte. Des deux êtres, l'un organique, l'autre essentiel, qui composaient l'homme, l'un s'écroule, l'autre se délivre. L'esprit voit la tombe etsentleprintemps.il crée jusqu'à la dernière minute; sublime annonce de la grande vie inconnue où il va entrer. Son envergure augmente. Il y a là comme une ouverture d'ailes.

A Verlaine.

A d'AUon-Shée.

Hautetille-llouse, 2 août 1870.

ayant pour verbe la révolution, doit mettre le holà. Je désire le Rhin pour la France, parce qu'il faut faire, matériellement comme intellectuellement, le groupe français le plus fort possible, afin qu'il résiste, dans le parlement des États-Unis d'Europe, au groupe allemand, et qu'il impose la langue française à la fédération européenne.

Les États-Unis d'Europe parlant allemand, ce serait un retard de trois cents ans. Un retard, c'est-à-dire un recul. Quand je vous verrai, je vous développerai cela. Mais rien par Bonaparte! rien!

Uauleville-House, 18 avr.l 1870.

Nul n'est poëte, s'il ne l'est sous les deux espèces, qui sont la Force et la Grâce. Je me suis toujours figuré que c'était le sens de l'antique Double-Mout. Vous êtes digne, mon jeune confrère, de voler d'une cime à l'autre. Après les Fêtes galantes, livre charmant, vous nous donnerez les Vaincus, livre robuste.

On peut tout attendre de votre noble esprit. L'émotion, les larmes, la sympathie, c'est là qu'arrivera, après tant de pages excellemment poétiques, votre jeune et fier talent. Être inspiré, c'est beau; être ému, c'est grand.

Vous savez qu'à Bruxelles je vous disais cette bonne aventure et je vous annonçais cet avenir. Vous êtes un des premiers, un des plus charmants, un des plus puissants, dans cette nouvelle légion sacrée de poètes, que je salue et que j'aime, moi le vieux pensif des solitudes.

Que de choses délicates et ingénieuses dans cejolipetil livre, les Fêtes galantes ! Les Coquillages! quel bijou que le dernier vers! Je vous envoie tous mes vœux de succès et mon plus cordial shake hand.

Mon cher d'Alton,

A Paul Mewice '.

Bruxelles., 19 août l-~0.

Cher Meurice, je vous envoie ce télégramme : — « Je rentre comme garde national de Paris. J'arriverai le 21 août. » — Mais on m'affirme que vous ne le recevrez pas, c'est pourquoi je vous écris en même temps. Votre lettre, arrivée à Guernesey après mon départ, m'est parvenue ici aujourd'hui à deux heures. Nous sommes immédiatement allés, Charles et moi, à la chancellerie. J'ai déclaré que je ne reconnaissais pas l'empire français, que je subissais, comme contraint et forcé, la formalité abusive du passeport, et j'ai dit mon nom. Là-dessus, on a appelé le ministre, qui était absent. Son suppléant immédiat, rosette à la boutonnière, est venu à sa place, très poli, m'a demandé la permission de saluer avant tout le grand poëte du siècle. J'ai répondu courtoisement à l'homme du monde, et j'ai renouvelé fermement ma protestation au fonctionnaire, en le sommant de me délivrer un passeport.

Il hésilait. J'ai dit : Je ne veux rien être en France qu'un garde national de plus. Il a salué. Charles a dit : Et moi aussi. Il nous a promis des passeports, mais m'a demandé la permission de ne nous les envoyer que ce soir. Nous en sommes là.

Vous m'approuvez, n'est-ce pas? Je veux rentrer en

France, rentrer à Paris, publiquement, simplement,

comme garde national, avec mes deux fils à mes côtés.

Je me ferai inscrire sur l'arrondissement où je logerai

' et j'irai au rempart, mon fusil sur l'épaule.

Tout cela sans préjudice de tout le reste du devoir. Je ne veux aucune part de pouvoir, mais je veux parentière au danger.

M m doux et intrépide ami, quel bonheur de fair son devoir à côté de vous !

Je suis absolument d'accord avec vous. Il faudra saisir le joint. A un moment donné, la civilisation,

A Paul Meurice.

Bruxelles, 26 août 1870.

Cher Meurice, nous sommes aux aguets; les proscrits sont en conférence; la situation, de claire qu'elle était, devient obscure. Du dehors, pas de nouvelles; les deux maréchaux, Mac-Mahon et Bazaine, jaloux peut-être l'un de l'autre, se cherchant sans se trouver, et Mac-Mahon remettant en selle l'empereur. Quant aux Prussiens, marche timide, progrès lents; peur de la souricière qu'on leur a ouverte; en somme, rien encore de décisif. Du dedans, mauvais indices; l'impératrice rentrant en scène, la droite relevant la tête, Baroche, Rouher et PersigDy reparus; Trochu raillé par les journaux bonapartistes et diminué. Là aussi une jalousie probable, Palikao hait Trochu. Les journaux républicains ne reparaissent pas. On va jusqu'à parler d'un coup d'État probable.

11 est clair qu'une bataille suprême, victoire ou défaite, Iéna ou Rosbach, fera la lumière. La France a droit à la victoire, l'empire a droit à la chute. Qui Dieu va-t-il choisir?

Je ne prendrai mon parti qu'après la lumière faite. En cas d'un Rosbach, je serai tout de suite à Paris, car le danger pourra être immense, et je me sens à la fois européen et parisien. Couvrir Paris de la poitrine sera le devoir de tous. En cas de victoire bonapartiste et de coup d'état, je rallierai ma famille à Hauteville- House; c'est dire que je vous y offre l'hospitalité ainsi qu'à Auguste. En attendant... nous attendons.

A Paul Meurice.

Bruxelles, 1" septembre 1870.

On me dit de ne pas m'user, de me garder pour un moment suprême; mais ce moment suprême viendrat-il? Votre belle et douce letire m'arrive et m'émeut jusqu'à l'attendrissement. Vous terminez par une question. Je ne puis confier ma réponse à la poste, mais Jules Claretie vous la portera de vive voix. Il est ici depuis hier, il a déjeuné et dîné avec moi; en rentrant à Paris, il vous dira ce que j'ai dit. J'aime, et vous aimez aussi, ce jeune esprit où il y a tant de cœur. Il vous répétera mes paroles. Vous verrez à quel point je suis prêt, mais je ne veux aller à Paris que pour un seul cas et pour une seule œuvre, héroïque celle-là : Paris appelant la Révolution au secours; alors j'arrive. — Sinon, je reste.

Certes, j'ai foi au résultat final. Je n'ai jamais cru à la France plus qu'en ce moment. Elle fera son œuvre, la République continentale, puis s'y dissoudra. Il ne peut sortir de cette guerre que la fin des guerres, et de cet affreux choc des monarchies que les États-Unis d'Europe.

Vous les verrez. Je ne les verrai pas. Pourquoi? C'est parce que je les ai prédits. J'ai, le premier, le 17 juillet 1851, prononcé (au milieu des huées) ce mot : les États-Unis d'Europe. Donc, j'en serai exclu. Jamais les Moïses ne virent les Chanaans.

En ce moment-ci, être démocrate, c'est être patriote. Défendre Paris, c'est défendre le monde. Homo sum; je défends Paris.

Votre lettre m'a fait venir les larmes aux yeux. Comme vous m'aimez et comme je vous aime!

Charles, Claretie et Frédérix partent en ce momen pour Virton. On se bat tout près de là, à Carignan. Ils vont voir de la bataille ce qu'ils pourront.

A Paul Meurice.

Bordeaux», 18 févritr 1871.

Cher Meurice, voici ma première minute de loisir, elleestpourvous, pour madame Meurice, pour Auguste Vacquerie. Ahl que vous me manquez tous! Vous manquez à mon cœur, vous manquez à ma conscience, vous manquez à mon esprit. Jamais je n'ai eu plus besoin de vous qu'en ce moment où je ne vous ai plus.

Je ne sais si cette lettre vous parviendra. Le caprice prussien est impossible à prévoir aussi bien qu'à limiter. Eulin, nous voilà ici. Rude voyage. Victor vous a écrit et vous l'a conté. Arrivés à Bordeaux le 14 à deux heures, pas de logis, tous les bôtels pleins; à dix heures du soir nous ne savions pas eneore où nous coucherions. Enfin nous sommes sous des toits et même chez des hôtes sympathiques.

Maintenant, de vous à moi, la situation est épouvantable. L'Assemblée est une Chambre introuvable ; nous y sommes dans la proportion de 50 contre 700. C'est i81o combiné avec 1851 (hélas! les mêmes chiffres un peu intervertis). Ils ont débuté par refuser d'entendre Garibaldi, qui s'en est allé. Nous pensons, Louis Blanc, Schœlcher et moi que nous finirons, nous aussi, par là.

Il n'y aura peut-être de ressource, devant les affreux coups de majorité imminents, qu'une démission en masse de la gauche, motivée. Cela resterait dans le flanc de l'Assemblée et la blesserait peut-être à mort. Nous avons réunion de la gauche tous les soirs. Nous faisons, Louis Blanc et moi, d'énormes efforts pour la grouper. Beaucoup d'entente et une forte discipliue nous permettraient peut-être de lutter. Mais obtiendrons-nous cette entente? Pas un journal pour nous. Nous sommes en l'air. Aucun point d'appui. Le Rappel, publié ici, rendrait d'immenses services. Un de vous devrait venir. Pour juger cette situation, il faut ia voir. A Paris, vous ne vous en doutez pas.

• Victor Hugo était parti.

Bordeaux, dont il était met

deux fils, pour l'AsseaiuIée de

Que je suis loin de ces charmants jours de votre hospitalité *! J'avais des bombes au-dessus de la tète, mais j'étais près de votre cœur.

J'ajoute quelques lignes en hâte. Vous savez que le peuple de Bordeaux m'a fait, le lendemain de mon arrivée, une ovation magnifique. Cinquante mille hommes dans la Grande-Place ont crié : Vive Victor Hugo. Le lendemain, l'Assemblée a fait garder militairement la Grande-Place par de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Comme j'avais crié : Vive la République, et que le peuple avait multiplié ce cri par cinquante mille bouches, l'Assemblée a tremblé. Elle s'est déclarée insultée et menacée. Cependant je n'ai pas soulevé d'incident. Je me réserve pour le jour décisif.

C'est l'avis de la réunion de la gauche, où siègent Louis Blanc, Schœlcher, Joigneaux, Martin-Bernard, Langlois, Lockroy, Gent, Brisson, etc., et qui m'a nommé son président. Hier, on a agité des questions très graves : le futur traité Thiers-Bismarck, l'intolérance inouïe de l'Assemblée, le cas probable d'une démission en masse. On croit l'Assemblée capable de ne vouloir entendre aucun orateur de la gauche sur le traité de paix. Il va sans dire que je remplirai là les suprêmes devoirs.

Ce matin, le président du cercle national de Bordeaux est venu mettre ses salons à ma disposition. La sympathie de la ville pour moi est énorme. Je suis populaire dans la rue et impopulaire dans l'Assemblée. C'est bon.

Et je vous serre dans mes bras.

• Victor ÏTusro, pendant toute la durée du siège de Pa !ozé chez Paul Meurice.

Bordeaui, M mars 1871, 12 h. 55 du i

Préfet à Paul Meurice, 18, rue de Valois, Paru'.

M. Victor Hugo vous adresse la dépèche suivante :

Affreux malheur. Charles est mort ce soir 13. Apoplexie foudroyante. Que Victor revienne tout de suite.

Juread du Louvre

Expédiée le 15 mars

à 1 h. 6 du soir.

A Paid Meurice et Auguste Vacquerie.

Chers amis, je n'y vois pas, j'écris à travers les larmes; j'entends d'ici les sanglots d'Alice. J'ai le cœur brisé. Charles est mort.

Hier malin, nous avions déjeuné gaîment ensemble, avec Louis Blanc et Victor. Je donnais le soir ud dîner d'adieu à divers amis, au restaurarjt Lanta, à huit heures. Charles prend un fiacre pour s'y faire conduire, avec ordre de descendre d'abord à un café qu'il indique. Il était seul dans la voiture. Arrivé au café, le cocher ouvre la portière et trouve Charles mort. Il y avait eu une congestion foudroyante suivie d'hémorrhagie. On nous a rapporté ce pauvre cadavre, que j'ai couvert de baisers.

Depuis quelques semaines, Charles était souffrant. Sa bronchite, gagnée à faire son service d'artilleur au siège de Paris, s'était aggravée. Nous comptions aller à Arcachon pour le remettre. Il aurait bu de l'eau de pin. Nous nous faisions une joie de passer là en famille une ou deux semaines. Tout cela est évanoui.

Ce grand Charles, si bon, si doux, d'un si haut esprit, d'un si puissant talent, le voilà parti. Je suis accablé.

Je vous ai envoyé une dépêche. Quand ce mot vous arrivera, je pense que Victor sera en route pour revenir à Bordeaux. Je veux emporter Charles pour le mettre à Paris avec mon père ou à Villequier avec sa mère. Aimez-moi.

A Paul Meurice'

Vianden (Luxembourg), vendredi 19 juin 1871.

Votre lettre ! votre liberté ! Nous avons eu un éhlouissement de joie. Tout notre petit groupe a brusquement rayonné au milieu du grand deuil où nous sommes, patrie et famille. Oh ! oui, venez vite. Nous avons à parler de tout. Victor excursionne, mais reviendra pour vous. Nous allons nous retrouver ensemble, dans ce Vianden, où à chaque pas, je pensais à vous; mon expulsion" ne songeait qu'à votre prison. Quel bonheur de vous revoir!

J'ai beaucoup travaillé. Tout s'est sinistrement agrandi. Je crois que cela fera bien en volume. Paris combattant ne suffit plus. Le livre s'appellera Y Année Terrible. Il commencera par Turba et finira, après avoir traversé la chute de l'empire et l'épopée des deux sièges, par la catastrophe actuelle, d'où je ferai sortir une prophétie de lumière.

Oui, notre avis est qu'il serait bon de faire reparaître tout de suite le Rappel. Venez, mon doux et cher conseiller. Veni, spiritus ! Madame Meurice a été admirable; parbleu ! je le crois bien ! Je me mets à ses pieds. Que je serais heureux de la voir ! Tout notre groupe vous embrasse éperdûment, elle et vous.

Grand esprit, grand cœur, doux frère et doux maître, je vous aime.

Oui, j'ai bien fait de protester et j'ai arrêté net la lâche reculade du gouvernement belge. 11 admet maintenant les vaincus. Aussi j'ai écrit de lui (dans ma lettre finale) : II m'a expulsé, mais il m'a obéi. Avezvous lu cette lettre? Que de choses à vous dire !

Je vous embrasse, je vous embrasse. Arrivez I

A Catulle Mendès"

Hauteville-House, 23 octobre 187J.

5 heures du soir.

• Les dépèches privées devaient passer par l'intermédiaire du Préfet.

C'était prévu, et c'est affreux. Ce grand poète, ce graud artiste, cet admirable cœur, le voilà donc parti!

Des hommes de tS30, il ne rest plus que moi. C'est maintenant mon tour.

• Paul Meurice, détenu trois semaines à Versailles après la Commune, venait d'être mis en liberté par une ordonnance de non-lieu.

•• Victor Hugo avait été expulsé de Belgique p >ur avoir écrit qu'il ouvrait sa maison aux proscrits de la Commune.

••• En apprenant la mort de Théophile Gautier.

Cher poëte, je vous serre dans mes bras. Mettez aux pieds de Mme Judith Mendès mes tendres et douloureux respects.

A Monsieur de Ségur, évêque.

Haulevillc-flouse, 17 septembre 187Î.

Monsieur,

J'ignorais votre existence.

On m'apprend aujourd'hui que vous exislez et même que vous êtes évêque.

Je le crois.

Vous avez eu la bonté d'écrire sur moi des lignes qu'on me communique et que voici

■ Victor Hugo, le grand, l'austère Victor Hugo, le magnifique poëte de la démocratie et de la république universelle, est également un pauvre homme afQigé de plus de trois cent mille livres de rente (souligné dans le texte) ; quelques-uns disent même de cinq cent mille (souligné dans le texte). Son infâme livre des Misérables lui a rapporté d'un coup cinq cent mille francs. On oublie toujours de citer les largesses que son vaste coeur humanitaire l'oblige à coup sur de faire à ses chers clients des classes laborieuses. On le dit aussi avare, aussi égoïste qu'il est vantard. »

Suivent deux pages du même style sur Ledru- Rollin, qui est un « gros richard », sur Rochefort, qui fut pris à Meaux avec quantité de billets de banque dans la doublure de ses habits, sur Garibaldi, que vous appelez Garibaldi-pacha, qui fait la guerre sans se battre, qui avait pour .armée quinze mille bandits, poltrons comme la lune, et qui s'est sauvé, en emportant nos millions, etc., etc.

Je ne perdrai pas mon temps à vous dire, monsieur, que dans les dix lignes citées plus haut, il y a autant de mensonges que de mots. Vous le savez. Je me contente de noter dans ces lignes une appréciation littéraire, la qualification infâme appliquée au livre les Misérables .

Il y a dans les Misérables un évêque qui est bon sincère, humble, fraternel, qui a de l'esprit en même temps que de la douceur, et qui mêle à sa bénédiction toutes les vertus. C'est pourquoi les Misérables sont un livre infâme. D'où il faut conclure que les Misérables seraient un livre admirable si l'évêque était un homme d'imposlure et de haine, un insulteur, un plat et grossier écrivain, un vil scribe de la plus basse l'spèce, un colporteur de calomnies de police, un menteur crosse et mitre.

Le secoDd évêque serait-il plus vrai que le premier? Cette question vous regarde, monsieur. Vous vous connaissez en évêques mieux que moi.

A Jules Simon, Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.

Htuteville-House, Ï9 avril 1S73.

Mon cher Jules Simon,

Je vous recommande la veuve d'Albert Glatigny.

Albert Glatigny était un talent charmant. Il était de cette race de comédiens-poêtes qui commence à Thespis et arrive à Molière. Plusieurs des pages qu'il a laissées entreront dans l'Anthologie française. Il y avait dans cette âme de poëte des côtés exquis et généreux. Le voilà mort. Il laisse une veuve pauvre. Vous consolerez cette tombe en secourant cette veuve.

Je vous demande une pension pour Mm(> Glatigny, et je vous serre la main.

A Emile Blémont, Directeur de la lievue la Renaissance.

Mon jeune et cher confrère,

J'envoie à nos vaillants et gracieux amis de la Renaissance mon obole pour notre cher Albert Glatigny-

La Renaissance me charme, et je lis avec bonheur cet éloquent et spirituel journal. Dites-le à nos amis.

Vous êtes chef dans la jeune légion des esprits qui sont aujourd'hui l'honneur de cette fin de siècle. Vous êtes une de ces âmes de lumière que j'aime.

A M. le duc Albert île Broglie, Président du Conseil 'les Ministres.

Auteuil, villa Montmorency, 8 août 1873.

Monsieur le duc et très lnmorable confrère,

C'est au membre de l'Académie française que j'écris. Un fait d'une gravité énorme est au moment de s'accomplir. Un des écrivains les plus célèbres de ce temps, M. Henri Rochefort, frappé d'une condamnation politique, va, dit-on, être transporté dans la Nouvelle- Calédonie. Quiconque connaît M. Henri Rocliefort peut afiirmer que sa constitution très délicate ne résistera pas à cette transportation, soit que le long et affreux voyage le brise, soit que la nostalgie le tue. M. Henri Rocliefort est père de famille et laisse derrière lui trois enfants, dont une tille de dix-sept ans.

La sentence qui frappe M. Henri Rochefort n'atteint que sa liberté, le mode d'exécution de cette sentence atteint sa vie.

Pourquoi Nouméa ? Les îles Sainte-Marguerite sufO raient. La sentence n'exige point Nouméa. Par la détention aux îles Sainte-Marguerite, la sentence serait exécutée et non aggravée. Le transport dans la Nouvelle- Calédonie est une exagération de la peine prononcée contre M. Henri Rocliefort. Cette peine est commuée en peine de mort. Je signale à votre attention ce nouveau genre de commutation.

Le jour où la France apprendrait que le tombeau s'est ouvert pour ce brillant et vaillant esprit serait pour elle un jour de deuil.

Il s'agit d'un écrivain, et d'un écrivain original et rare. Vous êtes ministre et vous êtes académicien, vos deux devoirs sont ici d'accord et s'entr'aident. Vous partageriez la responsabilité de la catastrophe prévue et annoncée; vous pouvez et vous devez intervenir; vous vous honorerez en prenant cette généreuse initiative, et, en dehors de toute opinion et de toute passion politique, au nom des lettres, auxquelles nous appartenons vous et moi, je vous demande, monsieur et cher confrère, de protéger dans ce moment décisif M. Henri Rochefort et d'empêcher son départ qui serait sa mort.

pages sur la guerre et votre livre patriotique et émouvant. Un souffle de progrès vivifie votre généreux esprit. Un drame poignant n'est qu'un drame ; si de hautes idées humaines et sociales y sont mêlées, c'est une œuvre.

Vous êtes digne de combattre la réaction favorisée par l'empire, et reparaissant aujourd'hui, en littérature comme en politique, sous tous ces pseudonymes : ion ordre, bon goût, etc., mots qui sont des mensonges. . .

Ceci que je souligne, récemment écrit par moi, a fait grincer de colère tous les journaux absolutistes, français, belges, anglais, et c'est un succès qui m'encourage et qui vous encouragera aussi.

Continuez. Vous êtes une âme vaillante en même ;emps qu'un charmant esprit. Vous avez la bravoure et le talent ; c'est-à-dire l'échelle pour monter à l'assaut et l'épée pour entrer dans la place.

A George Sand'.

I" janvier [1874]

Je suis accablé, mais non terrassé. Vos paroles remuent mon âme. Vous êtes pour moi comme une grande sœur. Qui a su souffrir, sait consoler. Vous le prouvez, vous si forte, vous si douce.

A Mademoiselle Louise Bertin, quai Coiiti.

6 Janvier 1S74.

Mademoiselle,

Vous avez été bonne pour ces pauvres êtres **, et ils vous ont bien aimée. Aujourd'hui, nuit profonde. Tout s'est évanoui.

Recevez l'assurance de mon respect.

A Jul:s Cla elii

Bmxellti, 31 août [1 73].

Je vous remercie de m'avoir fait lire vjs belles

• Après la mort de François-Victor Hugro. '* Léopoldine, Charles et Victor, morts tous troif.

A Alphonse Karr.

Paris, 8 janvier 187*,

Je suis ému des paroles cordiales que vous m'adressez. N'ayant jamais eu de lorts envers vous, je ne m'expliquais pas cette hostilité dont on me parlait quelquefois. Elle devait se dissiper. Il y avait un malentendu évident. Aujourd'hui, nous nous retrouvons. J'en suis heureux, si un tel mot est possible dans un tel deuil.

Je traverse, en ce moment, une des plus douloureuses épreuves de ma vie. A cette occasion, vous me conseillez de quitter la politique. Hélas! ce que je dois quitter et ce que je quitte, c'est tout.

Ce mot que vous prononcez « la politique » m'a toujours paru peu défini. Quant à moi, j'ai essayé, selon la mesure de mes forces, d'introduire dans ce qu'on appelle la politique la question morale et la question humaine. Au point de vue moral, j'ai combattu Bonaparte ; au point de vue humain, j'ai élevé la voix pour les opprimés de tous les pays et de tous les partis. Je pense avoir bien fait. Ma conscience me donne raison. Si l'avenir me donnait tort, j'en serais fâché pour l'avenir.

Cher vieil ami, les grandes douleurs sont le rendezvous des bons cœurs. Ma main serre la vôtre.

A George Sand.

Paris, 19 juin 1875.

Vous me dédiez ce beau livre, Valentine ! comment vous dire mon émotion ?

Comme créatrice de chefs-d'œuvre, vous êtes la première de toutes les femmes, vous avez ce rang unique ; vous êtes la première femme, au point de vue de l'art, non seulement dans notre temps, mais dans tous |es temps ; vous êtes le plus puissant esprit, et aussi le plus charmant, qui ait été donné à votre sexe. Vous honorez votre sexe et vous honorez noire pays.

Permettez-moi de me mettre à genoux devant vous et de baiser la main qui a écrit tant de livres exquis et généreux.

Vus livres sont de ceux qui éclairent et qui réchauffent ; nous sommes en ce moment menacés d'on ne sait quelle étrange croissance de ténèbres: lis rayonnements comme le vôtre sont nécessaires ; vous i les

un esprit de bon exemple. J'aime notre époque et je sens qu'elle a besoin de lumière. Je vous remercie d'èlre une si grande àme.

Au Comité pour la statue de Lamartine.

Paris, 23 janvier 1576.

La France a vu apparaître en 1820 un grand poète et en 1848 un grand citoyen.

Ce poète, ce citoyen, ce grand homme, c'est Lamartine.

Je souscris pour sa statue.

Aux membres de la Franc-maconnerie de Lyon.

Un éloquent appel m'est adressé. J'y réponds.

Mes amis de la franc-maçonnerie lyonnaise ont raison de compter sur moi. Le philosophe est un lutteur, le penseur est un combattant ; mais ce lutteur fait la lutte de la fraternité, mais ce combattant fait le combat de la paix. Quant à moi, le jour où je cesserai de combattre, c'est que j'aurai cessé de vivre.

Les gouvernements, tous monarchiques en ce moment, nous ont amenés, nous les peuples, à la situation que voici : Au dedans la misère, au dehors la guerre. D'un côté l'ouvrier qui chôme, de l'autre le soldat qui part. De là le problème à résoudre, problème qui s'impose aux penseurs et qui contient tout I de la civilisation : faire que l'ouvrier travaille, et. que le soldat ne travaille plus ; en d'autres termes, remplacer l'œuvre de mort par l'œuvre de vie.

Les innombrables questions qui se dressent tragiquement autour de nous sont, au fond, toutes la même question. Il semble qu'il y ait dans l'air un mystérieux besoin de pardon réciproque. On est tenté de s'écrier: Pardonnons-nous les uns aux autres. Pardonner, c'est aimer. Les gouvernements qui font la guerre et les gouvernements qui ne font pas grâce commettent la même mauvaise action ; l'inclémence est une forme de la guerre, les batailles sont des supplices. Faire la paix, c'est faite grâce aux mères ; faire grâce, c'est faire la paix parmi les citoyens. Ne nous lassons donc pas

de tenir haut parmi les colères et les orages ce double drapeau : au dehors, république ! au dedans, amnistie !

A Leconle de Lisle.

S juin 1877.

Mon éminent et cher confrère,

Je vous ai donné trois fois ma voix, je vous l'eusse donnée dix fois.

Continuez vos beaux travaux et publiez vos nobles œuvres qui font partie de la gloire de notre temps.

En présence des hommes tels que vous, une académie, et particulièrement l'Académie française, devrait songer à ceci qu'elle leur est inutile et qu'ils lui sont nécessaires.

.4 Alfred Tennyson'.

Paris, juin 1877.

Je lis avec émotion vos vers superbes. C'est un reflet de gloire que vous m'envoyez. Comment n'aimerais-je pas l'Angleterre qui produit des hommes tels que vous ! l'Angleterre de Wilberforce, l'Angleterre de Milton et de Newton! l'Angleterre de Shakespeare !

France et Angleterre sont pour moi un seul peuple, comme vérité et liberté sont une seule lumière. Je crois à l'unité humaine comme je crois à l'unité divine.

A Emile Blémont.

«juin 1877.

Quelle douceur, mon éloquent et cher confrère, de lire une page de vous au milieu de ces coups d'État,

• Tennjson liait publié dut le Nineteenth Ceniury un sonnet i Victor Hugo.

avortés d'avance, qu'on nous annonce en patois ! Dans quel style on fait parler ce pauvre maréchal ! Heureusement, en vous lisant, j'ai tout oublié, excepté votre beau talent et ma bonne amitié.

Vous seriez bien aimable de venir, ainsi que Mme Blémont, dîner avec nous mardi prochain. Je mets mon humble requête aux pieds de votre gracieuse femme.

A bientôt, n'est-ce pas ? Je presse vos mains dans les miennes.

A Félicien Champsaur.

Paris, lCraai 1 1*78.

Mon jeune et cher confrère,

J'envoie mon adhésion la plus sympathique à ce journal de la jeunesse : les Écoles. La jeunesse a en elle l'instinct du vrai, du beau et du juste ; elle est la conscience humaine encore vierge, sans nuage et sans éclipse. Dans plus d'une occasion, elle peut guider, enseigner, avertir et montrer le droit chemin. La jeunesse a toujours eu ce privilège de ressembler à la lumière.

Je suis son ami, et le vôtre.

Aux membres du Congrès libre et laïque de l'éducation.

Pari», 16 octobre 1879.

Mes chers concitoyens,

Vous m'offrez votre présidence d'honneur, je l'accepte. Je ne pourrai prendre part à vos séances, je le crains, mais je fais les vœux les plus ardents pour le triomphe de vos idées qui sont les miennes.

La jeunesse, c'est l'avenir. Vous enseignez la jeunesse, vous préparez l'avenir.

Cette préparation est utile, cet enseignement est nécessaire. Créer le jeune homme d'aujourd'hui, c'est faire l'homme de demain. L'homme de demain, c'est la République universelle. La République, c'est l'union, l'unité, l'harmonie, la lumière, le travail créant le bien-être, la suppression des conflits d'homme à

homme et de nation à nation, la fin des exploitations inhumaines, l'abolition de la loi de mort et l'établissement de la loi de vie.

Citoyens, cette pensée est dans vos esprits et je n'en suis que l'interprète ; le temps des sanglantes et terribles nécessités révolutionnaires est passé ; pour ce qui reste à faire, l'indomptable loi du progrès suffit. D'ailleurs, soyons tranquilles, tout combat avec nous dans les grandes batailles qui nous restent à livrer, batailles dont l'évidente nécessité n'altère pas la sérénité des penseurs ; batailles dans lesquelles l'énergie révolutionnaire égalera l'acharnement monarchique ; batailles dans lesquelles la force unie au droit terrassera la violence unie à l'usurpation ; batailles superbes, glorieuses, enthousiastes, décisives, dont l'issue n'est pas douteuse, et qui seront les Tolbiac, les Hastingset les Austerlitzde la démocratie.

Citoyens, l'époque de la dissolution du vieux monde est arrivée. Les antiques despotismes sont condamnés par la loi providentielle; le temps, ce fossoyeur courbé

dans l'ombre, les ensevelit ; chaque jour qui tombe les enfouit plus avant dans le néant.

La République, c'est l'avenir !

A l'Empereur d'Autriche

13 décembre 1881.

J'ai reçu, en deux jours, des universités et des académies d'Italie, onze dépêches. Toutes demandent la vie d'un condamné.

L'empereur d'Autriche a en ce moment une grâce à faire.

Qu'il signe cette grâce, ce sera grand.

TABLE

1817 A Raynouard 1

1820 A Adolphe Trebuchet 2

1821 A Alfred de Vigny 4

— A Jules de Rességuier 5

— A Alfred de Vigny 5

— A M. Trebuchet 6

— A Jules de Rességuier 6

— A Lamennais 7

A Jules de Rességuier 8

A Lamennais 8

— A Adolphe Trebuchet 8

— A Jules de Rességuier 9

1824 A M. Z., rédacteur aux Débats 10

— Au baron d'Ekstein 10

— A M. Villars il

— A François de Neufchâleau H

— A Alfred de Vigny 12

1825 Au baron d'Ekstein 12

r- A Adolphe de Saint- Valry 13

A Paul Foucher 13

— Au baron Taylor 14

1826 A Lamartine 14

— A Henri de Latouche : . . . . 14

— A Monsieur V. P 15

1827 A Victor Pavie 15

— A Louis Pavie 16

— A Victor Pavie 16

1827 A Louis Pavie 17

— A Victor Pavie 18

— A David d'Angers 20

— Au baron Taylor 20

1829 A Victor Pavie 21

— Au Ministre de l'Intérieur - . . îl

— Au baron Taylor 22

— Au Ministre de l'Intérieur 22

— A Charles Nodier 22

— Au baron Taylor 23

— A Adolphe de Saint- Valry 23

1830 Au Ministre de l'Intérieur 24

— A Paul Lacroiï 2."

— Au baron Taylor 25

— A Armand Carrel 26

— A cinq étudiants en droit 27

— A Charles Nodier 27

— A Adolphe de Saint-Valry 27

— A Lamartine 28

— A Victor Pavie 2S

— Au commandant FroideMid des Forges .... 2S

— A Madame Benjamin Constant 23

TABLE

1831 A Mademoiselle Mars 30

— A Victor Pavie 30

— A Mademoiselle Mars 30

— A Hérold 31

— A Madame Ménessier-Nodier 32

— Au roi Joseph 32

— A Cordellier-Delanoue 33

— A David d'Angers 33

1832 Au baron Taylor 34

— A Mademoiselle Louise Berlin 34

— Au rédacteur du Constitutionnel 35

— A Mademoiselle Louise Bertin 35

— Au baron Taylor 36

— A Eugène Renduel 36

— A Mérimée 36

— A Mademoiselle Louise Bertin 87

— Au roi Joseph 38

— A Jouslin de la Salle 38

— A Victor Pavie 38

— A Harel 39

— A Mademoiselle Louise Bertin 39

— A Victor Pavie 39

— A David d'Angers 40

— A Alexandre Dumas 40

— A Mademoiselle Louise Bertin 40

1834 Au duc d'Orléans 41

— Au directeur du Progrès social 41

— A M. Thiers, ministre de l'intérieur 42

1835 A Mademoiselle Louise Berlin 43

— A Antoine de Latour 44

LETTRES AU PERE ET A LA MERE 1815-1828

A Madame la comtesse Hugo

Au général Hugo 45

VOYAGE A REIMS. — SACRE DE CHARLES X

A J.-B. Soulié 59

A Alfred de Vigny 59

A M. Foucher 60

A Adèle Hugo 60 à 68

LETTRES A SAINTE-BEUVE

A Sainte-Beuve 69 a 81

LETTRES AUX ENFANTS

A Léopoldine 83 à 89

A Charles Vacquerie 89

A Léopoldine 89 à 92

APPENDICE

ACADEMIE DES JEUX FLORAUX 1819-1825

A M. Pinaud, secrétaire de l'Académie Au baron de Malaret

1836 A Mademoiselle Louise Bertin 103

— A Ulric Guttinguer 103

1837 A Louis de Maynard 104

— A un ouvrier poète 104

— A Victor Pavie 104

1838 A Anténor Joly 105

— A Lamartine 105

— A M. Vedel 105

1839 A M. Etcheverry, au journal les Écoles. ... 106

— A Madame Victor Hugo.. 106

— A l'acteur Provost 106

1840 A Jules Lacroix 107

— A l'Inconnu (Eugène Pelletan) . . 107

— A Madame Victor Hugo 107

— A M. Emile Deschanel 107

— A Madame Victor Hugo 108 à 110

— A Toto 110

— A Béranger 111

— A Madame Victor Hugo 111 à 112

— A Chateaubriand 112

1841 A Savinien Lapointe 112

— A Madame Emile de Girardin 113

— A M. Charles de Lacretelle 113

— A Alphonse Karr 113

— A M. Pierre Vinçard 114

1842 A Hector Berlioz 114

— A Bocage 114

— A Madame Dorval 115

— A M. Almire Gandonnière 115

1843 A M. Wilhem Ténint 115

— Au Directeur des Archives israéliles 116

— A Arsène Houssaye 116

— A Madame Victor Hugo 116

— A Mademoiselle Louise Bertin 117

— A M. Louis Boulanger US

— A Victor Pavie 118

A Alphonse Karr 118

— A Edouard Thierry 118

1844 A M. F. Marbeau 118

— A M. Charles de Lacretelle 119

A Madame la princesse Mestscherski 119

— A Victor Pavie 119

1845 A Théophile Gautier H9

— A M. Deschamps, miristre des travaux puo.ics. 1S0

— A Théophile Gautier 120

— A Alfred de Vigny 121

— A Théophile Gautier 122

— Au rédacteur du Phare de la Loire 122

1846 A Amédée Pommier 122

1847 A Théophile Gautier 122

— A Arsène Houssaye iî2

— A Lamartine 123

— A Mademoiselle Alice Ozy 123

— A Théophile Gautier 123

1848 A Lamartine 124

— A Madame Victor Hugo 125

— A M. Charles de Lacretelle 125

— A Ulric Guttinguer 125

— A Lamartine 125

1849 A M. Charles de Lacretelle 123

— A Auguste Vacquerie 126

— A M. Gustave d'Eichtal i£6

1850 A M. Allier 126

— A Henri de Lacretelle 127

1851 A Michelet 127

— A Madame Chapman 128

— A M. Partarrieu-Lafosse 128

— A Brofferio 128

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