Jean-Jacques Ampère est mort le 27 mars
douce et souriante Madame Lenoir pour se consoler1. — A mercredi matin, sans faute.
Veuillez, Princesse, agréer l’expression de mon respectueux attachement.
Ce lundi 2 mai.
Princesse,
Me voilà pris cette après-midi par ma Commission de la Correspondance de Napoléon, par conséquent privé d’une de mes rares et bonnes heures. — M. Zeller m’a communiqué une idée que je crois excellente : ce serait, à l'aide de ses notes et de sa très-bonne mémoire, d’écrire la série de tableaux et de discours qu’il a déroulée devant vous et d’en faire un volume qui conduirait l’Étude jusqu’au xvc siècle. Si Votre Altesse le trouvait bon et le désirait, il continuerait l’hiver prochain les xve et xvie siècles , si riches
I. On vient déjà de rappeler, page 90, que le portrait en question avait été emprunté à M. Sainte-Beuve pour le Salon.
et qu’il sait si bien. Ainsi ce qui n’a été qu’une instruction à huis clos, deviendrait un livre excellent pour tous. Je crois que, si vous avez pu trouver d’abord. Princesse, qu’il procédait un peu lentement, vous avez, depuis, apprécié la raison de cette marche et les bons résultats : on arrive aux choses modernes ou du moyen âge avec un contingent de vues accumulées et de termes de comparaison très-utiles ou même indispensables.
J’ai encouragé M. Zeller dans cette idée de rédaction ultérieure et delivre. Vous aurez ainsi provoqué, Princesse, un ouvrage utile et qui formera, d’une manière moins ambitieuse, moins grandiose, mais aussi plus vraie et plus exacte, un Discours sur l’histoire universelle. Si vous souriez à cette idée, votre sourire sera pour cet excellent homme le rayon.
Daignez agréer, Princesse, l’expression de mou respectueux attachement.
Princesse,
Ce IG mai
Voici un lundi que je viens de passer en Commission , et qui, je le crois, n’a pas été un jour de cours, à cause de la demi -fête : j’ai donc moins de regret. J’ai toujours une secrète ambition; savez-vous, Princesse, que j’oserais encore (bien que, cette fois, je n’y sois point encouragé par Girardin) désirer de vous posséder à dîner dans ce petit salon qui a gardé et qui conserve tant de souvenirs de vous?
Ce mois-ci est un mois vague, qui n’est ni campagne, ni Paris. Vous voudriez bien choisir votre jour, votre heure, et quatre convives, Votre Altesse comprise; moi. je ferais le cinquième, nombre au’on ne peut excéder. Veuillez, Princesse, y songer comme au plus grand honneur et plaisir que vous me pourrez faire, et à la joie de la petite maison, qu’on n’osera plus songer à
démolir lorsque vous y serez revenue la consacrer.
Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux dévouement.
Ce mardi.
Princesse,
En effet, cette Commission, assemblée dès trois heures et demie, n’a été congédiée qu’à cinq heures et demie sonnées, et je me suis vu trop en retard pour espérer de retrouver les élèves réunis. Ce n’est pas là vivre, c’est bourrer la vie. Je suis las d’ailleurs et saturé de ce travail intense. Je prendrai une quinzaine de répit d’ici à peu. Puis je courrai mes cinq ou six derniers mois de traité : après quoi je modifierai mon régime, qui, à cet état de tension, me devient insupportable. Je me permets de vous donner ce détail, Princesse, sachant l’intérêt amical que vous me portez, et aussi pour invoquer votre indulgence dans ces mois forcés que
j’achève, et où ma pensée se dégage souvent de sa tâche pour regretter ou rêver un emploi meilleur
Daignez agréer, Princesse, l’assurance de mon respectueux attachement.
Ce 22.
Princesse,
Je crois, en effet, que M. Zeller pourrait être plus détaillé et plus explicite en preuves; mais veuillez penser qu’on lui a demandé de courir le plus possible sur les Grecs et les Romains. Il en avait besoin pour arriver à son invasion des Barbares et à son Époque moderne. Je voudrais
1. M. Sainte-Beuve regrette ici un emploi meilleur de son temps, c’est-à-dire celui où il aurait pu, au lieu de morceler sa pensée en articles à la semaine, faire un livre de longue haleine. C’était là son rêve: il l’a en partie réalisé, quand il a eu des loisirs, par son étude sur Proudhon, mais il n’a pas même eu le temps d’achever cet ouvrage. La maladie le surprit comme il terminait la première partie, et puis il ne pouvait renoncer, quoi qu’il en eût, à ses articles hebdomadaires. Trop de sujets le tentaient, et le critique ne voulait pas abdiquer.
aussi qu’il indiquât à la fin de chaque leçon quelques lectures à faire et s’y rapportant. Ditesle - lui. Princesse, et moi-mème j’en causerai avec lui. La leçon, pourtant, avait un caractère élevé.
(Lire encore, dans le volume publié par Marchand, de Napoléon, Précis des guerres de César, le dernier chapitre sur cette idée de César roi, à quoi Napoléon ne croyait pas.)
Agréez, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.