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Ce lundi, 14 novembre.
Princesse,
J’ai presque à vous remercier pour cette invitation si aimable de mes deux présentés, — au moins de l’un d’eux. Je puis assurer qu’il en est fort reconnaissant, et il a dû répondre aujourd’hui. — Je prends le temps assez indifféremment. mais i’aiune certaine irritation d’veux et de paupières qui fait que je n’existe pas le soir. Je veux toujours sortir, et je n’en viens pas à bout : les fenêtres crient et les volets se ferment d’ euxmêmes. C’est un misérable état pour quelqu’un qui, sans être homme du monde, veut se distraire dans la plus agréable conversation. — Vous aurez peut-être trouvé aujourd’hui, en
vous faisant lire mon article1, que je deviens de plus en plus audacieux : à quoi bon se gêner, en effet ? Disons, le plus possible, ce que nous sentons. Je suis votre exemple, et je m’enhardis. Est-ce par trop ?
Je vous offre, Princesse, l’assurance de mon respectueux et tendre attachement.
Ce mercredi 7 décembre.
Princesse,
Voici le jour et presque l’heure où je vais chaque semaine prendre cette douce récréation que vous m’avez réservée avec une si indulgente amitié : il me manque quelque chose et je vous le dis. 11 me semble que vous êtes très-loin et qu’il y a très-longtemps de cela. Les communications sont comme rompues; elles ne repren-
i. L’article sur les Méditations chrétiennes de M. Guizot, qui a été inséré depuis au tome IX des Nouveaux Lundis (14 novembre 1804).
dront qu’avec un sentiment plus vif, de ma part, et avec un bonheur de les retrouver. Je vis, en attendant, dans de graves sujets. Nous avons eu un Magny 1 2 réduit à cinq ou six têtes : cela n’en valait pas moins ; Eudore, les Goncourt, les Gautier en étaient. Vous ne vous faites pas d’idée, Princesse, comme le lien que votre grâce si attentive a daigné établir entre tous existe et comme on le cherche involontairement, — comme il fait défaut, — les semaines où il est suspendu.
Vous avez reçu, je le sais, de Duveyrier la brochure* avec une lettre dont il m’a dit la teneur. Les intentions de ce côté sont parfaitement loyales et pures de toute arrière-pensée; ces esprits sont sérieusement et tout entiers à la chose qu’ils proposent. C’est ce que vous aurez pu sentir à travers même les parties que vous n’auriez pas agréées.
Je désire que les journées que vous passez loin de nous, Princesse, vous semblent courtes, agréables et amusées autant qu’à ceux qui les
1. Le fameux dîner de quinzaine, auquel nous avons consacré une note dans les Souvenirs et Indiscrétions (page 149).