‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 174 sur 194 · tome i · texte numérisé non relu

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M. Vinet a eu raison de faire remarquer que, s’il avait fallu insérer dans un livre de ce genre une anec-

assis sous l’arbre du désert, au bord d’un fleuve sans nom , dans la vallée où s’élèvent les mêmes fouàts qui la couvrirent lorsque les temps commencèrent. Je suppose, CéliM, que le cœur de René s'ouvre maintenant devant toi : vois-tu le monde extraordinaire qu’il renferme ? Il sort de ce cœur des flammes qui manquent d’aliment, qui dévoreraient la Création sans être rassasiées, qui te dévoreraient toi-même. Prends garde, femme de vertu ! recule devant cet abime, laisse-le dans mon sein...’ Quelle nuit j’ai passée ! Créateur, je te rends grâces-, j’ai encore des forces, puisque mes yeux revoient la lumière que tu as faite ! Sans flambeau pour éclairer ma course, j'errais dans les ténèbres t mes pas, comme intelligents d’eux-mêmes, se frayaient des sentiers» travers lès lianes et les buissons. Je cherchais ce qui me fuit; je pressais le tronc des chênes ; mes bras avaient besoin de serrer quelque chose. J’ai cru, dans mon délire, sentir une écorce aride palpiter contre mon cœur : un degré de chaleur de plus, et j’animais des êtres insensibles. Le sein nu et déchiré, le* cheveux trempés de la vapeur de la nuit, je croyais voir une femme qui se jetait dans mes bras -, elle me disait : Viens échanger des feux avec moi, et perdre la vie ! Mêlons des voluptés à la mort ! Que la voûte du ciel nous cache en tombant sur nous... Si enfin, Céluta, je dois mourir, vous pourrez chercher après moi l’union d’une âme plus égale que la mienne. Toutefois, ne croyez pas désormais recevoir impunément les caresses d’un autre homme-, ne croyez pas que de faibles embrassements puissent effacer de votre âme ceux de René. Je vous ai tenue sur ma poitrine au milieu du désert, dans les vents del’orage, lorsque, après vous avoir portée de l’autre côté d’un torrent, j’aurais voulu vous poignarder pour fixer le bonheur dans votre sein, et pour me punir de vous avoir donné ce bonheur. C’est toi, Être suprême, source d’amour et de beauté, c’est toi seul qui me créas tel que je suis, et toi seul me peux comprendre ! Oh! que ne me suis-je précipité dans les Cataractes au milieu des . ondes écumantes ? je serais rentré dans le sein de la nature avec toute mon énergie... Oui, Céluta, si vous me perdez, vous resterez veuve: qui pourrait vous environner de cette flamme que je porte avec moi, même en n'aimant pas ? Ces solitudes que je rendais brûlantes vous paraîtraient glacées auprès d’un autre époux. Que chercheriez-vous dans les bois et sous les ombrages? Il n’est plus pour vous d’illusions, d’enivrement, de délire : je t’ai tout ravi en te donnant tout, ou plutôt en ne te donnant rien, car une plaie incurable était au fond de mon âme... » Tel était le vrai René, tel il fut dans la réalité de ses volages amours qui simulaient parfois l’habitude, mais qui n’étaient qu’une suite d’ardents caprices. Ce Jupiter se plaisait à consumer toutes les

Sémélés.

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