GENOUDE
5 avril 1826.
LETTRE DE MADAME SOPHIE GAÏ *
Rome, 16 septembre 1826.
L'admiration et la joie sont deux sentiments impossibles à cacher, et voilà, monsieur, ce qui nous rend aujourd'hui si coupables envers vous. L'autre jour à dîner chez M. le duc de Laval, il m'a remis votre lettre à la condition absolue de lui lire les vers qu'elle pourrait contenir. Je n'osais
1. Dans le deuxième entretien du Cours de Littérature Lamartine a raconté comment il avait rencontré pour la première fois mesdames Gay aux cascades de Terni. Pendant leur séjour à Rome en 1826, elles vinrent passer une partie du mois d'octobre à Florence. V. Correspondance^ lettre du 8 octobre.
me flatter d'une si précieuse confidence : nous brûlions de vous lire, j'ai tout promis. Mais à peine le cachet a-t-il été rompu que Delphine s'est écriée : il y a des vers ; et puis, m'enlevant la lettre sans aucun respect, elle les a dévorés dans un coin en laissant seulement échapper quelques mots, comme : « C'est ravissant, divin I et lui seul a le secret de cette poésie à la fois si brillante et si triste * ! »
Une admiration si bien sentie a redoublé l'impatience de connaître ces beaux vers. Delphine les a lus d'une voix très émue, et M. de la Rochefoucauld vous dira mieux que moi l'eflet qu'ils ont produit. Ah! par grâce, ne nous punissez pas de ce succès, envoyez-nous bien vite ce que vous avez ajouté à cette noble élégie. Ce sera le plus sûr encouragement pour ma fille. Voici les vers impromptus que M. de Laval vous a trop vantés. Elle vous les livre uniquement pour vous prouver sa soumission. Vous aviez mille fois raison de lui prédire qu'elle ne serait inspirée qu'à Florence. Aussi ne pensé-je qu'à l'y ramener. Visiter avec vous ces montagnes, ces vallées fleuries qui vous ont fourni tant de pensées sublimes doit rendre à l'inspiration la muse la plus endormie! et puis