‹ Lettres à m.ble comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits de la Bibliothèque royale de La HayeChapitre 7 sur 36 · Triple procession à Toumay , le 14 septembre, pag · texte numérisé non relu

Triple procession à Toumay , le 14 septembre, pag

22. Procession à Louvain , le premier dimanche de septembre , pag. 93.

S3. Procession à l'église des DominicaiDS , à Bruxelles, pag. 07. 24. Procession à Douai , pag. 101.

La plupart de ces processions étoient curieuses par les cérémonies bizarres qui s'y accomplissoient $ ainsi que par leur origine.

Le No 1560 contient des Notices sur les préjugés , erreurs populaires , etc. , qui ont cours en Belgique , tels que : Pluies de Saint- Médard ; être treize à table ; la sallière renversée ; le trou de Sainte- Gertrude ; le pesage 'par la sorcellerie , à Ondewater , etc.

No 1563. Notice des principaux sculpteurs nés dans les Pays-Bas , auc leurs épitaphes et la liste de leurs ouvrages les plus remarquables , écrite de la main de Gérard. — Ces Notices sont au nombre de 101 , parmi lesquelles plusieurs concernent des artistes du xv^ et du ivi© siècle 9 tels que Jaques de Germes , qui fit , en 1455 , le mausolée de Louis de Maie , comte de Flandres ; — Claux de Verne; — Jean de la Vuerta ; — Jaques de Breuck-le-Vieux ; — Guillaume Van Tétrode; — Combaut de Dryvère ; — Jean de Stère ;— Guillaume Paludanus, mort en 1579 , etc. , etc.

No 1564, in-fol. , manuscrit de Gérard. Notices des architectes et graveurs belges , avec la Notice de leurs principaux ouvrages, — Il y a 36 architectes et 13 graveurs. Voici leurs noms : 1® Jaques de Breuckle-Vieux, architecte et sculpteur, qui florissait en 1540; il fit, en1539 , pour Jean de Hennin , comte de Boussu , le plan de son château , et , pour la reine Marie , les plans de deux palais détruits eu 1544 ; — 2» Jean de Thuin, constructeur de l'église de Sainte- Wandre, à Mons, achevée après sa mort arrivée en 1556. Dans son épitaphe , il est qualifié de officier tailleur d'images , conducteur de Vouvraige d'architecture; — 3^ Pierre Coucke, né à Alost , en 1602 ; il apprit d'abord la peinture à Bruxelles , sous Van Orley ; il alla ensuite en Italie , où il se perfectionna. A son retour , il fut nommé architecte et peintre de la ville. Plus tard, il alla demeurer à Bruxelles oîiii fit des modèles de tapisseries. Il fut ensuite s'établir, avec les frères Moyens , à Constantinople , pour y former une manufacture de tapisseries. Au bout d'un an , les frères Moyens revinrent à peu près ruinés ; mais Coucke rapporta dans sa patrie le secret des belles couleurs pour les tentures de soie et de laine. Il alla ensuite à Anvers où il se livra à la gravure , et fut nommé par Charles-Quint et la reine Marie de Hongrie , leur peintre et leur architecte. Il mourut en 1550, à Bruxelles. — 4© Corneille de Vriendt, architecte, sculpteur , né en 1518, mort en 1572; — 5® Jean d'Hière , architecte , sculpteur , né à Gand ; — Corneille Floris , architecte , sculpteur , rapporta d'Italie l'art de faire des charges grotesques ; il était ingénieur de la Maison-de-ville d'Anvers en 1560 ; — Guillaume Cœur, architecte

62 LETTRE A H. DE SALYANDT.

€t sculpteur ; — Guillaume d'Anvers , idem ; — Lambert Lombard , peintre et architecte ; — Henry et Pierre de Keyser , le premier , né à Utrecht , en 1565 , mort à Amsterdam , en 1620; il fit le mausolée de Guillaume de Nassau , qui est dans Téglise de Delft ; — Jean Schorle ; — Lambert Suave , né à Liège ; — Jean de Boulogne , premier sculpteur de François I^r et de Ferdinand 1er , ducs de Toscane , né à Douay , en 1529 , mort en 1608 ; — Sébastien Van Noyé , né à Utrecht , en 1523 , mort en 1557 ; — Henri de Pas, né à Anvers, constructeur de l'Hôtel des Villes anséatiq[ues , à Anvers , en 1568 ;

— Pierre de With (en français Pierre le Blanc) , né à Bruges , bâtit le palais électoral de Munich et construisit le mausolée de Tempereur Henri IV ; — Corneille de Ry , né à Amsterdam , en 1561 ; il y bâtit un grand nombre d'édifices ; — Jaques de Breiick le Jeune , né à Mons , y construisit l'abbaye bénédictine de Saînt-Gheslain , détruite en 1656 ; — Pierre de Franqueville , né à Cambray , en 1553 ; — Pierre-Paul Rubens , le grand peintre ; — Wenceslas Goberger , né à Anvers , en 1550 ; — François Aiguillon , né à Bruxelles, en 1567, ( faisait partie de Tordre des Jésuites) , mort en 1607 ; — Jean Van Santen ( en Italie , le Sanzio ) , premier architecte de Paul V , constructeur delà villa Borghèse ;— Jacques Franquart , né à Bruxelles , en 1577 ; — Balthazar Gerbier , né à Anvers , en 1592 ; — Jacques Van Rampen , né à Harlem ; — Philippe Vingboons; — Pierre Post , né à Harlem ; — Pierre Schleiff , mort à Valenciennes , en 1641 ; — François Romain , né à Gand , en 1646 ; — N. Franquart ; — Corneille Van Nerven; — Luc Thuydherbe ; — Louis-le-Doux ; — Laurent-Benoît de Wez ; — N. de Dobbeler (fin du xviiie siècle) , mort très-âgé, en 1818; — François Suis.

Les graveurs sur lesquels Gérard a donné des Notices dans les manuscrits dont nous parlons , sont : Samuel et Adrien Lomelin (1639) ;

— François Schelhaur père et fils ( 1 639 ) ; — Jean Sadeler , né en 1550; — Raphaël Sadeler ; — Otto Venius , né à Anvers , 1599 , peintre et graveur ;— Théodore Van Fulden , né en 1607 , peintre et graveur*; — Starrewyn ; — Van Berckel ; -— Nicolas-François Cardon, père ; — Antonio Cardon; — Edelniek ; — Bolswert; — Vorsterman.

Le No 1565 contient des Notices sur les imprimeurs belges , qui ont vécu pendant le XV© siècle , avec la liste des ouvrages qu'ils ont imprimés. Gérard y a joint, en outre, des Notices sur les plus célèbres imprimeurs belges du xvie et du xvii© siècles. Voici le nom des imprimeurs dont il y est question :

Arnaud , de Bruxelles ; — Jacques Bellaert ; — Godefroy Back;

— Indocus Badius Ascensius ; — Conrad Braem ; — Daniel Bomberg; — Jacques de Breda ; — André de Bruges ;— Jean Brito ou de

LETTRE A M. DE SALYAXDT. 65

Brit ; — Frederick d*Egmont ; — Les Frères de la vie commune ; — Gérard de Flandres ; — Mathias Goës ; — Nicolas de Grave ; — Gilles Van Heerstraeten ; — Henri Eckert Van Homberch ; — Michel Van Hoochstraeten ; — Jen Andries Soen ; — Jean Jacobs Soen et Maurice Yemants Soen ; — Nicolas Ketelaer ; — Arnoud de Keyser ; — Gérard de Leempt ; — Gérard de Leeu ; — Nicolas de Leeu ; — Adrien Liesfelt ; — Martin d'Amsterdam ; — Colard Mansion ; — Thierry Mertens d'Alost ; — Richard PafFroed ; — Louis de Raverscot ; — Chrétien Snellaert; — Jean Vollehoe; — Jean Veldeuaer ; — Pierre Van Os ; — Conrard de Westphalen ; — Jean de Westphalen ; — Laurent Coster ; — Louis de Valbeke ; — Hugues Janssen Van Voerden ; — Erard Reuwich ; — Rainaud de Nimègue ; — Paul Leenen ;

— Corneille de Zyrikzee ; — Henri de Harlem ; — Johannes de Tornaco; — Gérard de Harlem , imprimeur , étoit établi à Florence , où il imprima un ouvrage en 1498; — Nicolas Pétri de Harlem ; — Rudolphe Loeffs de Driel; — Willelmus de Mechlinia; — les Collatie; Broders, à Gouda ; — Joannes Alemannus de Medenblick ; — Roelant Van den Dorp; — Antonius Mathias Antuerpiensis; — Laurent Hapin;

— Mathias de Flandres ; — Gérard de Lise.

Gérard a encore ajouté à ces Notices les noms suivans d'autres imprimeurs belges qui se sont rendus célèbres, dit-il , 'par leur savoir ou par le nombre d*ouvrages quHU ont imprimé. Voici ces noms :

Raphelengius ; — Jean Moret ; — Balthazar Moret ; — Jean Ram ou Bellerus; — Rudger Rescius ;.... — Nutius;.... — Thomas Erpenius ; — les Elzevir ; — Frédéric Léonard ; — André Fris ;.... — Hackius ; — François Halma ; — Jean Hondius ; — Henri Hondius;

— de Hond ; — Jean-Henri Westein ; — Jacques Westein ; —

Jean de Zuylen ; — Guillaume et Jean Blaeu ; — Pierre Mortier ; — Adrien Moetiens; — ,.... Van der Aa ; — Joseph Panckoucke.

Tels sont , Monsieur le Comte , les principaux manuscrits littéraires qu'offre la Bibliothèque de la Haye. Peut-être , avec un peu plus de temps que celui dont je disposais, aurais-jepu vous en signaler encore quelques autres , et faire un plus grand nombre d'extraits que celui que vous trouverez , comme pièces justificatives , après ces lettres ; mais mon loisir était limité. Ce n'est pas là d'ailleurs , une besogne qui s'exécute rapidement , et je n'avais , pour l'entreprendre , aucune mission officielle : mon zèle pour l'érudition et la tendance de mes études depuis quinze ans , m'entraînaient seuls à prendre , comme renseignemens personnels , quelques notes sur la belle collection confiée aux soins de M. Holtropp. Si , depuis , je me suis décidé a les rendre publiques , sans chercher même à leur donner une forme plus attrayante que celle d'une simple rédaction descriptive «t bibliographique , c'a été

64 LETTRE A M. DE SALTANDT.

uniquement , Monsieur , pour offrir à l'homme de cœur qui , en présidant , comme vous l'avez fait , d'une manière éclatante aux intérêts intellectuels de la France , avait cherché à ouvrir une carrière positive à quelques jeunes écrivains , une marque de plus de mon respect » ainsi que de ma sincère et bien vive gratitude.

J'ai l'honneur d'être , Monsieur , avec un profond respect ,

Votre très-dévoué serviteur ,

Achille JDBINAL , Professeur à la Facolté des lettres de llontpellier.

MoNTPBLUBR. — Typographie de Bqbhm.

Les numéros placés devant les versets indiquent l'ordre qu'ils suivent dans le manuscrit de Berne. Différents versets de la leçon de ce ms. manquent ici.

(Ms. N° 69. — Voyez page 15 des Lettres.)

i. Rome, Jhénisalem se plaint De convoitise ki vos vaint Et Acre et Damiete ausi ; Et dient bien k'en vos rcmaiut Ke Dame-Dieus et tôt si saint Ne sunt en la tere servi.

De Damiete sunt saisi Par le légat noslre anemi , Et crestiien à mort ataint ; Et dient bien k'il est ensi :

Le roi Jehan avés traî.

En qui Dieus et proeche maint.

■^ idl^ Samte Marie, socorés

Jhénisalem, car ch'est li clés Ki garde le trésor roial :

Ëncor i aient li Turc méè.

Si iert encore kriestientés \ Maugré le Temple et TOspital.

Faus et félon cl desloial

Sunt chil ki ont porquis le mal

Par quoi chis mons est si lorblés.

Aukes le di por le légal :

En lui a malvais marescal,

Quant si nos a tos enclaués.

5. Li cardinaus et li légas Ont bien fait geter ambesas Les crestiiens decbà les mons.

El sacbiés bien n'est mie gas, Ke par eus est en Tangle mas }A rois ki chevaliers est bons.

Or venra la bêle saisons :

Si raporterunl uns pardons Dont il vauront croisier nos dras; Mais chil n'iert mie Salemons Ki de rien kerra tés glotons :

Car mis nos ont del trot au pas.

i 8, Bien a li légas rout le pan De le cote le roi Jehan^ Si ke jamais n'iert recosus. Porcachié a par{son engan Ke Damiete est al Sodan :

Cho a fait c'onkes ne fist nus.

Fois est perdue, car chà jus ' N^en a mais point, tote est là sus, La ù Dieus fait crier son ban.

Ke li légas soit confundus Et de sa glorie sospendus, Ne jàn'isse honorés de Fan.

f / aH: Li légas et li cardonaus

Ont meslé auvec cardons aus Et omicide auvec envie :

Jo quit Judas fu lor paraus.

Maint creslien sunt mort par aus

Ki encore fuissent en vie

Se ne fust lor grans félonie

Et li avoirs de paienie

Ki pris fu par malvais consaus.

Or en est la tere honie

Où chil revint de mort à vie

Par qui le mondes sera sans.

^ 2. Dieus ! c'ore n'est uns Charles Marteaus Au siècle ki destrusist cheaus Ki si malemant ont ovré !

N'est ma\s prestres tant viens ne haus Ki n'ait u lorains u oiseaus :

Ensi sunt-il ore ordené.

Rome, vos avés destempré Tel puison sor crestienté Ki plus est dure ke caillaus ; Car quant ke nos aviens semé ' A Damiete et amassé Ont li Turc mis en lor vaisseaus.

. Ha, seignor clerc! car aiiés honte De chest forfait, car à vos monte :

Meffait l'avés, hien le set-on.

Cheste traïsons nos afronte :

Or n'ont cho fait ne roi ne conte, Ne nule gent se vos clerc non.

Ha ! tere de promission , Com iestes kéue el hroion Et com Jhérusalem desmonte, K'ele seit bien par nul sermon N'ara socors ne garnison Puis ke Rome deffait son conte !

<y SflS^Mout est chis siècles devenus En manières de maus agiis , Car l'uns ne porte à l'autre foi :

S'uns ribaus est rés u tondus, Jà n^ert de chel pais yenus K'il ne Yoille estriyer au roi.

U sunt plain de si grant désroi, Kes'il n'en prent hastieu conroi, U sera par eus déchéus.

Mais jo loeroie endroit moi C'on laissast à chascun un poi Et si en presist le sorplus.

H 'I^^Si m^ait Dieus, s'ai si grant ire Del clergie, n'en sai tant dire Ke pis ne vaillent demain ke ui; Mais se chil ki de tôt est sire Lor monstroit en aucun point s'ire.

Liés en seroie, c'or à qui Ne m'en sai plaindre fors à lui :

Nus lais hom n'a vers eus refui En roiaume ne en empire.

Tant sunt félon et plain d'anui :

Et se j'en ans matir n'apui Jo criem ke mon gieu n'en empire.

Seignor prestre^ tôt parchonier lestes de l'avoir l'userier ; Et si Yos dirai bien comment.

Puis k'il ne vuelent le mestier Ke Dieus deffent por yos laissiôr, Por quoi prendés-vos lor argent?

Yos mangiés auvec eus sovent; S'il YOS douent laine u forment, N'avés talent de renvoier; S'il se confessent fausement, Yos les savés bien coiement APasques acomunyer.

àSli^ Seignor provoire, ki cler voit

Moult est fous ki ne s'aperchoit

En quel manière vos vives.

Li useriers vient à vos droit :

S'il demande pain bénéoit Et vos enranment li donés, Jo di ke vos i mesprendés, K'il ne s'est mie confessés En tel manière k'il devroit ; Mais légièrement le soffrés Por les dons ke de lui prendës :

Ensi Tanemis vos déchoit.

12^ i. Rome, on set bien à ensient Ke tu descroisas por argent Cheus ki por Dieu ièrent croisié ; Là erras-tu trop malement.

Quant puis ont pékié mortelment.

Si déussent estre alegié.

Tu lor retausis lor markié Ke il avoient bargheignié A grant tort et malvaisement; Mais il n'ièrent jà apaié :

A Dieu s'aront leur vèu paiié.

Car fait li ont borse de vent.

/ 5 S« Rome, moult avés entrepris.

Et si avés à prendre apris, C'on vos en deveroit sospendre.

Reprendre en doit-on moult vo pris.

Car par prendre est vos nous espris :

On vos en deveroit reprendre.

Jà ne déussiés entreprendre Vers nos, mais tos les biens aprendre De quoi crestientés est de pris ; Mais tel cose avés fait emprehdre Vostre légat, c'oh le doit pendre, Car par lui sunt crestiien pris.

j V '^» Por Dieu, bon crestiien, plorés I Car onkes mais crestientés

70 FKAGMENTS ET EXTUAiTS.

Ne pcrdi tant à une fois Kc ore a fait, bien le savés, Puiske la tere ii Dieus fu nés Conquist Salehadins H rois.

Li fluns, li sépulcres, H crois, S'escrient lot à haute vois Ke Rome gieue de faus dés :

Il parut bien en Aubejois, Et là démostra ke vo lois Valoit pis ke ne sieut asés.

if 18. Rome, vos fustes la puchclc, Virge loiaus et doche et bêle ; Mais or va la cose autrement.

Il méchiet moult la damoiselc Ki virge est, puis devient anchele Et livre son corps por argent.

Rome, fait avés ensement :

Vos avés rompu Bellehent Une corde de sa vielc ; Mais Dieus, ki tos les biens consent.

Set bien c'ausi fait l'autre gent Ke gransloiers vos despucele.

/C 17. Rome, moult iestes refroidie D'aidier la tere de Surie Ki soloit estre vo mains destre; Or est ensi k'ele mendie :

Ne truis nului ki el m'en die.

Beaus sire Dieus ! ke porra estre?

Péris el chéus à senestre Est li lieus ii il deigna nestre Et la cresliiene partie.

N'est mie bien cortois li prestre Ki cho li tant ke sien doit estre Par covoilise et par envie.

/ 1 19. Beau seignor, tôt li pèlerin Ki au légat icrenl aciin

hUAGMEiNTS ET EXTIIAITS. 7i

N'i entendirent se bien non; Et il lor fist le gieu Cayn Ki son frère ochist en la fin Oom desloiaus, en traïson.

Rome, trop mal vais campion Envoiastes Capharnaon, Jhérusalem et Gybuin :

Conquis i avés un soruon Si fait, c'a tos jors dira-ou Ke fait avés chest larechin.

/^2i. Or escotés cou faitement Li cardonaus vendi no gent ; Jo le vos dirai à briés mos :

A Coradin prist parlement.

Et conferma par sairement Ke il li renderoit les nos, Et il le list, bien dire Tos.

Home en doit bien avoir mal los Quant si fait traïtor consent; Ele en paiera les escos, Car yilonies et lais mos L'en reprovera-on sovcnt.

20. Aine puis ke sains Quentins de Rome En vint en Aosle sor Some Ne fu aine mais Rome si dame Com ele or est, ch'en est la somme :

Car quant k'ele aconsieut asommc Et de tôt son pooir le dame.

Chest chele ki droiture entame.

Et ki son fin or sorestame ; Ensi renomée le nome, Si me puist Dieus aidier à Tàmc, Bien doit caïr jus de s'escame, K'ele fait tort à maint prodome.

MANUSCRIT r 276.

(Voyez p. 17. Ce ms. y est indiqué, par erreur sous le n<» 275.)

Ce Yolume, magnifique d'exécution et de conservation, est écrit sur parchemin, in-P, et orné de treize miniatures de toute beauté et d'une grande richesse; elles représentent la vie et les miracles du grand saint Hubert. La table de l'ouvrage, qui est placée au commencement, est précédée de l'intitulé suivant :

« Cy commence la table des rubricl^es de ce présent livre traittant de la conversion de ^aiot ^ubert, dç ^ viç, de sa fin, et d'aucuns miracles qu'il fist devant et après 9on béaeuré trèspas en notre Seigneur. »

Yoici le prologue qui suit la table :

c€ S'ensieut ung petit prologue déclairant à quy ce présent livre appartient.

« Pour ce que paroles sont vaynes et escriptures sont permanentes, les fais des anchiens, par les légendes, livres, et histoires, sont cha3çun jour ramenez à mémoire, et par espécial devant les princes et gens de bault stille et entendement; et pour ce que toutes les nations du moqde sont certaines des haultes vertus, de la puissance, du triumph, de la grant largesse et magnificences du très redoubté et très glorieux prince, triumphant en toute béneurté et soubz lequel la plus part de la monarchie du monde est gouvernée en paix, au jourd'huy régnant, Phelippe, par la grâce de Dieu, duc de Bourgoigne, de Lothryk, de Brabant et de (.embourg, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne, palatin de Haynnau, de Hollande, de Zeellande et de Namur, marquis du Saint Empire, seigneur dé Frise, de Salins et de Malines. Yray est que ung sien citoyen estant certain qu'il, sur toutes choses, prenoit plaisir de veoir

par escrist et op racompter les fais des anciens^ et p^r espépi^l choses traian^à déyotion, ce que chascun catboiicqae pripcç apète vouiont^ers oyr et sçauoir, se advança de luy présenter ceste légende et miracles du benoit confès saint Hubert en u^g petit liyrp ayant long temps par avant vacquié en plusieurs contrées aincbois (|u'il peust au vray avoir trouvée cèstè djtte légende au long, comme cy-après est déclairée; laquelle l^gende, si tost que mondit très redoubté et souverain seigneur et prince l'eut fait lire en sa présence, commanda à David Auberty son très bumble et indigne escrivain, de la grosser en la manière qui s'ensieut, estant en sa ville de Bruges, Tan de grâce 1463. Prions doncques au Roy des roys, qu'il doinst à celluy très glorieux et tryumpbant prince l'accomplissement df) ^§ tr^ b^i})^ ^\, \rèi$ qo|?les dçsir?, et m partir de ce ixèfile sç^t «pjloqi^i^ m }^ joyfi pardiirable, en la çoojpajgpie ^^ \^ .n<^urci^l^ÎQS^epi^rfi4i3. i. M^ |1. N. »

Après une miniature représentant au premier plan saint Hubert devant le fameux tyran Ebroin, et au fond, dans un bois, le même saint en contemplation devant un cerf, entre les bois duquel apparaît le Christ sur la croix, la légende commence ainsi :

Gomment saint Hubert délaissa Ebroine le tirant, et comment il s'en ala devers le noble roy Pépin.

Ou temps que ung pervers tirant et plein de toute cruaulté nommé Ebroine guerroioit et oppressoit moult le Royaulme de France, ung jeune damoisel du pays d'Acquitaine, appelé Hubert, estoit conte du palais dessoiibz le roy Théodorich. Celluy Jeune damoise) estoit de grandes sciences et vertus plain, et moult preu et vaillant en armes. Quant Hubert congneu la cruaulté de Ebroine^ quy estoit du tout prompt et enclin à tous vice^ et mauU, et que entre les autres cruaultez qu'il faisoit, il persécutoit inoult griefment les gens d'église en espécial,

71 FKAGMEiMS ET EXTHAllS.

oùltre toute humanité, Hubert, ayant grant desplaisir en son cœur de ce que dit est, habandonna Ebroine et s'en ala devers le roy Pépin, quy desjà par sa proesse et vertus en armes, avoit appaisié tous les tirans d'entor soy, et estoit aveue luy Ode, sa femme, qu'il avoit ung petit par avant espousée, laquelle, quant il Tespousa, estoit demoaréc vesve de Beggis, duc d'Acquitaine.

Comment saiiil llubeil ala chasser au bois, ei eumiueiii iiiig chcrf se apparu à luy par un merveilleuz miracle.

Nous lisons en plusieurs croniques et anciennes histoires, lesquelles sont tenues vrayes, que saint Hubert fut natif du pays d'Ardenne, et fut de noble lignie, et duc. Toutefois, il avoit long temps veseu en la loy de Mahom, pendant lequel il ne vouloit nullement entendre et croire en la foy de nostre Seigneur Jhésus. Et de fait, d'autant que les festes commandées par nostre mère Sainte Église estoient plus solempnelles et plus grandes, il les fuyoit plus, et de l'ofGce divin il ne vouloit nullement oyr parler, ainchois s'en alloit par les bois et forestz chassant les bestes sauvages; et que pis est il sacrifBoit aux ydoles. Et ung jour, feste de la Nativité nostre Seigneur Jhésu- Crist, Hubert se parti de son hostel, et tandis que les bons et féaulxamisde Jhésus, ses voisins, s'en alèrent à l'église pour oyr l'ofQce divin, il s'en ala vers les bois à la chasse, si advint que luy estant en la forest, et que desjà il en commençoit à chasser, ung cerf tout blanc vint et se amoustra au devant de luy, portant entre ses cornes le signe de la sainte croix ; et ainsi que Hubert se print à regarder le cerf et la croix, il oy une voix procédant de la croix quy luy dist en telle noianière : a Hubert, va tantost devers Lambert, évesque de Trecht, quy t'enseignera la voye de ton salut, si te convertis et deviens catholique, et plus ne soies incrédule, mais féal crestien, et fais pénitance de tes péchiés tout ainsi qu'il te conseillera, car par toy sera l'église exaulcée, ou autrement tu trébucheras ou parfont d'enfer

IKAGMEMS ET EXTRAITS. 75

avecques les dampnez. » Lesquelles paroles ainsi par Hubert oyes et entendues, il en grant crainte et dévotion descendant du cheval, mist prestement les genoulz à terre et aoura dévottement le signe de la croix en criant à Dieu merchy, et requé^ rant de ses péchiés pardon, promettant à Dieu amendement de vie, et pénitance faire, aussi en renonchant entièrement à tous sacriffices et cultivemens des ydoles, lesquelz ydoles il avoit aourez, comme mal conseilliez tout le temps de sa vie. »

— Le reste de Touvrage contient le récit de la conversion, de la mort et béatification du saint ainsi que dés miracles qu'il opéra pendant sa vie et après sa mort. Citons encore le dernier chapitre et la conclusion.

« Cy parle Tacteur en recommandant les mérites du glorieux confès monseigneur saint Hubert :

« Pour tant, mes très amez frères, je vous prie que à ces œuvres saintes lesquelles la divine majesté a démonstré et démonstre chascun jour en ses eslcuz, nous entendons ensieuvir; et à celle fin que plus dignes soyons, prenons les armes espirituelles, . desquelles parle l'appostre, disant : ce Se vivre voulons, alons en esperit. » Puis dist ailleurs : <( Cheminez en esperit. » Item, ancoires : « Je me délitte en la loy de Dieu. » Soions ententifz eu ceste délectation, et nous parforchons l'excerser ainsi comme ministres de Dieu, en mainte patience, en longanimité, en cha^ rite, et es autres vertus, lesquelles sont consolidées en sa rachine, à celle fin que nous soions dignes de la voye dominique, par laquelle nostre Seigneur promet disant ainsi : a Mon père, Je voeil que là où je suis, illec soit mon ministre. >) Disposonsnous obtempérer, à cette fin que en obtempérant, quant vendra au darrain jour, que le rigoureux jugement se tendra, soions receuz à la main destre, et nous soit dit par la voix du grand juge : ce Venez, les benoîts de mon père, perchevez et possessez le royaulme quy dès la création du inonde vous a esté promis, » ouquel royaulme nous, garnis des dons divins, puissons contempler sans fin le Dieu des dieux en Syon, selon l'espérance de.

viç ^ternellp, coiume Jioirs de Dieu^ et co-boirs de Jbésa^, auquel est honneur, gloire et règne sans fin, aveuc Dieu le père eu upité du Saint-Esperit, par tous les siècles des siècles. A. M. E. N.

S*ensieut commenl, combien, et en quel temps saint Hubert fut sacré évesqae, et le nombre de son régne.

Combien que en ceste légende de mon seigneur saint Hubert soit faitte mention des pns et nombre de la première et darraine tjpapslatjonsy et qi]fe aucunement ne soit touchée le temps de sofi ofdipationy ne coipbien il régna évesque du Liège, ne en quel temps il trespassa, car la légende latine n'en fait autre mention, toutesvoies, pour aucunement satisfaire et complaire aux oppinions de ceulx quy la lirront, Hubert le prévost devant dit, a quis et leu plusieurs croniques et autres livres partiaulz, par lesquelz il trouve, et entre les autres treuve en la Cronique Martinienne, que en Pan de nostre Seigneur 698 fut marti risié saint Hubert en la cité de Liège, et estoit pour lors le siège de révesque à Trecht. Et en ce miesmes an fut saint Hubert, par Sergius pape IV® de ce nom, ordonné et consacré par voulenté divine en évesque du Liège, si comme il appert es xi*, xii« et xni® chapitres ci-dessus.

Item, trouve ancoires en îcelle légende, ou xxxvm** chapitre, que l'empereur Charlemaine, ou tiers an de son règne de France, quy fut Tan 771, par révélation divine, esleva le corps du benoit confès saint Hubert, lequel, comme celluy chappitre le porte, avoit esté seize ans en terre. Ainsi appert qu'il trespassa de ce monde en l'an 755 ; et par ainsi il auroit régné évesque du Liège l'espace de cinquante-sept ans. Et au regard de sa translation en Ardenne, il appert assez en la légende cydessus.

« Cy fine la légende le trespas de saint Hubert, avec aucuns miracles, grosse par le comandement et ordonnance de mondit très redoubté seigneur mon seigneur le duc de Bourgogne et de Brabant, eu sa ville de Bruges, par David Aubert, son très humble et indigne escripvain, l'an de grâce 1463. »

N'oublions pas de mentionner une brochure de huit pÂgeé, intitalée t « Notice sur un beau manuscrit qui a ùpparteHïi à Philippe le Bon^ etc. y par le B. de Yillenfagne^ membre de TAcadémie royale des Sciences de Bruxelles.^

Dans cette brochnre^ M. de Tillenrâgne^ qtli alors étatt jpôssessear de ce mannscrit^ dotine une descHption minutieuse, surtout des ornements qui enrichissent ce précieui votUtté. Yers la fin, il s'efforce de démontrer 4ue les miniatures ont été peintes par Jean van Eyk et sa sœur.

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