G LUI
Ce vendredi.
Princesse,
C’est en effet une infamie : c’est le génie du libelle. On ne peut tuer ce démon-là, il reparaît sous une forme ou sous une autre. Je sais mieux que personne les services rendus par M. Schneider, ayant été de concert avec lui et son confident en tout ce commencement. Il faut croire au mal, — au mal pour le mal — quand on voit cela. Voilons -nous, et restons du côté des honnêtes gens. C’est le sentiment qu’on éprouve.
Je me reproche, Princesse, de vous avoir trop fait assister à mes préoccupations et à mes sombreurs (comme dit mon maître de grec lorsqu’il traduit). C’est une disposition temporaire et qui passera. Je lui assigne, en médecin qui connaît son sujet, un certain terme. Croyez, Princesse, que j’apprécie plus que jamais cette bonté délicate qui est en vous et qui se voile,
pour ainsi dire, de l’éclat de soleil d’une si riche nature. On sait l’y découvrir toutefois.
Agréez, Princesse, l’expression de mon respectueux et sincère attachement.
Ce lundi 5 février.
Princesse,
Je reçois votre aimable mot. Oh ! non, je n’en suis pas là encore. Je n’ai pu faire aucune sortie, pas même une petite promenade en voiture. La moindre petite digestion est pour moi un travail extrême, dont je reste engourdi comme un boa. Croyez bien, Princesse, que ce ralentissement d’existence m’est à charge, et j’ai hâte de le secouer. Le jour où, sans dîner, je pourrai aller passer une heure rue de Courcelles sera ma première conquête.
Je mets à vos pieds. Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
LETTRES
Princesse,
Ce vendredi 9.
Je comprends bien qu’on soit un peu triste, et môme un peu maussade (si un tel mot peut jamais s’appliquer à votre disposition). — Je partage bien cet ennui, ce dégoût de tant de lenteurs dont est faite la vie. J’ai hâte d’avoir l’honneur de vous saluer : vous ne seriez pas trop surprise, Princesse, si vous me voyiez venir vous saluer un de ces matins à l’heure de votre déjeuner. Ce serait ma première sortie, et mon premier but serait la rue de Courcelles.
Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.
P.-S. — M. Giraud m’a pourtant parlé d’un noble et charmant costume, dont il a été le témoin — un témoin ravi.
Princesse,
Ce 22 février.
Si je comprends bien à partir de vendredi, vendredi n’est pas exclu, et, si vous me le permettez, j’aurai l’honneur d’aller dîner vendredi même. J’ai été bien tenté d’aller lundi à/eller J , mais un visiteur attardé m’a fait manquer l’heure. Je me sens privé.
Veuillez agréer, Princesse , l’expression de mon respectueux attachement.
Princesse,
Ce 23 février.
On se porte soi-même et son caractère partout, jusque dans ses douleurs. Les uns ont la