CXX
Ce 4 septembre.
Princesse,
Je prends décidément le titre, comme la position, de solliciteur général auprès de Votre Altesse.
Vous devinez pour qui : L..., au fond, est pauvre; il n’écrit tant que parce qu’il a besoin de vivre de sa plume. Il se résignera, s’il le faut, à passer l’hiver à la campagne, pour s’épargner un déplacement toujours coûteux. Ce secret de bien des choses, il me l’a dit, et il l’a également confessé à vous, Princesse, en demandant votre appui.
Cet appui est pour arriver à être employé auprès de M. Walewski. Ma pensée sur L... est que c’est un garçon excellent, — pas légitimiste au fond, comme vous semblez le penser, Princesse : — il a seulement des goûts, des inclinations vers ce genre de littérature ; ce n’est chez lui que littérature, et nullement de la politique. Il peut donc, très-sincèrement, servir dans le régime ; il est un peu cousin de M. Rouher ; il est exubérant comme écrivain, mais spirituel, et cette exubérance, il l’a aussi dans le cœur : il est, je le crois, capable d’un surcroît de reconnaissance. Je l’éprouve moi -même, qui n’ai eu pour lui que des bontés très-rmélangées.
Soyez-lui donc bonne et propice, vous la Notre-Dame de Saint-Gratien, qui savez propor-
tionner votre genre de bonté à la situation et au caractère de chacun. J’ose croire que vous ne vous en repentirez pas.
La santé est-elle revenue à Catinat i? il me semble que, dans tout ce rayon alentour, il ne doit y avoir que joie, force, santé du corps et de l’esprit.
Daignez agréer, Princesse, l’hommage de mon respectueux et tendre attachement.
Mérimée est de retour; il m’a dit qu’il irait pour avoir l’honneur de vous voir mercredi.
Ce 8 septembre 1805.
Princesse,
Quoi ! cette soirée commencée sous de si heureux auspices et où l’on n’apercevait au plus que quelques éclairs de chaleur, s’est terminée
1. C’est le nom donné à la résidence du maréchal Catinat, à Saint- Graticn, devenue la propriété de la Princesse.
orageusement! Je fais tout, quand je rencontre un de ces abbés un peu polis, pour l’ apprivoiser, pour lui persuader qu’il n’y a pas lieu de se choquer. C’est donc en vain : on n’y réussit pas.
Je suis bien peu en mesure, Princesse, auprès de M. Walewski. Imaginez que j’ai, il y a plus de vingt ans, dans la Revue de Buloz,. critiqué —
oui, critiqué de ma plume sa comédie de VEcole * du monde ! De plus, j’ai quitté le Moniteur pour le Constitutionnel, lui étant ministre d’État et gouvernant le Moniteur . Il en a été choqué alors, malgré toutes les politesses que j’v ai
mises, jusqu’à ne pas vouloir de mon nom dans
une Commission de Propriété littéraire qui se formait à son ministère. Il dit non à Camille Doucet, qui me proposait. Des années ont passé déjà là-dessus, mais ce ne sont point des titres à être un bon recommandeur . — Si vous le voulez, toutefois, Princesse, ainsi avertie que vous êtes, j’écrirai.
— J’ai reçu hier d’un malheureux homme une
lettre qui a un caractère particulier empoignant.
Je verrai demain l’individu. S’il me paraît tel que sa lettre me l’a fait entrevoir, je sollicitex'ai
peut-être pour lui la charité (c’est le mot) de Votre Altesse.
Je vous prie de vouloir bien agréer, Princesse, l’hommage de mon respectueux et tendre attachement.
M. Pasteur avait fait dans le Moniteur de lundi un bon article sur Lavoisier.