‹ Lettres à m.ble comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits de la Bibliothèque royale de La HayeChapitre 15 sur 36 · SUR LA PRISE DE ROME ET L\ MORT DU DUC DE BOURBON · texte numérisé non relu

SUR LA PRISE DE ROME ET L\ MORT DU DUC DE BOURBON

Ung matin s'assemblèrent Les seigneurs de renom.

Ensemble se trouvèrent  la tante Bourbon.

Là fut conclusion D'aller assaillir Rome :

Gendarmes sont partis Bien quatre-vingts mille hommes.

Quant les Romains ont veu Descendre en leurs fossez, De gros caillaux cornus

ii2 FRAGMENTS ET EXTRAITS.

Se meisrenl à ruer, Aussy du plomb fondu Tout avant les murailles :

Grand nombre en ont tué, Faisant laides grimaces.

Quant monsieur de Bourbon Veit ses gens recullés, Hardy comme un lion A piet il s*est jecté.

Descend en les fossez. Se monta sur Teschelle ; Subit il fut frappé D'un boulet en s'échelle.

Les jambes lui 'faillirent, La véue lui troubla ; Le bon prince d'Orenges I^ print et Tembrassa.

Tant seulement il dist :

« Je suis mort, Nostre-Damc. )»

La face luy couvrist, A Dieu rendist son âme.

Gens d'armes soupirèrent Pour|la mort de Bourbon.

Plusieurs les confortèrent ; Ce n'est point sans raison.

Véans ce bon seigneur 1^ chief et capitaine, Tlz se mcctent en pleurs De prier faisans peine.

I^ prinche dist aux siens Pour leur donner confort :

<( Enffans, n'y doubtez riens, 11 n'a garde de mort.

FRAGMENTS ET EXTRAIT^. ii3

Deschergiez vos engiens, / '■ S'abalez la muraille , Par ma foi tous les biens J'abandonne au pillage, d

Les trompettes sonnoient A Tassault! àTassault!

Bourgoignons approucbolent, Auxquelz bon cœur ne fauU.

Les murs ont abatu Par ung si gisant couraige.

Qu'en fort qui Romme fust Leur ont livré passage.

(Voy. p. 50.)

Ce manuscrit est intitulé: « Mémoires de ce que nous avons veu et appris de plus remarquable en nos voyages, commencés le 9® de décembre de Van 1656. »

Voici quelques fragments à ajouter à celui qae nous avons' cité dans notre deuxième lettre. Nos deilx voyageurs sont à Paris et ils le visitent de fond en comble. Us expriment ainsi leurs impressions :

« L' H* (janv. 1657) nous nous fusmes promener fauxbourg St-Marceau, qui aboutit aux Gobelins. On passe une petite revière qui en porte le nom^ dont les eaux sont les meilleures du monde pour teindre en escarlate. On la nomme ainsi de ces fameux teinturiers Flamands qui se nommoiént Gobeelen^ et par corruption de langue on en a fait Gobelins. Ils y ont establi une fabrique de4;apisserieS; qui pour la finesse^ la bonne tein-

tare et le beau meslange des couleurs, des soyes et des laines, surpassent celles de Flandres et d'Angleterre, mais aussy sontelles de beaucoup plus chères : ceux qui y travaillent sont encore, pour la pluspart, d'Anvei*s, de Bruges où d'Oudenarde. » Page 55.

«Le 7® (mars 1637). Nous fusmcschez le sieur de Thou, afin de Tasseurer de nos services (etc.). — Mais nous ne le pusmes voir estant incommodé d'une petite fiebvre, causée par un rhume qui règne en plusieurs villes et principalement en celle-cy, où les Apothicaires ont consumé en 15 jours touts les syrops, sucre candy et tablettes de régalisse qu'ils avoient préparé pour toute l'année : cette incomodité est si générale qu'on l'appelle le mal à la mode; mais il est si véhément qu*il a troussé beaucoup de monde. On n'en sçait pas la cause, et la pluspart l'attribuent à la malignité de l'air. Le médecins disent que ceux qui l'auront eue, seront exemps de la peste, dont on est menacé. La reine a tant adjousté foy à leur opinion et appréhende si fort la peste, que, pour s'exempter de ce mal, elle a voulu passer par celuy du rhume : on dit que pour l'avoir plus facilement, elle s'est pourmenée pieds nuds par sa chambre. Quoy qu'il en soit, elle a si bien réussy dans son souhait, qu'elle se peut dire la plus enrhumée de Paris et des plus tourmentées. )»

Page 75.

<c Le 12® (avril 1657). L'après-dtnée nous nous rendismes chez nostre ambassadeur environ les 4 heures, et en estant partis un peu avant 5, nous fusmes environ une demie heure à la chambre de repos. Le roy cependant estoit au jeu de paume, où il achevoit une partie qu'il avoit commencée. 11 ne fust pas retourné en son apartement, que le comte de Brulon, introducteur des ambassadeurs, vint prendre le nostre, qui ayant esté mené devant le roy, y commença un discours en vray pensionaire d'Amsterdam. Le roy estoit sur son siège, ayant à sa gauche le duc d'Anjou, et à sa droite le duc d'Orléans, qui estoit arrivé ce jour-là, et monseigneur le cardinal... Il y avoit une horrible foule de sei^^neurs qui entournoient le roy : à peine put-elle se fendre pour laisser passer l'ambassadeur. Nous nous treuvasmes si près, que nous entendismes tout ce

qa'il dit. Il commença par an narré assez long et mal conduit^ des pyrateries que les François ayoient exercées sur nos marchands; accusant le gouvernement et traitant une matière de peu de saison. Le cardinal l'interrompit 3 ou 4 fois, et luy dit entre autres que sa harangue n'estoit pas une déclaration des intérests de ses maistres; mais une déclamation. Enfln il n'est point propre pour cette cour, et certes il n'a fait qu'aigHr les affaires par son procédé, qui a esté trop précipité, n'ayant point d'ordre de ses supérieurs, et nous pourrions nous brouiller avec cette couronne, si Ton ne satisfait de la frasque que luy a faite de Ruyter en vendant ses vaisseaux à l'Espagnol, et en rappelant cet homme, qui n'est nullement agréable : aussi dit-on tout hautement qu'on ne luy donneroit plus d'audiance. Après qu'il eust parlé, et que le roy luy eust dit qu'il ne surséeroit point les procédures contre les vaisseaux hollandois, que messieurs les Estats n'eussent satisfait M. de Thou, qu'il leur envoyoit, il se retira ; et demandant s'il né pouvoit obtenir rien de plus: « Rien, dit le roy; allés, allés. » Le cardinal ayant avancé avec luy jusques à la porte, luy dit : « Jamais ambassadeur n'a parlé si haut dans cette cour, et vous pourriez vous en repentir. » Ensuite il dit bas au comte de Brulon : « Dites-luy qu'il ne parle pas si hautement à la reine; c'est un coquin, je le connois bien. » Cependant il gaigna un degré dérobé et fust dire à la reine de ne le pas escouter. Tellement que dès qu'il vint à sa chambre, la reine s'advança pour luy dire qu'il n'estoit pas besoin qu'il luy parlast, et qu'elle sçavoit tout ce qu'il avoit dit au roy, et le congédia assez mal. Enfin le bonheur et le malheur dépend souvent d'un habile ambassadeur : et certainement il en faut icy un de naissance et qui ayt l'esprit souple, ou bien il y servira de peu*. »

Page 161.

c( Le 5« (septembre 1657). — Il (un certain M. Muller) nous dit aussi que 4 ou 5 capitaines du régiment des gardes estant allés auprès de monseigneur le cardinal pour avoir quelque récompense de ce qu'ils s'estoient si bien acquités de leur devoir

^ L*ainbassadeur dont il est ici questioi s'ippelait M* Booreel. '

dans le siège de Montmédy^ qa'ils en portoient encore les marques^ il leur avoit respondu avec une mine sérieuse^ qu'il estoit plus que raisonnable que des personnes de leur condition et de leur mérite receussent quelque récompense^ et que mettant la main à la poche^ il avoit donné à chacun un escu d'or^ dont ils avoient esté si honteux et si outrés, qu'ils s'en estoient retour* nés en pestant contre l'avarice du ministre. Cependant la politique en est admirable, car par là il fait que personne ne luy viendra plus rien demander, de peur qu'il ne luy en arrive de mesme... )> Page 221 .

ttLe S'' (décembre 1657). Nous apprismes que l'on avoit préparé îcy un joly escrit pour en régaler la reine Christine , si elle y fust venue : il devoit porter pour titre la Métampsycose de la reine Christine. On y eust veu quantité de jolies choses, et entre autres belles ftmes qu'elle avoit eues, on luy donnoit celle de Sémiramis, qui se travestissoit si bien, et qui, tantost homme, tantost femme, jouoit tousjours des siennes, et surtout lorsque faisant appeler jusques à des simples soldats pour coucher avec elle , elle les faisoit poignarder au relever, de peur qu'ils ne s'en vantassent. La dernière âme qu'on luy donne est celle de la Mathurine, cette gentile folle de la vieille cour. Mais à présent qu'elle ne viendra point, cet escrit sera supprimé ; monseigneur le cardinal ayant fait dire à l'autheur de la laisser aller en paix. Si elle fust venue, on l'auroit publié pour l'obliger à quitter un lieu où on ladépeignoit de ses plus vives couleurs.»

Page 231.

« Le 5« (janvier 1658). — L'après-dînée, nous fusmes voir la bibliothèque de monseigneur le cardinal, qui est fort belle, bien qu'elle ait ressenty le malheur de la guerre civile, et que sa cruauté n'ait pas mesme espargné ce temple des Muses, puisque par la vente qu'on en fit publiquement il y a quantité d'exemplaires qui en ont esté éclipsés. Il est vray que par les soins du sieur de la Potterie, qui en est à présent le bibiiothéquaire, on en a recouvré une bonne partie, et il travaille encore tous les jours à la rendre plus complète. Elle est dans une grande galerie, qui a pour le moins 150 pas de longueur, et

qui est bien esclairée. Il nous dit qu'il y avoit plus de cent mille différents autheurs qui sont rangés par ordre selon leurs facultez^ sur des tablettes^ qui sont faites en forme d'armoires, soustenues par des piliers de charpenterie, canelés et fort bien taillés : on voit à droite tous les imprimés, et à gauche quantité de manuscripts grecs, hébreux, chaldéens, syriaques, latins et de beaucoup d'autres langues : la reine de Suède en avoit eu une bonne partie, mais après le retour de son éminence, et son rétablissement, elle les luy a rendus. Tous ces livres ne soiit pas des mieux reliés, parce que, comme il y manque quantité de tomes des œuvres des auteurs qui y sont, on tasche de les retrouver, pour les faire ensuite tous relier d'un mesme façon: le dessein en est fort beau, et certainement si l'on le poursuit, on en fera la plus belle bibliothèque de toute l'Europe. On nous y monstra un livre de parchemin de deux doigts d'espaisseur dans lequel on a peint en migniature les plus rares poissons de rivière et de mer et une bonne quantité de coquilles : on Testime mille pistoles, et effectivement le peintre qui y a travaillé les avoit bien méritées, car tout y est représenté au vif et au naturel, et à mesme temps qu'on y jette les yeux on admire son ouvrage. »

Page 181.

tt Le!®' d'octobre (1657). — ^De là nousallasmes à l'imprimerie royale, fondée par Louys XIII, qui est aussi dans la galerie du Louvre : il y a 5 grandes sales voûtées de plein pied, dans l'une desquelles il y a 5 presses où l'on imprime les livres : les autres ne servent qu'à faire seicher les feuilles et à garder les livres imprimés. Il y a de plus la chambre de composition, qui est au dessus de celle de l'imprimerie : on n'y travailloit pas comme en celle d'en bas, où les presses rouloient sur quelques feuilles de l'histoire Bysantine : cette impression passe pour la plus grosse et la plus belle de toute la France. Monsieur le chancellier en est le directeur, et c'est par sa permission que les livres s'y impriment : les Cramoisys ont le soing de faire les âchapts des papiers et les avances des autres frais, et de débiter les exemplaires, dont il faut qu'ils rendent compte au bout de

l'an; et leurs profits distraits, le reste est pour Tentretien de l'imprimerie. »

Je continue afin de donner tout de suite une idée de ce manuscrit, sans préjudice de ce que je publierai après ces lettres.

c< Le 15®. Nous eusmes une promenade au Luxembourg, la plus belle du monde. La journée estoit merveilleusement agréable, et de celles que les dames demandent pour y estaler la magnificence de leurs juppes. Nous y rencontrasmes monsieur Fabbé de la Vieville, qui est tout autre qu'il n'est ou qu'il a esté, tant il a pris l'air et l'entregent de la profession qu'il a embrassée. Ses petits cheveux, son petit collet et sa mine dévote, le déguisent plus qu'on ne le sçauroit croire. Il jious dit qu'il s'en alloit estre évesque de Rennes: cet évescliéest le premier de toute la Bretagne, préside aux Estatsdela province, de mesme que M. de Narbonne à ceux de Languedoc, et vaut 25 ou 50 mille livres de rente. 11 Ta eu par accommodement avec le frère du mareschal de la Mottc-Houdancourt, qui s'en est défait, c'est-à-dire qui Ta vendu ou troqué, n'ayant pu le remettre à aucun de ses proches, qui sont tous trop jeunes pour en estre pourveus. Le voilà en un beau poste, et il ne peut manquer de se faire considérer à la cour à cause du crédit qu'il s'acquerra en cette province-là, estant homme d'esprit et d'intrigue. Afin qu'il fust à la teste de ce corps avec plus de majesté, il luy faudroit un peu plus de barbe qu'il n'en a, maïs elle ne luy veut pas venir. Bien qu'il ne soit pas bigot, il le veut paroistre estant avec ceux de son caractère, ou avec ceux qu'il sçaît estre fort attachez au Romanismc. Il y a quelque temps que le sieur de Saint-Ravy le rencontrant chez monsieur de Metz, luy tint un discours qui luy dépleut extrêmement, car en parlant du caresme, il luy demanda s'il le faisoitîcy, luy qui en Hollande mangeoit de la chair le vendredy-sainct; il le nia fortement, et dit en raillant à Saint-Ravy, qu'il n'estoit pas non seulement huguenot, mais de plus calomniateur.

« Le 14*". Nous apprismes par les lettres du sieur de Reede

qu'il avoit escrites au sieur de Brunel, qu'il avoit fait un 31 horrible froid à Madrid^ qu'il en estoit mort du monde dans les jTues^ et que tous les pauvres d'un certain bospital en estoient p6ris, et que du costé du Pardo, on avoit treuvé des moines tou3 gel.é§, qu'on n'a jamais pu faire revenir sans les voir expirer. Tellement qu'il semble que le froid ait esté également grand partout.

« Le ^o^ Nous flsme? response à nos lettres de Hollande, etc.»

MANUSCRIT r 1323.

Voici d'abord le rapport de Bodin^ sur le traitement que les enfants de François P^ subissaient en Espagne dans leur captivité :

Monseigneur,

Pour amplement vous fere enteiidre ce que a esté par moj fait au voyage qu'il a pieu au Roy, à Madanae et à vous me donner charge de faire vers Messeigneurs les Dauphin et duc d'Orléans, je vous en feray, s'il vous plaît, entier discours depuis mon partement de Cambray, que en toute dilligence, avec le courrier de madame Marguerite, je partis prennant mon cl}en)in droit à Nerbonne, ouquel lieu, attendant nion saulf conduit de Teippereur, qui pour lors estoit à Barcelgnne, je demeuray par l'espace de vingt-trois jours, lequel saulfconduit me fust apporté par ledit courrier en s'en retournant par France vers madite dame Marguerite. Incontinent l'avoir reçif, partis dudit lieu de Nerbonne sur chevaulx de poste, espérant perfaire mon dit voyage en toutte dilligence, ainsy qu'il m'avoit esjé commandé ; mais si tost que je fus entré en la frontière de Saulces, trouvay ung gentilhomme de la garde de Parpignen, qui me mena avec luy en la dite ville, et promptement que y

fus entré me bailla en garde à ung souldart, et luy fist deffense de ne me laisser parler à personne quelconque sans qu'il y fust présent pour entendre tout ce qu'il me seroit dit, et combien qne^ par bonnes remonstrances, je fisse entendre au dit gentilhomme qu'il m^estoît très nécessaire de faire diligence pour le roy mon maistre, et que mon allée par delà n'estoit en rien préjudiciable à l'empereur son maistre, néantmoings me contrainct demeurer audit Parpignen par quatre jours entiers, attendant ung gentilhomme qui venoit de la part de l'empereur pour me conduyre et avoir le regard sur moy pendant que seroye audit pays d'Espaigne, et lui arrivé, fus mis entre ses mains, puis partîmes ensemble du dit lien de Parpignen à nos journées, tirant le chemin droit à Barcelonne, au quel lieu fus contrainct de demeurer l'espace de huit jours entiers, lesquels passez, tirasmes le chemin de Sarragoce, ou quel lieu arresté par trois jours fus contrainct de fere inventoire de tout ce que povois avoir, tant d'or, d'argent, habillemens que autres choses que povois avoir, dont me convint payer tribut, combien que mon saulfconduit portast de me laisser passer et retourner franchement et quicteraent, et à ce ne me servirent les remonstrances que je fis au gouverneur de la ville et rentiers du peaige. Ce fait, partismes du dit lieu de Sarragoce tirant le chemin droit à Tudelle, qui est une ville du royaume de Navarre; et à longues journées passâmes oultre et jusques auprès de Pedrasse, où sont de présent mesdits seigneurs les Daulphin et duc d'Orléans ; et avant que d'entrer en la dite ville de Pedrasse, que fut à ung samedi au soir, trouvasmes six souldars de la garde de la ville qui nous arrestèrent jusques à ce que l'ung d'eulx eust esté sçavoir au marquis de Verlangne, frère du connestable de Castille, qui a la garde de mesdits seigneurs, si son vouloir estoit nous laisser entrer en ladite ville. Le souldart retourné, fusmes par eulx conduits en la dite ville et menez loger en une hostellerie en laquelle tost après vindrent huit ou dix souldars de la garde de mesdits seigneurs, lesquels saisirent les clefs du logis, et par dedans et dehors firent le guet, toute nuict. Le gentilhomme qui m'avoit en garde, non content de ce qu'ils entreprenoient sur sa charge, print gros débat

etnoyse avec eulx, qui fostdifOcil^ii appaiser; leur commanda eulx départir du logis^ maintenant que la garde de moy luy avoit esté donnée par l'empereur, et que au marqi^is appartenoit de me monstrer mesdits seigneurs et me fere pisirler à eulx. Demeurez tant d'une part que d'autre obstinez en leur fait et débat, furent contraincts le gentilhomme et lesdits sonldars de faire le guet toute la nuyct ; et le lendemain, icelluy gentilhomme, me laissant en la garde desidits sould<ars, s'en alla par devers ledit marquis, avec lequel il demeura longue espace de temps n et après estre retourné en l'hostellerie, me mena au chasteau et fortresse du dit lieu de Pedrasse, où je trouvay, en une chambre haulte, ledit marquis et plusieurs aultres gentilhommes en sa compaignie, prestz de eulx mettre à table, et me fit icelluy marquis seir au disner avec luy, et après le disner le suppliay me vouloir faire conduire ou lieu où estoient mesdits seigneurs, ce qu'il fist, et me mena en une chambre d'icelluy chasteau assés obscure, sans tapisserie ne parement aucun, et seuUement y avoit paillaces, en laquelle chambre estoient mesdits seigneurs assis sur petits sièges de pierre encontre la fenestrede la dite chambre, qu'est garnie par dehors et par dedans de gros barreaux de fer, et la muraille de huit ou dix pieds d'espoisseur ; la dite fenestre si haulte que à toute payne peuvent mesdits seigneurs avoir l'ayr et le plésir du jour ; qui est lieu soufQsant à détenir personne attaint de gros crime, et est ledit lieu tant ennuyeulx et malsain, que pour le josne et tendre eaige de mesdits seigneurs, me semble impossible de longuement y demeurer sans inconvénient de maladie et grandement empirer leurs personnes. Et voyant mesdits seigneurs ainsi menez et détenus, et en si pauvre ordre de vestemens, qui estoient seulement de chacun un saye de velour noir, en façon d'habillementà chevaulcher, avec bonnets de velour noir a ung rebras sans ruban de soye ne aultre parure, des chausses blances, et souliers de velour noir par dessus, ne me fust lors possible me contenir sans gecter larmes, et en me perforçant de parler adressay ma parole à mon dit seigneur le Daulphin, et avec révérence commençay en langaige françois à luy faire les recommandations à moy enchargées de par le Roy et ma dite dame, le roy

de Navarre et la Royne pareillement, luy donnant asseurance du traictù de paix fait et accordé entre le Roy et l'Emperear en la ville de Cambray, et pour estre chose utile tant à luy que au bien publicque du royaulme de France, et nouvelle telle dont il auroit joye et grant plésir, le Roy et ma dite darae m'en^ voyant expressément par devers luy pour le luy faire entendre; ensemble la dilligencc qui se faisoil en France pour accomplir les convenances accordées pour le fait de sa délivrance, espérant que en brief il pourroit veoir le Roy, ma dite dame, les princes et le commun peuple de France, qui si fort le désirent que possible n'est de plus. Lors ledit seigneur Daulphin,en contenance triste, adressant sa parole audit marquis, luy dit en langaige espaignol, qu'il ne m'entendoit point, et qu'il me dist que si je sçavois parler le langaige du pays, que je luy fisse eqtendre ce que je voulois dire, dont je me trouvay fort esbahy et es^nné, voyant mondit seigneur aliéné de son naturel langaige. Adonc, muant mon parler selon le langaige du pays, commençay à luy référer ce que dessus, et de tout mon pouvoir luy donner occasion de nouvelle joye et plaisir, luy fls urtg petit récit comme les afferesde France estoient de présent venus en si bons termes que le temps de sa réduction et délivrance estoit prochaine ; et après luy demanday s'il ne sçavoit plus parler le langaige de France. Ledit seigneur me fist responsc tout en espaignol : « Comment seroit-il possible que je l'eusse peu retenir, veu que je n'ay nuls de mes gens avec qui je puisse continuerde parler? » Puis luy demanday s'il ne me connoissoit point, et souldain mondit seigneur d'Orléans advança sa paroUe, et luy dit : « Monsieur mon frère, c'est l'huissier Bodin. » Mondit seigneur luy respondit qu'il le sçavoit bien, mais qu'il ne le vouloit pas dire. Et lors adressant sa parolle a moy, me demanda de la bonne disposition du Roy, de maditte dame et de la royne de Navarre, de monseigneur d'Angoulesme et de mesdames ses sœurs, et le lieu où ils estoyent à mon partement, et après sur tout luy avoir respondu, me dit quMl reraercioit le Roy et maditte dame du bon vouloyr qu'ils avoient à sa délivrance, les suppliant que leur bon vouloir fust de continuer, et de bieotost le mettre hors de la captivité où il est. Après ce luy fis les re-

commandations de vous, monseigneur, de monsieur l'admirai^ monsieur le chancelier, de monsieur de Bourges, de monsieur le trésorier Babon et aultres du conseil du roy, qui estoient ceulx qui continuellement avoient practiqué la paix et le moyen de sa délivrance. Ledit seigneur, après avoir le tout bien entendu, me dit qu'il vous rcmercioit et tous ceulx qui travailloient pour luy et sa délivrance, parlant en parolle aussy constante que pourroit faire une personne de XXV ans. Ce fait, mondit seigneur d'Orléans commença à parler et me faire à peu près semblables demandes et recommandations. Et mondit seigneur le daulphin, pour le plésir qu'il prennoit de parler avec moy, veuillant recommancer nouveaulx propos, ledit marquis luy demanda s'il vouloit aller en l'aultre chambre, qui estoit près de celle où je trouvay mondit seigneur, qui est une chambre encoires plus mal garnie que la précédente et de plus pouvre demeure, en laquelle y a pour toutes veucs une semblable fenestre que en la chambre précédente, vers laquelle fenestre se retirèrent mesdits seigneurs pour avoir plus aisément le jour, et prindrent chacun ung petit chien entre leurs bras. Lors me commencèrent à dire aucuns des souldars que c'estoit tout le passe-temps de mesdits seigneurs, ausquels je fis response que c'estoit maigre passe-temps à si haults princes comme sont mesdits seigneurs. Et je ne peus tenir d'en faire remontrance audit sieur marquis, et incontinent un nommé Andrée de PratC; qui est capitaine de la garde de mesdits seigneurs, me dit comme par mocquerie et en parolles assez étranges : « Vous voyez en quel estât sont traictez les enfans du roy de France votre maistre, entre les souldars des montaignes d'Espaigne, sans aucun exercice et éducation, » et que si le Roy envoyoit par delà quelque paintre ou ymaigcr, que mondit seigneur le daulphin deviendroit soubdain bon maistre, car il s'adonnoit chacun jour à faire petits personnaiges et ymaiges de cyre. Je luy dis que j'avoy espérance que avant trois mois il seroît passé maistre en aultres meilleures œuvres et exercice a luy plus convenables que icelles esquelles il s'adonnoit par delà. Alors le marquis me dit qu'il créoit en respondre deans trois moi$, voire jusques à la fin de quatre, en Espaigne mieulx que

nous en ferons en France ; puis me dit que c'estoit assés parlé, et qu'il estoit temps de me retirer. Je luy dis que je y serois longuement sans m'y ennuyer, mais puisqu'il luy plaisoit que je me retirasse, je mettroye le reste au lendemain; à quoy me fust par luy respondu que je pouvois bien prendre congé sans plus y retourner, et que je advisasse de prendre mon chemin pour m'en retourner en France, dont je fus très-esbahy et mal content, voyant le peu de temps qu'il m'estoit permis de veolr les personnaiges que plus je désiroye à voir; et derechef luy suppliay qu'il me fust permis de retourner le lendemain pour faire ung petit présent à mesdits seigneurs de deux bonnets de velour garnis d'orfaivrerie et de plumaiges blancs. Lors ledit marquis me dit que moy retourné en mon logis je les envoyasse et qu'il les leur présenteroit; je luy dis que je voulois estre présent, ce qu'il accorda, et fust envoyé en mondit logis quérir iceulx bonnets qui estoyent en estuyz. Après les avoir receuez et baisez, me voullant approucher de mesdits seigneurs pour les leur présenter, ledit Andrée de Prate les print disant : «c Messeigneurs, vous les voyez bien : ils sont très baulx ; ne voulezvous pas que je les vous garde?» Mondit seigneur lui respondit: « Ouy, capitaine, j'en sui bien content; mais je vous prie que je les voye encores. » Et de loing les leur monstrant, de peur que lesdits seigneurs y attouchassent, mesdits seigneurs se commencèrent à esjoïr plus qu'ils n'avoient fait au commencement, me menant en plusieurs propos qui seroient, monseigneur, trop longs à vous escripre; et entre aultres choses, je dis à mondit seigneur le dauphin : « Monseigneur, vous estes devenu merveilleusement grant, et croy fermement que si le Roy et madame vous véoient, pour votre soudaine croissance ne vous cognoistroient aisément. » Et pour le rapporter au vray et en rendre le Roy et ma dite dame certains, ainsy qu'ils m'avoient donné la charge de faire à mon partement, je suppliay audit sieur marquis que je peusse emporter la mesure et grandeur de mondit seigneur le daulphin, ce qu'il ne voulut permettre prendre, ne aucunement attoucher à mesdits seigneurs, mais me promit qu'il la m'envoyeroit en mon logis ; ce qu'il ne vouUut faire, pour l'opinion qu'ils ont que si j'eusse emporté

aucune chose en France qui eust touché à leurs personnes^ qu'il y a gens en France qui par art magicque et de nigromance les rendroient saulvement par-deçà. Lors je fuz contrainct de m'en sortir avec regret sans mesure. Quant aux deux bonnets, ils n'ont garde de les leur mettre sur la teste, de peur qu'ils ne s'envoUent par-deçà. A mon partement, après avoir à grand regret prins congié de mesdits seigneurs, eulx deux parlans ensemble, me dirent que je fisse leurs recommandations au Roy, à madite dame, et à vous, monseigneur, et que je fisse dilligence de retourner devers eulx, et en tel ennuy et regret me départant d'eulx que je fus ramené par les gardes en ung aultre logis plus honorable que l'aultre où je fus mené à mon arrivée, et fus pareillement gardé nuyt et jour sans aucunement me permectre d'aller par la ville ; et le lendemain me fust fait commandement de partir hors de ladite ville, ce qu'il ne me fust possible de faire, à cause que, après bonne inquisition faicte, l'on trouva que l'ung des souldars ayant envie avoir ung cheval que j'avoye, luy donna ung coup de poignard dans l'espaule pour le faire demeurer et le me rançonner. Toutesfois, je fus contraint me partir dudit lieu sur mon cheval ainsy blessé, et aller à trois lieues dudit Pedrasse en une petite ville nommée Spelnede, où le gentilhomme qui me conduisoit me fist séjourner par l'espace de dix jours entiers, pendant lequel temps il avertit rimpératrix de ce qu'cstoit passé, et pour obtenir d'elle ung saulfconduit pour retourner par Fontarabie, qu'est chemin beaucoup plus court que n'estoit à retourner par Parpîgnen, aussy que mon premier saulfconduyt portoit de retourner par Saulce et Parpignen, pendant lequel temps vindrent nouvelles certaines de l'accord et traicté de paix conclue entre le Roy et l'Empereur et la publication d'icelluy traicté, ce que je fis entendre à mesdits seigneurs par une lettre que je leur escripvis pour tousjours leur confermer mon dire et donner espoir de leur brief retour et délivrance. Ledit marquis me manda qu'il avoit receu ma lettre et qu'il la garderoit pour la montrer à mesdits seigneurs quant il auroit plus ample seurté de ladite paix. Ce fait, après avoir ledit saulfconduyt, le gentilhomme mon conducteur, sans aulcunement ma laisser, et en aussy

estroite garde que si j'eusse esté prisonnier, me conduit à mon retour, et passant près Braques, à huit lieues par deçà, je trouvay le connestable de Castilic en une sienne ville, auquel fuz faire la révérence, et selon mon petit sçavoir luy faire les remonstrances du poure estât et condition où mesdits seigneurs estoient pour le présent menez, et vcu le traicté de paix accordé avec TEmpereur il n'cstoit bcsoing user de rigueur et tel traictement envers euh, le suppliant, comme celluy qui y avoit puissance, vouloir pourveoir à réduyre et remettre mesdits seigneurs en Testât qu'il leur appartcnoit ; à quoy me fist response qu'il cstoit sur son partcment pour aller vers mesdits seigneurs et les pourveoir de ce que leur scroit nécessaire, si bien que en brief le Roy s'en debvroit contenter; ce que me fust très agréable, pour le désir que j'ay d'entendre que mesdits seigneurs soient hors du lieu de misère où à mon partement d'avec eulx je les laissay. Et le reste de mon voyage, combien que le chemin soit rude et difficile, me fust fort plus plaisant et agréable qu'il n'avoit esté auparavant; et jusques dedans Fontarabie fus par le gentilhomme mon conducteur mené, duquel je prinscongié pour, en meilleure dilligence que possible m'a esté, retourner vers le Roy, madittedame et vous.

MANUSCRIT r 1326.

(Voy. p. 37.)

Cette pièce est intitulée : Coppie de la supplication faicte par le sieur du Rrusquet, premier fol du roy, aux députez estant assemblez, comme dit est dessus, sur le fait delà paix, en la ville d'Augsbourg, l'an 1555.

A Messieurs les Députez

Supplie très-humblemcnt le sieur du Brusquet, premier fol du roy, voulloir pourveoir de curateurs à l'empereur et le roy

Henry^ vea qU'ilz sont poures orphelins n'ayons père ne mère, de se voulloir mieulx gouverner pour l'advenir qu'ilz n'ont fait par le passé; car tout leur vye ne ont vesceu que en payne, tourment et fâcherie ; endebtez comme poures gens qui ont une dOQzayne d'enffans à nourir, et ayans plus de payne que charlieffs. Dives habet nummos, et non habet seipsura. Que vous sert tout Tostre bien, et avoir plus de payne que ceulx qui n'ont rien? Litis preterite, rioli maledicta referre ; et par ainsy, vous autres messieurs les députez qui avez esté envoyé du roy et de l'empereur pour les plus sages de leurs roialmes, à cest heure se voira si vous estes sages, dissimulez, contrefaiz ou folz naturel/; car aux sages ne fault riens dire ny aux folz. Aussy vous povez estre la ruyne et le soullagement de toutte la crestieuneté, veu que voz maistres ont remis leurs consciences sur les vostres; vous aymerez voz consciences et pensserez qu'il y a ung Dieu de mectre voz maistres et le poure peuple en paix et transquilité, que toutte leurs vies ont esté ruynez, bruslez, mengiez jusques à rendre leur esperit. Et ne vous fault point fonder sur la pointe d'une esguielle disant : O je averay cecy, ô je averay cela ; tu as fait cecy, ô tu as fait cela ; cela appartient à nostre maistre, ô cela appartient au nostre. O le diable y ayt part! Si vous voulez tant regarder par le menu, vous trouverez en la fin qu'ilz ont autant en ce qu'ilz tiennent comme moy; car l'un l'a prins à ung aultre, et l'autre l'avoit prins à ung autre, et cest aultre l'avoit rapyné à ung autre. Pour conclusion, il y a mil ans qu'ilz n'y avoient riens ny l'un ne l'autre. Et par ainsy, messieurs les députez, la charité vous supplie voulloir venir au point, et sans tant de dispute voulloir mectre ces deux princes et poures orphelins en paix; et tout le monde dira que vous estes les plus sages, les plus honnestes et plus vertueulx que jamais furent au monde; et l'on vous paindra par touttes les cheminées et tapisseries de tout le monde, disant : « Voichy ceulx qui ont mis tout le monde en paix. » Au contrère, si vous ne faictes riens, tout le monde cryera : « que vous estes meschans juifz et anabaptistes, ne pensans qu'il n'est point de Dieu, et disans : Voichy les volleurs qui veuUent entretenir la guerre pour mengier leurs maistres et tout le monde. » En telle sorte

que je pensse que n'oserez comparoistre parmy les homes. Par aînsy, vous supplie le poure fol du roy y voulloir ouvrir les yeulx à faire quelque bon oeuvre. Et encoires, au grand dangier là où vous estes mis d'avoir encommenchié cecy^ si vous ne faictes riens qu'il vaille ; car jusques aux chatz vous maoldiront. leisçay bien que se vouliez croire le bon Joseph ab Ary* matia, qui est monsieur le légat^ que vous ferez quelque chose bonne; car ung capitaine de chevaulx légiers ne prenderoit pas plus de payne quMl fait à vous assembler; car il averoit plu tpst assemblé quatre douzaynesdebrebis que vous autres.Toutle jour va éscarmouchant^ courant à ceste heure sur les Franchois^ à ceste heure sur les impériaulx; d'ichy à ung peu, en la chambre du conseil : il n'y a lacquct qui ne fût bien las vers le soir. Mais je seroye d'opinion que l'on vous meisse trestous dedeos une maison avecq ung pain, ung herencq et plain une bouteille d'eaus, et que ne partissiez de là jusques à ce que n'eussiez fait une bonne paix, quy seroit contre mon Tolloir ; car je n'atymay jamjais que; la guerre puis quêtant de gens ayment la paix. Vous ferez comme l'entenderez ; et cecy fait, je yray baiser la main del excellentis^ima regina, et de la seignourie de monsieur d'Arras, sans oublyer la bonne grâce de messieurs le chancellier de Hignicourt-L^laing, et tous messieurs les députez. Et orabo pro vobis omni vita mea. Et vous gardez de igné etemo, quod paratur vobis a diabolo. Yostre très-humble et très obéissant^ si faictes riens qui vaille, le sieur du Brusquet, premier folduroy^ et son vallet de chambre, huissier de la royne, maistee de la poste de Paris, conseigneur de Saint-Michiel, vinguier d'Antibel, grand almosnier de ma maison, fermier de Hintain et des Galr Hères haultes et basses, borgne d'un œul, manchot deune main, bossu d'une espaulle, et mary de la plus layde etmaulvaise femme qui soit dans Paris^ je prie à Dieu que ainsy soit de you3 tous.

Ce volume in-folio^ écrit sur papier^ est de la main de Gérard. A la suite du titre de la pièce que nous imprimons^ on lit : Accedunt diplomata Belgica ab anno 1005 adannum 14(â. — Gérard ne dit pas sur quelles pièces il a fait ces copies. Nous croyons devoir donner tout entière celle qui occupe les pages 9 et suivantes du manuscrit, sans rectifier, à Texception de quelques-unes trop grossières, ses fautes de latinité.

Introitos Ludovic! oomitis Fkandriœ in civitatem Avignionetn, anno 1856» el qnomodo ibidem per papam receptus foit.

Per N. cancellarium ejusdem comitis.

Anno millésime trecentesimotricesimo sexto, die Assumptionis Domini, circa vesperas, intravit dominus Avignionem cum VV^ militibus, et venerunt sibi obviam equi omnes de fàmilia VU vel octo cardinalium, et fuit satis magna pressura pro multitudine equorum ab introitu ville usque ad palacium. A recta via dominus ivit ad reverenciam faciendam, et intravit ad papam cum militibus et clericis soins, etosculato pede ab omnibus, introductus, dixi pro domino sua arenga : Quod dominus jam din venisset ad eum, scilicet tribus vicibus fuit impeditus propter causas quas sibi dixerunt gentes sue, quas ad eum miserat, quia vidit quod consilium suum non consulebat quod ad eum accederet iilo tempore, et adhuc bene sibi dicerentur si placeret, scilicet non dixi, fuerunt tamen cause impediendi, que si demi-* nus venisset ànte regem, qui venturus erat, et non habuisset optatum de requestis faciendis per eum super facta Maline, credidisset dominum impedivisse. Serio dixi quod dominus regraciabat Deo de sua sancta promotione, de qua summe gaudebat, qui dum erat cardinalis invenerit eum bonum patrem, et libentissime vidit eum in hospicio suo, et multa bona documenta dixit sibi quam plurima retinuit et priusquam promotus esset,

et misit gentes suas ad eum^ habuerant ingressam ad palacimn et de majoribus supplicationes optatum sibi de pluribas beneficiis^et inter cetera regraciatur de dispensacione Glii et domicelle de Casselio et^ ut ista regraciaretur roerito^ venit ad eum non ut eum honneraty nec se tediosum sibi reddat, sed ut solum eum videat regraciare ut sua et se ipsum eum omni posse offerat ecciesie^ sanctitati sicut pâtri et domino papas sdo et biilUibtt& sdis ad beneplacitum et mandalum, exciisando the Quod lingtlil materna loquebar^ quiapro domino sicfleri opottebat^quitimit ëntf litteratùs; ut intelligeret que mihi injunxerat dicere^ tamètt aliqua sibi dicere volébat dominùs in certa horà sibi placidA et per etim assignanda. Qui papa gt*aciose rëspôudit : Qttod bénë venerat dominus, et quod pro eo facefet qtiidquid {K)sset iecandum Deumet justiciam ; non vero tantum quod posset de plenitudine potestatis^ que erat nimis magna ; et de ista plenitûdititi adjunxit ridendo^ et assensit solum de dispensatione dicendo quod eam pro meliore facere retardaret, et piacebat sibi quod dominus in crastinum reverteretur, et illa hora ad dicehdiim sibi quod placeret. Et surrexerunt omnes qui eum domino Vèderatit^ et yenerunt ad hospicium domini, et cenarunt; et visitai! dbttlinus illa die et sequenti quatuor cardinales^ et hora quidélli vcèpërarum Teniente^ venit dominus ad palacium eum derlcîs et militibus et intraverunt eum eo illi solum dé consllib stià:

Et ciun dominus venerit ad eum et consiliârii^ tîdllnm ^misit genibus flexis^ sed omnes sedere fecit stlper scamnii; et iUcepi redicere quomodo dixeram sibi^ quod dominus non ^érét ad honerandum eum^ scilicet^ etc., idcirco unum soltUn siipplicare intendebam, et recita vi factum Maline et certum...... éù^

lenmitatem juris et facti intervenisse concludendo qûod etiiil conGrmaret. Qui statim respondit iii presentia otiinium^ qttod oportebat quod in bec vocarentur quorum intererat, dec tiotiilnavit eos ; sed post, sensi quod de duce et Maline habltantibus intelligebat. Post statim dixit omnibus quod trahereiit se ëitlii cameram; episcopum Rutinensem et me solum cumdomitto re-" tinendo. Et quando fuimus soli eum eo, incepit dicere d(^iA6 multa boba de tegimine siio , ad fltlem Justicie Factetidë {lef eundem, et quomodo responderat nunciis ducis et Maliue^ él etiam régis Francie super absolutione fldelittitid et hiMiltalif^

FlUGAfENtS Et EiTtiÂrrS. 451

pretbriti écctesie leodfetisis, et redditîotié precii {hto llla tilla diiti^ ùtnhlà dënegabdo eis^ et Ultra dara verba respondendo qddd iïoh ëraifit gentes^ matime dot^ cûl fieri deberet gratia^ qtii Uëricos silpplantâbat , eccle^iaâ destraebat^ etG«; et qaod cofifaéf i^cèiMil'atit. Et qûomodo iâqalBiverat de Malina^ et eedebilt bt 4tli deretierat prëcitltii, et qaod bene sedebat ptt) domliiOy et jp)h> ëcètesia,' et dé precio erat jdm defaicatum et malcta> iû iaddèhi doibinl gtos^a s et post veniërit ad gaerram que inîiirrétehit fil fidirgtindta, et qtibd Tidëbatni- qftod alteriaâ deberiA ptiliiliiire> tfdebainai, et tiec dieebat fnotutn Abgliçonim, aliga-" tiéUës Aîeiiidncrhim ctiM Anglicis, non consulend beoe qdomodo dîyntiiltlii faeeret novatn^ et rei hec timens togaterat enm quod db fH)¥è ali^tilid iléik cotisederet domino. Verum propter ista modb Mdatetûir donrititis qui sibi non conced^et istam confiN mâtioiieiii ^ni tldeiM et tolens aliqna replie^ri, yidi displicen* tiaitf et tactli etpectando aliam horani. Et dominus priusqnam sHitexit epf âcopns^ de cetero diiit sibi aliqna in gecreto^ et credo qiiod fuit de episcôpatn Caineràcensi^ et exitimug^ et exenifdd dittt dictas episcopas^ qaod papa volebat qaod dominas et ego cemederemas cam eo die dominica seqiienti^ et intérim yisitaret catdinitles^ qnod.ita concessum est. Et illa die mandant mihi^ et ditit ore proprio seqaenti die manè qaod papa volelmt scire qaomodo de ejns responsione contentabar; qui respondi qaod doîMniis non bene qaod jastam petebat et differebat facere^ etc.; et qtiod dieeret sibi qaod concederet conflrmaret^ et dominas non nteretor nsqaeqao iste gaerre sedarentur, et saltem qaod clare responderet, qai dixit mihi qaod intentionis sae erat concëdere faits gnerris finitis, et qaod die dominica, si mihi viderétaf bonàm, papa clare dieeret domino qaod rogayi. Et ad?èniéhte illft die dominica, hora pràndii, cam tribas miiitibas^ itië et vifj armigeris pro se et sais militibds, venit ad prandinm et mandatit pro domino ante prandinm in caméra anteqnam iret aé mensam in anla, et pro me et ultra quâm credi posset bonam nmltum fecit ; et ditit démino de confirmatione quod sua dixit episcot)us, et post ivit ad mrasam ducèndo dominnnl per mannm semper, et sedit solus in alta mensa papali et in altéra bassa dominas ut rex ante comederat, et post eum episcopus et post egO; et in altéra mensa alii très milites domini et non plu-

152 FRAGBjlElSTS ET EXTRAITS-

res in aula, et parum fecit légère ante eum^ sed semper garralavit cum domino^ cum armigeris domini ; et magna cibaria dédit et in excessiva quantitate et melipca vina. Post prandiom, redditis gratiis, reduxit dominum per manum ad cameram et

sedit et dominus ex nna parte satis alte, et

episcopns et ego in alta sella ex altéra; et incepit precipere qnod omnes exirent; qno facto, dixit mihi quod ego dicerem qnod placèret, qui respondi quod nesciebam quod ut alias sibi dixeram, dominus eum attediare nolebat nec honerare, sed qupd habebat gentes mirabiles, qui rogaverant de snpplicatione.pro beneficiis faciendis, et si non faceret maie de eis esset unum sibi nou displiceret si dominus sibi plures mitteret^ qui de |Uis non faceret nisi quod yellet, secundo dixi quod pro me nil ^rat petiturus^ quod contentus eram nec prebendam aliquam aliam quam Pdr, perpetuo haberem, et quod eram dives, quod dominus multa bona mihi fecerat, qui me respexit multum dicendo esse verum. Respondi quod sic certe dixit ipse et verushabebitur, plus quam si affectaretis, sicut cetero nunquam aSectavi^ etc. Et incepit dicere quomodo fuerat prometns qui nunquam cogitayeratnecapparuerat; et multa similia. Postmodum feci sibi supplicare pro domino Philippe de Ârbosio, de prebenda vacante Cameracensi, 'et statim posuit in supplicatione : Fiat. Post ea tradidi sibi supplicationem et litteram capituli Par pro magistro Grerardo de Monte Âncuto, et dixit mihi esse ista supplicatio justa^ et dixi quod nimis pungebat decanum, qui respondit : Perraitatis me facere, qui nec permitameos litigareet eis providebo: ex qlio dictis illum esse in necessitatem, quibus dictis fecit venire unum, et post accepit dominus licentiam, et osculatus est eum, et postea cum yellem osculari pedem ejus, eleyavit caput meum, et me similiter fuit osculatus, et recessimus omnes die martisdemane,et visitatittamdie sabati quam dominica, quam lune omnes cardinales, et dédit omnibus tam camerariis, ostiaris, servientibus armorum xij xx flor. flor. consilio episcopi antedicti, et dimissis ibi dictum Philipnm, qui tradidit aliquas supplicationes pro domino sub sigillé ad partem, et in saculo alias de quibus non multum curabat et très pro me.

FÏUlGMENTS ET É'XtikiiltS. 155

WAHUSCRIT H^ îl»;

. (Voy-p.4Ô.)

Ces vers occupent dans le manuscrit la feuille marquée vijxxi (141) et vii«ij (142). Ils sont précédés de VHorloge de Sapienee et des deux lignes suivantes qui expliquent leur but:

« Es vers cy-aprez escrips trQuv^rç;^ les noms de çeulx qui ont fait et fuit faire ce livre. ».

(( Caste doctrine couronnée -

Fu premièrement ordonnée

Du Saint-Esperit^ et fu ditte ;

A un homme de grant mérite, ' ■

Saige et de grmt perfection,

Proies en la religion

Du glorieux saint Dominique.

Nez fu de terre Almanique, . »

Frère Jehan dit de Souhaube, ' r

Qui de purtéot vestu Taube; ■

Approuvé fu cest Âlemant

De sapienee Tray afnant; ; .

Fondé fu en toute science, .. .^ .

' • Principalment en conscience, , ^ . r ;.

' '•' ' En purté de corp9 et de cuer^y i-'-.'f. ■:■ Si comme il appert au desuer,

En la doctrine de ce livre; '!,;.. Le roy Jhésu le face vivre.

Pour le loier de ceste histoire, .y^ , A tousjours avecques lui en gloire.'

De latin en rommans donnée

Fut ceste histoire celle année

Que Icmillaire couroR

Qui proprement compter poiToit

Mil trois cens quatre-vins et nuef.

En la ville du Cbaslel-Nuef,

m FBÂGMENTS ET EXTRAITS.

A la requeste et à Tinstance D'omme de grant souffisance.

Es sept ars fondez royaulment, Licenciez principaulment Es drois dis civil et canon, .

Qui du fons de baptesme a nom Maistre Dimenche dit de Port.

Fait fu cest escript et transport Dévot, soubtil et gracieux, Par mn frère religieux De la nation de Lorraine; A grant fruit et à pou de peine Fu mis de latîn en françoiz.

Et fu de l'ordre saint Françoiz; Maistre fu en théologie :

Son nom, sa généalogie, De fait advise celle et cuevre.

Car il n'a pas fait si grant euvre Dont il doie^avoir loier ne tiltre Pour soy nommer en ce chappitre.

Car c'est moult petite loenge A cellui qui translate et renge De mot à mot aucune histoire ; Mais cellui doit avoir la gloire Qui par la voulenté divine Trouva premier ceste doctrine :

Cellui aussy par qui commant Fu de latin mis en rommant Doit estre béneis et loez De grâces et de mercis doez.

Encore béneis en ceste clause La personne qui en fu cause De translater premièrement :

Jhésus, au jour du jugement.

Qui les pécheurs volt racheter, Le vueille en gloire translater.

Faitte fu la translation En l'an de l'incarnation Devant dit, le jour dix-huitisme Du moys d'avril, environ prime.

Priez à Dieu le créateur

Que les péchiez du translateur Vueille effacier et pardonner, Âussy à ceulx grâce donner Et à la fin béatitude Qui icy mettront leur estude Pour savoir bien vivre et morir :

Leurs âmes face Dieu fleurir Fleurs de vertus et de mérites.

Et quant du monde seront quittes, Vueille Jhésus, pour leur loier, A eulx son royaume ottroier ; El vous qui cy dedens baez.

Se plaisir vous vient, vous direz Ou nom saint Jehan le apostre.

Pour moy une fois la pater nostre.

Disons en la derraine roie :

Amen, amen, que Dieu Tottroie.

Cy fine TOrloge de Sapience, qui contient deux livres, »

MANUSCRIT r 696.

(Voyez p. 41.)

Voici d'abord des Seguidillas que nous avons copiées dans ce manuscrit; nous en risquons^ à côté du texte, la traduction littérale.

Quando mi luçero Su luz esconde, Aunque saïga el sol Pareze de noche.

Qaand mon étoile Cache sa lamiére, Bien que le soleil paraisse n me semble nuit.

136 FRAGMENTS. ET EXTRMTS.

Subense tan altos Mis pensamientos, Que quai aguila al sol Miran derechos.

Si haut montent

Mes pensers

Que comme J*aig1e, le soleil

lis regardent droits.

La nifia de'oro Y la de plata.

Son el sol y la luna De nuestra patria.

La jeune fille d'or Et celle d'argent Sont le soleil et la lune De notre patrie.

Cuento buestras gratias Por las estrellas; Pero sobran gratias Y faltan ellas.

Je compte vos grâces

Par les étoiles ;

Mais tant i\ j hàe vos grâces

Qu*il n*y a pas assez d'étoiles.

Quien dixerc, scfiora, Que no te quiero, Ruego a Dios que muera Del mal que muero.

Qui dira, ma dame, Que je ne t'aime point, Je prie Dieu qu'il meure Du mal dont je meurs.

FRÂéMfeNTS ET EXtttAlTS. 137

Tu tienes mi àliha, La tuya yd no; Desdichadô me hizo Fortuna en todo.

Ta tiens mon Ame ; La tienne m'échappe ; Malhearenx me fit' La fortune en toot.

Es cosa ordinaria De las mugeres, A los que las amaii Aborrezerles.

C'est chose ordinaire De la part des femmes.

Que ceux qui les aiment Elles les abhorrent.

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