‹ Lettres à Lamartine, 1818-1865Chapitre 83 sur 135 · LETTRE DE MADAME D'AGOULT · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME D'AGOULT

20 février 1843.

Vous avez donc aussi, entre tous les dons, celui de la divination ^ ? Vous saviez donc que, depuis le 27 janvier, ma pensée est sans cesse autour de vous et que j'admire dans toute l'effusion de mon cœur ce qu'il y a dans le vôtre de véritable et souveraine grandeur I Mon témoignage n'est pas suspect ; je n'obéis pas à un entraînement irréfléchi. Si le hasard me jetait un jour sur votre chemin, je vous dirais pourquoi j'ai longtemps voulu me soustraire à votre puissance ; pourquoi j'ai lutté contre la meilleure partie de moi-même qui allait à vous simplement et naturellement comme tout ici-bas va vers la lumière. Je hais d'être où est la foule ; j'ai l'instinct secret de la lutte, le goût des minorités ; ce flot d'admiration toujours grossissant qui montait à vous m'ennuyait ; je ne voulais pas vous

1. Réponse à la lettre de Lamartine du 20 février 1843. Correspondance, t. IV, p. 153.

aimer. Et me voilà vaincue : car voilà que vous venez à ceux qui souffrent, à ceux que le nombre écrase, et vous leur apportez la sainte éloquence de votre vie sans tache et de votre parole prophétique I Plus d'un noble cœur attristé tressaille aujourd'hui à votre nom ; soyez-en béni et restez-en toujours fier I

Et maintenant comment vous dire merci ? Vous me parlez à! admiration^ c'est un sentiment que je ne saurais accepter. Mais si la sympathie du poète tombait comme un rayon sur une vie où la douleur n'a pas connu la plainte, où la chimère envolée n'a pas laissé de fiel, cette vie se croirait prédestinée et s'achèverait plus douce.

MARIE d'aGOULT.

LETTRE DE M. MICIIELET.

10 juin 1843.

C'est ma foi, cher et illustre ami, c'est notre évangile politique*. Nous nous associons dès au-

1. Discours au banquet offert par la ville de Mâcon, 4 juin 1843. Voir la France parlementaire, t. III, p. 370 et suiv.

jourd'hui à cette pensée, et la France entière le fera demain.

Vous aurez été votre prophète, votre précurseur. Vous serez celui que nous attendons.

Vous recevrez bientôt un volume où vous verrez comment cette polémique s'est trouvée un accident naturel de mon enseignement ; je ne pouvais dire ce que c'est que la vie et l'organisme vivant, sans dire ce que c'est que la mort.

Je me sens bien uni à vous dans l'amitié et l'espérance. Notre devise commune est, je pense, la belle devise du moyen-âge : Letemjpsmendra, comme on la lit dans les caveaux de l'église souterraine de Bourges.

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