‹ Lettres à M. de Lamartine sur quelques paradoxes continus dans œuvres, touchant la religion, la philosophie et les turcsChapitre 9 sur 15 · PREMIERE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIERE LETTRE

1*. Parallèle du Mahométisme et du Christianisme. 2“. Dessein de cette deuxième partie.

Monsieur , tout homme , qui saura se mettre au-dessus des préjugés , en parcourant une seule page du livre révéré du chrétien , et de celui que respecte le musulman (i) , sera frappé de l’ahîme immense , qui sépare ces deux ouvrages. L’ignorance et la fourberie se révèlent à chaque phrase du Coran. (2) Le hardi compilateur a beau répéter,

(1) Sfusulman ; du mot arabe , meslemoun , c’est-à-dire , consacré à Dieu.

(2) Coran ou Alcoran , du mot arabe kara lire , de l’hébreu ny qara. legit, composé de l’article a( et de Coran ; il signifie lecture. On doit, dit SI. Sa vary, écrire en français le Coran , et en arabe Alcoran. de même en ilalleu on écrit il Ubro ; mais on ne peut pas pins dire l’Alcoran que l’IlUbro; parce que c’est répéter l’article dans deux langues différentes. D’après cette réflexion , au lieu de dire l'almanach . nous devrions dire le Manaeh , ne pourrait-on pas remarquer encore qu’en disant i’alcorau, c’est comme si nous disions : le livre que les arabes appellent ainsi ?

On homme d’esprit a dit ; te Coran , c’est la Bible passée à travers les contes de mille et une nuits.

C’est une méchante rapsodie , dit avec raison Rcincccius , un recueil de fables répétées jusqu’à dégoûter et soulever le cceur, sans compter

au milieu de ses fables absurdes , que c’est un livre digne de louange , qu’il ne renferme point d’erreur , qu’il conduit au chemin du salut , qu'il n’a pas été controuvé par Mahomet (i) , qu’il a été apporté pièce à pièce par l’ange Gabriel et non par les diables, (a) Toutes ces précautions oratoires font suspecter la véracité du narrateur et ne servent qu’à faire apercevoir l’oreille du fourbe sacrilège , qui se cache sous le manteau de la Divinité. Au reste , ne trouvez-vous pas bien ingénieux de la part du Prophète , qui ne savait ni lire, ni écrire, comme il nous l’apprend luimême (3) , de faire descendre son livre du ciel et de nous dire qu’une copie en est soigneusement gardée dans les archives du paradis? Et quelle idée peut-on se faire de la

beaucoup d’autres choses absurdes , qui ne peuvent faire inapression que sur des iinbi’cnicsct des iguoraiits. Ce poème de SOOOvers fulpublié dans l’espace de 23 ans , partie à la Mecque , partie k Médine , à mesure que l’imposteur avait besoin de faire parler le Ciel en sa faveur. Les versets furent écrits par scs secrétaires sur des feuilles de palmier et sur du parchemin. On les déposait dans un coffre , oh ils demeuraient confondus. Api 'ès la monde Mahomet , Abubekre les recueillit en un volume.

(1) Le nom de Mahomet ou plutôt de Hahammed , qui fut donné an Prophète par sou aïeul , et celui d’ Ahmed , sons lequel il prétend avoir été nommé par J. G. , dérivent l’un et l’autre du verbe hamad , il a loué ; le second est un superlatif , et sisuilie très loué. Le premier est un narticipe, et signifie loué. C’est le titre le plus glorieux que l’auteur du Coran prend dans ce livre.

!2) Coran , Ch. des Poètes, pag. 293.

(3) Ibid. Ch. des Limbes , pag. 132. ■ L’ignorance qu’il affectait , dit M. Brunet, était un voile dont il s’enveloppait afin de donner 0 sonlivre un caractère dtvin. Dans un traité conclu entre Sohall et Mahomet , dit un historien , le premier contestant au second le titre d'apOtre de Dieu qu’avait écrit AU , Mahomet prit la plume , cOraça ces mots et écrivit Mabammed, fils d'Abdallah, n oublia dans ce moment qu’il ne savait ni lire ni écrire , et cet oubli fut un miracle. • Cette fourberie est-elle digne d’un Prophète 1? Parallèle des religions , Tom. Il , pag. 230.

( aaS )

digaité d’un Dieu qui jure par vêpres , par l’étoile , par les figues , par les olives (i) que les hommes sont portés au mal , que Mahomet est son apôtre , et que le livre , qui renferme sa doctrine , ne contient ni fables , ni erreurs , ni contes de vieilles ? Quelle idée peut-on se faire de la dignité d’un Dieu qui promet à ses serviteurs , pour suprême félicité , l’entier contentement de leurs appétits charnels , comme s’ils n’étaient que matière , privés des lumières de l’intelligence? Parcourez le livre de Mahomet, ▼ous n’y verrez que des histoires de la Bible et de l’Évangile travesties en contes absurdes et du reste, un tissu de déclamations contradictoires et vagues , des préceptes ridicules et dangereux. Point d’ordre , de méthode , de liaison , de clarté , de dignité. Rien de cette simplicité touchante , de cette gravité noble , qui révèlent à chaque page, dans l’Évangile, la majesté d’un Dieu. Des détails indignes de la grandeur de celui que le fourbe met en action. Que n’y aurait-il pas à dire sur l’imposture de l’impur sectateur de la Mecque , qui fait dire à Dieu dans son livre détestable « que ceux qui croient ne doivent pas entrer dans les maisons du Prophète sans permission ; que cela importune le Prophète , qu’ils ne doivent pas connaître les femdu Prophète.... » ( 2 ) Oui, le Ck)rau est tout plein de la corruption musulmane (3) , et pour mieux attiser les feux impurs de la volupté , il permet aux croyants la polygamie

(1) Coran , Ch. de la Plume, pag. AAO.

(2) [bid. Ch. des Bandes, pag. 3}1.

(3) Vincent do BeauTais nous apprend, d’après un auteur chrétien , qui a écrit en arabe contre les tiahomctans , que Mahomet laissa subsister une coutume abominable, qu’ii trouva établie h la Mecque eu rboiineur de Vénus. M. Larcher, Mém. sur Vénus, pag. 28.

sur îa terre , et leur promet dans l’autre monde pour paradis un harem, (i) Et c’est cette religion dégradante , dégoûtante de débauches , de dissolutions , Monsieur , que vous osez comparer avec la Religion , si pure , si chaste , si angélique que prêche l’Évangile !

Examinez la conduite de l’apôtre de la Mecque , le fond de sa doctrine , et vous pourrez aisément vous convaincre, de son imposture. « Vous n’y verrez , comme le remarque un écrivain tristement célébré ( 2 ) , qu’un caractère rusé et audacieux , qui , pour arriver à son but remue assez habilement , il est vrai , les passions du peuple qu’il veut gouverner. Il parle à des hommes simples et crédules , il leur suppose des prodiges. Ils sont ignorants et jaloux , il flatte leur vanité , en méprisant la science. Ils sont pauvres et avides , il excite leur cupidité par l’espoir du pillage. Il n’a rien à donner d’abord sur la terre , il se crée des trésors dans les deux. Il fait désirer la mort comme un bien suprême ; il menace les lâches de l’enfer , il promet le paradis aux braves. En un mot , il produit le dévouement dont il a besoin par tous les attraits des sens , par le mobile de toutes les passions. »

Remarquons en passant que le confident intime de l’ange Gabriel ne s’oublie jamais lui-même. Il précipite au

(1) Harem, on appelle ainsi chez les Tares , etc. le lien où sont renfermÉes les femmes et les concubines du Soltan , d’on Pacha, etc. De l’arabe hharim haaram , mot dvidemment dérivé de l’hébreu □nn haram oaherem, signiOant dans ces deuxlangues, objet ou lieu défendu ou consacré. Le sérail est proprement le palais de l’Empereur des Turcs, ou par extension la maison d’un Grand du pays ; du persan sdralou aurai, palais.

(2) Volney. Les Ruines , pag. 120. 121.

fond de l’enfer , et enveloppe d'une noire , chaude et sale fumée J après les avoir abreuvés d eau bouillante, tous ceux qui désobéissent à Dieu et à son Prophète. Si les troupes de l’apôtre guerrier remportent quelque victoire , il aura le dixième du butin fait sur les ennemis. Pour entrer dans le paradis , il faut commencer par faire du bien au Prophète , ensuite aux parents et aux amis du Prophète. Faut-il s’étonner si la morale qu’il prêche est une morale à idées étroites , une morale dégradante , contraire aux principes universellement reçus ? Quelle est en effet l’essence de la doctrine musulmane ? La voici : croire à l’existence d’un Dieu et aux paroles d’un homme ; jeûner le jour , et manger la nuit ; laver ses mains d’eau , et ne pas s’abstenir de sang ; aller prier dans un désert Dieu , qui est partout ; donner l’aumône de sou bien , et ravir celui d’autrui. Tels sont les moyens de perfection institués par Mahomet. Et c’est l’apôtre d’un Dieu clément et misérlcordieux(i), d’un Dieu auteur de la vie, qulne prêche que meurtre et que carnage ( 2 ) ? C’est un Dieu plein de j ustice qui punit un aveuglement qu’il cause lui-même ! et c’est cette cruelle et avilissante morale , Monsieur , que vous osez comparer à la morale chrétienne ! mais comment osez-vous parler de la morale des Musulmans , « dont le chef a pratiqué et prêché la licence et le scandale (3) ,

(1) Coran, Cb. II. trad. Savary.—Guéuée, Lettres de quelques juifs, T.I. pag. 232.— Brunet , Parallèle des religions , T. II , p. 383. — Voliiey , Ruines, p. 121 , etc. — Bossuet, panégyrique de saint Pierre Nolasque’ Tom. VII, pag. 57. Édition de Besançon.

(2) Tous les chapitres du Coran coininencent ainsi : au nom de Dieu cléinenl et miséricordieux,

[Z, Mahomet consomma le mariage avec la (lUe d’AIi , Alésha , qui n’a-

tient le premier précepte est l’homicide et la guerre (i)? Nous en prenons à témoins l’expérience. Depuis douze cents ans , leur zèle fanatique n’a cessé de répandre chez les nations le trouble et le carnage. Et si aujourd’hui l’Asie , jadis florissante , languit dans la barbarie et l’auéantissement ; c’est à leur doctrine qu’il faut en attribuer la cause , à cette doctrine , ennemie de toute instruction , qui , d’un côté , sanctifiant l’ignorance et consacrant le despotisme le plus absolu dans celui qui commande, de l’autre, imposant l’obéissance la plus aveugle dans ceux qui sont gouvernés , a engourdi toutes les facultés de l’homme , étouffé toute industrie et plongé les nations dans l’abrutissement, (a) Il n’en est pas de même de la morale sublime de Jésus-Christ. C’est elle qui a retiré la terre de sa barbarie primitive , des superstitions cruelles de l’idolâtrie , des sacrifices humains , des orgies honteuses

vait encore que neuf ans. Il disait souvent queDleuavait créé deuxeboses nour le bonheur des hommes , les f**‘* et les parfums. Suivant la loi musulmane, dictée par lui-méme, il n’est permis d’avoir que quatre femmes à la fois. Il en épousa quinze et eut commerce avec douze. U croyait qu’il était de la dignité d’un prophète de n’étre pas limité comme le reste des mortels. Brunet , Par. des Bel. pag. 388. 339.

(1) Au sujet de l’homicide , on observe que le Coran en restreint la défense aux fidèles : • uu vrai croyant ne doit pas tuer un vrai croyant ; « il ordonne de tuer les infidèles. Coran, Ch. des Femmes, v. 9fi. trad. de Casimirski.

(2) La religion des Guèbres, dit Hontesquien , rendit autrefois le royaume des Perses florissant; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. Le même auteuravaitdlt : «c’est unmalbeurpour la nature humaine , lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qni ne parle que de glaive , agit encore sur les hommes avec cet esprit destriiclcuv qui l’a fondée. B.«prit des lois , livre WIV. ch. IV , pag. 11.

des mystères païens , qui a épuré les mœurs , proscrit les incestes , les adultères , policé les nations sauvages , fait disparaître l’esclavage , introduit des vertus nouvelles et inconnues , la charité pour les hommes , leur égalité devant Dieu , le pardon, l’ouhli des injures , la répression de toutes les passions , le mépris des grandeurs humaines , en xm mot une vie toute sainte et toute spirituelle, (i) » Trouvez quelque chose de semblable dans le Coran (2)? que l’amour qu’il prêche est éloigné de celui que prêche l’Evangile ! Ce n’est pas même de la philanthropie , puisqu’il ne doit s’étendre que sur les fidèles , c’est-à-dire , les Musulmans ; les infidèles n’en sont pas dignes. Queces idées étroites sont éloignées de la charité chrétienne. Celle-ci ne dit pas : aimez seulement ceux qui croient en Jésus-Christ , mais aimez-vous tous les uns les autres. Dieu ne fait acception de personne. C’est aux yeux des Juifs, des Barbares, des Gentils , des Grecs et des Romains que brille la lumière céleste , et l’amour fraternel est un feu qui doit brider dans tous les cœurs . Et cette vertu si belle , si douce , si angélique qu’on appelle humilité , que le paganisme n’a pas connue, se révèle-t-elle dans quelques pages du Coran ? Et cette vertu plus sublime et plus belle encore , que nous enseigna la bouche mourante du Christ cloué sur un gibet lors-

(1) Volney, Raines , p. 121, etc.

(2) Quoique le Coran semble, en certains passages , lonerle pardon des .iDjurcs, nous remarquerons avecM. Brunet^ qu’il permet la vengeance particulibrc , pourv u qu’elle n’excède pas la grandeur de l’ollensr. « Si TOUS vous vengez , que l’ofrcnse ne passe pas l’injure, Coran , Ch, des Abeilles , tr. Sav. Comme il y a beaucoup de contradiction dans ce livre bizarre ; c’est d’après l’ensemble que l’on doit juger de l’esprit de scs préceptes.

qu’il dit : « Mon père , pardoiiiiei leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Ce pardon des injures , cet amour des ennemis (i) , se trouvent-ils consignés dans quelque page du Coran ? Et ce baume céleste de la charité , qui répand le vin et l’huile sur les plaies saignantes du blessé , qui essuie les larmes du captif grelottant sur la paille humide de son cachot , qui ne se contente pas d’apaiser la faim et la soif du corps , mais qui apaise aussi , de cette parole qui sort de la bouche de Dieu , cette faim et cette soif spirituelles qui le dévorent ; cette charité qui verse à flots dans ce pauvre cœur , désabusé des prestiges du monde , les consolations intérieures ; cette charité qui s’immole pour le salut de ses frères , arrose de son sang des plages barbares pour procurer le bonheur à ses cruels habitants ; cette charité , qui ouvre des asiles à l’enfance abandonnée , à l’indigence, à la souffrance, en trouverez-vous quelques vestiges dans le Coranet chez les Turcs?Ils ignorent cet esprit de sacrifice qui rend l’homme si grand à nos yeux. Ils feront jeter quelques grains après leur mort , aux tourterelles qu’ils ont chéries pendant leur vie , placer quelques baquets pleins d’eau pour les chiens errants de leur quartier , construire quelques kioskes élégants pour les nombreux pèlerins de la Mecque , et laisseront mourir d’inanition leurs frères indigents , feront mille avanies aux infidèles , courberont sous le joug le plus humiliant le sexe faible qu’ils devraient protéger , le vendront sur leurs places , comme le vil bétail ; voilà jusqu’où s’étendra la charité turque. La charité chrétienne ne connaît d’autres bornes que les bornes de l’univers. Vous en apercevrez partout quelques

(1) Ego atUem. dico vobis: DUigite inimico» t>eMvo$, Matih. v. bb»

traces ; des montagnes glacées du Caucase aux cimes escarpées des Cordilières , des bords du Tibre à ceux de l’Euphrate , partout le Catholicisme étend sa bienfaisante influence. Voyez l’Europe chrétienne et l’Asie presque toute musulmane. Voyez comme les arts et les sciences sont poussés au plus haut degré , protégés par la Croix ; et portez vos regards mouillés de pleurs sur les monceaux de ruines , sur les chefs-d’œuvre renversés et détruits que domine le Croissant. Le sabre de l’ignorant Osmanli n’a rien su respecter ; et si nos basiliques et nos pieux monuments de la Terre sainte , Ont échappé à ses dévastations , c’est que l’amour de l’or , dans son cœur stupide , l’a emporté sur sa férocité et sa barbarie naturelles. Entreprenez quelque voyage à travers les cités musulmanes;allez dans la Syrie, dans la Mésopotamie, dans la Perse , etc. etc. Il vous faudra mêler à des caravanes nombreuses, pour vous défendre contre la rapacité des enfants du Prophète ; il faudra effrayer le chef des brigands par l’éclat de vos armes , par quelques firmans de Méhémet ou de Mahmoud , ou l’adoucir par quelques présents. Vous pouvez traverser l’Europe chrétiene , parcourir avec pleine sécurité et les bourgs et les cités ; partout la Croix du Christ vous protège.

Mais comme vous êtes , Monsieur , plein d’admiration pour la doctrine de l’apôtre de la Mecque ; que vous ne cessez de la vanter, de l’exalter comme ce qu’il y a de plus beau , de plus philosophique au monde , soit que le paradis musulman ait pour vous plus de charmes que le paradis chrétien , soit que la religion turque paraisse réellement à vos yeux quelque chose de plus parfait que le Catholicisme , nous entrerons dans quelques détails sur les

erreurs échappées à votre plume ; nous essayerons de vous I prouver qu’il ne saurait exister de parallèle entre le Coran et l’Évangile , et nous donnerons quelqu’ étendue à la réfutation de tous les paradoxes que votre enthousiasme turc vous fait débiter à ce sujet.

Agréez l’expression des sentiments respectueux avec lesqueb nous avons l’honneur d’être, etc.

DEUXIEME LETTRE

1*. Est-il vrai qu’il n’y ait jamais eu de conversions parmi les Musulmans ? 2®. Pourquoi elles sont rares. 3°. Si les principes du Mahométisme et du Christianisme sont les mêmes. 4®. Coran. — Évangile. — Paradis musulman.—VdXd^à\& chrétien.

§. I. Est-il vrai qu’il n’y ait jamais eu de conversions parmi les

Musulmans ?

Vous dites : « Quant auxMahométans, il est inouï qu’on en ait jamais converti. » {^ojr. en Orient. T. II. p. 070.)

Si vos délassements poétiques , Monsieur , vos travaux parlementaires et vos fréquents voyages vous avaient permis de lire avec attention les Lettres édifiantes et curieuses de nos missionnaires , les Annales de la propagation de la foiy vous auriez pu vous convaincre du contraire. Nous nous contenterons de vous citer i®. la lettre d’un ofBcier euroropéen à l’évêque de Babylone , cous la date de i 83 o, où l’on remarque ce passage : « la jeune indienne abjura sincèrement l’Islamisme et eml)rassa de cœur la sainte religion de Jésus-Christ. Elle fut baptisée solennellement et prit le nom de la très-sainte Vierge Marie. » (i) 2®. La lettre de M**. Lerov . de la mission des Lazaristes à Aintoura , en Syrie , du 29 octobre 1 834 > oti le fervent missionnaire s’exprime de la sorte : « j’ai la consolation de

(1) Annales de la Propagation de la foi. T. V. p. 277.

vous annoncer que sous peu de jours M*'. le Délégat apostolique doit administrer les sacrements de Baptême , de Confirmation , d’Eucharistie et de Mariage à une famille turque tout entière , à l’instruction de laquelle je travaille depuis quelque temps , et qui montre les plus belles dispositions ; je ne néglige rien pour rendre cette cérémonie aussi intéressante que possible. » (i) Nous vous exhortons à lire aussi la lettre du Jésuite Riccadona , insérée dans le même recueil que les précédentes, du lo décembre i838, où vous ne trouverez pas seulement la conversion d'une famille , mais d’un grand nombre de familles musulmanes. Vous pourrez en même temps vous convaincre que les efforts des enfants de saint Ignace ne sont pas tout à fait stériles dans la Syrie , comme vous l’avancez témérairement. ( 2 ) Et en apprenant que quarante de ces nouveaux chrétiens , pour les punir d’avoir changé de religion , ont été envoyés par Ibrahim-Pacha aux galères de saint Jean d’ Acre , vous aurez une nouvelle preuve de la tolérance de ce peuple, que vous nous vantez avec tant d’emphase. Si vous avez quelque peine à ajouter foi aux relations de nos missionnaires , nous vous renvoyons à celles bien plus récentes de M*''. Dupuch, évêque d’Alger.

$. II. Pourquoi les conversions sont rares chez les Mahométans.

Si les conversions sont rares chez les mahométans , Monsieur ; c’est à cause de leur ignorance , des préjugés qui en sont la suite , et à cause du mépris qu’on leur ins-

(1) Annales, Propaic. de la foi. T. VIIL p. 5ÿî.

(3) Voir la Lettre XIII. I". Partie p. 198.

pire dès l’enfance pour le nom chrétien. Ce n’est pas , comme vous le dites mal à propos , « parce que le Mahométisme est un théisme pratique et contemplatif ; par ce qu’on ne descend pas du dogme merveilleux au dogme simple, ni parce qu’on ne remonte pas du dogme simple au dogme merveilleux. » Il est encore une raison , à la vérité très-peu philosophique, mais meilleure et plus péremptoire que celles dont nous parlons , et nous sommes surpris qu’elle ait échappé à la perspicacité d’un observateur comme vous. Eh bien ! Monsieur le partisan de la tolérance turque , vous saurez qu’une loi inscrite dans le code religieux de ce peuple , punit de mort le Musulman qui abjure l'Islamisme (i) et celui qui le convertit, (aj Quand il se fait quelque conversion , le nouveau clirétieu est obligé de s’expatrier : Ainsi vous voyez que le cordon ou le cimetene retiennent plus de vrais croyants dans l’erreur que leur répugnance à croire à nos mystères ou le théisme pratique et contemplatif.

(1) Le nom d’islamismc , que l’auteur du Coran donne si souvent ii I a religion qu’il enseigne dans ce livre , vient d’eslam , seion M'. Savary , et signifie simplement consécration à Dieu. Sale avait dit que ce mot signifie résignation ou soumission au sercice et aux ordres de Dieu ; et que celte acception est plus approuvée par les Docteurs mahométans , par le Coran même , que celle de religion de salut ou qui sauve ; car être sauvé .ou pouvoir l’ëtre est le sens de la racine salama , d’où l’on dérive le nom d’islam.

D’autres prétendent que le nom A’istamisme signifie pacifique conci- Uatrice, comme le dit Reineccius , parce que celte religion accorde tous les partis.

(2) Annales delà Propagation de la foi. T. IV. p. 1.— *Toei particulièrement ceux qui ont renié leur foi. »Coran. Ch. de la Conversion. p.lA7.

§. 111. Si les principes de morale du Christianisme et du Mahomé- ' tisme sont les mêmes.

« La religion des Mahométans , dites-vous , est un déisme pratique dont la morale en principe est la même que celle du Christianisme. « {V oy, en Orient, T, Ilp, 372.)

Il faut étrangement s’abuser , Monsieur, et compter tout à fait sur la crédulité et Fignorance de ses lecteurs pour avancer un semblable paradoxe. Vous osez comparer la morale chrétienne avec la morale musulmane ! La sublimité , la sainteté de TÉvangile avec la bassesse et la corruption du Coran ! Quel est l’esprit de l’Évangile? Quels sont les préceptes , qui sont sortis de la bouche de Jésus- Christ ? Comparez cet esprit , ces préceptes avec ceux de Mahomet , et vous tiendrez un autre langage.

Et d’abord , Monsieur , pour ne pas demeurer dans le vague poétique , commençons par nous entendre sur la valeur des mots. Nous entendons par morale , cette partie de la science sacrée , qui règle les devoirs de l’homme. Or, la morale ainsi comprise est bien différente chez les Chrétiens et chez les Mahométans. Que prêche Jésus-Christ? La mortification , la pénitence , l’abnégation de soi-même, la charité , l’amour des ennemis , le pardon des injures. Que prêche Mahomet? La licence, la corruption, l’amour des croyants pour les croyants , la vengeance, ïe meurtre. Les mortifications et les jeûnes qu’il prescrit , entr’autres ceux du Ramadan (i) , sont illusoires ; puisque les Turcs ,

(1) Le Ramadan on Ramazau chez les Turcs, est le mois lunaire desliuê au jeûne, et son époque est annuellement devancée de onze joui's. II

qui ne mangent alors qu’ après le soleil couché, se dédommagent de leur abstinence forcée , en se livrant la nuit à toutes sortes d’orgies et d’excès. Ils en sont quittes pour dormir le jour et manger la nuit tant qu’il leur plaît, se livrant à tous les plaisirs, jusqu’à ce qu’ils voient le jour. Buvez et mangez , dit le Coran , jusqu’à ce que vous distinguiez le filet blanc et le filet noir par la lumière de l’aurore. (i) »

Enfin , Monsieur, pour mieux vous convaincre , et convaincre en même temps tout lecteur impartial que la morale musulmane est entièrement opposée , même en principe , à la morale chrétienne , nous allons confronter les textes du Coran avec ceux de l’Évangile ; l’argument sera irréfragable , et vous n’aurez rien à répondre.

commence vers le solstice cThiver , et consiste , ebez ce peuple , b ne prendre aucune nourriture pendant que le soleil est sur l’horizon.

Les nègres qui habitent le Sénégal , ont leur Ramadan fixé au mois de septembre , contre l’usage des Maures . pour qui c’est une fête mobile ou lunaire. Aussitôt qu’ils voient paraître la première lune de l’équinoxe d’automne, ils la saluent en crachant dans leurs mains et les étendant vers le ciel. Ils observent leur carême avec beaucoup de rigueur. Iis ne mangent et ne boivent qu’après le coucher du soleil. Les dévots n’avaleraient pas même leur salive , et se couvrent la bouche d’un morceau d’étoffe , de peur qu’il n’y entre une mouche. Ils ne touchent point & leur pipe. Ils ont pour principe que celui qui rompt son jeûne doit le recommencer. D’ailleurs, ceux qui se rendent coupables de cette transgression sont condamnés à recevoir la bastonnade avec des cannes , l’espace d’un quart d’heure. HisL gén. des Voyages. T. X. p. 138.

(1) Coran. Cb. de la Vache.

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Coran.

Évangile.

§. IV. Mariage. Le divorce et la polygamie autorisés. (1)

O Prophète , tu garderas celles que tu voudras de tes femmes , tu répudieras celles que tu voudras répudier. ( 2 ) Le divorce, la première et la seconde fois , se doit faire avec douceur et honnêteté.

Celui qui aura répudié sa femme trois fois ne pourra plus la reprendre jusqu’à ce qu’elle ait été mariée à un autre qui l’ait répudiée. (3) Si vous craignez de faire tort aux orphelins , craignez

§. IV. Mariage. Le divorce et la polygamie défendus.

L’homme quittera son père et sa mère , et s’attachera à sa femme , et ils ne seront tous deux qu’une seule chair

Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.

Mais pourquoi , lui dirent-ils, Moyse a-t-il ordonné qu’on donnât à sa femme un acte de divorce et qu’on la renvoyât ?

Il leur répondit : c’est à cause de la dureté de votre

(1) Nous avons consuU<^ pour nos citations du Coran , les traductions françaises de Duryer, de Savary et de Gasimirskf.

En parcourant l’ouvrage de ce dernier, il nous tombe sous les yeux un petit verset, 225 du chap. de la Vache, qui fera plaisir à un grand nombre de vieux chrétiens, qui pourraient avoir un jour quelque scrupule sur le grand nombre de serments qu’ils ont prêtés , et qui sont absous et pleinement justifiés par lu morale musulmane au nom de Dieu clément et miséricordieux. Voici les paroles d’indulgence de Mahomet :

«Dieu ne vous punira point pour une parole inconsidérée dans vos serments, il vous punira pour les œuvres de vos cœurs. 11 est clément et miséricordieux. • Trad. Gasimirski. p. SI.

(2) Coran. Gh. des Bandes, p. 330.

(3) Ibid. Gh. de la Vache, p. 28.

aussi de faire tort aux femmes , épousez celles qui vous agréeront ou deux ou trois ou quatre, (i)

Les femmes mariées vous sont défendues excepté les esclaves que vous avez acquises. Dieu vous l’a ainsi ordonné, (a)

§. V. La vengeance et le meurtre ordonnés.

Offensez ceux qui vous offensent en ce mois (le mois de héram ) de même façon qu’ils vous ont offensés. (4)

O vous qui croyez , le talion vous est ordonné au meurtre. Ame pour âme, œil pour œil , nez pour nez , oreille pour oreille , dent

(1) Corau. Cb. des Femmes, p. 60.

(3) Ibid. Ibid. p. 63.

(3) Uatlh. XIX. 5, 6. 7. 8, 9.

(A) Coran. Cb. de la Vache, p. 32.

(31 Lac. XI. A.

cœur queMoyse vous a permis de renvoyer vos femmes; mais cela n’a pas été ainsi dès le commencement.

Aussi je vous déclare que quiconque quitte sa femme , si ce n’est en cas d’adultère, et en épouse une autre, est coupable d’adultère, et que celui qui épotise celle qui a été répudiée , devient aussi adultère. (3)

§. V. La vengeance et le meurtre défendus.

Pardonnez - nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. (5)

Vous avez appris qu’il a été dit œil pour œil , dent pour dent :

Et moi je vous dis de ne point résister aux mauvais

^our dent , blessure pour blessure, (i)

Ils désirent que vous soyez infidèles comme eux ; ne leur obéissez pas qu’ils ne soient rentrés dans la loi de Dieu , s’ils la quittent , tuez-les où vous les trouverez. (3)

Lettre patente de la part de Dieu et de son Prophète aux infidèles

Lorsque le mois de héram sera passé , tuez-les où vous les rencontrerez. Prenez les esclaves, s’ils font leurs oraisons et s’ils payent la dîme , laissez-les en repos ; s’ils inquiètent ceux de votre religion, tuez leurs chefs comme personnes sans foi ; tuez particulièrement ceux qui ont

traitements ; mab si quelqu’un vous frappe sur la joue droite , présentez-lui encore l’autre. ( 2 )

Et moi je vous dis : aimez vos ennemis ; bénissez ceux qui vous maudissent , faites du bien à ceux qui vous haïssent , et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous font quelque tort. (4)

Afin que vous soyez enfants de votre père qui est dans le ciel , qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants , et qui fait pleuvoir en faveur des justes et des injustes.

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : vous ne tuerez point.

(1) Coran. Ch. V. tr. Sav, p. 20.— Le Coran servant de code relialciiv , civil et pénal , la loi du talion, appliquée à un meurtrier par l'autorité publique, peut être regardée comme une loi Juste; mais nous rcrons observer avec Casimirski que l’esclave croyant n’est pas puni de mort pour le meurtre d’un hoiniiie libre, si celui-ci est inlidéle ; que ces mots; tue:-tc3 partout où lous les trouverez , laissent une telle latitude qu’il ii’cst pas étonnant que rislamlsine se soit toujours cru libre de tout engagement envers les peuples d’une autre religion. Le Coran, trad. de Casimirski. p. 20. Paris 18M.

(2) Matlh. V. 38 , 30.

(3) Coran. Ch. des Femmes, p. 71.

(A) Matth. V. A4.

renié leur foi , qui ont fuit leurs efforts pour chasser le Prophète de la Mecque, (i)

§.VI. La désobéissance ordonnée.

Les fidèles n’obéiront pas aux infidèles. (4)

§. VIII. Ce qui souille l’homme.

Si vous êtes malades ou en voyage , ou que vous veniez de décharger votre ventre ou que vous ayez connu vos femmes , et que vous ne trouviez point d’eau pour vous laver, vous mettrez la

Mais moi je vous dis :

que quiconque se mettra en colère contre son frère , méritera d’être condamné par le tribunal. ( 2 )

Jésus répartit : vous ne tuerez point. (3)

§. VI. L’obéissance ordonnée.

Rendez .à César ce qui est à César. (5)

Que tout homme soit soumis aux puissances. (6)

§. VII. Ce qui souille l’homme,

Mais ce qui sort de la bouche part du cœur, et c’est ce qui souille l’homme.

Car c’est du cœur que partent les mauvaises pensées, les homicides , les adultères , les fornications , les

Uj CoiMu. Ch. de la ConTersIon. p. 1A7.

(2) Maltb. V. A5 , 21 , 22.

(3) Hatlh. XIX. 18.

(A) Coran. Ch. de la Ligm''e de Joachim, tr. Sat. (5) Lac. XX. 25.

(0) Rom. Xin. 1.

main sur le sable et vous essuyerez la face et les deux mains, (i)

§. VIII. Charité turque.

Faites du bien à vos père et mère , aux pauvres , aux orphelins , aux pèlerins qui vont à la Mecque , à vos amis , à vos esclaves. (3)

§. IX. Paradis musulman. (5)

Ceux qui obéiront à la divine majesté et à son Prophète entreront dans le Paradis. Ils s’y réjouiront et trouveront tout ce qu’on peut désirer , tout ce qui peut

(t) Coran. Ch. des Femmes, t. Sar.

(2) Matth. XV. 18, 19, 20.

(3) Coran. Ch. des Femmes, p. 63.

(4) Mattb. V. A4.

larcins, les faux témoignages , les blasphèmes.

Ce sont là les choses qui souillent l’homme ; mais de manger , sans avoir lavé ses mains , ce n’est pas ce qui souille l’homme. ( 2 )

§. VIII. Charité chrétienne.

Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. (4)

§. IX. Paradis chrétien.

Les justes brilleront comme des soleils dans le royaume de leur père. ( 6 )

(.■>) Ccllu description est tlrtfe tonl cnliôrc , mot à mot , du Coran. Voir les chapitres cités plus bas. Coi ati. Ch. de la Vache, p. 3. /4i(t Ch. des FemiiK’s. p. 62. fWd. Ch. de la Carerne. 43. Wid. Ch. du Créateur.

(6J Hallli. .Mil. 4],

contenter l'Ame et réjouir les yeux , et demeureront éternellement dans la suprême félicité. Ils seront salués de la part du Seigneur clément et miséricordieux. Ils jouiront des délices dujardiu d’Eden , où les arbres sont couverts de branches et de feuilles; où coulent plusieurs fleuves ; des fleuves d’eau qui ne reçoit point d’altération ; des fleuves de lait qui ne se corrompt jamais ; des fleuves de vin savoureux et délicieux au goût , des fleuves de miel pur et net. (4) Il y a aussi des fruits de toute sorte et de toute saison , des raisins , des dattes , des grenades , etc.

Les élus seront parés de colliers d’or f enrichis de pierres précieuses ; ils seront vè-

(1) Malth. XIX. 29.

Dieu leur rendra le centuple de ce qu’ils auront fait pour lui. (i)

Dans le séjour qu’ils habitent, il n’y a plus de crainte, plus de souffrances, plus de larmes ; Dieu changera leur tristesse en joie et les revêtira de sa propre gloire pour toute l’éternité, (a)

Ils recevront une couronne dont l’éclat ne ternira jamais. (3)

Jésus-Christ placera sur le trône celui qui aura vaincu , comme il est assis sur le trône de son père après la victoire. (5)

( 2 ) Apocul. XXI. a. IHd. XXII. 5.

(3) I. Pierre i. a.

(a) Coran. Ch. de l’Homme, p. sao. Ibid. Ch. des Ordres, p. 330. Ibid. Ch. de la Vérité, p. 358. Ibid. Ch. de l’Orncmciil. p. 387. Ibid. Ch. de la Funiée. p. 391. Ibid. Ch. du Combat, p. 399. Ibid. Ch. de la lUoiilagiie. p. aia. Ibid, Ch. du Miséricordieux, p. a23. Ibid. CI), du Jiigcmenl. p. 023. Ibid. Ch. des Envoyés, p. 365. Ibid. Ch. de la Xuuvelie. ji. l'iUd.

|5) Apocalyp. III. 21.

tus de pourpre , de {inc soie , de vert , d’ccarlale ,.de couleur éclatante. Ils se verront tous en face : nous les marierons avec des femmes pures et nettes comme des perles enfilées , et blanches comme des œufs frais , qui ne jetteront les yeux sur personne que sur eux ; qui auront les yeux noirs et trèsbeaux. Ce sont des filles de Paradis , que nous avons créées vierges et a ffectionnées à leurs époux , pour le contentement de ceux qui auront à la main droite le livre de compte de leurs actions.

Elles sont couvertes de pavillons, et personne, ni hommes , ni anges ne les toucheront avant leurs maris. Elles seront appuyées sur des tapis verts auprès des ruisseaux bordés de fleurs. Elles sembleront du corail et du rubis.

Les justes boiront de l’eau de vigne , qui sortira d’une

Jésus leur répondit : les enfants de ce siècle épousent des femmes et les femmes épousent des maris.

Mais à l’égard de ceux qui seront jugés dignes d’avoir part à cet autre siècle et à la résurrection des morts , les hommes n’épouseront plus de femmes et les femmes n’épouseroilt plus de maris ; ils seront égaux aux anges et enfants de Dieu, (i)

Les anges se rassasient d’une nourriture invisible et

(1) Marc. XXII. SO.

belle fontaine, qu’ils feront d’un céleste breuvrage que

coulerà volonté. On portera l’œilducorps ne saurait aper-

autour d’eux des vases d’ar- cevoir. (i)

gent , de beaux verres , des

tasses rondes pleines d’une

boisson délicieuse, autant

qu’ilsenvoudront boire, mê- Car le royaume de Dieu lée avec du gingembre ( 2 ) , ne consiste pas dans le boire entourés de jeunes pages, et dans le manger; mais dans pour les servir, qui semble- la justice, dans la paix et ront des perles enfilées. Ils dans la joie que donne le boiront aussi avecunegrande Saint-Esprit. (3) joie et un grand contentement d’un vin purifié trèssavoureux, qui aura l’odeur du musc, il sera cacheté dans des bouteilles que personne n’ouvrira qu’eux-mêmes , et sera mêlé de l’eau de la fontaine du Paradis où boivent les chérubins. Ils verront les fontaines couchés sur des

(1) Tobie. XII. 19.

(1) Giageiubi'c. M. Savary traduit : genzebit. Ziuzibel est le nom iiulien de ce que nous apelons en français gingembre.

(S) Rom. XIV. 17. — Il faut donc entendre dans le sens niél.niiborique diverses expressions de l’Écriture, par lesquelles il semble que Dieu promet à ses ('lus une nourriture el une boisson matérielles ; comme lorsque Jésus-Christ parle U ses Apùlrcs de la nourriture qu’il leur prépan dans le royauraede son l’ére.

lits élevés , délicieux , dou blés de rouge cramoisi , appuyés sur des carreaux et des oreillers bien arrangés.

Voilà la suprême félicité. Ils seront exempts de peur et d’affliction. Ils auront tous les fruits qu'ils pourront souhaiter et telle viande qu’ils désireront. Ils auront des femmes qui auront le corps très blanc et les yeux très noirs pour récompense de leurs bonnes œuvres, (i)

Ils ne diront point de Réjouissez- vous , llvrezmauvaises paroles; ils dis- vous à des transports de joie, courront entre eux de ce porcc que votre recompense qu’ils faisaient sur la terre et abondante dans les deux diront : Nous étions dans le (^)’ monde nous et nos familles avec une très^rande appréhension des peines de l’enfer ; mais Dieu nous a grati- Je serai moi-même votre fiés. Et ceux qui les auront magnifique récompense. (3) précédés à bien faire seront les plus proches de la Divi-

(1) Coran. Ch. De ceux qal pÈscnl i faux poix. p. 471. — Ihid. Cb. ilc la Couverture, p. 470.

(2) Hatib. V. 12.

(3) Gen. X V. 1.

nité et les plus élevés en Paradis. Il y en aura un grand nombre des premiers siècles et peu des derniers. Ils n’entendront point de mauvaises paroles et entendront perpé tuellement la voix de ceux qui les béniront ceux qui tiendront leur livre à la main droite seront auprès d’un pommier frais et sans épines et auprès de l’arbre de musc ,

(i) sous un ombrage agréable auprès d’une eau coupante. Us ne seront importunés ni de la chaleur du soleil , ni de la fraîcheur de la lune.

On leur dira : mangez et buvez à votre contentement.

Le livre, oii les bonnes œuvres des gens de bien sont écrites , est gardé dans le ciel ; les anges sont témoins comme les bons jouiront des délices du Paradis.

(1) C*est le baaaaier ou flguior des Indes.

TROISIÈME LETTRE

1° Est-il vrai que la religion turque ne soit ni exclusive ni superstitieuse ? 2° Si c'est un culte philosophique. 3° Si elle ne prescrit que la prière et la charité. 4°. Incoin^jatihilité de sa doctrine avec la prière.

§. 1. Est-il vrai que la religion turque ne soit ni exclusive ni superstitieuse ?

Vous dites ; « La religion turque n’est ni aussi superstitieuse , ni aussi exclusive qu’on nous la peint , au fatalisme près , il faut rendre justice au culte de Mahomet, ce n’est qu’un culte très philosophique. » {^Voy.en Orient, Tom. III. pag. 22.)

La religion turque n’est donc d’après vous , Monsieur, ni aussi superstitieuse ni aussi exclusive qu’on nous la peint ; pour vous prouver le contraire , nous nous contenterons de vous adresser les questions suivantes. Croyez-vous, philosophe , que la prière faite par une personne qui ne tourne point la face vers l’Orient , ne soit pas agréable à Dieu , si elle part d’un cœur pur et sincère (i) ? Croyezvous, philosophe, qu’un homme soit impur aux yeux de Dieu , parce qu’il n’aura pas fait les ablutions et purifica-

(l) Il C3t (limcllc d’accordcr le Coran avec lui-mèmc au sujet de ce que les arabes appellent le Kéblah. Ce mot signilie la paille du monde vers laquelle les Musulmans se tounieiit en Taisant leurs prières. Malioniet flxa d’abod pour KébUi/i le lempic de Jérusalem. Eiisuilc il leur fit une loi Inviolable de prendre pour ki'blah le temple üaram de la Mecque. Brunei. Parallèle des relieious , T. 11. pag. 37&

lions prescrites par le Coran (i) ? Croyez-vous, philosophe , qu’un homme mérite de manger des fruits de l’arbre zacon , dont les branches semblent la tète des diables, et qui bouilliront dans le ventre comme de la poix , parce qu’il aura bu du vin ou joué aux cartes? (2) Croyez-vous, philosophe , que Dieu couvrira d'une chemise de feu (3) , inondera d’eau bouillante , battra avec des masses de fer le vrai croyant qui n’aura pas fait le pèlerinage de la Mecque? (4) Croyez-vous , philosophe , que Dieu plongera dans l’étain fondu , qui leur rôtira la face et sera leur breuvage, ceux qui n’auront pas jeûné le mois du Ramadan (5) ? Croyez-vous , philosophe , que l’homme , qui aura mangé des boudins et quelques tranches de jambon , sera condamiié à avaler goutte à goutte une eau corrompue , qui passera avec peine en lui faisant souffrir d’horribles tour- "merts (6) ? Croyez-vous , philosophe , qu’un homme , qui professe un autre culte que l’Islamisme , sera au nombre des réprouvés ? (y) N’est-11 pas vrai qu’il y a peine de mort pour le Chrétien qui tente de convertir un Musulman et pour le Musulman qui abjure la religion du Prophète (8)? îj’est-il pas vrai qu’il y a peine de mort pour l’infidèle qui oserait approcher de la Mecque (9)?

(1) Coran. Cb. IV.

(2) IbkL Ch. des Ordres.

(]] Ibid. Cil. du Pèlerinage.

(A) Ibid. Ch. de la Vache.

(5) ’.bid. Ch. de la Caverne.

(0) ibid. Ch. XIV. tr. Suv.

(7) Ibid. Ch. III. tr. Sav.

(8) Aimales de la Prop. de la Foi , T. iv. p. 1.

(9) Porfoniie n’ose approcher de la Hekkc pins près que Osidda, port du la mer itoiigu, qui est A une forte journée de la Mecque , A moins

( aSo )

f). II. Si c'est un culte philosophique.

Etc’est ce culte qui , à vosyeux, n’est ni superstitieux, ni exclusif ! et c’est ce culte que vous appelez tolérant , que vous appelez philosophique ! Oui , le culte de Mahomet est un culte philosophique , très digne surtout des philosoph“^s modernes. Oui , ce culte doit sourire à tout esprit fort. Oui, nous ne sommes pas surpris que leur bouche ne tarisse pas en éloges pour ce culte qu’ils trouvent plus avancé sur la route de la perfection religieuse que les religions qui l'insultent et le méconnaissent. Comme les sceptiques du dernier siècle, Monsieur, ceux du XIX'. trouveront bons tous les cultes , raisonnables toutes les religions qui ne mettront point de frein à l’incandescence des passions humaines. La Religion catholique leur paraîtra superstitieuse , exclusive , intolérante , altérée par le moyen-âge , parce qu’elle proscrira l’erreur, parce qu’elle apprendra à l’homme à se modérer, à mortiher ses sens, à tourner vers le Créateur la fougue des désirs qui l’entraînent vers la terre , à faire brûler pour Dieu , de flammes angéliques , ce cœur que le philosophisme prostitue à la créature. Le culte de Mahomet est un culte qui leur sourit. La volupté , le fatalisme , ces deux résultats du despotisme oriental, les enchantent. La polygamie a pour nos hommes progressifs des charmes incomparables ; ils briseraient volontiers les chaînes indissolubles qui resserrent l’époux chrétien; et, au souvenir des houris céles-

d’eirc mahométan ou de vouloir le devenir..... un étranger à la Mecrinc sci’iiit mis ;i mon s'il i:tait rccoaiiu. {Uruncl, Parallèle des relisions , T. ll.p. 270. )

tes (i), qui doivent enivrer de bonheur les élus toujours rajeunis , leur cœur palpite d’allégresse ; ils voudraient prendre leur essor vers le septième ciel. Oui, ce culte est très-digne de vous, philosophes; il est vraiment très-philosophique et une seule chose nous surprend , vous dironsnous avec un auteur célèbre , c’est que vous n’alUez point vous faire circoncire à Constantinople et prendre le turban vert des enfants du Prophète.

§. III. Si la religion turque ne prescrit que la prière et la c’narité.

O La religion turque , dites- vous , ne prescrit que deux grands devoirs la prière et la charité. » {Voj. en Orient. Tom. III. pag. 22 .)

Ceci n’est pas exact. Monsieur. D’après le texte même du Coran , voici quels sont les points fondamentaux de la religion mahometane et les obligations des vrais croyants, sans parler de la croyance en Dieu et à la mission du Prophète, de la prière et de l’aumône. ï®. Le pèlerinage de la Mecque ( 2 ). 2 ®. L’abstinence du vin, l’interdiction des jeux de hasards (3). 3®. L’abstinence du porc, du sang (4). 4® Le jeûne du moisdu Ramadan. (5). 5® L’usage des purifications. (6) 6® Enfin la circoncision, quoiqu’il n’en soit pas fait mention dans le Coran.

(1) Houri nom dus femmes placées par Mahomet dans son p.irndis pour satisfaire lus passions des Adèlcs musulmans. ( De l’Arabe hoar-alH>uy. youti. )

(2) Coran. Cli. de la Vache.

(3) nid. Cb. de la 'J'ai)ie.

(4) Ibid. Ch. II. Tr. Savary.

(5) nid.

(6) Ibid. Ch. des Femmes.

§. IV Incompatibilité de sa doctrine avec la prière.

Le Coran, U est vrai, prescrit souvent la prière. On ne peut guère même douter , dit M. Brunet , que les Turcs n’aient réclamé le crédit de Mahomet auprès de Dieu dans les temps de calamité et tpi’ils ne lui aient adressé leurs supplications pour obtenir le pardon de leurs péchés.

La gazette de Leipsick de l’an 1697 » article Vienne, mois de décembre , contient une ordonnance du Grand-Seigneur, qui , en nous faisant connaître les moyens employés parles vrais croyants pour apaiser Allah en temps de calamité ou après une défaite, nous donnera en même temps une idée de leur tolérance , de leur mansuétude et de l’esprit qui les anime dans la prière. Peut-être ne serez-vous pas fâché. Monsieur, d’en avoir connaissance , la voici: i®. On portera, dit le Grand-Seigneur, un coffre rempli d’ossements , de sabres brisés , de morceaux d’armes à feu liés en faisceaux , de carquois et de flèches cassées et autres choses semblables ; et il sera accompagné de 6000 personnes qui auront les pieds nus , qui seront couvertes de sacs , qui auront des cordes entortillées autour de leur cou et de leur corps , et qui ne porteront pas de turban. — 2®. 3 ooo Turcs , couverts de sang et de cendre , marcheront à la suite en poussant des soupirs et des gémissements, en pleurant, en hurlant et en se déchirant leurs habits. — 3 ®. Six mille autres , à demi-nus se fouetteront sur les épaules et sur la poitrine avec des épines en faisant jaillir le sang jusqu’à terre et sans pouvoir s’essuyer. — 4“* Quatre mille spahis , sans turban et ayant les moustaches pen- . dantes , porteront au milieu de cette procession la châsse

«lu prophète Mahomet. Trois cents Pachas qui l’accompagneront , passeront au fil de l’épée tous ceux qui la regarderont en face et jetteront leurs corps aux chiens. — 5®. Pal’aîtront trente Pachas de provinces sans sabre, sans pourpre , mais avec leur turban entouré d’un simple linge noir qui aura été trempé dans du sang de juif et d’âne , et ayant une main attachée sur le dos , dans laquelle ils tiendront une queue de chameau traînant par terre. — 6“. A chaque mille on frappera à coups de sabre sur un esclave chrétien et sur un esclave juif qu’on laissera périr dans leur sang. — y®. Trois raille janissaires, sans fusils et sans armes, ayant seulement à la main des bâtons qu’ils laisseront traîner, suivront et crieront sans cesse : Allah bizs rahmed elle: Dieu , faites nous miséricorde. — 8®. Viendra ensuite un coffre plein de petites monnaies qu’on répandra sur terre, mais que personne ne pourra ramasser avant la fin de la procession , sous peine d’être empalé. — g®. La procession sera fermée par la foule du peuple , parmi laquelle se trouveront une centaine de pèlerins ou santons , qui se tailladeront le visage ou la poitrine avec des couteaux en criant: Allah jekfaja Allah arrhaman, hsb^,omonT)iieMf ô Dieu de miséricorde. » (i)

Nous ignorons , Monsieur, jusqu’à quel point les rêves , les méditations , les hurlements , les soupirs , les macérations, les flagellations des Turcs, le .sang d’âue , de juif ou de chrétien peuvent fléchir le courroux d’Allah ; mais ce que nous trouvons de plus singulier dans leur bouche, comme dans celle des déistes, c’est la prière. Leur dogme,

(1) Ce futnprès la défaile <Ies Turcs parle prince Eugène de Saroic, il Zenta en 1697 , (ine ce singulier cdrdraonial fut ordonné.

nous dites-vous , ( et cette doctrine est ouvertement préchée dans le Coran ) leur dogme , c’est la fatalité. Or le dogme de la fatalité est incompatible avec la prière. La prière n’est pas seulement un cri del’àme aimante ou reconnaissante envers Dieu , c’est encore im cri de la faiblesse qui réclame le secours d’un être puissant au milieu de ses souffrances et de ses besoins . Or, que peut demander à Dieu un Musulman ? Qu’il lui fasse miséricorde ? Qu’il éloigne de sa demeure la peste qui étend partout ses ravages? Qu'il fasse tomber aux pieds du Croissant l’infidèle qui blasphème l’envoyé céleste ? Par la seule hypothèse que ses prières peuvent être exaucées , vous supposez que la Divinité a pu se laisser fléchir ; et si la prière est un moyen pour détourner les fléaux, apaiser la colère divine, etc. que devient, nous vous le demandons, que devient le dogme de la fatalité? (i) Aussi le musulman est conséquent avec sa doctrine , sauf quelques rares exceptions, il se laisse stupidement moissonner par la peste , sans prendre aucun moyen pour l’éviter ; persuadé que toutes les précautions seraient inutiles pour échapper au destin , à la fatalité qui Iç poursuit. 11 laisse tranquillement la flamme dévorer sa demeure sans s’opposer aux ravages de l’incendie ; comme si la Providence qui permet que des fléaux frappent et épouvantent les hommes , leur défendait de prendre les moyens d'apaiser sa colère , et ne

(1) Ifabomet , ilil à cc sujet l’auglals Sale , se sert beaucoup de cette doctrine de la fatalité daus le Coran , pour auiiucr scs sectateurs k combattre sans crainte et en désespérés pour la propagation de leur foi ; car il leur représente que toutes les précautions possibles ne sauraient changer leur inévitable destinée et prolonger leur vie d’un moment. ( Obsertations critiques et historiques, T. I. Amsterdam et ü Leipsick, Mncci.w, p. 20il.J

leur prescrivait pas de prendre ceux que suggère la prudence pour conserver leurs jours. Sans doute , nul ne peut échapper la vengeance divine , si Dieu veut le punir ; mais quand tous les moyens ont été pris pour éviter le danger , on doit se remettre avec confiance entre les mains de la Providence.

Le grand devoir de la prière est donc incompatible avec le dogme fondamental du culte musulman , le fatalisme. Dans notre prochaine lettre , nous parlerons de la charité turque , que vous exaltez avec tant d^emphase.

Nous avons l’honneur d’être , etc.

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