‹ Lettres à la fiancée, 1820-1822Chapitre 4 sur 14 · P. FOUCHER · texte numérisé non relu

P. FOUCHER

C'était un petit rapprochement, et Victor fut assurément heureux, ne fût-ce que pour une seule et banale visite, de revoir chez lui le père d'Adèle. Mais Adèle, Adèle elle-même, ne la reverrait-il donc jamais? Que faisait-elle? Que pensait-elle? Souffrait-elle comme lui ? L'avait-elle oublié ? L'aimait-elle encore ? A tout prix il voulut le savoir. Son amour avait encore grandi par l'absence et la souffrance ; il n'était pas possible que celle qui remplissait sa vie et son âme demeurât ainsi à deux pas de lui et lui fût si longtemps comme une étrangère !

Adèle, en ce temps-là, prenait des leçons de dessin

d'une amie, MUe Duvidal, qui, depuis, devint la femme d' Abel Hugo, le frère aîné de Victor. M1Ie Duvidal demeurait dans le quartier, et Victor savait que, presque tous les matins, Adèle se rendait chez elle seule, en voisine. Au mois de février 1821, il prit un grand parti, brava toutes les défenses, affronta tous les risques, alla rôder le matin autour de la maison d'Adèle, la vit sortir, la suivit, et, quand elle fut à quelque distance, osa l'aborder et lui adresser la parole.

Comment le reçut-elle? Le cœur battant sans nul doute, mais battant de joie encore plus que de crainte. Le fait est qu'elle l' écouta, lui répondit, ne lui défendit pas de revenir. Puis elle accepta, elle écrivit des billets qui bientôt s'allongèrent en lettres.

Ces lettres sont tendres d'abord ; elles ne tardent pas à devenir inquiètes et même orageuses. On s'est revu, et c'est un grand bonheur ; mais on se revoit hors de la maison paternelle, dans la rue, et c'est un grave péril. Les premiers jours passés, Adèle s'aperçoit vite des risques que court sa réputation de jeune fille à se promener ainsi dans son quartier côte à côte avec un jeune homme. Elle commence par abréger ces rencontres hasardeuses, elle veut un jour les supprimer ; Victor désespéré se fâche, et elles recommencent ; mais Adèle obtient de les espacer de mois en mois. Par force majeure elles vont d'ailleurs bientôt cesser tout à fait.

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