CV1II
Ce lundi matin 29.
Princesse,
M. Giraud m’a bien promis d’être de retour pour mercredi :il ne fait cette fois qu’une petite inspection, il sera des vôtres. — C’est lui qui, avant-hier, m’a fait lire le premier, en venant me voir à dix heures du matin, le Moniteur - que je n’avais pas encore reçu. J’ai été affligé, votre mot est juste, Princesse ; la lettre en ellemême est excessive ; l’insertion au Moniteur
1. On donnait, pour la première fois, le Supplice d'une femme (29 avril 1865).
2. Le Moniteur universel du 27 mai 1865, où l’empereur inflige un blâme à son cousin le prince Napoléon pour le discours prononce en Corse à l’inauguration de la statue de Napoléon I rr .
LETTRES
crée, je le crains, un fait irréparable. L’empereur n’aurait pas fait cela à Paris 1 : il a obéi à un premier mouvement que personne n’a combattu. Chateaubriand, qui avait vu l’étranger, a dit : « On n’écrit avec mesure que dans la patrie. » Deux seuls journaux se sont réjouis de la lettre et du coup qu’elle frappe, ce sont deux journaux royalistes, la Gazelle et l'Union. Il y a un proverbe oriental : « Veux-tu savoir si tu as commis une faute? regarde dans les yeux de ton ennemi. »
Votre jugement sur le discours, l’autre soir, m’a paru approcher du vrai : — il est bon qu’il y ait plus d’un côté dans l’interprétation napoléonienne. Le prince représente l’interprétation démocratique, patriotique, de 1815 — bleue. Il peut y avoir des nuances au bleu. Mais le blanc ne sera jamais une de ces nuances.
Le vieux Laurent (de l’Ardèche), qui a assisté à 1815, disait hier : « Il a été frappé pour avoir parlé de Bonaparte en Bonaparte et sous un Bonaparte. » C’est s’affaiblir pour le chef de l’État