MOS DÉPABT POER LIEGE
Ce ne fut que sous le ministère de M. de Vaulabelle que j’envoyai cette démission jusque-là différée, en marquant bien à ce ministre, homme de Lettres estimable, qu’elle tenait à une détermination plus ancienne et dont les motifs ne le concernaient pas : il me répondit par une lettre très-obligeante. Dans l’intervalle, j’avais trouvé mon emploi, mon moyen de subsister. Un ancien auteur dramatique, qui était un perpétuel candidat à l’Académie, et qui à ce titre, me visitait quelquefois, M. Casimir Bonjour, ami particulier de M. Firmin Rogier, le ministre de Belgique à Paris, m’ayant demandé en conversation si je ne connaîtrais point par hasard quelque homme de Lettres qui voulût accepter en Belgique une place de professeur de littérature française, et m’ayant appris qu’on en cherchait un pour l'Université de Liège, je m’élai9 offert moi-môme ; j’avais vu M. Firmin Rogier, j’étais allé à Bruxelles conférer de ce projet avec M. Charles Rogier, ministre de l’Intérieur, que je connaissais de longue date, et j’avais accepté avec gratitude les conditions qui m’étaient . faites.
Je quittai donc la France en octobre 1848; la presse de Paris ne s'occupa de ce départ que pour le railler : quand un homme de Lettres n’a pas de parti ni d’armée à lui, et qu’il marche seul avec indépendance ( Ibo singulanter donec transeairi), c’est bien le moins qu’on se donne le plaisir de l’insulter un peu au passage. Je rencontrai en Belgique des difficultés de plus d’un genre, et quelques-unes, très-imprévues, qui m’étaient suscitées par des compatriotes ennemis que j’ai retrouvés depuis en d’autres occasions encore. On publia à Bruxelles et à Liège d’incroyables brochures contre moi. J’eus ’ fort à me louer de la jeunesse belge, qyi, me connaissant peu , prit le parti d’attandre et de me juger seulement
8 CHATEAUBRIAND et son GROUPE LITTÉRAIRE
par mes paroles, par mes actes. Je réussis malgré les obstacles ; le livre Suivant, qui représente l’un des deux Cours que je professais, le Cours libre et public, était achevé, entièrement.rédigé, et devait paraître à la fin de l’année 1849, lorsque mes Causeries, du Lundi, commencées à Paris en octobre, me détournèrent et m’accaparèrent tout entier.
Ce Cours, au reste, avait été comme la préface naturelle des Causeries ; je faisais une leçon régulièrement chaque lundi dans la salle académique de Liège, tout comme depuis, à pareil jour, je publiais mon article au Constitutionnel.
, * Je donne aujourd’hui ce Cours exactement tel qu’il était préparé en 1849, sauf les notes que j’y ai ajoutées en le revoyant ; je le donne avec la Dédicace d’alors, avec la Préface* d’alors. Bien des parties n’en sont plus nouvelles ; j’y ai puisé amplement à diverses reprises pour les articles que j’ai publiés sur Chateaubriand. Il m’a semblé cependant qu’il ne serait pas sans utilité d’offrir aux jeunes esprits que la littérature n’ennuie pas ces analyses étendues, sous leur première forme, dans toute leur clarté etavec tout leur développement.
L’ouvrage eût été neuf, je le crois, s’il eût paru à sa date, il y a dix ans. Qu’on veuille le prendre aujourd'hui comme une seconde édition , du moins, de tout ce que j’ai écrit sur M. de Chateaubriand et ses amis, mais une seconde édition très-augmeiUée. — On y trouvera d’ailleurs dans l’Étude sur Chftnedollé quantité de lettres originales qui ne sont que là, et qui éclairent de près l'intérieur de ces hommes distingués, leur physionomie -
et leur caractère aux meilleures années de leur vie.
P. S. J'allais oublier de reparler des fameuses Listes.
Celle où figurait mon nom parut enfin dans le numéro 34