‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 84 sur 90 · Un détenu de Melun · texte numérisé non relu

Un détenu de Melun

Courcelles et passera par Mme de Fly. Je dicte un peu au hasard et vous sourirez.

De plus, la moindre aumône de votre part envoyée à. un pauvre aveugle des Quinze-Yingts appelé La Halle sera un grand bienfait.

Je ne vous demande point pardon, Princesse, d’en user si librement : votre bonté dès longtemps m’a ôté les scrupules.

Oh! quand pourrai-je causer?

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Ce 1er janvier 1868.

Chère et bonne Princesse ,

Votre vœu m’arrive, je le savais! Les miens volent vers vous et vous environnent : gardez, accroissez tous les bonheurs qui vous accompagnent et que vous distribuez sous toutes les formes autour de vous.

 vous, Princesse , d’un tendre et inviolable attachement.

CGXXXV

Ce 3 janvier 1808.

Chère Princesse,

Je dicte toujours, étant très-faible et sans aucune sensation de mieux.

Il est arrivé, le roi des fauteuils; il a été vu, essayé, admiré, et je n’ai eu qu’une pensée, l’essayer à mon tour, et l’appliquer dans tous ses ressorts moelleux et à volonté.

Mais la maison est petite, la boîte a été faite pour des cigales, et nous n’avons pu le monter de front par le plus court chemin : l’escalade par la fenêtre du jardin est remise à demain. Je devais tout ce bulletin, Princesse, à votre aimable et généreux intérêt.

J’ai revu Viollet un moment. J’ai vu hier le bon docteur Phillips et aussi M. Giraud. — Mon Dieu! que je voudrais donc guérir pour remercier mes amis !

Je mets à vos pieds, Princesse, l'hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Ce 8 janvier 18G8.

Princesse ,

J’attendais pour écrire moi-môme ; malgré un mieux que je sens, la fatigue est prompte encore. — Le beau fauteuil a été monté hier et sans escalade. Mon tapissier a trouvé le joint; mais ce n’est qu’aujourd’liui que j’en prendrai possession. Il sera moins encore fauteuil de malade que fauteuil de travail, car j’espère travailler encore.

J’ai reçu du pauvre aveugle des Quinze-Yingts une lettre de remercîment pour la Princesse; ce sera la prochaine fois àM. Camille Doucet que nous le recommanderons.

Je me fais beaucoup lire à tort et à travers. II y a parfois des choses assez amusantes dans ce torrent d'encre de chaque jour.

Le philosophe que je voudrais vous offrir, Princesse, n’est rien moins que Sénèque. 11 n’était pas prêt. Je crois qu’il est un peu de ceux

qui disent que la douleur n'est pas un mal. Je fais mon possible pour le croire.

Il m’est survenu, depuis ces jours derniers, un assez grave souci. Le secret n’étant pas mien, j’ai dû le garder1.

J’ai vu hier Claude Bernard, à qui je me suis confessé comme à un médecin excellent. — Il m’a paru content.

Je mets à vos pieds, Princesse, l'hommage de mon tendre et inviolable attachement.

CCXXXV1I

Ce 19 janvier 1868.

Nous ne recevons que d’aujourd’hui la réponse à la question que vous aviez eu la bonté de m’adresser : c’est bien du ministère de la guerre que dépend la rémission de la peine...

1. Le prince Napoléon avait adressé, sous forme de lettre, à M. Sainte-Beuve, un mémoire sur l’expédition romaine d’octobre 1867 et l'affaire de Mentana, qui devait paraître dans le journal le Siècle , précédé d’une lettre d’envoi do M. Sainte- Beuve à M. Havin. La publication en fut interdite au journal au moment môme où le numéro allait être mis sous presse.

Je pense souvent à la rue de Courcelles, au cours deZeller, aux soirées des jours non officiels, aux matinées de l’atelier, — à tout ce dont je suis privé, mais où ma pensée, un peu moins accablée, recommence à se mêler avec regret et désir, faut-il dire espérance ? J’en ai encore bien peu, sentant toujours au fond ce qui m’arrête.

J’aspire aux beaux jours, me figurant qu’il y aura peut-être un coup de soleil qui me permettra de goûter encore ce qui faisait ma joie auparavant et d’y reprendre une petite part.

Comme on devient modeste au sortir d’un mal réel 1 — Comme on est prêt à se contenter des miettes du bonheur passé !

mon tendre et inaltérable attachement.

CCXXXVIII

Princesse,

Ce 13, jeudi.

J’ai vu ce matin M. Duruy, qui allait dîner chez Votre Altesse : il est bien sottement attaqué.

et par le pape même, qui donne raison par son bref1 à cet évêque étourdi Dupanloup. Je ne parle pas d’ingratitude : mais est-il possible de manquer de goût à ce point, — après de tels services rendus à son temporel, de s’attaquer pour remercîment à un ministre de l’empereur ! Ob ! quand la France et l’empereur se purgeront-ils de cette lèpre cléricale?

— J’ai quelque ennui de sentir que j’avance peu et que je ne gagne pas dans mon espoir de reprendre quelque part à la vie sociale et d’amitié. Je marche, mais cette marche a son terme assez vite, et je n’ose encore m’aventurer à une longue course, dont le retour devra être à pied comme l’aller.

La pensée de la Princesse m’est habituelle, et c’est à elle que je songe surtout dans ce genre d’ennui et de privation qui m’est encore imposé.

mon tendre et inviolable attachement.

1. Dans ce bref, le pape félicitait M. Dupanloup de sa campagne contre les chaires d’enseignement fondées par M. Duruy pour l’instruction secondaire des filles (février ÎSÜS).

CCXXX1X

Ce mardi 25 février.

Princesse ,

Quoiqqeje n’aie pas eu l’honneur de vous écrire, j’ai pensé à ce qui avait été dit pour quelque homme jeune, de talent et de bonne volonté. Immobile comme je suis, j’en ai parlé à de plus à même que moi de connaître une telle graine déjà poussée : je n’ai pas trouvé. — M. Dalloz m’a indiqué un homme capable et de mérite, mais déjà homme fait et plus propre à diriger qu’à suivre. — 11 est incroyable comme les générations nouvelles rendent peu de ce côté ; on dirait qu’elles sont stériles. C'est qu’on ne s’est soucié de rien former ni préparer en ce sens depuis quinze ans, et, à l’heure de la moisson, on ne trouve plus d’ouvriers.

Je mène ma vie de travail et de réflexion, sortant chaque soir un peu pour me réhabituer ; mais le dégourdissement ne vient que bien len-

tement. La rue de Courcelles est au bout de mes •rêves.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Ce jeudi 12 mars.

Princesse,

J’ai vu de nos amis et j’ai eu plus d’un écho du mercredi, Flaubert, Gautier... C’est quelque chose de ce que je n’ai plus, de ce que je n’ai pu retrouver encore. Je m’exerce chaque jour à marcher vers six heures, et il me semble que je fais quelque progrès. On me fait espérer que la Princesse veut bien penser à venir : j’ose la prier que ce ne soit pas demain vendredi, ayant à quatre heures une visite annoncée que je n’ai pas été libre d’éluder et qui me gâterait mon plaisir. Car j’aime à le prendre seul, ayant tant de questions à faire, tant à écouter, et jaloux de reprendre un à un, autant que possible, chaque fil du passé.

La Princesse aura reçu le Gisors de Camille Rousset : j’en viens de faire un article *. Mais ne trouvez-vous pas que ce jeune homme est trop parfait ? Quoi ! pas une légèreté, pas une erreur ! — On lui voudrait une faiblesse.

J’ai un peu de souci, étant obligé par position de dire quelque chose sur cette loi de la presse au Sénat, et n’ayant, pour être sincère, rien à dire de satisfaisant dans aucun sens. Combien j’aime mieux n’être en face que de mes livres et n’avoir affaire qu’à mes morts !

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Princesse,

Ce 28, samedi.

Je l’écrivais hier à Mérimée, j’ai rarement vu un aussi mauvais discours de réception *, et j’en

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