DIXIEME LEÇON
Ce la prose poétique. — Réparation à Jean-Jacques et à Buffon. — Funérailles d’Atala ; — celles de Manon Lescaut. — CSté antique dans Atala. — Jugement de M. Joubert. -* Critique de l’abbê Morellet. — Panurge et sa calotte de toile cirée.
A propos de ce que j’ai dit précédemment en comparant les styles descriptifs de Jean-Jacques, de Bernardin de Saint-Pierre et de M. de Chateaubriand , une observation m’a été adressée par un de mes bienveillants auditeurs. Il lui a semblé que je donnais de tout point le désavantage, l’infériorité à Jean- Jacques. Telle n’a pas été précisément ma pensée , et je saisirai cette occasion de la mieux mettre en lumière.
Dans la comparaison que j’établissais fc je ne considérais qu’une des formes du style, qu’une de ses applications, le style descriptif et pittoresque, le style poétique. A cet égard , et à ne le prendre que par cet aspect, il n’y a nul doute que la prose de Bernardin de Saint-Pierre et de M. de Chateaubriand ne renché- \ risse , et souvent avec bonheur, sur celle de Jean-Jacques et celle de Buffon, que je n’en sépare pas ; qu’elle n’arrive à exprimer des effets , des reflets, des nuances, auxquelles les deux autres grands écrivains n’ont ni atteint ni visé.
Mais la prose poétique et pittoresque n’est qu’une ■extrémité de la prose , s’il est permis de parler ainsi ; ce n’en est qu’une province , la plus riche, la plus Brillante, une Asie Mineure comme auraient dit les An-