‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 37 sur 135 · BRIFAUT · texte numérisé non relu

BRIFAUT

Votre ami Rocher, qui a dîné hier chez moi, est tout à fait de mon avis. Votre résistance le desespère.

Paris, le 26 octobre 1829.

LETTRE DE LA MARQUISE DE MONTCALM

28 octobre 1829.

Vous seriez en vérité le plus ingrat de tous les hommes de douter un instant de M. Villemain. Je lui fis dire hier de venir chez moi, et, au premier mot que je prononçai pour le sonder, je le mis en fureur de la seule supposition qu'il pût éprouver la moindre incertitude. Il est bien vrai qu'il est fort lié avec M. de Ségur qui se met sur les rangs, mais si le titre d'ami l'a obligé à des termes polis vis-à-vis de lui, il n'a pas ébranlé sa fidélité et son admiration pour vous. Il fait plus, il se met en quatre pour que la présence, les efforts de M. de Ségur et les nombreuses relations du père et du fils ne vous nuisent pas, il fait mouvoir la grave immobilité de M. Royer-CoUard, cherche à animer l'insignifiante indolence de M. Laya, annule les efforts de chacun de vos concurrents, et tout cela avec cœur, avec âme, et de manière à vous obliger à une vraie reconnaissance dans le cas même où vous ne réussiriez pas. Je me connais en affection

vraie, je ne suis pas facile à y ajouter foi, et vous pouvez m'en croire lorsque je vous assure que vous devez être content de M. Villemain.

Adieu, je compte voir aussi M. Laine, sur l'intérêt duquel vous pouvez aussi vous reposer. Je suis furieuse de l'absence de M. de Féletz, qui certes n'aurait pas épargné ses pas en votre faveur. Si M. de Ségur vous était préféré, en vérité il faudrait prendre en masse messieurs les Quarante et les alSubler de deux oreilles d'âne. Vous voyez que ma rancune, quelque réelle qu'elle soit, ne me rend pas injuste. Vous ne voulez pas me montrer vos vers, vous m'en croyez indigne, et pourtant si j'ai un genre d'esprit, il tient au goût et à l'appréciation du vrai talent, et en me refusant ces qualités il faut ne m'en accorder aucune. Adieu encore, je vois au moins que vous me croyez un bon cœur, puisque vous êtes sûr de moi, même après m'avoir blessée; je ne tromperai pas votre attente. J'ai envoyé votre lettre au duc de Laval qui était parti lorsqu'elle m'est arrivée.

Pardonnez mon griffonnage.

R. DE MONTCALM

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