‹ Lettres à m.ble comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits de la Bibliothèque royale de La HayeChapitre 17 sur 36 · DEUXIÈME PIÈCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PIÈCE

(Ceci est en françois é*pm femme qui aimoit.) ..■■.'. .-i .

Lois que j'aym et aymeray Toutdis tant que pouray durer.

Vous m'avés servi de cuer vray Si lonctcmps que réimmérer Je vous vuel et abandonner

F!ftAQ||ÇKrS ET EaLTjRAJTS. Ul

Mon corps à faire vosire commant Fors que puis le çhaynt an avant.

Moy poés baysier et acoler:

Congié vous en ay donné.

Et prendre tant que vodres Désormais et à moy juer.

Je ne levoiis quier refuser; / Car vostre sui, n'alez doublant, Fors^e puislechaynt en avant.

Mais pour ce que m'onnour.y say.

Vos vuel ce par desous véer; Car lors qu'abandonné Tauray, Jamais n'y porai retomer.

A. vostre voler pùés ovrer De mon cuer à guise d'amant Fors que puis le cbaint en avant.

Ceci est la réponse de l'amoureux.

De tant que vous m^abandbnés, Ma douche damme de ce lîôh, Cuer, corps et quanque Vous portez Sus le chaynl et le souplus non.

Vos merchi ; mays dévocion Ay trop plus, qu'Amours me sequeure, A che desous qu'à che desseure.

Car H doubz lieu, bien le savez,

11 est pour consolation,

Prendre az bois. .«••••

De ce faitez exeepcion

Qui fuist melheur affection i

Par amour chascuns plus labeurs

A che dessous qu'kcbe deseeure*

i^ FlUfrUËNTS Et ËSTRA1T3.

Je ne tous di inie qn^désës

N'y ait déduis d'onnonr foison

En ce que sus li chaint portez.

Au mains selonc m'entencion ;

Mais joye et récréation

A trop plus ne fuy om}aei heure

A che dessoubz qu'à che desieure.

A la fin de ce volume, dont la reliure est celle de Tancienne bibliothèque des Stadhoudersy on voit en note qu'il a appartenu au comte Johan de Nassau de Vyanden et à Marie van Loeriy sa femme. — Le titre des deux pièces qui précèdent y est écrit en deux langues. Je n'ai copié que le titre fraofaié.

(Voy. p. 48.)

Voici la piède intitulée La Comerie^ que j'ai promis de donner conune exemple de mauvais goût.

Quant les quatre angles corneront Piteusement sera corné, Car cil qui n'est ancores né Tramblera'si^le^cor ne ront.

S'il n'est de son sens escomé, Quant les quatre angles corneront.

Hellas ! celles qui cornes ont.

Leur chief sera bien encorné de tous pointz n'est descorné.

Ne lors pas ne s'encorneront Quant les quatre angles corneront.

FIUGMENTS ET EXTRAITS. i4S

Mercy crions à cry, à cors, Las ! chascun cornart et comarde^ Si juste n'a que son corps n'arde Si Dieu n'est lors miséricors.

Chascun verra sa fcohiarfîé Après le piteux corâéiliétlt, Et aussy, si le cor he liieht^ Son sens, quoy que le cornart die.

Et cil qui su^ cornàfderie,' Les dyables Ib yrblit escoHiânt, Ne n'avez garde qti*êri corrtatÛ Que cornart ne cornàfde rte.

Las ! chascun son fait cornera , Créez, s'il a esté cornart.

Bien cornera se son corps ri*ard.

Je croy moy qu'on lé cortterà.

Ceuk qui n'ont creu comme comars Ce que les prescheurs leur comoient Seront bien soiirs se le cor n'oient ; Brief, je les tieils pat leuris cornes ars.

Sages est cil qui sans comaille De ce q'un chascun sainct comoit.

Et est trop fol qui mon cor n'oit.

Car il n'est nul qui àù coip h^aille.

Ha ! que feront lors lés cornues Et celles qui vivent encor; Plus n'auront menestrés ne cor.

De joye seront de corps nues.

Hout estrange est la corne muse Dont on yra comemusant;

iU FRAGMENTS ET EXTRAITS.

Cil qui va en corne musant Est fol si à mon cor ne muse.

Chascun sera lors de corps nud.

Sans chapperon et sans cornette ; Celle sera bien du corps nette Qui n'aura grand paour du cornu.

Car tout sainct qui a le corps net.

Et qui sont sains d'âme et de corps, Regardans d'enfer les discors Trambleront au son du cornet.

Besoing estoit que Dieu comist:

VigiUUe^ si que comon Tant que nous donnons en cor non.

Quia nescimus se du corps n'ist.

Dieu nous dira : Je vous comoye, Mais sours estiez à la cornée ; Mainte âme en sera escomée Et juge qui âme et corps n'oye.

Si prions Dieu que chascun corne Les sept vertus que Dieu coma, Tant que d'enfer où bon corps n'a Nous ne puissons sentir la corne.

Amen

MANUSCRIT r 773.

(Voy. p.45.) FABLE DU BOUTILLIER ET DU JUÎS.

Uns Juis marchéant pourtoît

Grans richesses, si se doubtoit

Et s'en ala au Roy requerre

Conduit pour aler par sa terre.

Au Roy, pour ce, bon argent donne ;

Son boutillier li abandonne

Et baille le Roy par conduit,

Et cils le meinne et le conduit ;

Mes convoitise qui le blesce

De l'avoir et de la richesce

Que il scet que le Juis porte.

Le fait entrer en voie torte.

Cils qui avant aler devoit

Va derriers : le Juis le voit.

Si se doubte, et li dit : t( Amis,

Ne vous desplaise ne ennuit.

Mes aies avant mes ennuit;

Car miex que moi savés la voie. »

Et cils que le Juis convoie

Va derriers et Tespée sacbe; '

Au Juis dit : a Tu y morras

Et tout ton avoir me lairas. »

Cils à cui riens ne vaut criée

Vit des perdris une nuée

Devant euls voler d'aventure.

tt Boutillier, dit-il, je te jure

Que ces perdris t'encuseront

Au Roy et pendre te feront. »

Cils qui tout ce rien ne prise,

Dou Juis a la teste prise,

i46 FRÀGBfENTS ET EXTRAITS.

Corps et tout cela et couvri, Et la maie au Juis ouvri,' S'a la richesse toute prise Et s'en retourne en son service Sans faire nule mention Du murtre et de Toccision Qu'il ot faite par son desroy; Puis fut bien uns ans o le Roy. ^ Un jour à servir le convint De perdris» et puis li souvint Des autres perdris, si s'en rit.

Dont il moult folement mesprit.

Qu'à poinne s'en pot-il tenir.

Et sen plus pour le souvenir # De ce que le Juis ot dit.

Le Roy enquiert pourquoi il ril ; Mes cil ne li volt mie dire»

Et si ne cesse encor de rire Si fort que au Roy point ne plet; Hès n'en fet samblant, ains se tet.

Que plus n'en a ores parle.

Autre fois a li Roys parle, Si li dit : a Yarlet, di me voir; Je vuel la vérité savoir.

Dis-moi dont si grans ris te vint L'autr'ier, et de quoi te souvint) Quant devant moi ainsi rioies; Pour po de ris ne te crevoies. »

Et cils qui au Roy mentir n'ose, Li conte mot à mot la chose Dou Juis comment il Toccist Et comment li Juis li dit Que les perdris qui là vokieat Devant le Roy l'encuseroient.

Li Juis li dist vérité :

Par perdris fut iniquité Congnéue, et li fais scëus* Li Rois, qui fut moult estnéuSt Si assambla ses conseilliers.

Si fu jugiés le boutilliers Dou Roy et des barom à, pendre.

FRAGMEH^S ET EXTRAm. 447

Qu'oncques homs ne le pot deffendre.

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