LX1V
Ce dimanche matin.
Princesse,
Je trouve sur ma table ce numéro de la Correspondance littéraire où est la Lettre de M. Ingres*.
1. Voir le Moniteur des 6 et 7 novembre 1863. — La nouvelle session législative s’inaugurait par le triomphe complet de l’opposition, dans le département de la Seine.
2. Cette Lettre de M. Ingres, à propos de la fondation d’une < école des beaux-arts en dehors de l’Académie et de la polémique qui s’ensuivit entre les partisans de l’Académie et ceux de l'administration, a fait grand bruit en 1863. M. Ingres prenait parti, on s'en souvient, pour l’Académie. M. Sainte- Beuve avait déjà résumé le débat en tête de son premier article sur M. Viollel-le-Duc ( Nouveaux Lundis , tome VII) ; il y a dit tout ce qu’il en pensait et fait meme, dans une note (page 152), l’énumération des principales pièces à conviction, parmi lesquelles figure en tête la fameuse Lettre de M. Ingres. De loin et à distance, cette guerre de prérogatives fait un peu l’effet aujourd’hui de la grande bataille du Lutrin, chantée par Boileau.
Vous remarquerez comme ces messieurs jugent la chose vidée et décidée dans l’opinion publique. Ils ont fait de leurs mains cette opinion.
Ce petit journal a beaucoup de publicité, surtout à l’étranger : ce sont les commis voyageurs des sciences.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’expression de mon respect et de mon dévouement.
Voilà de bien grosses matières à conversation. Ce n’est plus de la philosophie, c’est de la politique. C’est la politique seule qui peut conseiller, de tous les opposants, de préférer le moindre, et celui qui, au fond, n’en est pas un, mais un signe philosophique. — Je ne m’engage pas en ce moment, Princesse, dans une telle discussion; je me promets une suite de conversations dans ces journées où je parviendrai bien à arracher
quelque quart d’heure. — La Grèce est déjà un •beau champ de bataille. — En voici un autrç. — La Grèce surtout me préoccupe et me tient à cœur. Que je voudrais être assez savant et assez maître des sources pour vous persuader ! Ici je suis en pleine conviction.
Agréez, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.
Je reçois en même temps que la lettre une pétition adressée à Votre Altesse, et dont je ne m’explique pas l’envoi : il doit y avoir quelque malentendu.