‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 83 sur 90 · M. Catulle Mendès · texte numérisé non relu

M. Catulle Mendès

CGXXIX

Ce 28 novembre.

J’écris à l’instant à T... pour le faire rougir de son procédé et pour lui dire ce que j’en pense.

Tenez ferme, Princesse, et le mal ne se consommera pas.

A vos pieds l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Princesse,

Ce vendredi 29.

Il y a eu erreur dans la conjecture. Ma lettre a vite atteint M. T... : il est venu me voir à la minute. Il ne connaissait pas M. Catulle Mendès et n’en savait rien que ce que je lui ai moimême appris.

Le cousin (et non neveu) de lui, dont il a été question, ne désirait que permuter une place

qu’il a au Crédit foncier, pour une place (fut-elle moindre d’appointements) à la maison de l’empereur, et ce cousin n’est nullement concurrent de M. Mendès pour la place en question. — M. T..., à qui j’ai dit ma note pour le maréchal1, l’a trouvée juste et a ajouté qu’il la signerait.

Mais que de misères et de mystères pour une simple bonne action que votre bonté vous a suggérée, et que ces corridors et ces entre-sols de ministères renferment donc de méchantes allées et venues et d’intrigues!

1. Le maréchal Vaillant, àquiM. Sainte-Beuve avait adressé la note suivante :

« J’apprends avec peine que M. Catulle Mendès est près d’être exclu de la bienveillance du maréchal pour un fait de jeunesse, remontant à six ans passés. Ce n’est point un fait de mœurs, c’est un fait de presse. Ce jeune homme a publié quelques vers trop libres, il a eu tort, mais est-ce un crime irrémissible et qui doive entacher sa vie? Le maréchal, qui sait si bien son Horace, peut-il juger sévèrementet inexorablement un délit qui consiste à avoir fait une ode trop légère à vingt ans? Lorsque M. Catulle Mendès fut condamné, je ne sais qui a dit : « Voilà ce que c’est que de s’appeler Catulle! » Quoi! ce maréchal si lettré n’aurait pas donné à Piron une place dans ses bureaux à cause de cette fameuse ode, péché de jeunesse! Or, M. Mendès n’a rien fait de si grossier.

« Je voudrais qu’il y eût en France un grand honnête homme

11 m’est impossible pourtant d’imaginer que vous ne réussirez pas.

Daignez agréer, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

GCXXXI

Ce 4 décembre 1807.

Princesse,

De grandes souffrances venues, je ne sais pourquoi (à cause de la neige, sans doute) m’ont empêché de répondre aussitôt à votre bonne lettre.

de l’ordre judiciaire, un L’Hôpital, un d'Aguesseau, un I.amoiauon, ou môme un Portalis r on lui poserait le cas, on lui demanderait : « Est-il juste que toute la carrière d’un jeune « homme soit brisée à l’avance et comme interdite pour un tel « délit de jeunesse? » Je suis persuadé que cet homme, qui représenterait la conscience de la loi, donnerait un jugement favorable. Mais le maréchal si respecté et si lettré n'est-il pas Jui-môme cet honnête homme, qui a droit de prononcer le verdict?

•i Et à cela j’ajouterai que l’homme qui a dénoncé M. Mondés, s’il dépend du maréchal, mériterait, lui, d’ôtre destitué.

» 27 novembre 1867. »

Je pense, en effet, que l’empereur a fait à peu près ce qu’il voulait, ni plus ni moins, et que M. de Moustier a parlé simplement dans cette ligne1. La simplicité abrégerait, en effet, bien des choses.

Je crains bien que ce maréchal , à force d’hésiter, n’ose signer. Ils se croient donc tous immaculés dans ce ministère! Qu’un peu de bien a de peine à se faire!

Vous recevrez, Princesse, une lettre de remercîments de la pauvre malade Mme G..., qui, grâce à vous, a obtenu pour sa fille classe et Chapelle.

Il m’en coûte de ne pouvoir plus envisager la vie du côté qui sourit. Je m’y sentirais encore disposé.

Je suis à vous, Princesse, avec un tendre et inviolable attachement.

1. Le Moniteur de la veille avait publié la convention postale entre la France et la Bavière, relative à l’affranchissement jusqu’à destination des papiers de commerce ou d’affaires, ouvrages manuscrits ou épreuves d’imprimerie, portant des corrections typographiques.

CGXXXII

Ce 10 décembre 1807.

Princesse,

Que Votre Altesse soit assez bonne pour m’excuser de dicter!

Mon état de souffrance est le même, quoique les médecins s’accordent à dire que ce n’est rien.

Je n’ai aucune force ni aucune capacité d’attention.

Je ne vois, Princesse, qu’une chose à faire : mander le coupable, le faire se confesser complètement. Je le sais informé de la difficulté qui s’élève contre lui. Qu’il montre à Votre Altesse ces mauvais vers. Qu’il fasse voir surtout qu’il a été coupable d’une imitation d’Alfred de Musset- Son plus grand délit est là. Je suis persuadé que l’empereur, pris pour juge, prononcera le verdict; mais quel ... que ce soi-disant lettré de ministre 1 !

1. « ... On les flatte d’être de l’école d’Horace, parce que vieux, ils font quatre malheureux vers latins comme un éco-

J’ai bien souffert moralement de ces paroles imprudentes arrachées au plus joufflu des orateurs1. Quoi! l’empereur ne pourra-t-il trouver des interprètes vrais et surs de sa politique?

Toute cette lettre sent le malade, Princesse, et l’homme irrité, — l’homme attristé surtout

lier de quatrième ! Ils ont gardé du cuistre, ils n’ont rien pris des muses. » (Extrait d’une lettre de M. Sainte-Beuve sur le même sujet.)

2. M. Boulier, dans la discussion au Corps législatif sur les affaires de Rome (4 et 5 décembre 1807). — M. Sainte-Beuve écrivait, dans le même temps, à un correspondant de Genève : « (8 décembre 1807). Eh bien, voilà le gouvernement parlementaire en pleine fonction. Vous êtes contents, messieurs? Ce que j’admire une fois de plus, c’est comme notre nation est une nation de montre, de spectacle, d’émotion dramatique. Ils sont tous, même les chroniqueurs libéraux..., à s’émerveiller sur l’effet et les péripéties de cette séance du 5, où l’on a vu M. Roulier s'engageant graduellement jusqu’à dépasser le but, traîné à la remorque par deux acolytes imprévus, M. Thiers et M. Berryer, et en venant à laisser échapper, du haut de la tribune, ce fameux mot Jamais! qui a toujours porté malheur à ceux qui l’ont proféré. Ces messieurs, spectateurs privilégiés de la séance, sont tout heureux de vous faire assister à ce bête de triomphe de M. Chesnelong : ils oublient le fond et le fait, qui est ce misérable pouvoir temporel, une dernière honte de la civilisation, et ils ne voient qu’une des scènes accidentées de l’éloquence parlementaire, objet littéraire de leur culte... »

de ne point entrevoir l’instant où il pourra vous entendre.

Je mets à vos pieds. Princesse, l’hommage de mon respectueux et inaltérable attachement.

CCXXX11I

Ce 28 décembre 1807.

Princesse,

Permettez-moi de dicter.

Je suis toujours très-faible et je n’ai pas cette sensation du mieux que les médecins déclarent.

Je suis incapable de toute conversation et dans un état de torpeur presque habituel.

Mais il faut faire son devoir et tâcher d’être le moins inutile possible.

Je suis chargé pour vous, Princesse, d’un magnifique volume relié à vos armes, contenant les œuvres poétiques de ce malheureux *..., avec une lettre de sa mère pour l’empereur, le tout en vue d’une diminution de peine. Mon fidèle Troubat portera le tout un jour rue de

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