La France nouvelle
tudes qui, en se contenant dans de certaines limites, n’impliquent pas danger, mais seulement des sensations plus ou moins désagréables.
J’ai ressongë à la dame-secrétaire. Je crois vraiment que j’ai quelqu’un sous la main. Comme il y a de l’esprit et de l’honnêteté, on pourrait accoutumer vite la personne et l’essayer même sous M“e de Fly, sans qu’elle demeurât d’abord à l’hôtel. J’aurai l’honneur de vous en parler, Princesse, à la première occasion.
Je mets à vos pieds l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
Ce 21 juillet 1808.
J’envie les fraîcheurs de Saint-Gratien : je viens de voir le docteur Phillips, qui m’a trouvé peu vaillant.
Je suis souvent assailli de demandes que je dissimule. — En voici une dont l’auteur mérite intérêt; c’est un jeune homme fort gentil de sa
personne : il ambitionne la croix, il paraît que cela dépend de Schneider. Si Marthe Varades vous a plu, soyez-lui indulgente, Princesse.
Je mets à vos pieds l’hommage de mon tendre et inaltérable attachement.
GGLYII
Ce vendredi 31 juillet.
Princesse,
C’est là une grave question.
Je ne doute pas qu’il ait pu faire cette réponse : il est sans tact certainement, il est entrant , il est ..., il ne doute de rien.
11 mérite certainement une leçon. Mais je crois que ces défauts de manque de tact suffisent à expliquer sa conduite, sans rien de plus fâcheux n'rde plus prémédité. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup à.’ arrière-pensée.
C’est un provincial transatlantique.
Princesse, j’ai un peu le cœur gros, parce qu’ayant essayé avant-hier de la voiture, j’ai senti que je ne pouvais sans inconvénient : j’ai dû descendre presque aussitôt.
Phillips me fait espérer que plus tard cela pourra m’incommoder moins.
J’ai soif de reprendre un peu la vie d’amitié. Daignez agréer, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
Ce 15 août 1868.
Chère Princesse,
L’heure à laquelle je pouvais espérer vous voir est passée. Il faudrait bien delà conversation et ce qui se dit de vive voix pour s’expliquer sur ces dernières émotions ; mais ce qui est frappant et ce qu’un bon médecin politique noterait et dont il tiendrait grand compte, c’est cette disposition fébrile, cette maladie de l’opinion qui fait que tout devient sujet d’émotion et de scène. Dans le cas particulier, le point capital me paraît être la maladresse de ceux qui, ayant charge de veiller et de prévoir, ont manqué essentiellement de tact. Comment avoir l’idée de faire présider
semblable cérémonie par un enfant *, lequel, à ne tenir compte que des études, serait encore assis sur les bancs les plus inférieurs? Le reste n’a été qu’une conséquence *.
Je suis fort affecté de tout ce que je vois et j’observe. Baudrillart est une plume honnête, mais qui réussit peu auprès du public; et qu’estce qu’un journaliste qui ne réussit pas ? Je crois souvent reconnaître Sacy sous ses phrases. — Sacy a été, en son temps, un bon journaliste ministériel : il est usé. Son gendre ne sera jamais un journaliste àplume adroite et alerte. La combinaison n’a pas été heureuse1 2 3. — Ils sont, à chaque instant, condamnés à combattre le Journal des Débats, dont ils ont été, dont ils sont sortis et avec qui on était accoutumé à les identifier. C’est une position fausse.
Mais je rabâche moi-même et je fais comme
1. Le prince impérial occupait une place d’honneur à la disnbution des prix du grand concours (10 août 18G8).
2. L’ovation faite à l’un des élèves couronnés, fils du général Cavaignac.
3. MM. de Sacy et Baudrillart avaient pris la direction du Constitutionnel.
les gens qui vivent trop avec eux-mêmes et avec leurs pensées. Que je voudrais les rafraîchir et les noyer dans des torrents d’air salubre et de mouvement champêtre, les renouveler dans les entretiens et avec l’enjouement de l’amitié!
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
CGL1X
Ce 29 août 1808.
Chère Princesse,
Je ne sens mon mieux qu’à l’absence de souffrance, mais il n’y a plus ni charme ni contentement véritable pour moi.
Dalloz, en effet, me paraît avoir perdu la partie. On va faire plaisir à P..., à M. N... et à M. de S... et à quelques autres subalternes, qui y trouveront leur compte : je serais étonné que le gouvernement n’y perdît pas. Je crois que Dalloz entend ses affaires : c’était une raison pour lui faire des conditions étroites, non pour l’évincer.
Pour moi, je sais bien une chose : c est que, mieux au fait que la plupart, de ces questions de presse et de Moniteur dès l’origine, personne n’a jamais daigné me demander un avis que j’eusse donné en homme honnête et de bon sens. Je me considérerai donc comme parfaitement délié envers la nouvelle administration; je ne déserterai personne, mais j’irai où il me plaira : c’est bien le moins. Ce qu’on aura entrepris sans nous, on le continuera sans nous.
J’ai lu le triste article Sacy-Baudrillart sur une dame illustre. Quand la ... connaîtra-t-elle des bornes? Quand les écrivains éviteront-ils de aire sur le public l’effet contraire à celui qu’ils croient produire ?
J’ai vu L...; il m’a dit des choses curieuses, et tout cela ne me rend pas optimiste: j’aimerais à l’être toutefois.
Mérimée m’avait raconté le retour à Fontainebleau, c’est bien; il faudra, dans de telles situations, de l’intelligence, du tact et du caracfère : on ne saurait s’y accoutumer de trop bonne heure, et c’est d’un heureux augure.
Le brave M. Giraud ne me paraît pas trop
triste ; sa légèreté lui vient en aide, et ce qu’ont appelle légèreté n’est peut-être qu’un des noms sous lesquels se déguise la philosophie.
On m’a parlé de la statuette de Barre, comme d’une belle chose et vivante. — Je serai bien curieux de voir que Zeller aura servi de fidèle secrétaire. 11 ne faut pas perdre toutes ses pensées ni tous ses souvenirs. — C’est avec les souvenirs que je vis quand je fais ma ronde solitaire le long de mes boulevards et que je me reporte aux bonnes et brillantes heures où le cœur et l’imagination trouvaient leur délicate jouissance.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
Ce 2 septembre, mercredi.
Certainement, Princesse, j’y serai jeudi et toujours dès qu’il me sera donné de vous espérer I
J’ai aujourd’hui à dîner Mérimée et M. Giraud, et il me semble que je suis de mon mieux.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
GGLXI
Ce 22 septembre 1808.
Chère Princesse,
L'heureuse visite m’avait remonté pour un temps, mais peu à peu je suis revenu à mon niveau et à cette disposition habituelle qui est peu variée et sans mouvement. Il est inconcevable comme l’idée et la certitude qu’on ne fera plus jamais certaines choses, certains voyages, certaines promenades, des choses même qu’on n’eût peut-être jamais faites, vous calme au fond jusqu’au point de vous glacer et de produire une mortification profonde dans toutes les joies de l’esprit, qui ne sont le plus souvent que des désirs. — Mais je ne viens pas prêcher sur ce ton d’ennui. M. Giraud m’a rapporté des échos de Saint-Gratien, il est amoureux de la statuette. — M. Benedetti doit en savoir un peu
plus long qu’un autre sur ces bruits de guerre qui finissent par devenir harcelants : je serais étonné qu’il fût d’avis de la faire. — Je rumine comme les solitaires. — Le sort de Dalloz se décide après-demain, le mien aussi en quelque sorte et en tant que passager.
Une pétition a été adressée à Son Altesse de la part d’une Mlle Krohm. On m’a demandé de vous assurer, Princesse, qu’elle est très-digne d'intérêt personnellement; et le roi Jérôme avait honoré son père, le capitaine de vaisseau Krohm, d’une marque d’estime particulière.
J’ai (ceci bien bas) mes petits ennuis domestiques qui tirent à leur fin, mais qui jusqu’au terme ne laissent pas de me donner souci et inquiétude.
Je voudrais bien que rien ne changeât au dedans, car cet humble intérieur, ainsi arrangé, me donnait les moyens de recevoir, — de 11e pas traiter trop indignement d’illustres et bien chers visiteurs et hôtes.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
A. LA PIUNGESSE.
Ce dimanche 27 (septembre).
Princesse,
Dès les premières lignes, j’avais nommé le modèle. Il est bien ressemblant et (l’une ressemblance intérieure. Heureux ceux qui sont dessinés et montrés ainsi ! Je n’oublie pas que j’ai cet honneur dans ce joli portrait en réplique
que je garde dans mes trésors.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.
CCLXIIt
Ce H janvier 18G9.
Princesse,
Quinze jours se sont écoulés1.
1. Lettre à la Princesse après sa visite au sujet de mon en» trée au Temps. (Note de M. Sainte-Beuve sur la minute de cette lettre.)
LETTRKS
J’ai beau chercher et m’interroger, je ne puis découvrir que j’aie eu aucun tort personnel envers Votre Altesse.
Vous m’aviez accoutumé, Princesse, à une amitié toute différente, — si différente, que je n’ai pu considérer l’entrevue de lundi que comme un accident extraordinaire, quelque chose qui n’était pas de vous , mais d’un autre .
Pour moi, j’ai mis le signet après la visite du dimanche. Le livre se ferme pour moi ce jour-là à cinq heures et demie du soir : se rouvrira-t-il jamais un jour?
Je sais ce que je dois à tant de bontés, à tant de souvenirs, à tant d’avances d’amitié dont les témoignages m’environnent et ne cesseront de m’entourer. L’étonnement dont j’ai été saisi lundi et dont j'ai eu peine à revenir passera. Tout ce qui a précédé vit et vivra. En ceci du moins je garderai la foi qui me manque si souvent ailleurs : même lorsque je ne pourrai plus espérer, j’attendrai encore, et une voix du dedans murmurera tout au fond de moi : Non, ce n’est pas possible!
— Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon respectueux et invariable attachement.