‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 132 sur 135 · MON CHER, MON NOBLE AMI · texte numérisé non relu

MON CHER, MON NOBLE AMI

Lorsque vous avez perdu madame de Lamartine, je vous ai jeté par la voie la plus rapide un cri de sympathie. — Je n'ai plus eu de vos nouvelles et je ne vous ai plus donné des miennes.

Moi, j'ai perdu la mère de ma fille après une maladie de trois années.

Puis, cet été — un médecin qui est mon ami m'a dit un jour : c Vous avez une fièvre pernicieuse ; j'espère vous sauver, cependant je dois, — à cause de votre enfant et de volontés que je sais — vous avertir qu'il n'est pas certain que vous soyez vivant demain. »

Comme depuis longtemps je ne m'attendris pas sur ceux qui meurent — j'étais prêt. — Il y a sursis.

Je lis assidûment vos Entretiens. Savez-vous que ces pierres posées l'une sur l'autre chaque mois formeront un monument unique dans la littérature de tous les temps ?

Vos jugements sont justes, et par cela même ont besoin des qualités que vous possédez à un si haut degré : le courage (Musset, Béranger, Molière, etc.).

J'aime le Panthéon que vous élevez pour cent raisons. En voici une : il n'est pas rond, c'est-à-dire que vous n'y faites pas régner une absurde égalité; chacun de ceux que vous canonisez y a sa place et son rang légitimes.

Je viens de lire le volume sur Balzac.

Vous vous montrez de mon avis sur lui. — Cela me rend très heureux et très fier. En vous lisant, j'ai eu ce plaisir particulier qu'éprouve un marchand qui lait < la preuve » de son addition et la trouve juste.

Vous officiez. Je voudrais être Tentant de chœur pendant cette consécration de Balzac.

Voulez-vous vous rappeler qu'à une époque où j'étais brouillé avec Balzac, vers 1842 ou 43, j'écrivais dans les Guêpes, après une élection à l'Académie :

< L'Académie de notre temps veut avoir ainsi son Molière à ne pas nommer. >

Adieu, mon ami ; offrez à votre nièce, que j'aime bien respectueusement — le souvenir du jardinier de Nice.

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