‹ Lettres a la princesseChapitre 36 sur 73 · CXXXV · texte numérisé non relu

CXXXV

Ce lundi matin 80.

Princesse,

C’est presque le secrétaire des commandements de Votre Altesse qui vient vous rendre compte.

citer en faveur de M. Robin, dont je sais que vous appréciez les travaux?

0 Peut-être M. Robin n'est-il pas de la même école philosophique que vous; — mais il me semble, — autant que je puis juger de ces choses étrangères, — qu’il est de la même école scientifique, expérimeutale.

» S'il différait essentiellement par un autre côté, — un côté métaphysique ou non métaphysique, — ne serait-il pas bien et beau à un vrai savant de ne tenir compte que des travaux positifs? — rien de plus, rien de moins.

» Pardonnez-moi : j'ai tant souffert de l’injustice où j’ai vu certains organes de la prtssc à votre égard, que je me suis demandé quelquefois s’il n’y avait pas un moyen tout simple de réfuter ces sottises, de faire tomber dans l’eau tous ces sots et méchants propos. Vous êtes seul juge; mais, si M. Robin mérite d'être de l’Académie des sciences, pourquoi n’en scraît-

Voici ci-jointe une lettre de M. de L...

très-noble, très-digne, et, ce nie semble, qui lui fera honneur dans votre esprit et dans votre cœur.

Je suis à vous. Princesse, avec un attachement respectueux.

Princesse,

Ce mardi 21.

Que voulez-vous! ils sont de l’école, ils ne

il point par vous? — C’est comme quand Littré s’est présenté l’Académie française, ceux qui l’en ont cru digne ont eu tort, je le crois, de ne pas lui donner la main. Les sciences ont droit, ce me semble, d’ôtre, en de tels cas, eucore plus indépendantes que les lettres. La science ne voit que la science. — Mon sentiment de gratitude envers vous, pour ces bonnes quatre années où vous m’avez fait l’houncur de me donner un auditeur tel que vous (du temps que M. Sainte-neuve était maître de conférences à l'École normale), mon sentiment d'amitié, j’ose dire, m’emporte peut-être un peu loin!

» Je voulais, l’autre jour, vous dire quelque chose de cela chez la Princesse : elle m’y avait presque autorisé et engagé. Je suis plus hardi aujourd'hui la plume it la main.

» Encore une fois, cher monsieur et que je m’enorgueillis de pouvoir appeler savant confrère, excuscz-inoi et croyez à tous mes sentiments de la plus haute estime et de dévouemeut.

LETTRES

savent pas vivre, c’est-à-dire ils ne savent pas se faire plaisir à eux-mêmes. Plus on a d’évêques (je n’ose plus dire : et de sénateurs), plus on a besoin de se distraire et de causer de ce qui délasse.

Il y a à l’Académie deà sciences un petit tour de rouerie que m’expliquait hier M. Berthelot : c’est de retarder indéfiniment l’élection, dont les chances sont pour le moment des plus favorables à Robin. Je disais tout à l’heure : Oh! les universitaires ! — je suis tenté de dire maintenant: Oh! les savants !

Il n’y a qu’une manière, qui est la bonne, Princesse : c’est de n’être rien de tout cela ou d’être tout cela, mais d’être surtout des vôtres et de savoir apprécier les grâces et les sourires de la vie.

Avec bien du respect et de l’attachement.

CXXXYIII

Ce lundi matin.

Princesse,

J’ai été, tous ces soirs, dans de grandes fatigues de tête qui m’ont privé d’avoir l’honneur de vous aller saluer : j’avais pourtant, ce me semble, mainte et mainte chose à vous dire.

D’abord, j’ai oublié de vous faire remarquer qu’aucune trace de votre passage, en cette charmante visite, dont vous m’avez honoré dans cette chambre pleine de vous et de vos dons, n’a été perdue, et Troubat, en s’asseyant à sa place le lendemain matin, s’est écrié : « Mais qui donc s’est assis là et a écrit : Voilà une bonne plume? » 11 s’est emparé de l’autographe, et il se pique d’honneur : depuis ce jour-là, il écrit plus magnifiquement que jamais *.

1. M. Sainte-Beuve dictait presque toutes ses lettres à son secrétaire, mais il ne lui dictait pas les lettres à la Princesse, à l’exception de deux ou trois, vers la fin dans lesquelles il s’en

LETTRES

M" ,e C... est venue me voir avec sa fille; la pauvre dame a encore mal au genou et ne peut monter d’escalier; elle a bien hâte cependant de présenter à Son Altesse sa gentille protégée, qui est très -bien en effet. — 11 v a quelques années, quand l’OEuvre des jeunes filles incurables fut fondée, des vers furent adressés à la Princesse fondatrice et présentés par M ,nes de Villas; ces vers étaient de M me C... elle-même, qui en a reçu dans le temps un remercîment par le secrétaire des commandements. Elle ne m’a parlé de cette circonstance que dans cette dernière visite. Si Votre Altesse ajoute à toutes ses bontés l’attention de vouloir bien la recevoir au

excuse, et que la maladie l'empêchait d’écrirc lui-même. — O» a dit que le secrétaire avait la main de son maître : l'habitude avait produit ce phénomène. Il y avait eu à la longue, entre les deux écritures, une ressemblance acquise et comme un air de famille, qui disparaissait quand on les confrontait l’une avec l’autre. Mais le secrétaire n’était que le porte-plume de son maître. M. Sainte-Beuve relisait ses lettres, les signait toujours lui-même, grattait les virgules ou les accents inutiles (il se plaignait surtout, quand il dictait, d’uue ponctuation trop marquée et d’un abus d’accents graves : il aimait qu’on adoucît la prononciation); il recopiait ou faisait recopier pour éviter une rature : il avait toutes les attentions, toutes les délicatesses et coquetteries du style.

rez-de-chaussée, le moment de cette présentation qu’elle désire fort sera aussitôt que vous le permettrez.

Dans une conversation, déjà assez ancienne, que j’ai eue avec M. de L..., il m’a bien expliqué sa position, pour la dire, à l’occasion, à Son Al tesse. Il n’est pas pauvre, au pied de la lettre, en ce sens que sa plume lui rapporte à peu près par an dix mille francs, mais c’est à force de besognes et de travaux de commande. Il ne voudrait pas d’une position administrative ou de bureau qui lui prendrait tout son temps et le confisquerait : il n’y aurait nul avantage. Il insiste sur cette position dé secrétaire rédacteur attaché à la Présidence, qui lui laisserait la liberté des intervalles de session. On pourra, cet hiver, revenir à la charge auprès de M. Walewski, qui sera peutêtre flatté d’avoir un écrivain assez connu dans son personnel. \

Vous voyez, Princesse, combien j’entre dans toutes les intentions de votre bonté. — J’en viens à moi- même :

11 y a une lacune dans les volumes que je publie; je n’ai jamais recueilli ce Portrait de la

LETTRÉS

Princesse, qui n’a paru que dans un journal : je voudrais bien le mettre à la fin de mon cinquième et prochain volume des Nouveaux Lundis comme bouquet l . J’espère que vous n’y verrez aucun inconvénient. Que ne puis-je mettre à la suite les deux pages charmantes du contre-portrait que j’ai reçues à cette occasion, le lendemain même ! On y verrait que la plume vous va comme le pinceau.

Enfin, il y a une promesse précieuse, c’est que l’année ne finisse pas sans que la petite maison ait eu sa fête, d’un dîner à cinq ou six au plus, que vous voudrez bien me faire l’honneur de présider. C’est à vous, Princesse, à prendre le moment qui vous dérangerait le moins, à daigner le fixer, ainsi que le choix des convives ; il n’y en a que deux de possibles, en sus des convives habituels, le nombre six étant de rigueur sous peine d'étoufler.

Que de questions ! que de demandes à la fois! Je n’irai peut-être que demain soir, mardi, sa-

1. Il a été recueilli, — comme on a eu l’occasion de>.e dire plus haut (lettre du 2 juillet I8G2), — dans le tome XI des Causeries du Lundi.

voir la réponse à celle de ces questions, du moins, qui me tient le plus à cœur.

Je suis à vous, Princesse, avec tout le respect et l’attachement que vous savez.

Ce samedi 2.

Voici une Revue 1 curieuse. Toute l’affaire des Lettres de Marie- Antoinette est traitée à fond par l’auteur allemand, M. de Sybel, qu’on avait lui-même traité ici sous jambe. 11 paraît bien que le pot aux roses est découvert et que les originaux montrés par M. d’Hunolstein et soumis à des experts ont été reconnus faux. Qu’en va dire notre Feuillet?...

Il paraît que M' ne Sand part le 9 pour Nohant, d'où elle ne reviendra pas avant une quinzaine. J’aurais bien désiré que l’entrevue pût avoir lieu plus tôt, puisque cette entrevue doit être pour moi un honneur et une fête.

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