SALUT FINAL A RENÉ
malheureux au contraire, le défiguré qu on n’ose regarder en face au visage, semble plus voisin que lui du divin rayon.
Ze Lépreux est à René ce que Paul et Virginie est à Atala. Et pourtant ( ce qui parait singulier à dire ) le Lépreux placé dans le Génie du Christianisme, tel qu’est ce dernier ouvrage, y ferait contre-sens. René, tout disparate qu’il est, s’y trouve encore plus à sa place.
Tout cela dit, René garde son charme indicible et d’autant plus puissant. Il est la plus belle production de M. de Chateaubriand', la plus inaltérable et la plus durable; il. est son jtortrait même. Il est le nôtre. La maladie de René a régné depuis quarante-huit ans environ nous l’avons tous eue plus ou moins et à divers degrés. Vous, jeunes gens, vous ne l’avez plus. Mais serait-ce à nous, qui l’avons partagée autant que personne, de venir ajnsi vous en dire le secret et vous en révéler la misère? S’il y a indiscrétion de notre part, l’amour de la vérité seule nous y a poussé, et aussi peut-être un reste d’esprit de René qui porte à tout dire et à se juger soi-même jusque dans les autres. Un de nos amis, qui est de cette famille, mais resté plus fidèle, s'est écrié à ce sujet ( et c’est par là que nous finirons, nous plaisant, selon notre méthode, à rassembler devant vous et à vous offrir fous les témoignages) :
« Non, ce n’est jamais nous, ôRené, qui parlerons de vous autrement que nous avons accoutumé: ndug sommes vos fils, notre gloire est d’être appelés votre race. Notre enfance a rêvé par vos rêveries, notre adolescence
s’est agitée par vos troubles, et le même aquilon nous a
1 M. de Chateaubriand le savait bien; et dans son amour d’auteur il disait de la guerre d’Espagne que c’était le René de sa politique, voulant dire que c’en était le chef-d’œuvre. En fait de René pourtant’ je m’en tiens à l’autre.
soulevés. Quand le Génie de la prière et de la foi est venu vers nous, un rameau' à la main, c’est par vous qu’il nous est apparu ; il avait un éclat tout nouveau qui nous a séduits. Comme vous nous avons pleuré, nous avons accueilli, puis rejeté la pensée sinistre comme vous ; nous nous sommes agenouillés encore une fois devant le Dieu de nos mères, et nous avons cru un moment que nous croyions. Et quand l'orage et la bise sont revenus, nous avons encore oscillé comme vous, nous avons essayé de tous les cultes généreux et de toutes les pensées que l’imagination voudrait assembler dans un même cœur.- Nos inconstances ont été les vôtres. Ne soyez jamais renié par votre race, ô René! soyez, dans cette tombe tant souhaitée, à jamais honoré par nous ! » * « .