‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 129 sur 194 · FOI CATHOLIQUE ET MONARCHIQUE A PART · texte numérisé non relu

FOI CATHOLIQUE ET MONARCHIQUE A PART

choses qn'il ne faut pas entendre, » me dit quelqu'un. — Et pourquoi donc ne pas les entendre puisqu’on les dit bien ?

En ces mêmes années, il écrivait à Béranger (20 avril 1839) : « La politique, vous savez que depuis longtemps je n’y crois plus; peuples et rois, tout s’en va ; liberté et tyrannie lie sont à craindre ou à espérer pour personne. Une seule chose seulement me fait rire , c’est qu’il y a . des hommes d’esprit qui prennent tout ce qui se passe au sérieux... » I Cela ne l'empêchait pas, trois ou quatre ans après, d’aller encore faire * son rôle d’homme de parti à Londres et d’y visiter son roi; ce que Béranger, devenu l'arbitre, approuvait : « Sans sa présence, disait celui- | ci, la pièce dégénérait en farce. » Ce qui veut dire que, lui présent, on restait dans les termes de la haute ou de la moyenne comédie. Et il s’accommodait de ces jugements-là !

2° Quant à la nature de son catholicisme , elle se produira assez dans tout le cours de notre Étude. Un seul trait ici suffira. Dans les notes du Congrès de Vérone, Chateaubriand cite une lettre de Bérange, dont il dit qu’elle est « aussi spirituelle qu’admirable (ma foi catholique à part ). » Je ne sais trop ce que serait une lettre admirable si elle n’était spirituelle. Quoi qu’il en soit, dans cette lettre très-spirituelle et très-travaillée , Béranger parle du Christianisme comme d’une grande forme sociale dont la sanction divine, qui a pu être nécessaire à l’origine, doit disparaître avee’le progrès de la raison. Un catholique sincère ne saurait un seul instant admettre ni par conséquent admirer une telle profession de foi, qui ressemble à celle du Vicaire savoyard mais la parenthèse (ma foi catholique à part) sauve tout. On raconte qu’en Italie les courtisanes ont le plus souvent dans leur chambre un crucifix, une image de la Vierge ou d’un saint : quand elles veulent faire de certaines choses de leur métier, elles tirent le rideau et mettent ainsi leur foi catholique à part. Puis quand elles ont fini de ces choses-là, elles relèvent le rideau , l'image dévote reparaît et la foi Catholique avec elle. La parenthèse de M. de Chateaubriand rappelle tout à fait ce rideau qu’on tire à volonté, qui permet tout et n’empêche rien. — De même qu’il fraternisait avec Béranger ( sa foi catholique à part), Chateaubriand fraternisait avec Carrcl (sa foi monarchique à part ) ; il y gagnait en popularité , et n'y perdait pas en faveur dans son propre parti, qui lui passait tout, ne pouvant se passer de son nom. 11 y a disette de croyances et de convictions sincères en ce temps-ci ; on prend ce qu’on trouve , on fait parade et tapage du peu qu’on a. 1

Page 1