‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 46 sur 90 · LXXXV · texte numérisé non relu

LXXXV

Ce vendredi.

Princesse,

Quoi ! cette brillante et charmante gaieté du matin a fini par ce gris nuage qu’on appelle migraine! Chassez-la vite. Je voudrais la prendre ce soir, mon travail fait, pour vous en délivrer. Il m’était resté de la visite d’hier plus d’entrain, et je voudrais que cette fin du portrait commencé vous parût vraie, somme toute, et n’accordant que ce qui est dû. Je suis, comme vous, partisan de la vérité.

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.

Ce 6 septembre, mardi soir.

Princesse,

Il survient un incident. Je reçois, ce soir même, une invitation pour dîner demain au Palais-Royal, chez Leurs Altesses. J’ai pensé, dans le premier moment, que peut-être vous y dîniez ; mais à la réflexion je me suis dit qu’on ne sait pas ou qu’on a oublié que le mercredi vous appartient. Cependant je ne voudrais manquer à lien de convenable, et, si je m’excuse, on pourra penser que le mercredi d’habitude pouvait se remettre au jour suivant. Placé ainsi entre un devoir et un autre devoir sans doute, mais surtout entre un devoir et un plaisir, je m’adresse à votre indulgence, Princesse, et, n’ayant pas le temps d’attendre votre agrément, je viens vous demander de me laisser remettre mon Saint-Gratien à Jeudi. Je le puis cette semaine, à cause de mon

avance sur Catinat1. — J’ai hâte de sortir avec lui de l’épisode des Barbets.

— J’ai vu, l’autre matin, M. Lebrun ; il m’a parlé de différentes choses avec beaucoup d’amabilité. Je ne vous cacherai point pourtant , Princesse, que j’ai entrevu dans ce qu’il m’a dit des marques de votre intérêt et d’une amitié, j’ose dire, en laquelle j’ai entière confiance. 11 n’a pu si bien dissimuler ses conseils que je ne sois remonté à la source. J’ai toujours évité, ou plutôt je n’ai pas rencontré l’occasion de vous parler sur ces choses à cœur ouvert; je ne dirai ici qu’un mot, c’est que la manière de vivre qui me serait le plus agréable serait celle qui serait ainsi faite que je pourrais avoir l’honneur et le bonheur de vous voir plus souvent.

A jeudi donc, Princesse, si vous le permettez, et daignez agréer l’expression de ma gratitude et de mon respectueux dévouement.

1. L’étude sur Catinat, qui a été recueillie depuis dans le tome VIII des Nouveaux Lundis.

LXXXVIII

Princesse,

Ce 12 septembre.

Je compte bien voir ces messieurs ce soir, s’ils sont à Paris, et leur réitérer votre bonne grâce.

— J’ai beaucoup repensé à ce que vous m’avex dit l’autre soir, et ne vous ai pas assez exprimé, Princesse, ce que je sens de cette bonté, qui entre dans tous les détails et va au-devant de toutes les difficultés : cela n’a l’air que de précision et d’exactitude dans l’esprit, et cela vient pourtant de la chaleur de cœur et de la générosité qui veut réussir. Je grave en moi ces marques d’un intérêt qui m’honore et qui donne leur prix à mes dernières années.

J’ai, aujourd’hui, tâché de mettre dans tout son jour les talents et la qualité d’âme naïve et forte de Catinat. Mais que cette lettre de Tesse,

sur cette coquine de comtesse de Verrue ‘ , est donc jolie, n’est-ce pas?

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.

Ce 12 octobre, mercredi.

Je suis un peu pris du froid et souffrant, et je ne pourrai m’accorder mon plaisir du mercredi; je le regrette d’autant plus qu’il me semble que j’avais toute sorte de choses que j’aurais aimé à vous dire.

Une, tout à fait incidente : c’est qu’ayant dîné lundi avec M. Renan, il m’a dit qu’avant de partir, le 1k de ce mois, je pense, pour un voyage en Syrie et dans le Levant, il désirait bien avoir l’honneur de vous porter son hommage : je lui ai dit que je vous croyais encore à Saint-Gratien pour le reste du mois, que je

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