‹ Lettres à M. l'abbé de PradtChapitre 7 sur 14 · V -luo · texte numérisé non relu

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J •. , ’ “ droit de propriété

maître oliez soi. Je n’ai pas voulu, vous dis-je,

« seo^ble mériter un examen plus approfondi fit devoir etre précédée ri» P ' i ■ • ^

precedee de 1 éclaircissement de quelques autres points.

A présent, permettez-moi d’entrer en matiè- 1 que , dans l’analjse de votre plan , je commence par examiner les droits pour en venir ensuite aux convenances.

Vous commencez encore par des récrimina-

tions sur le passé ( c’esl là votre apres avoir ^ en moraliste sévère reproches à tous les princes et à

tactique ) , et 5 adresse d(îs tons les gou-

vernemens du dernier siècle (*), vous établissez le principe que des convenances politiques ne constituent pas des droits^ et que s^il en etoit autrement y le monde Jlotteroit sans régulateur certain y sans guide assuré y reconnu par tous y également utile à tous Qui

auroit pu deviner que la conclusion de tout cela est que l’Angleterre a le droit de soutenir

les rebelles de l’Amérique , parce que la rébellion lui procure un commerce de deux cents millions ^ et que cela s' applique également aux autres Etats de l’Europe y ainsi qu^aux Etats-Unis y qui tous ont pris part au riche commerce de V Amérique par la rair

son que si V Amérique espagnole appartient a l'Espagne y les ejféts nécessaires de V Amérique espagnole y et les conséquences qui en découlent appartiennent à tout le monde

Des Colonies. Tora. II, pag. 216 et suiv. Ibid. pag. 219.

Ibid. pag. 225.

Eid. pag. 221,

( iio )

^oiis voila Aonc Jlottant de nouveau sans ré- ^ilateur certain , sans gaule assuré, reconnu jmr tous, également utile à tous. Ce régulateur, et ce guide que vous appelez justice (*), prend encore d’autres titres selon les diSerentes fonctions qu’il exerce. De p' rticuller à particulier, il s’appelle droit naturel., et ses consé- (jiicnces 5 sitôt qu’elles sont iiiiituellement reconnues , forment le droit positif ou civil : de nation a nation ^ il s appelle droit des ^ens ou di oit public 5 selon qiill est dénué ou revêtu de stipulations diplomatiques. Il est toujours une émanation pure et simple de ce principe ^ que pour conserver ma propriété , fruit de mon travail ou de mon bonheur, il faut que je respecte la propriété des autres , fruit de leur travail ou de leur bonheur. Les droits de cession , de permutation, de succession, la fixation des limites, la prescription ne sont que des corollaires du même théorème. Chez un peuple civilisé qui a des magistrats établis , ceux-là sont les gardiens et les conservateurs de ces droits: dans une peuplade non policée , tout citoyen est magistrat , et 1 infraction a ces droits n’en sera pas moins punie 5 ce droit de propriété , fondé sur l’utilité

(^) Des Colonies. Toin. îî, pag. 219.

de tons et de cliacun , est si facilement reconnue, que celui qui renfreindra sera aussitôt poursuivi par la foule (^) : la propriété est respectée même dans une bande de voleurs , et la police s’y fait ordinairement avec plus de sévérité que par- tout ailleurs.

De nation à nation , la nécessité de respecter la propriété n’en est pas moins sentie de tons, et si quelquefois le plus fort ose enfreindre cette loi universelle, ce n’est pas sans péril pour lui ; car tôt ou tard il devient le plus foible, et la haine qu’il a excitée n’en éclate pas moins pour avoir été concentrée. 11 n’y a pas de magistrat pour punir les crimes qu’une nation se permet envers une autre 5 mais tous les gouvernemens le deviennent, parce que tous sentent la nécessité de protéger le foible s’ils veulent être protégés à leur tour. C’e^t alors qu’on voit se former ces redoutables jurys, qu’on appelle des coalitions. Le criminel, en continuant à abuser de sa force et de sa prépondérance , en subornant quelques jurés, peut bien en ajourner la décision * mais il ne saurolt casser le tribunal , et tôt ou tard la sentence fatale est portée contre lui. Si la force l’a protégé quelque temps, ses ressorts ont aussi

la Dote II.® 25.

perdu leur élasticité par l’usage même qu’il en a

ait, et plus ses efforts ont été violens, plutôt il est tombé dans l’épuisement.

Voila la leçon qu’une nation prépondérante lie doit jamais oublier, et ce n’est pas lorsqu’ils viennent d’en donner un exemple si frappant, qu’on peut accuser les monarques de méconnoitre ces principes. Non, M. l’Abbé, vos sermons ne parviendront pas à changer la nature des choses • ce qui est blanc restera blanc , et si la lumière réfléchit différemment dans vos yeux,

nous n’en continuerons pas moins à y voir avec les nôtres.

La légitimité, ce principe sacré, hors duquel on ne trouve que le cahos et la confusion * la légitimité qui n’est peut-être qu’un droit originaire affermi par la prescription * la légitimité , dis-je, est heureusement la base du nouveau droit public des Européens.

Voyons si l’Espagne a quelques droits bien légitimes sur le continent de l’Amérique.

Je ne pense pas d’abord que les autres puissances Européennes , et encore moins les Etats- Lnis, puissent lui disputer le droit de premier occupant. Les mânes des Colomb, des Ojéda, des Guerra, des Yaîiez, des Bastida, des Léon, des Balboaj des Cordpba^ des Grijalba, des

Cortès,

( ii5 )

Cortès, des Magellan , des Pizarro, des Soto, des Loaiza, des Legaspi, et de mille autres leur en donneroient le démenti.

On conviendra, j’espère, que les Espagnols ont pris possession de FAmérique de bonne foi , et d’après un principe qui dans ce siècle-là étoit universellement reconnu; personne ne leur a disputé ce droit dans le temps , et ils ont joui pendant plus de trois siècles de la possession tranquille de ces pays : or, il me semble que la possession tranquille et de bonne foi, pendant trois siècles, est plus que suffisante pour établir le droit de prescription : droit qu’il faut respecter, si on ne veut pas flotter sans régulateur certain , sans guide assuré.

Les puissances européennes ne peuvent disputer à 1 Espagne aucun droit sur le continént d Araéiique. Pourroient-elles , usant du droit de protéger le foible contre le fort, se déclarer juges entre 1 Espagne et les Américains? Il faudi Oit pour cela changer tous les principes reconnus , proscrire la légitimité , abolir la prescription, déclarer nul le droit de céder, de stipuler, de faire la paix; et laisser un champ toujours ouvert aux plaintes, aux réclamations, aux rebellions. Ce seroit une étrange manière de protéger le foible que d’enlever toutes ces

garanties, qui n’ont étë inventées qu’en sa faveur, pour ne laisser subsister que le droit du plus foi t. Mais qui ne voit pas l’absurdité d’une coalition qui se formerolt en méconnoissant la sainteté des engagemens , qui stipulerolt la nullité des stipulations, et qui dlcteroit la paix, en déclarant par le fait même qu’on peut continuer toujours la guerre?

Quand toutes les puissances, qui ont reconim pendant trois siècles la souveraineté du roi d’Espagne sur l’Amérique , s’arrogeroient maintenant le droit de juger lés différends survenus entre lui et ses sujets, quels sont ces sujets qui peuvent disputer à l’Espagne la souveraineté du continent américain ?

Ce ne seront certainement pas les créoles , soit qu’ils se prétendent descendans de ceux qui l’ont découverte et conquise , au nom , et sous la protection de l’Espagne; soit qu’ils tirent leur origine des Espagnols , qui , à la faveur de ce nom , ont été y chercher leur fortune. Ceux-là ne peuvent avoir aucun titre, autre que celui de sujets de l’Espagne, et toute prétention contraire "de leur part est une rébellion ouverte.

Voyons si les indigènes, parmi lesquels j’ai l’honneur de me compter, n’auroient pas quelques droits à faire valoir.

( ii5 )

Les Espagnols, en abordant sur les côtes américaines, les ont trouvées ou tout-à-lait désertes ou habitées par des peuples nomades qui ne cultivant pas la terre, et n’ayant aiicune espèce de propriété fixe, n’avoieiit aucun droit d’empècher un autre peuple de s’y établir : tous leurs droits étoient personnels , le pays no pouvoit leur appartenir 5 et cette opinion est tellement reconnue par tous les publicistes, que qe crois mutile de la démontrer. On en peut dire autant de la plupart des pays de l’intérieur, de tout ce qui est au nord et au nord-est du Mexique et de tout ce qui est au sud et à l’est du Pérou. 11 n’y avoit de civilisé que le plateau d’Anahuac et 1 Empire des Incas. Sur ces deux pays, les Espagnols ne peuvent pas prétendre au droit du premier occupant. Non seulement nos ancêtres cultivoient la terre et les arts , mais ils étoient parve nus a un point de civilisation lieaucoup plus avancé qu on ne le croit communémerit. Les premiers Espagnols ont été frappés de la perfection de plusieurs manufactures, comme la porcelaine et l’orfèvrerie, dans un temps, il est vrai , où les arts n’avoient pas lait encore de grands progrès en Europe. Aujourd’hui même que le perfectionnement et le lion marché des manufactures européennes ont fait tomber, celles

du pays , le voyageur est étonné à chaque îns-' tant de l’adresse des naturels dans plusieurs objets mécaniques. Les Astèques et les Péruviens étoient très-avancés dans l’architecture , dans l’hydraulique, dans la mécanique, dans la géographie et dans l’astronomie. On est encore saisi d’admiration a la vue de ces pyramides colossales, de ces mausolées, de ces théocalli , quoique la * cupidité des vainqueurs en ait ruiné la plupart, et sans doute lés plus beaux, pour y chercher des trésors enfouis. L’un et l’autre peuple connoissolent l’arithmétique, et avoient un calendrier plus parfait que celui des Romains.

Mais si l’Espagne ne peut pas disputer à ces deux peuples le droit de premier occupant , on ne' lui disputera pas celui de conquête, si la conquête peut donner des droits.

Je ne me prévaudrai ni de la sanction donnée à ce droit, ni des exemples c|ue je trouyerois par toute l’Europe : il s’agit de raison et non d’autorité, ni d’exemples.

Le droit de vider par les armes les différens qui s’élèvent de puissance à puissance , est le code de procédure admis , et le seul admissible dans Je' droit public. Si la guerre est injuste, les autres puissances peuvent y faire opposi-

tlon ; si elles ne s’y opposent point , elles en sanctionnent les motifs.

Le droit de guerre emporte néeessairement le droit de faire la paix, et l’obligation d’y tenir, sans quoi la ' guerre ne se termincroit que par l’extermination du plus foible. Si la guerre est la procédure, le traité de paix est la sentence définitive, et cette sentence est légitimée par l’accession ou parle silence des autres puissances. Or, cette accession générale des puissances est plus que suffisante pour constituer un ’ droit , et ce droit s’appelle droit de conquêtè ^ puisque ce n’est pas l’invasion, mais la pacification qui fait la conquête.

Les Espagnols, ce me semble, peuvent bien

faire valoir ce droit sur le continent d’Amé-

ri que.

Mais quand la conquête ne donnerolt pas des droits, elle donnerolt toujours la possession , laquelle deviendrolt elle -même un droit par la prescription, voile sacré qui couvre toutes les imperfections d’un premier titre , gouvernail indispensable pour ne pas Jlotter sans régulateur certain y sans guide assuré.

Mais les Espagnols ont encore sur l’Amérique un droit bien plus respectable: celui du bienfait, celui de la recomioissancc.

Je ne fei^ai point valoir les titres (jiie pourroient leur donner l’introduction du christianisme et de la civilisation européenne, la suppression des sacrifices humains, et l’ouverture des communications avec l’ancien monde 3 je ne rappellerai pas non plus ce que j’ai eu l’honneur de vous dire dans ma G."" lettre (^) pour vous prouver que les améliorations que l’Espagne a faites sur I Amérique a ses frais et risques la constituent un pays entièrement nouveau , méconnoissable à côté de l’ancien, et qui, vu la disproportion entre le fond primitif et ces améliorations , en font un monde de sa création , et

lui appartenant par le plus sacré de tous les litres.

Le nouveau droit que je prétends attribuer à 1 Espagne sur mon pays natal vient d’une autre souree , etc est dans l’histoire de la conquête qu’il faut le puiser : histoire que vous ne connoissez peut-être pas,M. l’Abbé, et permettez- 111 oi de vous le dire i je crois m’apercevoir que \ous n’avez guère d’autre guide que Raynal, auteur très-éloqueiit, mais un de ces philosophes qui s’imaginent qu’on peut devenir savant

])ar inspiration , et enseigner ce qu’on n’a jamais appris.

Tous ceux qui n’ont pas puise dans les sources originales , ou qui n’y ont pas apporté un esprit d’observation et d’impartialité , s’imaginent d’un coté un peuple lâche et elTéminé, combattant en masse, mais tout nu, sans aucune arme défensive, et avec des armes offensives qui ne peuvent faire aucun mal à l’ennemi qu’il a en face , fuyant à son approche , le craignant comme une divinité malfaisante, tremblant au bruit du tonnerre qu’il croit dans ses niains, et ne lui opposant aucune ruse de guerre. De l’autre coté , ils s’imaginent une poignée d’hommes tous couverts de fer, conséquemment à l’abri des coups de l’ennemi* abondamment pourvus d’armes à feu ; offensant sans pouvoir être offensés 3 n’ayant besoin ni de précautions, ni de ruses , ni de se faire des alliés par leur bonne conduite. Ils font ainsi du peuple américain un être tout-a-fait nul, afin de pouvoir refuser au conquérant les talens , la discipline et même le courage. Cependant il n’y a pas dans tout cela une seule donnée qui ne soit fausse.

Naturellement vous exigerez que je prouve mon assertion , et que je vous fasse voir comment les Cortès et les Pizarro peuvent avoir des droits à la rcconnolssance du peuple américain.

Je vais me rendre à vos désire

et je commence-

rai par I(j Pérou.

Lorsque François Pizarro porta ses armes dans cette contrée , le sang royal des Incas avoit cou e sous le fer d’un usurpateur 5 la race mâle deManco Capacn’existoit plus (*) , et Atahuallpa etoit assis sur son trône sanelant.

Le respect pour la légitimité, ainsi que 1 horreur du crime- n’étolent pas des sentimens etrangers dans le cœitr dés Péruviens. La haine , contre l’usurpateur ,, et le désir de la vengeance l’emportant sur . toute autre con- ^déiation ^étendard espagnol n’a pas plutôt hotte sur leurs terres, que les fidèles Péruviens se sont ralliés autour de lui, regardant les Espagnols conmie des êtres envoyés du ciel pour les venger et pour les délivrer d’une tyrannie qu’ils abhorroient. Dès ce moment , Pizarro a eu pour a hes tous les partisans de la légitimité, et pour ennemis l’usurpateur et ses satellites. Ceux-ci avoient pour eux la force de ,1a possession et de oi gaiiisation • mais ils ne pouvoient pas compter sur l’opinion publique, hors de laquelle il n’est point de veiitahle force. C’est ainsi qu’Atahuallpa, malgré des , armées immenses qui lui

{*) Voytz la note n'.’® 24,

ëtoient clevouees^ poTirsiilvi moins encore par le courage indomptable des Espagnols , cpie par la haine du peuple, perdit son trône et sa vie , laissant après lui un nom , qui aujourd’hui même est en horreur chez tous les indigènes.

Ceux des Indiens qui , secondant les Espagnols, et secondes par eux, combattoient ainsi contre 1 usurpateur , ne pouvoient pas avoir en vue la restauration de la dynastie primitive qui n existoit plus. La vénération que les Péruviens poitoient a cette dynastie, dont l’origine se perdoit dans la nuit des temps, et se mêloit à des tiaditions religieuses ^ ce respect des Péruviens pour le sang royal étoit d’une telle nature, que jamais aucun des Curacas ou Princes du pays ne se seroit cru digne de lui succéder* et que si quelqu’un avoit pu concevoir une pareille idée , son vœu sacrilège auroit trouvé sa punition dans 1 horreur qu’il auroit excitée contre lui * puisque Atahuallpa lui-même n’étoit monté sur le trône qu’en qualité de bâtard de la famille royale Ce dernier ayant forfait ses droits , il ne se trouvoit personne pour le remplacer (**). Sans les

C') Voyez la note n.o 26.

Voyez la note n.o 26.

Espagnols ^ probablement , les Cura cas se serolent déclarés indépendans- des ligues se seroient formées, et une guerre civile interminable auroit replongé les Péruviens dans la barbarie, d ou les Incas les avoient tirés.

Un grand monarque séparé d’eux par l’immenslté des mers; un monarque qui ne se présente a eux qu’en idée , et conséquemment avec tous les prestiges d’une imagination enflammée par le désir du cbangement et par la soif de la vengeance; un monarque dont ces hommes extraordinaires a longue barbe et à un courage irrésistible ne se nomment cependant que les très-humbles sujets ; un monarque qui envoie une armee exprès pour les venger ( car vous devez sentir que Pizarro en homme habile profitoit de tout ) ; un monarque pareil étoit bien fait pour etemdre toutes les ambitions, et concilier tous les esprits en sa faveur. Voilà ce qui a rendu unanime la soumission des Péruviens à la couronne d’Espagne.

Une tradition , dont Pizarro sut profiter adroitement, a contribué encore à cette mémorable transaction. Tous les auteurs contemporains s’accordent à dire que la race des Incas , non seulement avoit le teint plus blanc ou

moins cynivre que les autres Indiens, mais qu’elle dilTeroit essentiellement dans les traits du visage. Aussi se prétendoient-ils originaires d’un pays lointain * ils avoient été conduits par le soleil , c’est-à-dire qu’ils étoient venus du côté de l’orient , et c’étoit un point de doctrine incontestable que , lorsque leur dynastie seroit éteinte , un prince de leur race viendroit lui succéder. Les Espagnols venoieiit aussi du côté de l’orient , leurs traits répondoient assez à la tradition , l’habileté de Pizarro fît le reste.

Passons maintenant au Mexique.

Le grand plateau d’Analiuac étoit occupé par differens princes , et par quelques républiques qui s etoient toujours gouvernés d’une manière indépendante. Ayant imprudemment donné asile dans des marais inhabités à un peuple guerrier et sans industrie, qui venoit des régions du Nord , ils virent se former au milieu d’eux une nation tout-à-fait militaire , gouvernée par un prince absolu, qui, par des alliances successives, et s’aidant des uns contre les autres, parvint à les soumettre tous à son empire. Il ne restoit guère que quelques pays éloignés et la célébré république de Tlascala , qui eussent conservé leur Indépendance : tout le reste sc cour-

boit sous le joug des Mexicains , lorsque le grand Cortès débarqua à la Vera-Cruz.

Instruit de ce qui se passolt , et prévoyant la lepugnance avec lacjuelle toutes ces nations nouvellement soumises porteroient le joug de Montézuma , Cortès forme le projet hardi de soumettre à Charles V le plat eau d’Anahnac ^ et d’en faire une nouvelle Espagne.

Sous prétexte que quelques-uns des navires qui l’avoient conduit n’étoient plus en état de servir 5 et qu’il fdloit profiter du fer et des autres agrès, en attendant qu’il lui vînt du secours des des * mais réellement pour mettreses compagnons d armes dans la nécessité de vaincre ou de mourir, en leur otant tout espoir de retraite^ il fait brûler toute la flotte , excepté un seul bâtiment qu’il envole en Espagne avec des dépêches.

11 songe immédiatement â en Imposer aux Mexicains par l’e talage de ses forces. Quelques vassaux de Montézuma , après l’avoir reçu en amis , lui

(^) Il est cligne de remarcjue que c’est une seule famille c[ui a souinis aux souverains de l’Espagne les deux AnitTic[ues. La mère de Ferdinand Cortès ètoit de la famille des Pizarro.

Cortès n’aura pas besoin d’apologie. Tout ce qu’on pourroit dire h son éloge est au dessous de son mcriîe.

ont refuse des vivres, lui ont tendu des pièges, et ontvoulu Fattaquer par surprise ; il les attaque à son tour , et leur fait voir la supériorité de la discipline européenne sur la bravoure individuelle des Américains.

Dès que la réputation de ses armes est établie , il demande une entrevue avec Montézurna , disant que c’est-là Fol:)jet unique pour lequel il est venu , et qu’il a des choses très-importantes a communiquer à l’empereur du Mexique do la part de l’empereur Charles V.

Montézurna, a qui rien n’a voit résisté jùsqu’alors, est terrifié d’une pareille demande. N’ayant jamais connu d’autre appui que la force armée , il se voit perdu, dès que les armes espagnoles commencent à révoquer en doute sa toute puissance.

Cependant il est possible qu’une résistance franche et ouverte l’eût encore sauvé * surtout si , abdiquant ses principes de despotisme , et son projet avoué de monarchie universelle, il avoit eu le courage de faire un appel aux peuples , de les rassurer sur l’avenir, et de les intéresser a défendre d’un commun accord les libertés du continent américain. Cortès auroit peut-être hésité de traverser avec une poignée d^hommes des montagnes deux fois plus hautes

et plus escarpees que le Mont Saint-Bernard , pour aller s’enfermer dans un lac, où on pouvoit facilement lui couper la retraite. Mais le courage de la franchise ne fut guère le partage des usurpateurs: Mon tézu ma, qui a opprimé

la liberté de tous les peuples , craint avec raison que ces mêmes peuples n’appellent les Espagnols à leur secours , et ne se soulèvent l’un après l’autre. Dans sa perplexité , il ne prend que des demi-mesures; au premier échec, il perd la tête , et ne fait depuis lors que courir de faute en faute et d’abîme en abîme. Enfin , Montézuma donna la première représentation du grand drame , dont un autre usurpateur vient de nous donner la reprise.

Dissimulé et faux par habitude , il tâche de gagner par l’intrigue ce qu’il croit lui manquer de force réelle , et il envole émissaire sur émissaire , et présent sur présent , pour suborner le général, et l’engager à se rembarquer; mais Co rtès , que ces émissaires et ces présens ne font qu’alfermir davantage dans son projet, persiste toujours sur l’article de l’entrevue, et parvient finalement avec tout son monde au palais de Montézuma.

Chemin faisant, il a reçu la soumission de plusieurs petits princes, et sur-tout il a con-

tracté une alliance durable avec Tiniposante république de Tlascala , l’ennemie irréconciliable de l’empire mexicain. Il a traversé encore la grande république de Cliolula qui, ancienne alliée de Tlascala , venoit de faire sa soumission à Montézuma. Il a trouvé le moyen de réconcilier les Cliolultecjues avec les Tlascaltwjues , en les séparant des Mexicains, qui , sous le nom d’alliés

et de protecteurs , étoient leurs véritaldcs maitrès

Loge et fortifie dans un palais, non loin de celui de Montézuma, Cortès ne fait d’abord que des ouvertures vagues sur la grandeur et la puissance de Charles-Quint, à qui, dit-il, les plus grands princes se croient honorés de pouvoir rendre hommage, et qui l’a envoyé, ajoute-t-11, pour instruire Montézuma, l’éclairer sur quelques erreurs, et réformer plusieurs abus de son peuple. C’est-à-dire qu’il adoucit les termes , mais n’en déclare pas moins que l’empire du M^cxique est subordonne a celui de Charles- Quint, et dans la dépendance.

Cependant Montézuma , qui n’ose pas en appeler aux chances d’une insurrection , seul moyen qui pût le sauver, dissimule, tâche de

(/) la note n.» 27.

gagner du temps, et agit sourdement auprès de ses \assaux. A son instigation , le prince ou cacique de Nauthla a égorgé les Espagnols qui étoient restés dans ses Etals. Cortès, avec la hardiesse et la franchise qui le caractérisent , demande à Montézunia lui-même la punition du cacique et de ses complices, et Montézuma a la lâcheté de lui livrer ces serviteurs, dont le crime est de lui avoir obéi , et qui sont jugés et punis de mort sur la place même de Mexico.

Montézuma fait plus encore. Voyant que le sceptre lui échappe des mains , il tache de le conserver pendant sa vie aux dépens de ses successeurs. Il réunit solemnellement ses principaux vassaux et les grands officiers de son empire , et fondé sur une tradition populaire qui portoit que ses ancêtres avaient usurpé la couronne pendant l absence du souverain légitime, et que ce souverain, retiré dans des pays lointains , leur avoit dit en prophétie qu un de ses descendans viendrait reprendre son empire , il croit ou feint de croire que Charles-Quint est ce descendant , et , comme par voie de transaction , il le déclare et le fait reconnoitre son successeur après sa mort. 11 est possible que cette transaction ne fût qu’une perfidie de plus de la part de Montézuma ; il ne se

proposoit

proposoit peut--etre que d éloigner Cortès, qui- U éuii oit plus Mucuu - prétexte pour prolonger son séjour, et qui eJléctivenient avoit promis ’de s’en retourner.

Une insurrection populaire tire Cortès de ce premier embarras , pour le plonger dans un autre bien plus terrible. Les princijiaux chefs des Mexicains déclarent Montézuma déchu de son trône , et le tuent dès qu’il se présente à eux pour les haranguer. Une populace effrénée attaque les Espagnols de toutes parts; et ceuxci, cernés par des armées immenses, se trouvent enfermes dans une ville située au milieu d’un grand lac, manquant de vivres, et ne pouvant’ opérer leur retraite que par une chaussée fort étroite , de quelques lieues de longueur , et où les Mexicains, après en avoir coupé les ponts, ont élevé des retranchemens.

Cortès, qui étoit la prévoyance meme, avoit bien fait construire d’avance quatre grandes barques; mais les Mexicains les ont briilées pendant une absence qu’il a faite.

Ce seroit m’écarter de mon sujet que de décrire par quels traits de courage et par quelles Inventions ingénieuses, adaptées à un genre d’attaque tout nouveau et a des circonstances im>j)révues , Cortès opéra sa retraite devant des

tf

centaines de milliers d’hommes armes. Il yperdiL les trois-quarts de son monde : de quinze cents hommes il en sauva à peine quatre cents. Pour sui croit de malheur, la plupart de ses nouveaux allies le voyant foible commençoient à folblir aussi, et à négocier leur raccommodement avec les Mexicains. La république de Tlascala seule fut inébranlable dans son alliance, comme elle étoit irréconciliable avec le despotisme militaire des Mexicains. ^

Piien n’est capable d’ébranler la constance de Cortès • au milieu de ses malheurs , il sonj^e à

faire la conquête de l’empire qu’il n’a pu soumettre par des voies pacifiques , ou plutôt qui s’est révolté après sa soumission. Un courage si héroïque , et l’adresse qu’il met dans ses négociations, lui rendent l’un après l’autre tous ses alliés, et lui en amènent chaque jour de nouveaux au grand désespoir des Mexicains , qui voyent leurs sujets devenir leurs ennemis les plus acharnés.

Par des soins incroyables Cortès maintient l’harmonie entre tant de nations ci-devant ennemies , et différant entre elles de langage et de mœurs • surmontant toute sorte de difBcul* tés , tantôt par force , tantôt par adresse , il emporte les points les plus avantageux , tourne

ies autres , se rend maître de la campagne et paiNiejit a enfermer les ÎVXcxicains dans leur ca" pitale. Il s’empare des trois cliaussccs qui communiquent de Mexico à la terre-ferme et il coupe les aqueducs qui portent l’eau douce dans la capitale ( l’eau du lac n’étant pas potalde ). Il fait construire à Tlascala treize brijiantins il les fait transporter en pièces par huit mille Indiens , à travers des montagnes presqii’inaccessibles* et creusant depuis Tesaïco un large canal , il parvient a les voir flotter sur le grand lac. C’est par leur moyen qu’il protège les opérations de l’armée de terre, qu’il porte chaque jour le feu dans Mexico , qu’il coule à fond des milliers de canots qui couvroient le lac , et parvient a détruire toute communication avec la terre-ferme.

Cortès pousse alors les Mexicains de retranchement en retranchement , comble les ponts et les canaux dont il se rend maître 3 forcé de les abandonner chaque soir, il les reprend le lendemain en surmontant des difficultés toujours nouvelles ( ^ , et par son activité il rend irnpuissans les efforts d’un ennemi infatigable', qui

O ^^^yezla note n.o 28.

se vantoit d’avoir vingt -cinq mille hommes contre chaque Espagnol (*).

^ ojant 1 obstination des Mexicains , qui ne vouloient écouter aucune proposition de paix , Cortès prend la résolution d’abattre une à une toutesles maisons dont ils’emparera, et decombler les canaux avec les décombres. Par ce moyen il aura plus d’csjiace pour faire agir sa cavalleric , rapprochera ses quartiers , et serrant de plus près les Mexicains , les forcera peutetre a la paix |)ar la crainte d’une destruction totale. Cette résolution, que Cortès ne prit qu’à regret, fut reçue avec une joie extrême par tous les peuples alliés , qui s’étant fait une habitude cie craindre la prépondérance des Mexicains , croyoient qu’on ne vlendrolt à bout de l’emj)U e qu en détruisant la superbe capitale qui en faisoit la gloire , et qui étoit le centre et le foyer de sa foi 'ce morale et physique.

Enfin 5 apres avoir vu détruire la plus grande partie de leur ville , après trois mois de combats continuels , apres avoir souffert toutes les horreurs de la famine , de la soif ^ et des maladies, avec une constance et un héroïsme dont on ne trouveroit m le modèle ni la copie c|ue chez

Gorlès, Lettre Ij® 4^*

les Espagnols ciix-inêmcs ^ héroïsme (jul égale peut-être tout ce qu’on nous raconte de Nuinaiice , de Sagontc , de (ürone , et de Saragossc ; les restes mourans de rarmée Mexlcahie , fermes comme le premier jour , et sourds à toutes propositions de paix , sont jiris d’assaut dans leur dernier retranclienient avec leur empereur Efuatiniozin.

Par quels moyens une poignée d’Espagnols , qui ne se montoit qu’à six cent soixante - trois hommes lors eie leur premier débarquement , et qui n’a jamais été au - delà de quinze cents , a-t-elle pu opérer tant de prodiges ?

Est -ce par la supériorité des armes?

Il n’est pas vrai que les Indiens manquassent d’armes défensives , ni que les Espagnols fussent tout couverts de fer. LaCS Espagnols ^ dit Elerrera, ( Dec. 2. Liv. 6^ Chap. 6,) adoptèrent les cuirasses ouatées ('*^) des Tlascaltèques qui étoient plus utiles et plus commodes : ils se servirent aussi des boucliers des Indiens qui valoieni mieux parce qu'ils ne se fendoient point

La supériorité des armes offensives me senu

ié') On les appel oit escaupiles, Yoyez la noie ii.® 2(j.

ble aiisâl avoir etc beaucoup exagérée. Lorsque Cortès eut a combattre , non des Indiens , mais des Espagnols comme lui, ( je parle de l’affaire de Narvaez ) alors i/ adopta de préférence les lances des Indiens de Chinantlay qui étaient de cinq pieds plus longues que celles des Espagnols y dit encore Herrerà (Dec. 2.1. g.c. 21.)

La supériorité proviendroit -elle des armes à feu? Cortès n’avoit que i3 fusils lorsqu’il débarqua à la Véracruzj il n’en avoit que 38 lors du siégé de Mexico. Il eut encore treize petites pièces de campagne. Voilà à quoi se réduit tout cqJL imposant étalage des armes à feu auxquelles on veut attribuer la conquête du Mexique

Mais le bruit de ces armes , a dit quelqu’un , répandoit la terreur parmi les Indiens , qui les rcgardoient comme une chose surnaturelle, comme la foudre du ciel cj[ue ces étrangers faisoient tomber à leur gré. Ceci put être vrai le premier jour * mais n’eurent-ils pas tout le temps de revenir de leur première erreur? D’ailleurs , ne sait-ori pas au contraire qu’ils se jettoient furieux sur les pièces de canon , et qu’ils en prirenf lnême quelques-unes ?

O la note n.» 5ü.

Ce n’est pas aux l^ouclies à feu que Bernat Dlaz ^ acteur lui-même dans la scène qu’il décrit , attribue une grande supériorité sur les armes indiennes 5 c’est aux épées , la seule arme dont la plus grande partie de l’infanterie fît usage. Il prétend que celles des Indiens , appelées macanas , étoient trop lourdes et difficiles à manier , en sorte que les Espagnols , exercés comme ils l’ étoient , leur doimoient plusieurs coups d’épée avant d’avoir reçu un coup de macana. Mais aussi , il vous dit qu’un coup de macana , armées , comme elles l’étoient , d’un large tranchant en pierre aiguisée , étoit presque toujours mortel

Parlera-t-on de la cavalerie? Cortès n’eut jamais plus de 86 chevaux , nombre qui fut bientôt considérablement réduit. Qu’on se rappelle d’ailleurs les chaussées étroites sur lesquelles o n avançoit , les rues encombrées dans lesquell es on combattoit , et on sera convaincu que cetteî arme ne pouvoit lui être que d’une médiocre utilité.

Maintenant , je le demande à tout homme de bonne foi , de si foibles moyens auroicnt-ils

( ) la note n.° 5i.

|)u biilaiicer l’immense siipëiiorite du nombre, (]iu ëtoîL au iiioiris de cinij mille contre un (*)?

Comment donc les Espaguols ont-ils pu opéierun tel prodige? C’est cpi’ils avoientpour eux l’opmion générale des Américains; c’est CjU ils agissoient pour le peuple et avec le peuple : c est qu’ils n’étoient que l’aine de cette immense confédération armée contre la tyrannie des Mexicains ; c’est que Cortès, à ces 900 Espagnols, eut le talent et le bonheur d’ajouter deux cent mille alliés, constamment sous les armes , et quatre ou cinq fois autant qui , laissés pour ainsi dire en réserve, étoient toujours prêts a marclier au premier ordre.

‘ Espagnols 5 au Mexique comme au Pérou «

agiient donc plutôt en libérateurs qu’en conquéraiTs^ et s’ils firent une véritable conquête ^ ce fut celle des cœurs. La soumission c|u’ils ont reçue de tous les peuples fut volontaire , fut relFet de la conviction , et non celui de la vio“ lence, fut le résultat de leur supériorité morale^ et non de leur supériorité physique.

L Espagne a donc sur l’Ainéricfuej outre les

Q Les Mexicains, comme nous l’avons vu plus haut, caîculoient sur 26,000 contre 1. J’ai cru pouvoir réduire ce nombre au cinquième.

droits de premier ocojpnnt, d’étaldissemcut, et de coii(|nete ^ le droit sacre d une cession volori"* taire 5 acquise au titre onéreux (IVolr arraclic le pays à la tyrannie la plus atroce : droit indubitablement le plus glorieux 5 comme le plus respectable.

Les indigènes , et encore moins les créoles ^ ne peuvent disputer aux Espagnols aucun de ces titres 5 qui d’ailleurs ont reçu la sanction du temps par une prescription de trois siècles.

L’Europe 5 le Brésil , les Etats-Unis , loin d’avoir aucun droit à troubler l’Espagne dans la possession de ses colonies, sont dans le devoir indispensable d’empêcber que cette possession ne soit troublée , et que l’intérêt particulier ,

1 interet du moment, ne l’emporte sur les intérêts permanens, sur l’intérêt général; de s’opposer a ce que le moindre seeours direct ou indirect ne soit prêté a une révolte scandaleuse , • et meme de soutenir de toutes leurs forces les droits de l’Espagne, si leur assistance étoit requise.

Poui meconnoitre ces devoirs, il ftudroit renoncer a tous les principes du droit puJjlic , qui

font la base de la stabilité et de l’indépendance des nations.

La question des droits ayant été résolue, il

nous reste a examiner les convenances. Mais qn est-ce que des convenances qui sont en opposition avec des droits , puisque les droits ne sont eux-mêmes que le résultat , ou pour mieux dire , l’expression des convenances mutuelles , des convenances du plus grand nombre ? Quelle est la nation , qui pour un intérêt passager voudra se servir d’une arme qui peut-être facilement tournée contre elle, et se priver d’un bouclier qTil seul peut garantir son existence? L’intérêt de tous est la conservation des droits de cliacun , et ce seroit calomnier la sagesse des gouvernemens, que de croire qu’ils peuvent se départir jamais d’un tel principe.

Je puis répondre maintenant à votre grande question : Que doit faire d’Espagne ?

Ce que l’Espagne doit faire , est de conserver la possession pleine et entière de ses colonies. Ce n’est pas seulement un droit, c’est encore un devoir de sa part. Les enfans d’Amérique lui tendent les bras , et réclament une seconde fois leur délivrance. (( C’est la totalité des indigènes, )) lui disent-ils , c’est la presque totalité des )) créoles eux-mêmes , qui vous adressent leurs » plaintes , et qui réclament votre protection .

)) Après nous avoir délivrés de la tyrannie des ». Atahuallpa, et des Huatlmozin, nous laisse-

)) ricz-vous geniir sous le joug non moins 1)0- )) saut 5 et beaucoup plus odieux , de c|uelcjues )) démagogues , sans considération , sans for- )) tune , sans rien qui puisse les attaclier au )) pays dont ils se disent les représentans ? )) Forts de notre foiblcssej ils disposent de nos )) fortunes en faveur des brigands qui les sui- )) vent’ ils soulèvent l’esclave contre le maître, )) le fils contre le père, et sapent tons les fon- )) demens de l’ordre social * de cet ordre qui )) faisoit notre prospérité, qui faisoit la vôtre, )) qui faisoit celle de toute l’Europe, partageant )) avec vous les productions de notre sol. Non )) contens de nous opprimer , ils nous calom- )) nient, et a la faveur de quelques mots iinpo* )) sans, a la faveur de ces congrès généraux ^ composés de cinq ou six persojines a la )> faveur de ces comités de gouvernement^ y> dont l’autorité souvent ne dépasse pas l’en- )) ceinte d’une ville, ils font passer pour le vœu y) général des Américains les délires de leur )) ambition personnelle. Les Américains les )) désavouent : les Américains sont amis de )) l’ordre , ils connoissent les vues secrètes de )) ceux qui les agitent, et par-dessus tout, ils )) sont fiers d’appartenir à une nation dont la )) gloire ne fut jamais disputée , et (jui vient d’en

y> relever Peclat^ en brisant la première un )> sceptre de fer qui opprimoit l’Europe, et mey> naçoit la liberté du monde entier ».

Consolez-vous 5 Américains fidèles, l’Espagne entend vos gémissemens, et tourne vers vous ses regards maternels^ la race de nos premiers iiDerateurs n est pas éteinte , il nous reste encore des Ferdinand et des Isabelle , qui fondent leur gloire sur notre bonheur, et bientôt vous n’aurez plus a redouter, ni la rapacité des anarchistes, ni les calomnies de leurs partisans. Les Artigas disparoitront , et les faiseurs de brochures seront condamnés au silence.

Monsieur l’Abbé, ma tâche est finie, et j’ai l’honneur de vous saluer.

Orient ^ le S décembre 181^.

P* S. Comme le reste de votre ouvrage lîe contient que des prédictions, et que je n’ai pas reçu du ciel le don de prophétie, je laisse à mes neveux le soin de vous répondre.

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