‹ Lettres à m.ble comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits de la Bibliothèque royale de La HayeChapitre 11 sur 36 · AUTRE JEU-PARTI · texte numérisé non relu

AUTRE JEU-PARTI

Sire Jehan Bretel, parti avës, A mon avis, trop merveilleusement ; Car contre sac escarlate partes :

Ensi doit-on partir à nice gent.

Bien contre mal met et dont contre bien Qui velt haine et amour comparer ; Car il n'est nuls si fols qui ne vausist Mius qu'on Tamast ke chou qu'on le haïst.

— Maistre Jehan, le pieur soustenés :

S'ele vous aimme et eschieve cnsement, C'est petis preus. Assés plus conquestés S'ele vous het et en secré souvent

Vous vient tencier, et devés espérer En cel haïr commencement d'ainer.

Li cers n'est pris devant qu'il revertis^ Parmi l'abai des chiens, si com on dist.

— Sire Jehan, chils est petit sénés,

Che dist Catons, qui cache et riens ne prent ;

Se li cers est dusk'à la roi menés,

Li vénères cache trop nicement

Puis k'est es las et l'en laist escaper

En cel espoir k'il doive retourner.

Se ma dame m'aimme, che me nourist;

S'ele me het et tence, chou m'ochist.

— Maistre Jehan, grans avoirs enserés Ne sert de rien fors de ramembremeht ;

FRAfHipNTS ET ^TR4ITS^- ^

Mais dont preus vient pourfite plus assés Ne face biens dont on nul preu ne sent ; Mais retient-on son dame al anfer Ke on ne tient son droit par eschiever :

N'est pas perdu quanques en périlz gist, Car de grant guerre à la fois grans pais ist.

— ^ire Jehim, chils est desme^urés Qlii Yeul aypir psûs par guerroiement; Li amés doit mius estre ass4iirés D'avoir la fin par au commencement Ke li haîrs ; car on seut plus loer Un tien ke deu^ (u l^ras ; c'est Unit cler, K'aura grigneur bien, qui qu'on l'^it coi$is( ; Car plus séurs est qui plus se gamist.

— Jugiés à droit, Jehan de Grievilei^ ; Ami$ tepciés coiement saoler Se pu^t dç t^f^t, et par di:oit U 80i}|]^st; Mais li amés qu^on eskieve l^mguist.

beinisele E^ude, i'os bien s^emer, Rose vaut mius k*espine al lis meller; Nule riens tant cuer d'oume n'enricist Ke sll aquiert chou ke il plus cîerist.

— Qr coisissiés, Jehan de Grieviler, Avis vous ierf tout adès en dormant ^e vous tenrés vostre amie al vis cler Nue en vos bras tout k vostre commant,] Sans plus avoir en trestput vo vivant ; A un seul jour en trestoute vo vie Ares de li toulas et compaignîe Sans refuser.

Je donne les strophes de cette pièce comme elles se tfoifT^ rang&s iians l'ôriginat ; mais l'ordre m^n iMJ*dt interr^rt

9e FRAGMENTS ET EXTRAITS.

MANUSCRIT r 704.

(Voy. p. 28.)

Petit in-folio de 22 feuillets^ sur parchemin, orné de dix-sept miniatures fort belles et contenant : Le Séjour de Dueil pour le trespas de messire Philippes de CoumineSj seigneur d'Argenton envers^ composiéen i511. (Cet intitulé est d'une main plus récente que le texte du manuscrit.)

L'ouvrage commence par une miniature représentant Fauteur couché, et à côté de son lit une figure de femme. Puis vient le récit suivant:

« En Tan mil trante-troysiesme que nature, par le vouloir du hault Plasmateur, m'eust mis et procrayé en ce mortel monde, vallée de toutes misères et tribulacions, ung dix-huytiesme d'octobre, que toutes verdures et plaisantes fleurs sont passées, moy trouvant las, fatigué et plus que fatigué, quérant repoux de plusieurs et diverses pensées, discourans par mon dollant esperit, gisant sur ma couche despourveu de toutes forces corporelles, viz devant moy se présenter une moult discrette et vénérable dame nommée Congnoissance, laquelle, à ce que peuz apercevoir, tant en manières que acoustremens, estoit fort triste et desplaisante. Et voyant la dite dame moy estre perturbé et esbahy dont si soudain davant môy estoit venue, se print à parler, disant : « O pauvre et malheureuse créature, ne treuve esfrange dont devant toy je me présente, mais que foys icy ? N'as-tu ouy et entendu les très dolentes nouvelles qui puis peu de temps sont arrivées et advenues en la maison eslongnée de toute joye, qui pour l'amour du trépas de son seigneur^ ton bon amy, est maintenant appelée Séjour de Deul. Lîève-toy sus, car plus ycy ne peuz demourer. » En disant lesquelles parolles, me transporta, conduyt et mena ne une moult grant et estandue place, me passant par une

FRAGMENTS ET EXTRAITS. 9t

piultitude de gens mennant deul oultre mesure^ tous revestiu de noir à Toccasion de leur bon maistre et seigneur^ que subit accident avoit d'eulx séparé et ousté par mort casualle; et sans là arrester^ en une grand salle me feist entrer toute de noir circuye et environnée, en laquelle viz et aperceuz plussieurs personnaiges tant de tristesse et de mérencolie plains que bien me sembla jamais en plus adoullée compaignie ne m'estre trouvé; mais surtout je y aperceuz une assemblée de femmes entre lesquelles me sembla veoir une dame la plus desconfortée et extrême en douleur que possible seroit de veoir; car encore toute pasmée estoit, laquelle, elle revenue, en basse et piteuse voix, commença à ce fort complaindre. Et par ce que descon^ fortée la viz, à congnoissance demandé qui elle estoit. A quoy me fist responce que dame estoit de la maison où tant de larmes cesmanoyent, et que à jamais s'appelleroit par bonne raison la doulante, laquelle telles parolles proféra que cy-après verrez. »

Suit une miniature représentant la chambre mortuaire^ où Ton voit le mort étendu sur un lit de parade; puis on lit :

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