‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 1 sur 135 · AVANT-PROPOS DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DES ÉDITEURS

Lamartine gardait les lettres qu'il recevait, mais il n'avait pas le temps de les classer selon leur importance. Madame de Girardin lui demandait, en 1838, pour un travail de la comtesse Merlin, des lettres de madame Malibran, qu'il avait reçues en 1830 : « Je vous promets de les chercher, répondait-il ; mais j'ai cinq maisons et dix ou douze cabinets ou s'enfouissent au hasard de leur arrivée mes lettres et papiers, w

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Ce qu'il en reste a été réuni à Saint-Point, et du dépouillement qui en a été fait est sorti ce volume. Beaucoup de ces lettres ont été éliminées, ne présentant pas un intérêt actuel. Les lettres signées de noms marquants ont été classées; nous en donnons seulement quelques-unes ici.

Si les lettres de Lamartine que nous avons déjà publiées, témoignent combien il était fidèle et dévoué à ses amis, celles que nous donnons aujourd'hui prouvent à quel point, dès les premiers débuts de sa vie, il avait su acquérir Tamitié, et ensuite, par ses œuvres, Tadmiration de tous les hommes éminents qui ont illustré la Restauration. L'impression que nous a laissée la lecture de ces lettres nous engage à les publier.

Quelques notes nous ont paru nécessaires pour déterminer la date des lettres qui n'en avaient pas, éclaircir certaines obscurités en rappelant les circonstances du moment, et in-

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diquer les références aux Mémoires politiques ^ ! et à la Correspondance^ .

* 1. La première partie de cette autobiographie (1790-1848) vient

d'être réimprimée sous le titre de Lamartine par lui-même.

2. Correspondance de Lamartine, 4 vol. in-16, publiée par madame Valentine de Lamartine.

LETTRE DE MADAME LA MARQUISE DE MONTGALM*

Ce 23 mars 1818.

J'espère que vous ne me croyez ni inconstante, ni ingrate ; mais j'ai été bien souffrante et agitée par des impressions pénibles, ce qui m'a empêchée de répondre plus tôt à votre bon souvenir. J'en ai été bien touchée, je vous assure, et je ne sais trop pourquoi je ne vous parais pas la plus maussade personne du monde. Conservez votre illusion et

1. Un des salons par lesquels Lamartine entra dans le monde fut celui de madame de Montcalm.

Cette lettre lui est adressée à Mâcon où il était malade, accablé de chagrin, peu de temps après avoir reçu la nouvelle de la mort de madame Charles (corresp. 1818) .

La date manuscrite de Tannée manque, mais elle est suffisamment indiquée par certaines circonstances et la publication de VEssai sur ^indifférence (1817).

n'exécutez pas ces projets de retraite si "fâcheuse pour vos amis.

On assure que sous peu M. de Rayneval sera ministre des affaires étrangères, et dans ce cas, vous feriez bien de venir faire un voyage à Paris pour vous mettre en rapport avec lui. Si vous le désirez, je vous ferai dîner ensemble. J'ignore si vous le connaissez. Ses formes extérieures sont contre lui, mais ses connaissances sont étendues, et son esprit conciliant le rend propre à rapprocher et adoucir les aspérités politiques. Au surplus, sa nomination est encore incertaine, et la tactique honteuse de la droite, qui s'unit toujours à la gauche contre tous les ministères raisonnables, rend les chances de gouvernement bien incertaines et bien difficiles.

Vous me demandez si on écrit et si on lit à Paris? On devrait en vérité rougir de Tun et de Tautre, car tout ce qui parait porte un cachet dont on serait tenté d'être honteux devant la postérité, si on pouvait supposer qu'elle s'occupera de nous. Un seul ouvrage me parait hors ligne par l'extravagance des idées et par l'admirable beauté du style, c'est celui de M. de Lamennais*. Si vous ne l'avez pas lu, procurez-vous-le ; il mérite d'être lu

1. V Essai sur l'indifférence en matière de religion. VoirTappréciation que Lamartine faisait de ce livre dans une lettre à M. de Virieu, 8 août 1818. Correspondance in-16, tome I".

et même relu. La folle franchise de ses opinions ultramontaines est exprimée avec une verve, une chaleur tout à fait remarquables. Il n'emploie ni une parole ambitieuse, ni une phrase recherchée ; sa chaleur est toute dans son âme et dans son style. On peut lui reprocher, comme à lord Byron, de n'avoir qu'une corde à sa disposition, mais cette corde est admirable, et il est déplorable qu'il en fasse un si mauvais usage. Cet homme soupire après la persécution, la révolution ; et la seule punition que l'on doive exercer contre lui, c'est de le laisser jouir d'une grande tranquillité et de ne répondre ni à ses injures, ni à ses rêves qui sont trop loin de la portée du vulgaire pour être dangereux. Je ne vous demande pas de m'envoyer vos vers, puisque vous m'en croyez indigne*. Cette injustice ne me rendra pas ingrate envers eux et ne me fera pas oublier que c'est à eux que je dois le désir que j'ai éprouvé de vous connaître et tout le plaisir que m*ont valu nos rapports. Venez bientôt les renouveler. Si vous étiez un peu de suite à Paris, vous

1. « Je n'ai jamais lu ou récité de vera à madame de Montcalm... Elle n'était pas poétique, mais elle était de la nature du duc de Richelieu (son frère), politique et patriote dans le sens élevé du mot patrie,,. Elle n'avait d'autre supériorité que celle d'un très juste bon sens. » (Mémoires politiques.)

Madame de Montcalm savait ou pressentait ce jugement de Lamartine sur le peu de goût qu'elle avait pour les vers, car dans toutes ses lettres elle s'en plaint pour l'en faire revenir.

verriez que Ton peut y vivre sans avoir deux cent mille livres de rentes, et qu'en se contentant de la société de quelques amis, il est peut-être possible de se mettre à Tabri des agitations de la multitude.

R. DE MONTCALM

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