CONCLUSION
Nous ne finirions pas, Monsieur, si nous voulions relever toutes les contradictions , tous les paradoxes échappés i la hardiesse de votre plume j nous laissons au lecteur impartial et réfléchi le soin de les relever lui-meme. Mais •tous sera-t-il permis , Monsieur , en terminant ces lettres , de vous exprimer nos regrets sincères sur votre injonstance , sur vos écarts et sur l’abus que vous faites des rares talents dont Dieu s’est plu à orner votre intelligence? Nous vous avons vu, empruntant, pour ainsi dire, au papillon son aile légère , voltiger de symbole en symbole. Nous vous avons vu , flottant à tout vent de doctrine, tour à tour catholique, protestant, pythagoricien, saint-simonien , musulman , panthéiste , etc. Nous vous avons vu prier en catholique, prier à la turque , prier à la Jean-Jacques ; préférant avec ce dernier à tous les temples le grand temple de la nature, enfin abandonnant à jamais la prière pour avoir plus de temps à donner au travail du jour, et parcet que tous les êtres priaient pour vous (i). Vous avez loué et blâmé tous les cultes , celui de Mahomet excepté que vous avez admiré exclusivement, parce qu’il est à vos yeux plus avancé que les autres sur la roule de la perfection religieuse. Le Mahométisme a toutes vos sympathies ; pourquoi ? Parce que c’est un théisme contemplatif, un véritable déisme. Car, Monsieur,
(1) O mon Dicul que la nature est une digne prière pour celui qui l’y cherclie , t’y découvre sous toutes le:i roniies ! ( SI. de Lamartiue. Voy. en Oiicnl. T. I,p.î9.)
autant qu’il nous est permis de connaître votre pensée à travers vos innombrables variations , le déisme, voilà votre religion , qui a pour base fondamentale l’autorité souveraine de la raison de l’homme. Votre système est emprunté aux philosophies allemande et prussienne , aux écoles de Kant, de Fichte , d’Hégel, de Strauss, etc. etc. ces adversaires déclarés de la doctrine catholique.
Le combat s’engage; la mêlée sera vive et ardente. Les bannières sont déployées. Sur l’une on Ht : Raison ; sur Yautre : Révélation. Le Philosophisme cherche à réveiller le courage de ses guerriers. Toutes les bouches murmurent le mot de croisade contre le Catholicisme ! Les rives de la Seine , du Rhin , du Danube , etc. retentissent de ce cri : Guerre , guerre au Catholicisme ! Tous ces soldats de la raison , tous ces pygmées seront brisés par le colosse, vainqueur du monde à son berceau, qui a traversé dix -huit siècles , broyant sous ses pieds le glaive ensanglanté de ous les tyrans et fermant la bouche de tous les sophistes. Quoi ! vous M. de Lamartine, vous le chantre des Méditations, vous l’auteur des Harmonies , vous qui avez sucé un lait chrétien , qui voulez -vivre de Vair de votre temps , vous désertez la bannière chrétienne , vous ressuscitez les vieilles rêveries de Pythagore , de Zénon , de Xénocrate , etc.? Vous souillez de gravier le pain de vie dont se nourrissent tant de millions d'âmes et d' intelligences ; vous êtes hostile à la religion de votre mèreÿ vous allez grossir les rangs de nos ennemis ? Tous ces idéologues , tous ces nébuleux faiseurs de systèmes qui attaquent nos miracles et nos mystères seront vaincus comme ceux qui les ont dévaiicés, comme Celse , comme Porphyre, comme Pelage,
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comme Arius et tant d’autres , dont ils ramassent les armes rouillées. Nous dirons à tous ces insensés, ainsi iqu’à vous, Monsieur, nous vous dirons avec l’abbé Guénard : « Ne vous agitez point contre ces mystères que la » raison ne saurait percer , attachez-vous à l’examen de » ces vérités qui se laissent approcher, qui se laissent en » quelque sorte toucher et manier et qui vous répondent » de toutes les autres ; ces vérités sont des faits éclatants » et sensibles dont la religion s’est comme enveloppée tout » entière , afin de frapper également les esprits grossiers » et les esprits subtils. On livre ces faits à votre curio- » sité , voilà les fondements de la religion : creusez autour » de ces fondements , essayez de les ébranler , descendez » avec le flambeau de la philosophie jusqu’à cette pierre » antique , tant de fois rejetée par les incrédules , et qui » les a tous écrasés. Mais lorsque, arrivés à tme certaine » profondeur , vous aurez trouvé la main du Tout-Puis- < sant , qui soutient , depuis l’origine du monde , ce » grand et majestueux édifice , toujours affermi par les i> orages et le torrent même des années , arrêtez-vous enfin » et ne creusez pas jusqu’aux enfers. La philosophie ne » saurait vous mener plus loin sans vous égarer : vous en- » irez dans les abîmes de l’infini ; elle doit ici se voiler les « yeux comme le peuple , adorer sans voir et remettre « l’homme avec confiance entre les mains de la foi (i). » Que n’avez-vous stiivi ces sages conseils. Monsieur, vous vous seriez épargné bien des peines et votre gloire eut été plus grande et plus pure. Car vos chants les plus suaves,
(1) Discours qui a remporté le prix d’éloquence proposé par l’Académie française dans la séance publique du 25 août 1755.
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les plus harmonieux sont ceux que votre muse a exhalés à l’omhre du Sanctuaire. Les cordes les plus sonores de votre lyre se sont brisées , les fleurs les plus brillantes de votre couronne se sont flétries le jour où votre muse catholique a abjuré notre symbole. Mais vous quitterez un jour le sentier de l’erreur, oui, nous avons la douce confiance qu’ après avoir essayé de tous les systèmes éphémères de la pliilosophie changeante du siècle , vous reviendrez vous abriter un jour sous les ailes de la sagesse immuable et éternelle ; nous espérons qu’à la fin de votre course vous répéterez avec conviction ces beaux vers, qui signalèrent votre début dans la carrière poétique :
« Cette foi qui m’attend au bord de mon tombeau , Hélas ! il m’en souvient, plana sur mon berceau.
Soleil mystérieux ! flambeau d’une autre sphère ,
Prête à mes yeux mourants ta mystique lumière j Pars du sein du Très-Haut , rayon consolateur.
Astre vivifiant , lève-toi dans mon cœur !
Hélas ! je n’ai que toi dans mes heures funèbres :
Ma raison qui pâlit s’abandonne aux ténèbres.
Cette raison superbe, insuffisant flambeau,
S’éteint comme la vie aux portes du tombeau :
Viens donc la remplacer, ô céleste lumière!
Viens d’un jour sans nuage inonder ma paupière ! Tiens-moi beu du soleil que je ne dois plus voir Et brille à l’horizon comme l’astre du soir.» (i)
Nous avons l’honneur d’être , etc.
(1) Lam. XV. Hédit. poétique.