Le docteur Rayer est mort le 10 septembre
3. M. Achille Fouldn qui venait de mourir à Tarbes le 5 octobre 18G7.
Que de mécomptes en ce moment ! et laissez-
moi vous le dire, Princesse, quel désarroi de l’opinion ! Comme tout semble flotter au hasard! Comment personne ne présente-t-il à l’empereur, dans un court tableau résumé, l’état vrai des esprits, l’espèce de démoralisation politique qui s’est emparée de l’opinion et qu’on a le tort de laisser durer depuis des mois? Qu’attend-on? Pourquoi faire des parties sur mer par un mauvais temps là-bas, quand on pourrait si bien jouir ici à Paris du mauvais temps et peut-être conjurer aussi des vents contraires? Je ne conçois rien à cette façon de faire ou plutôt de ne pas faire. Connaît-on bien le caractère de ce peuple-ci qui passe sans cesse de l’extrême confiance à l’extrême contraire, qui est toujours le même à travers les siècles et les régimes divers, sur lequel il ne faut jamais compter, hormis dans des instants où l’on peut tout en effet? Mais ces moments passés et quand reprend l’accès opposé, on ne saurait trop veiller, trop avoir la main au gouvernail, être présent, attentif à tout et toujours. Et surtout pas de ces apparences d’interrègne. — Voilà ce que se disent
ou pensent tous ceux qui sont attachés de cœur à ce grand régime (quand ils n’y tiendraient pas par le devoir et par tous les intérêts) et qui ne désirent autre chose que de voir les grandes et nobles qualités, auxquelles la France doit tant, se manifester d’une manière efficace, présente et vive, de manière à dissiper ces vilains brouillards qu’on laisse de plus en plus s’épaissir et dont l’elTet immanquable est de dérouter.
Une nouvelle intervention à Rome serait une faute mortelle. On ne s’enchaîne pas avec obstination à une telle caducité! je veux parler du pouvoir temporel. Qu’on relise ce qu’en a dit Napoléon Ier. Non, on ne saurait refaire une telle faute. Quel bon moment on a manqué, il y a quelques années, quand M. de la "Valette y était ambassadeur! Mais ce n’est pas une raison, une faute faite, pour en faire une plus grosse. On soutient une branche faible, on ne soutient pas à perpétuité une branche condamnée et morte.
Excusez, Princesse, ces divagations d’un rêveur qui n’a pas à se distraire avec les aimables hôtes de Saint-Gratien et qui rumine dans son gîte. — On ne me reprendra plus à causer ainsi
politique quand je vous parle ; j’ai mieux à faire en vous écoutant et en vous redisant les sentiments de reconnaissance, de tendre et inviolable attachement que je vous ai voués.
Ce 10 octobre 1807.
Princesse,
Me voici en requête comme cela avait lieu si souvent. La pauvre petite Mlle Marie C... est rentrée dans sa classe du Conservatoire : elle passe un examen pour la Chapelle aujourd’hui même. La lettre de sa mère, que je joins ici, vous dira l’objet de son vœu. Cette charmante mère est de plus en plus infirme du genou.
J’ai eu des nouvelles de Saint-Gratien par mon docteur Phillips. J’espère que nous aurons le bonheur de vous ravoir bientôt. Je réclamerai de vos bontés l’un des premiers jours du retour pour étrenner mon nouveau salon. Il va
être tout à fait gentil et aussi gai que je voudrais l’être.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
Ce 16 octobre (deuxième lettre).
Princesse,
Vous êtes l’indulgence même : je me rassure donc. Ces pauvres dames C... sortent de chez moi, la petite toute émue. Elle venait de passer son examen, et, à ce qu’elle dit (les cantatrices sont comme les poètes), elle avait mat passé, gênée et contrariée par B..., qui avait ralenti exprès l’accompagnatrice aux moments les plus vifs et avait tout fait pour la faire manquer. Elle craint qu’ Auber ne soit impressionné défavorablement. — Je l’ai rassurée et j’ai dit que, pour cette admission à la Chapelle, tout • était au mieux, étant remis entre vos mains.
Ces soixante francs par mois de la Chapelle sont pour ces dames une ressource bien néces-
saire afin de suffire à un maître de chant, Hustache, répétiteur à l’Opéra et maître excellent <jui remplacera utilement pour la jeune personne le Conservatoire.
Je remets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre attachement.
Princesse,
Ce lundi.
Voilà vos dons qui recommencent : je me régalerai de ces poires de Saint-Gratien, car je suis moins que jamais indifférent aux rares petits plaisirs qui me restent.
J’ai eu grand bonheur hier à vous revoir, et quelque chose me dit que je suis maintenant moins loin de vous.
Veuillez agréer, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
GGXXV
Ce 30 octobre.
J’ai vu hier matin cette charmante fille de Théophile Gautier, Mme Catulle Mendès; .elle venait avec son mari pour me parler de vos bienveillances et de l’objet où elles pourraient s’ap-
pliquer en faveur de ce mari, poëte lui-même, et pour qui tous emplois ne seraient pas indifféremment bons. Une visite qui m’est survenue m’a empêché de continuer l’entretien sur ce point, qui est toutefois l’important. Elle mérite bien intérêt, talent si délicat dans une forme si belle. Je la voyais pour la première fois d’assez près et distincte de sa sœur; elle m’a charmé. Estce qu’il n’y aurait rien de possible dans les beaux-arts? ou peut-être à l’intérieur, M. de la Valette étant si bienveillant? Mais il faut pour cela qu’il reste.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
Ce 8 novembre, vendredi.
Princesse,
Hier, en vous apercevant, le tapissier s’est piqué d’honneur, il a rougi pour moi ; et dès aujourd’hui le petit salon est prêt, les tapis sont renouvelés, enfin le petit logis est moins indigne de vous recevoir.
•La semaine prochaine, oserai -je vous proposer ou jeudi , ou vendredi , ou même mercredi, le jour à votre convenance, pour cette fête tant attendue de moi? Vous auriez la bonté encore, une fois le jour choisi par vous, de le dire à Mm* Espinasse, qui serait par vous invitée comme elle doit l’être, ne pouvant me le permettre moimême. J’avertirai aussitôt le surintendant, auquel je tiens fort pour mille et une raisons, dont la principale est le plaisir que j’aurai à le voir.
Je mets à vos pieds, Princesse, l'hommage de mon tendre et inviolable attachement.
CCXXYII
Princesse,
Ce dimanche.
J’ai été très-heureux l’autre jour et plus que je ne l’ai pu marquer. Ma fatigue était surtout dans la voix et, par un singulier guignon, le rhume, que je n’ai jamais, avait choisi ce jour-là pour me prendre au gosier.
J’aurais voulu vous pouvoir plus retenir et nos aimables convives; mais vous-même avez paru à un moment un peu souffrante, Princesse. Êtes-vous tout à fait bien? Je continue de ne pouvoir dire trois mots sans tousser; mais maintenant, et jusqu’à ce que je vous revoie, ça m’est bien égal.
Phillips est venu dès le lendemain s’assurer que son sujet allait bien pour l’essentiel.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage <’e ma tendre gratitude et de mon inviolable usuellement.