C ÉLÛT A
tre le .peu de solidité et même de sincérité de sa plaidoirie*. Un de ses amis d’alors est allé plus au fond en osant dire : « Dans René Chateaubriand a caché le poi son sous l’idée religieuse ; c’est empoisonner dans un hostie 2 . »
1 II disait dans sa Défense du Génie du Christianisme : « L’au- « teur y combat (dans René ) le travers particulier des jeunes gens du « siècle, le travers qui mène directement au suicide. C’est J. -J. Rous- * seau qui introduisit le premier parmi nous ces rêveries si désastreun ses et si coupables. En s’isolant des hommes, en s’abandonnant à ses « songes, il a fait croire à une foule de jeunes gens qu'il est beau de se « jeter dans le vague de la vie. Le roman de Werther a développé « depuis ce germe de poison. L’auteur du pénis du Christianisme,
« obligé de faire entrer dans le cadre de son apologie quelques tableaux « pour l'imagination, a voulu dénoncer cette espèce de vice nouveau,
« et peindre les funestes conséquences de l’amour outré delà solitude.» Comment accommoder ces paroles avec ce qu’il dit dans ses Mémoires : « Je reconnais tout d”abord que, dans ma première jeunesse, Ossian, Werther, les Rêveries du Promeneur solitaire,... ont pu s’apparenter à mes idées; mais je n'ai tien caché, rien dissimulé du plaisir que me causaient des ouvrages où je me délectais.» On Tient de voir? en effet, jusqu’à quel point il s’est montré tendre et reconnaissant. Au reste, s’il a maltraité scs pères (Gœthe et Jean-Jacques) dans sa Défense du Génie du Christianisme, il ne traite guère mieux ses enfants dans ses Mémoires d'Outre-tombe : « Lord Byron « a ouvert une déplorable école : je présume qu’il a été aussi désolé « desChilde-HaroId' auxquels il adonné naissance, que je le suis des « René qui rêvent autour de moi. « L’isolement, toujours l’isolement !
Il tâche de n’avoir pas eu de pères, comme il se glorifie den’avoir point d'enfants. II renie les uns et désavoue les autres.
2 ( Chênedollé. ) — Pour juger de René et de son esprit, pour ne pas trop se laisser prendre à l’admirable beauté de la forme et à l’appareil religieux extérieur dont il se couvre aux yeux des simples, il importe d’y joindre comme un complément indispensable la lettre de René à Céluta dans les Nat chez, que j'ai plus d'une fois citée : c’est là que le fond de cette âme incurable se produit tout à nu dans sa violence, sans plus de souci de la beauté et sans respect de l’impression morale :
« Céluta, il y a des existences si rudes qu’elles semblent accuser la Providence et qu’elles corrigeraient de la manie d’être. Depuis le com- / mencement de ma vie, je n’ai cessé de nourrir des chagrins : j’en portais le germe en moi, comine l'arbre porte le germe de son fruit. Un poison inconnu se mêlait à tous mes sentiments; je me reprochais jusqu’à ces joies nées de la jeunesse et fugitives comme elle... J’écris