‹ Lettres à la fiancée, 1820-1822 (volume 2)Chapitre 40 sur 42 · fr · texte numérisé non relu

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qui, défalqués des 48,500, me laissent un revenu personnel de 12,000 francs; ayant des enfants, je ne me considère que comme usufruitier.

Tout ceci est confidentiel et ne réclame aucune publicité, car rien dans ce petit inventaire ne peut intéresser le public. Mais je tiens à vous renseigner, vous cœur noble et sympathique; dans l'occasion, vous vous souviendrez de cette lettre et, quand vous me verrez calomnié, vous saurez la vérité. Cela me suffit. Publiquement, sur de telles matières, le silence me sied.

Un dernier mot. Votre correspondant a raison s'il a voulu dire que j'avais 78,000 francs de rentes (et même

davantage) par le produit de mon répertoire au théâtre; sans doute, seulement on ne joue pas mon théâtre. Tout ceci entre nous.

A Monsieur François Moran i, iuge àBoulogne-sur-Mer.

Hauteïille-Hotue, iî novembre 1868.

Je vous réponds, monsieur le juge ; car vous êtes un juge spirituel, docte et charmant (je ne parle ici que de littérature). Eh bien! non, je ne connais point l'Arlequin de Le Sage, et j'ai été ravi, grâce à vous, de le connaître. Les similitudes que vous signalez sont très réelles. Il en sort pour moi cette satisfaction intime, parce que ma conscience me la confirme, de m'être fortuitement rencontré avec le grand esprit qui a créé GH Blas.

Voulez-vous que je vous raconte une autre rencontre dont j'ai été plus glorieux encore ? C'était en 1823 ; Lamennais, qui avait été mon confesseur (lequel de nous deux a perverti l'autre ?i, entre chez moi un matin. J'écrivais des vers que je venais de faire. Lamennais regarde par-dessus mon épaule, et lit ceci :

Éphémère histrion qui sait son rôle à peine, Chaque homme ivre d'audace ou palpitant d'effroi, Sous le savon du pâtre ou la robe du roi, Vient passer, à son tour, son heure sur la scène.

— Tiens ! me dit-il, vous savez l'anglais ? Je lui réponds : — Non. (A l'heure qu'il est, je ne sais pas encore l'anglais.) Et j'ajoute : — Pourquoi ?

— C'est que, réplique Lamennais, vous venez de faire un vers de Shakespeare. — Bah! — Avez-vous lu Shakespeare?— Non, je neveux pas lire Le Tourneur.

— Eh bien! dit Lamennais (mon ex-confesseur, qui me savait sincère), le vers est de vous deux. Vous avez rencontré Shakespeare.

Et il me cite un vers de Macbeth ; même comparaison que la mienne, et, littéralement : Chaque homme vient passer, à son tour, son heure sur les planches.

Maintenant jugez, monsieur le juge.

Un mot sur quelque chose de plus grave qui est dans votre écrit.

Je suis aussi étranger que vous-même à l'article de M. Granier de Cassagnac (1833) sur Alexandre Dumas. Lisez la déclaration de M. Bertin l'aîné, dans le Journal des Débats. Lisez la déclaration de M. Granier de Cassagnac, qu'il confirmerait encore aujourd'hui, j'en

suis certain, bien qu'il y ait entre lui et moi, l'abîme.

Voulez-vous de ceci ma parole d'honneur? Je vous la donne. Si vous me connaissiez bien, vous n'en auriez pas besoin.

Et je vous serre la main, et je vous remercie de m'avoir fait connaître Sérendib et l'Arlequin de Le Sage. Politiquement, je vous récuserais; mais littérairement je vous accepte, mon très aimable juge, mon gracieux confrère.

A d'Alton-Shée.

Hauteville-House, 8 décembre 1S68.

Vos Mémoires, mon cher d'Alton, sont pour moi comme des messages que me fait votre noble esprit. Merci encore, et bravo encore à ces vivantes et robustes pages!

Sur les fortifications de Paris, voici mon sentiment : Je ne les aurais pas bâties, mais je ne les détruirais pas . Elles ne doivent désormais tomber que le lendemain du jour où l'Europe se sera proclamée république dans son parlement siégeant au champ de la Fédération de Paris. Alors crouleront toutes les clôtures et s'ouvriront tous les cœurs. Vous serez, mon cher d'Alton, de ce Parlement-là; moi aussi peut-être — à moins que je ne sois mort.

J'ai pour vous une sympathie ancienne et profonde. Vous êtes citoyen avec une fierté de gentilhomme et une dignité de seigneur. Votre âme est haute parce qu'elle est libre. Vous êtes fraternel à tous, et. au besoin, l'âge étant venu, paternel. Mon exil vous aime. Nous sommes, vous et moi, les deux seuls pairs républicains. Je sens en vous quelque chose comme un frère. Je ne suis votre aîné que par l'âge; car, avant moi, vous aviez compris et voulu la République. Ma logique attardée n'v est venue qu'après la vôtre. Armand Carrel a été pour beaucoup dans ce retard. Si cela valait la peine d'un reproche, c'est à lui qu'en viendrait la responsabilité.

Je réponds à votre question. J'ai appris ma nomination de pair le 46 avril 4Siô. Vingt ans auparavant, jour pour jour, j'avais appris, presque de la même façon, que j'avais la croix. Je ne note ce détail que parce que Lamartine et moi fûmes nommés de la Légion d'Honneur le même jour (16 avril 1825) et seuls ensemble.

A l'éditeur Lteroix*.

Décembre 1888.

Mon cher éditeur,

Le roman historique est un très bon genre, puisque W'alter Scott en a fait ; et le drame historique peut être une très belle œuvre, puisque Dumas s'y est illustré; mais je n'ai jamais fait de drame historique ni de roman historique. Quand je peins l'histoire, jamais je ne fais faire aux personnages historiques que ce qu'ils ont fait, ou pu faire, leur caractère étant donné, et je les mêle le moins possible à l'invention proprement dite. Ma manière est de peindre des choses vraies par des personnages d'invention.

Tous mes drames, et tous mes romans qui sont des drames, résultent de cette façon de voir, bonne ou mauvaise, mais propre à mon esprit.

Par ordre du Roi" sera donc l'Angleterre vraie, peinte par des personnages inventés. Les figures historiques, Anne, par exemple, n'y seront vues que de profil. L'intérêt ne sera, comme dans Ruy Blas, les Misérables, etc., que sur des personnages résultant du milieu historique ou aristocratique d'alors, mais créés par l'auteur.

A Jules Clarelie'™.

ai décembre 1868.

. . .C'est el Puentede los Contrabandistas. J'ai vu cela dans les Pyrénées, étant enfant. Le pont des Contrebandiers était terrible. Il servait aux contrebandiers comme pont, et à la justice comme gibet. On les pendait aux poutres. Cela n'empêchait pas de continuer d'y passer. Ce pont s'appelait aussi :

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