L'ACTEUR
Toutes lesquelles susdictes acomplies, tIz chascun se retraire Il où besoRgner avoient ; et moy, tant afoibly de tristesse de ce que avoys veu et ouy, m'en retournay au mienlx que possi^ Me me fut au lieu dont estoye party, alors que Cognoissance me transporta à toutes ses désolées parolles entendre. Et par ce que digne n'estoye ne sufQsant de me mettre à tel euvre tracer n'escripre, par ce que ma plume par trop ruralle estoit et ma main plaine de pondérosité, jamais ne Téusse entreprins, n'eust esté me conGant de la grâce divine, laquelle humblement je mercie de m'avoir donné temps et espace de mon entreprinse mettre à fin, luy suppliant me pardonner mes deffauU. Et à TOUS touS| qui se présent petit livret lirez, par moy nommé le Séjour de Deul, pour la mort du bon seigneur missire Philippes de Goumynes, seigneur d'Argenton, lequel petit et plus que imparfait graffy; à vous, noble et puissante dame madame d'Argenton sa femme, comme vostre plus queoUigé, vous présente, vous suppliant en gré l'accepter comme celuy qui est
iOO FRAGMENTS ET EXTRAITS.
composé de par l'homme dn monde sur qui plas avez de pouoir, leqael, comme savez, a bien cause de se douloir. Et fut fait et accomply le jour Sainct-Yincent, vingt-deuxième joQr de janvier l'an mil cinq cens et unze. »
MANUSCRIT N^ 784 (Gérard. A, N« 56.) (Voy. p. 29.)
LE PA8T0RALET.
C'est un in-fol. de 428 pages, écrit sur papier, entièrement de la main de Gérard. Il n'y est pas indiqué sur quel manuscrit a été faite cette copie; seulement au haut de la première page on lit ces mots : « Ms. cotté 200. »
En voici le titre, le prologue et la fin. Pour mieux faire juger du contenu, nous y joignons l'intitulé des vingt chapitres qui composent l'ouvrage:
« La Pastoralet, poème dans lequel on décrit allégoriquement les querelles entre les maisons d'Orléans et deBour-gogne. »
Chi commenche le Pastoralet, ou quel Buscarius faintement, . par pastourrie, descrit la division des Franchois et la désolation du Roialme de France; et qui légèrement vorra entendre cette fiction, sy voie la briève exposition qui est après, à la fin du livre; et sachent tous qui cest présent livre verront, qu'il est fait principalement à l'onneur et loenge de très-noble et très-exellent prinche Jehan, duc de Bourgogne, conte de Flandres et d'Artois, qui en son tamps fu moult preux et vaillans, et tant loialment amale roy Charte sisime, le roialme et le bien de la chose publique qu'en la fin en morut, comme il appert ou livre
qui s'ensieut, dont primièrement dist le prologhe en ceste manière :
A tel escrivain tels escris :
Humbles sui et pour ce j'escris Humblement en matière basse ; Sy me doint Diex tetnpis et espasse De mon propos à fin mener, Je me vprroie moult pener De bien dire se je sçavoie.
Et de trouver couverte voie Sans apertement révéler Les fais de quoy je voel parler Qui bien sont digne de mémore ; Si m'estoet laissier droite histore Et tourner aux Fables couvertes^ Où seront ditles et ouvertes . .
Les paix, les gerres et les tours Des Bergières et des Pastours Qui sont de haute extraction.
Jà en orés la fiction.
Qui à bon droit les loiaux loc Et les faulz desloiàux deslôe.
Pour exemple c'on doibt fuir Le mal et le bien ensuir ; Hais s'en ce traittié nouvelet C'on nomme le Pastoralet, Ne dy bien et bien ne m'enploie.
Je pry humblement et me ploie Que là oîi j'ay mal sermonné.
Pour Dieu tout me soit pardonné ; Car plus sage de mby s^amuse, Et se pour estrangier ma muse Je parle des Diex des païens, Sy sont les Pastours crestiens Et moy, comment que le fâchons.
Or est tamps que nous commenchons Au traittié pour brief raconter, Et laissons le Prologhe ester.
S'ensieot le premier chapitre, qui contient la joienseté c'on
faisoit à Paris et ailleurs en tamps de paix.
(Page 45.) S'ensieut le second chapitre, qui contient la haotise qu'a voit le duc d'Orliens avec la royne.
(Page 61.) S'ensieut le tiers chapitre, qui contient la continuation des amours du duc d'Orliens et de la royne,
(Page 90.) S'ensieut le quart chapitre, qui contient la révélation et murmure des amours du ducd'Orlîens et de la royne, et les maléfices d'icelly duc.
(Page 115.) S'ensieut le quint chapitre, qui contient la mort du duc d'Orliens.
(Page 155.) S'ensieut le sixième chapitre, qui contient l'esmou* vement de la gherre à cause de la mort du duc d'Orliens.
(Page 147.) S'ensieut le septième chapitre, qui contient Talée du roy avoec les Ermignas, et comment le duc de Bourgongne le ratraist à Paris, et la paix qui fu faitte entr'iaux.
(Page 167.) S'ensieut le huitième chapitre, qui contient comment les Ermignas rompirent la paix et recommencha la gherre plus forte que devant.
(Page 189.) S'ensieut le neuvième chapitre, qui contient la très-grosse armée que fist le duc de Bourgongne pour aler devers le roy à Paris.
(Page 209.) S'ensieut le dixième chapitre, qui contient les escarmuces faittes devant Paris, la prise de Saint Clan, la fuite des Ermignas de Saint-Denis, la prise d'Estampes, le siège de Bourges et la paix.
(Page 250.) S'ensieut le onzième chapitre, qui contient comment le duc de Bourgongne se party de la chasse pour doubte de traïson et retourna en son pays d'Artois. Puis se mist sus à grant armée pour r'aler devers le roy, mais il ne pot entrer en Paris, et lors à son retour mist garnison en plusours bonnes villes.
(Page 245.) S'ensieut le douzième chapitre, quicontient le siège de Compiègne et de Soissons, la mort Engherran de Bournonvîlle, le siège de Bapalmes et d'Arras, et la paix.
(Page 277.) S'ensieut le treizième chapitre, qui contient comment le roy d'Engleterre requist d'avoir à mariage la fille de
France, mais pour ce qu'il fu escondis, il s'en couroucha et en prenant ses couleurs vint à ost pardechà, et assistHarfleu, qui enfin ly fu rendue.
(Page 301.) S'ensieut le quatorzième chapitre, qui contient la bataille de Roussaville des Franchois à rencontre des Englois.
(Page 518.) S'ensieut le quinzième chapitre, qui contient le resmouvement de la gberre, et comment le duc de Bourgongne mist pluisours places à obéissance à force d'armes, et osta la royne des mains des Ermignas.
(Page 552.) S'ensieut le seizième chapitre, qui contient comment monseigneur Jehan de Luxemboarg, acompaigniés des Piquars, leva le siège de Sentis, où estoit le roy de France et le conte d'Ermignac.
(Page 546.) S'ensieut le dix-septième chapitre, qui contient la tuison de Paris et la mort du conte d'Ermignac.
(Page 561.) S'ensieut le dix-huitième chapitre, qui contient comment le duc de Bourgoigne ala veoif le roy à Paris, qui ly fist très-grant bienvignant, et comment les Ermignas firent leur chief du Doffin, qui estoit jone enfant.
(Page 567.) S'ensieut le dix-neuvième chapitre, qui contient comment le roy d'Engleterre conquist Normandie et Pontoise, et comment il avoit le coer à la fille de France, tant qu'il Tôt enfin à mariage.
(Page 581 .) S'ensieut le vingtième et derrenier chapitre, qui contient la très-piteuse mort du duc de Bourgongne, en laquelle cest présent livre se termine. »
Après la mort du duc de Bourgogne, l'auteur finit son poëme par les vers suivants; les initiales des huit derniers donnent son nom BVCARIVS.
Pour cette mort sy très cruelle, Pluisours mirent main à maisselle De la Pastourrie de pris, En pleurant par tout le pourpris Et en menant grant marison.
Dont je fui sy très-maris bon
Que je ne soy conseil de moy;
Ma paine et mon escript blâmoy
Sans espérance de confort,
Pensans que ce seroit moult fort
De plus veoir chose plaisant
Par le pourpris ne déduisant,
Car le cas aidés empiroit.
Et pour ce mon coer souspiroit
Et des yex larmes dégoutoic
Sus mon papier que tout gastoïc;
Sy me convint laissier Tescrlre,
Pourquoy aulcuns. porroient dire
Par liiocquerie ou aultrement
Sur moy, qui sy soudainement
Me tais, le proverbe truffable
Con dist : « ly loups est en la fable; »
Mais en bas lor responderoie
Que puis que je lamenteroie
En rimoiant ou en dictant»
Glyo ne muse délitant
Ne me verroient conforter :
Chou m'a fait laissier le ditter;
Fors pour conduire aulcunement.
Dis ce qui s'ensieut seulement :
Bien est de chy jusques en lin Véu mon nom, mais or adfin Con le sache hault le fault prendre.
Au repos maishuy voel entendre :
Requérons Dieu que paix nous livre.
Je sui à la fm de mon livre Venus, car au fort bien souffist :
Soit glore à cellui qui tout fist.
Chi Une le Pastorelet,
Et s'ensieut la très bricf exposition d'icellui.
Cette trèS'briève exposition d*icelluiy qui contient seize
pages de vingt-deux lignes chacane, est aussi en vers, et finit de la sorte:
Or est, Dieu mercy, mon emprise Parfaite, mais s*en quelque ghise Dy trop ou pau, en sui confus ; Pour tant ne mettes en refus Ma petite exposition, Car bien monstre Fintencioil De Facteur, au mains quant au sens Hystorial; ce sçay et sens Tout de vray et sims riienteric.
Mais s'il y a allégorie Ou aultre manière de glosé , Qui y verra glose, sy glose ; Car j'^i ay bien fait ma partie :
Dont à conclusion je prie La Royne de tout le monde, La Flours des flours, très digne et monde, La Vierge des Vierges^ la dame Des Ângels, la très clère jame, L*Estoile de mer matineusei Le Lis, la Rose précieuse, La fontaine sans sécheresse Et la nostre moienncresse.
Que par son intercession Puissons avoir rémission De nos pecchiés entièrement Et que soions finablement Devant Dieu ou saint Paradis En glore qui durra tondis.
Amen.
Au commencement du dix-septième chapitre (vers 72 à 84), on lit ce qui suit:
Moult voelent Léonois guérir Lupal pour lui à mort férir ; S'il tramble, n'en sui mervilliés Car bien voit qu'il est essilliés
El mort s*il est oncques trouvés ; Mais briefment tant s'y sont prouvés, Qu'il l'ont trouvé muôiet de traîne A sa senglente et pute estraine ; Car lors fu pris et mis en serre Plus destroit que Sabiau de Serre, Ne fu oncques à Mofit-Evelaire.
Dont Girard d'Amiens nous déclairc Ou Rommant de Mëliacin, etc.
Ce roman de Mëliacin ne serait-il pas le môme que celui du prince Méliadus, dont il existe plusieurs éditions, et dont, à en juger par la notice de M. Brunei (Manuel du libraire), on ne connaîtrait pas Tauteur. Le changement dé Méliadus en Mé~ liacin peut fort bien, ce me semble, avoir été occasionné par le besoin de faire rimer ce mot avec bdcin qui finit la ligne suivante.
MANUSCRIT r 773.
Nous extrayons de ce manuscrit les pièces qui iuivent:
« Chy s'ensieut une chanson ^ qui fu fétte à eausd de la journée de la bataille de Mont-le-Héry.
Entendes, Fleur de Noblesse^
Les hauls victorieux fés
Florisant en hardiesse
Que un Princ)ie en tous biens psgrfés
Perpétra, portant les fi^s,
De la bataille mortelle
Oïl pluseurs furet deffés :
En guerre est la fdçoti telle.
i Ceue chanson a été copiée sur le manuscrit original de Jehan sire de Uainin et de Louvegnies, auteur contemporain.
Par ung mardi, la bataille Se fit ainsi qu'à midi, Frappant d'estoc et de taille Emprès le Mont-le-Hëry, Où fortune constraindi Le très noble roy de Franse D'estre rudement servy De dars, d'espée et de lanse.
C'éloit bruit espoentable :
Du foudre da ces canons, Maint vaillant home notable Isus de nobles maisons Avoec maint bon compagnofts En morurte à détresse ', Le Dieu que nous aourons Leur doinl en glore îcessc.
Et quant che vient as aproches,
Le Conte de Charolois
S'i porta bien sans reproche^
En criant à haute vois ;
(( Avant, Bourgogne ! au Franchois ! »
Lors archiés prirle à trerre,
El tout à piet à cheste fois^
Afin de mieux devoir ferre ;
Mes afin qu'on n'abelisse Les Bourghegnons, par trop fort Si ferret, mest qui ne gliche *, Car pour doute de la mort Il est vrai, soit droit Ott tort.
Qu'aucuns en cheste journée Fuirte contre droit resort Et lesserte l'assanblée
Mes le preu et vaillant conte Et les nobles de sa court, Les bons corages sans honte Maintindre le Roi si court Qu'on ne le tient point pour lourt ; Car non plus que une pointure.
Depuis le mortel bébourt, Ne se mit à Taventure.
Aynchois la propre nuitic En peur monstre les talons, Priant Dieu qui le conduie ; Mes le Conte dont chantons Et ses vaillans chanpions Tienrte camp en ordonansc.
Tenant leur oppinions Trois jours sans outrecuidanse ;
Mes, pour parler de Tistoire Au droit autenticquement, I^ Roi, pour aquerrir gloire, Dist qu'il gaigna vaillanment La bataille, mes vraiement, Veu ses fés et ses suienes, On set bien certainement Qu'il laissa ses serpentines.
Mes, qui plus est, sans cremir honte.
L'un des crétiens le plus grant, S'embraina devant ung conte Et tous les siens ensieuvant.
Et afin d'estre devant Léun ^ ruoit jus sa sallade
LeuH, pour hin.
FRAGMENTS ET EXTRAITS. i09
U son harnas de Melan, Lanche, dars, coutiau de prade ^
Finablementy homes d'arme^
Prendre devés chi miroir, ' '
Annotant les nobles armes ^
Du Conte qui fit devoir^ ^
Et qui saura tout pour voir '
Che jour la gentil armée. ^
Dieux, qui sur tous a povoir, ( Yueille garder Tasanblée !
Jaquet Dog^z