‹ Lettres à la Princesse (volume 2)Chapitre 7 sur 194 · PRÉFACE DE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE

Henri Estienne adressant à M. de Mesmes son petit traité De la Conformité du Langage français avec le grec, dans un moment où l’on attendait plu" tôt de lui son grand Trésor de la langue grecque’ disait, après le détail de quelques circonstances particulières : « Depuis lequel temps , mon esprit , qui avoit long temps demouré coy et tranquille, a esté agité de tant de tourmentes et tempestes les unes sur les autres , qu’au lieu de tirer vers Orient, il a esté emporté vers Occident. Et en considération de ce, j’espère. Monsieur, que recevant de mov un œuvre tout autre que celuy que je vous avois promis , n’imputerez ce changement d’entreprise (qui a esté ainsi forcé) à aucune inconstance ou légèreté. Car il m’en est pris comme aux marchands, qui selon le lieu auquel la tempeste les a jetez , sont contraincts de faire autre emploitte qu’ils ne déliberoyent. » — Je suis un peu moi-môme comme ces marchands voyageurs : j’ai dû obéir au goût de ceux cbez qui les circonstances m’avaient porté; et voilà comment, au lieu du quatrième volume de Port-Royal (auquel on pouvait s’attendre), les lec-

teurs recevront aujourd’hui une Étude sur Chateaubriand.

Je n’ai pas à expliquer au public, ni même à mes amis, pourquoi, sans y être en rien obligé, j’ai cru devoir chercher ailleurs non pas fortune, mais étude et variété de vie. Ce sont de ces motifs tout particuliers, qui n’ont nul rapport au sens commun, mais qui tiennent à la fibre secrète. Si l’on voulait absolument des raisons, je n’en dirais qu’une, et la voici :

L’année 1848 a été une année folle et fatale. Puisque le monde était en démence, j’ai saisi ce moment aussi de faire mes folies ; et mes folies à moi, c’a été d’aller dans un pays ami vivre toute une année avec les illustres et aimables morts, Yillehardouin, Joinville, Froissart, Commynes, Montaigne, tous en foule et à la fois, jusqu’à Buffon et Chateaubriand; de les accueillir en moi, de les entendre, de les interpréter, de me mêler plus intimement que jamais à eux, et d’oublier, s’il se pouvait, dans leur commerce, les sottises et les misères du présent.

Ce que j’avais résolu, je l’ai fait. Le Discours d’ouverture que je reproduis textuellement ci- après, et qui résume mon plan de cette année, dira à quel travail je me suis soumis.

Le Cours de littérature française, commençant avant Villehardouin et ail ant jusqu’au xvm e siècle, a été professé dans toute son étendue pour les étu-f diants de l’Université de Liège. Je n’en ai gardé que des notes et d’utiles souvenirs»

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