‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 113 sur 194 · PROSE DE BUFFON ET DE JEAN-JACQUES · texte numérisé non relu

PROSE DE BUFFON ET DE JEAN-JACQUES

ciens « ; en s’y concentrant tout entière et s’y fixant,

la langue court risque de se corrompre et de se dénaturer.

Ce reproche avait déjà été adressé à Buffon tout le premier : on a prétendu qu’il dénaturait la prose en lui prêtant mal à propos le langage de la poésie. Voltaire, qui en d’autres endroits s’exprime noblement sur le compte de Buffon, en a parlé ailleurs comme d’un physicien qui écrivait en prose poétique. Chénier l’en a très-bien justifié 2 . L’auteur de Y Histoire naturelle, le grand écrivain qui a si admirablement discouru de la langue devant l’Académie française , ne manquait d’aucune des qualités du style. On peut dire que, pour posséder toutes ces qualités et en avoir la juste économie, il importe de se tenir et d’habiter en quelque sorte à la source même et au centre de la pensée : de là, selon la nécessité ét l’occasion, l’écrivain habile se porte avec la parole dans toutes les directions voulues; s’il s’agit de raconter, il raconte; de raisonner et de discuter, il discute; de décrire et de peindre, il a des couleurs! Il est présent partout et presque à la fois sur chaque point du vaste empire. Buffon et^ Jean-Jacques ont une prose "t fe juste, vigoureuse, souple et brillante, qui suffit à fous les emplois, qui triomphe dans plusieurs, qui ne para îL ni déplacé? ni gênée dans aucun. En dirons-nous* autant de la prose de Chateaubriand, ou même de celle de Bernardin de Saint-Pierre? Par cela même qu’ils se

• Etantiqua quidem ilia divisio inter Asianos atque Atticos foittum hi pressi et integri, contra inflati illi et inancs haberentur ; et in his nihil superflneret, illis judicium maxime ac modus deesset. » ’fQuintilien, de V Institution de l’Orateur, liv. xu, chap. 10 .) Il faudrait modifier cette définition et en transposer les caractères de l’oratenr i. » écrivain. “

2 Œuvres de Marie-Joseph Chénier, tome IV, p. 339 (1825).

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