‹ Lettres à M. de Lamartine sur quelques paradoxes continus dans œuvres, touchant la religion, la philosophie et les turcsChapitre 1 sur 15 · DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DE CAMPAGNE

L’impiété s’agite ; les mille échos de la presse portent d'un pôle à l’autre ses sarcasmes et ses calomnies impures contre la Religion sainte de Jésus-Christ. Dans cette grande lutte de la folie de l’homme contre la sagesse de Dieu , à nous , jeunes prêtres , de descendre courageusement dans l’arène ! Nos vieux compagnons d’armes , blanchis dans les travaux de l’apostolat , épuisés par les combats et les

veilles , couverts de glorieuses cicatrices , n'attendent plus que la couronne qiie leur destine le juste Juge (i). D’importants travaux absorbent presque tous les instants des chefs de la milice sainte. A nous, jeunes prêtres que le Seigneur a choisis pour être les gardiens du précieux dépôt de la foi , sous la houlette des premiers pasteurs ; à nous , dont les membres conservent encore l’empreinte de l’onotion sacrée , qui sentons palpiter, au fond de nos poitrines, un cœur brûlant d’amour ; à nous, de nous montrer les dignes athlètes du Christ.

Soldats restés fidèles sous le drapeau , à nous , d’imprimer , en ce siècle de cynisme et d’apostasie , le stigmate de l’opprobre sur le front des renégats et des transfuges.

L’orage gronde et mugit : les vagues courroucées du philosophisme se brisent menaçantes contre la barque de

Pierre. Nous laisserons-nous aller à la crainte et à l’abat-

tement ? Irons-nous , comme les Apôtres , réveiller notre Maître , en lui disant : Seigneur, sauoez-nous , nous périssons ! Hommes de peu de foi , nous répondrait-il , pourquoi êtes-vous si pusillanimes ? ne savez-vous pas que je commande aux vents et à la mer, et que les vents et la mer m'obéissent P Luttons donc , pleins d’espérance dans les destinées immortelles de l’Église , contre les vents et les flots de l’erreur, de la corruption et du mensonge.

(IJ 2. TimoUt. IV. 8.

Les Philistins fondent , tête baissée , sur le camp d’Israël ; lévites, serrons nos rangs , pour que l’Arche sainte ne tombe point entre leurs mains souillées !

Sentinelles placées sur la montagne de Sion , sonnons de la trompette !

Voyez-vous cette armée de sophistes , d’idéologues , de panthéistes , de rationalistes , de rhéteurs , marcher au combat contre le Christ ? Voyez-vous le fantôme impur de l’incrédulité agiter dans les airs sa hideuse bannière? Entendez-vous ses cris de rage, ses blasphèmes, ses paroles amères , ses chants de triomphe ? C’est le moment , prêtres du Seigneur, c’est le moment de ceindre nos reins de la -vérité , de nous revêtir de la cuirasse de la justice, de chausser nos pieds pour annoncer t Evangile de paix , de nous armer du bouclier de la foi , contre lequel -viendront s'émousser les traits enflammés de l’enfer, de nous revêtir du casque du salut , de prendre en main le glaive de l'esprit , qui est la parole de Dieu ; car ce qui doit nous faire remporter la victoire , c'est la foi. (i)

Ils s’avancent contre nous pleins de confiance dans la célébrité de leurs talents , l’éclat de leur gloire , le nombre de leurs trophées et de leurs couronnes académiques. Us jettent un regard dédaigneux sur la faiblesse des adversai-

(1) Bpbes. VI. U. 15. 16. 17. - 1. Jean. v. 6.

res obscurs qui osent se mesurer avec eux. Pour nous , c’est au nom du Seigneur que nous combattons (i). Plantons hardiment notre drapeau dans leur camp ; mais que vois-je ? Le trouble et la confusion sont dans leurs rangs: comme aux jours de Babel , ils ne s’entendent plus.

Ces hardis novateurs , si habiles à détruire , ne savent rien édifier de solide. Ils enfantent chaque jour quelques nouveaux systèmes , formulent chaque jom quelques nouveaux symboles plus ou moins absurdes , plus ou moins contradictoires les ims que les autres. Ils renversent le lendemain l’édifice qu’ils avaient construit la veille. Ces hommes qui posent fièrement en précepteurs du genre humain , qui veulent réformer la Religion de Jésus-Christ, ne savent pas eux-mêmes ni ce qu’ils veulent , ni ce qu’ils disent. Ils deviennent insensés , comme parlent nos Livres sacrés , en s'attribuant le nom de sages (2). C’est avec leurs armes que nous devons les battre. Montrons donc à découvert l’ignorance , les paradoxes , les contradictions , les préjugés de ces oi^eilleux apôtres de la religion nouvelle , sans nous laisser éblouir par l’éclat de leurs talents.

Si nous vous avons dédié ces pages , nos blen-aimés confrères; si , quoique le dernier de tous , nous avons osé, des premiers , descendre dans l’arène , jeunes apôtres de m Psai-

()) 1. Ttmolb. 1 . 7. — Rom. 1.32.

Jésus-Christ , c’est pour vous inviter à vous mêler avec nous au combat. Pourriez- vous occuper plus noblement vos loisirs qu’à travailler au succès de la cause de notre auguste Religion ? La chaire et la presse , voilà désormais les deux champs de bataille où nous devons signaler notre couraore.

Jeunes Davids , déposez , pour quelques instans , voli’e houlette , descendez dans la vallée de Térébinthe ; armezvous de la fronde, et venez terrasser avec nous les superbes Goliaths qui insultent les guerriers du camp d’Israël !

<1 Quand même ces deux illustres écrivains ( M. de

• Lamennais et M. de Lamartine ) persisteraient dans une

• mauvaise voie , Rome , qui a pu mettre Luther , le grand » réformateur , et Henri VIII , le puissant monarque , au » ban de la chrétienté , ne balancerait point à maintenir, » dans cette circonstance encore , les vrais principes ca- » tholiques , et à immoler ces deux hautes renommées à

• l’inaltérable pureté des doctrines de l’Eglise, qu’elle a » reçues du passé et qu’elle doit à l’avenir. « ( Lettre de M. Alfred Nettement à M. le Vicomte Walsh sur la condamnation prononcée à Rome contre deux ouvrages de MM. Lamennais et Lamartine. — Echo de la jeune France, Tome V , page 286 . )

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SUR QUELQUES PARADOXES CONTENUS DANS SES OEUVRES , TOUCHANT LA RELIGION , LA PHILOSOPHIE ET LES TURCS

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