LETTRE DE MATHIEU DE HONTMORENGT
A Monsieur de Lamartine Grand Hôtel de Richelieu
Bue Neuve-Saint- Augustin.
Paris, 26 mars*.
Je crois, monsieur, que j'ai quelques reproches à vous faire ; mais les regrets dominent tellement que je ne vous parlerai que de ceux-ci. — Comment vous êtes au moment de votre départ, et je ne vous vois pas, et je n'ai que le chagrin de vous savoir
1. Lamartine était à Paris depuis le milieu de février. Quelques Méditations circulaient, récitées dans les salons, et allaient être imprimées à une vingtaine d*exemplaires « tous retenus ».
2. Cette lettre non datée est de 1819. Voir lettres à M. de Virieu, 8 et 13 avril 1819, Gorresp. tome II et notamment pages 23 et 24.
souffrant.— L'abbé de Rohan me souffle l'avantage de vous présenter chez madame de Narbonne. Je trouve cependant cela simple et je me soumets. Mais vous allez chez elle vendredi soir, et vous ne passez pas chez moi, où votre ami vous attendait, pour me dédommager. Que dites-vous de cette masse de griefs? Eh bien, je vous offre une occasion de tout réparer en me faisant un grand plaisir ainsi qu'à une société toute spirituelle qui désire vivement vous posséder. Je dîne aujourd'hui même chez M. Laborie, mon voisin, que vous connaissez peut-être et qui a une grande influence sur le journal des Débats, ainsi que MM. Bertin qui pourront y être. Ils ont un grand enthousiasme de vos beaux vers, et il n'est point de journal plus digne d'en parler convenablement. Permettez-moi donc d'y mettre aussi un amour-propre ami. Marcellus et quelques autres députés du même genre y dînent. Voulez-vous que ma voiture aille vous prendre où vous voudrez un peu avant six heures? Vous viendriez me reprendre au Château, et nous irions ensemble à ce dîner. — Voyez ce que vous voulez répondre, et si vous aimez à réparer, et à dédommager ceux qui admirent votre talent et celui qui vous est encore plus particulièrement attaché.
Vicomte de montmorency.