‹ Lettres a la princesseChapitre 66 sur 73 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

Princesse,

Ce 13, jeudi.

J’ai vu ce matin M. Duruy, qui allait dîner chez Votre Altesse : il est bien sottement attaqué.

et par le pape même, qui donne raison par son bref 1 à cet évêque étourdi Dupanloup. Je ne parle pas d’ingratitude : mais est-il possible de manquer de goût à ce point, — après de tels services rendus à son temporel, de s’attaquer pour remerciment à un ministre de l’empereur ! Oh ! quand la France et l’empereur se purgeront-ils de cette lèpre cléricale?

— J’ai quelque ennui de sentir que j’avance peu et que je ne gagne pas dans mon espoir de reprendre quelquepart à la vie sociale et d’amitié. Je marche, mais cette marche a son terme assez vite, et je n’ose encore m’aventurer à une longue course, dont le retour devra être à pied comme l’aller.

La pensée de la Princesse m’est habituelle, et c’est à elle que je songe surtout dans ce genre d’ennui et de privation qui m’est encore imposé.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

1. Dans ce bref, le pape félicitait M. Dupanloup de sa cam. pagne contre les chaires d’enseignement fondées par M. Duruy pour l’instruction secondaire des filles (février 18üS).

LETTRES

GCXXXIX

Ce mardi 25 février.

Princesse ,

Quoiqueje n’aie pas eu l’honneur de vous écrire, j’ai pensé à ce qui avait été dit pour quelque homme jeune, de talent et de bonne volonté.

Immobile comme je suis, j’en ai parlé à de plus à même que moi de connaître une telle graine

déjà poussée: je n’ai pas trouvé. — M. Dalloz m’a indiqué un homme capable et de mérite, mais déjà homme fait et plus propre à diriger qu’à suivre. — 11 est incroyable comme les générations nouvelles rendent peu de ce côté ; on dirait qu’elles sont stériles. C’est qu’on ne s’est soucié de rien former ni préparer en ce sens depuis quinze ans, et, à l’heure de la moisson, on ne trouve plus d’ouvriers.

Je mène ma vie de travail et de réflexion, sortant chaque soir un peu pour me réhabituer ; mais le dégourdissement ne vient que bien len-

tement. La rue de Courcelles est au bout de mes rêves.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Ce jeudi 12 mars.

Princesse,

J’ai vu de nos amis et j’ai eu plus d’un écho du mercredi, Flaubert, Gautier... C’est quelque chose de ce que je n’ai plus, de ce que je n’ai pu retrouver encore. Je m’exerce chaque jour à marcher vers six heures, et il me semble que je fais quelque progrès. On me fait espérer que la Princesse veut bien penser à venir : j’ose la prier que ce ne soit pas demain vendredi, ayant à quatre heures une visite annoncée que je n’ai pas été libre d’éluder et qui me gâterait mon plaisir. Car j’aime à le prendre seul, ayant tant de questions à faire, tant à écouter, et jaloux de reprendre un à un, autant que possible, chaque fil du passé.

LETTRES

La Princesse aura reçu le Gisors de Camille Rousset : j’en viens de faire un article *. Mais ne trouvez-vous pas que ce jeune homme est trop parfait ? Quoi ! pas une légèreté, pas une erreur! — On lui voudrait une faiblesse.

J’ai un peu de souci, étant obligé par position de dire quelque chose sur cette loi de la presse au Sénat, et n’ayant, pour être sincère, rien à dire de satisfaisant dans aucun sens. Combien j’aime mieux n’être en face que de mes livres et n’avoir affaire qu’à mes morts !

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

Ce 28, samedi.

Je l’écrivais hier à Mérimée, j’ai rarement vu un aussi mauvais discours de réception *, et j’en

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