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amener et d’ajouter une ligne qui serait comme un degré d’escalier par où l’on arriverait en haut sans avoir trop à enjamber d’un seul coup. — Vous voyez, Princesse, comme je fais le pédant et le maître à écrire dès qu’on me met à même; j’étais né pour être professeur de rhétorique, et j’ai manqué véritablement ma carrière en me dissipant. — Vous, vous avez la simplicité des esprits justes et qui sied à la race des grands. Aussi vous demandai-je pardon d’avoir intercalé de mon écriture sur ce papier, et je voudrais que vous ne prissiez mes indications que comme un avertissement pour y mettre du vôtre.
Je vous prie de recevoir, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.
Princesse,
Ce 11 août.
Vous êtes aimable de penser à moi : l’attention m’est chère, même lorsque je n’en puis
user. Je me trouve avoir invité pour samedi deux amis à dîner au restaurant, et je ne pourrai être libre que vers dix heures. Ce serait un peu tard. Je ne saurai donc le résultat que par la voix publique. Ces premières représentations sont parfois embarrassantes. Est-ce que Votre Altesse connaît déjà la pièce 1 ? Vous l’a-t-il lue? Je suis homme à rôder autour du théâtre, et même à y entrer tout à la fin, s’il y a bouquet et succès.
J’ai causé un peu l’autre jour avec M. de la Valette. Il a évidemment des projets pour la reconstitution de la presse du gouvernement. M. de Calonne et sa Revue m’ont paru condamnés sans retour dans son esprit. En l’écoutant et en entrevoyant les remaniements auxquels sera sans doute soumise cette presse du gouvernement, je me félicitais tout bas de ne plus être à bord qu’en amateur, de ne plus dépendre, corps et âme, de ces vicissitudes de volonté, et je
1. La première représentation de la pièce de M. Émile de Girardin, les Deux Sœurs, devait avoir lieu le samedi 12 août
remerciais qui m’avait fait cette sécurité et ces loisirs.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
GXX
Princesse,
Ce 26 août 1865.
Voici une nouvelle occasion d’exercer votre influence salutaire et votre esprit de justice.
Une place est vacante à l’Académie des sciences par la mort de M. Valenciennes ; il s’agit de nommer un anatomiste. L’homme le plus capable, le plus en avant dans la science, un découvreur } c’est M. Robin, professeur à l’École de médecine, un ami de Rayer, un ami de Claude Bernard, de Taine, un vrai philosophe sous forme physiologique, un des savants qui font le plus d’honneur à la France à l’étranger.
Or, M. Robin, parce qu’il est un savant pur et sans concession, a contre lui les Milne Edwards, les Quatrefages, ce dernier resté protestant et
biblique, même quand il fait de la science, et l’autre qui tient à ce que ses traités d’histoire naturelle soient approuvés de l’archevêque.
Bref, il s’agit, Princesse, d’acquérir à M. Robin, non pas les impossibles, mais les possibles, à savoir M. Chevreul et M. Serres, sur qui l’on dit que Votre Altesse a du crédit. Bertrand est pour lui. — Taine aura l’honneur de vous écrire : je prends les devants.
J’ai l’autre jour été frappé de l’état du petit malade : va-t-il mieux enfin ? On se prend à aimer cette charmante famille où ce sang des Bonaparte se reconnaît et coule sinon dans toute sa force, du moins avec un éclat charmant et doux.
Daignez agréer, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.