‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 13 sur 32 · Voir la lettre da 36 avril 1$G · texte numérisé non relu

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Cannes» 22 février 18G6.

Mon cher Panizzi,

Je viens de lire le compte rendu de la séance de la Chambre des communes, où s*est décidée la suspension de Vhabeas corpus. Je n*ai pas été très content du discours de M. de Gladstone, ni de la discussion en général. II est évident que personne n*a dit la vérité, et cependant tout le monde a Tair d'être bien convaincu du danger. Si j'avais été lord O'Donoghue (et par parenthèse, pourquoi dit-on « the 0' Donoghue » et non « monsieur » ?), j'aurais mis en opposition la gravité de la mesure demandée et les misérables petits faits cités par le ministre. Sir G. Grey dit qu'on a trouvé une liste de trois cents conspirateurs, qui possédaient quatre sabres et un revolver, etc. Mais c'est la beauté du régime parlementaire, que personne n'y dit la vérité. Tout est fiction, et pourtant on se comprend, en parlant cette langue mystérieuse, que les

LETTRES A M. PAXIZZI 175

initiés pnitiqueut, je ne sais trop pourquoi.

Ce qui se passe en Irlande devrait éclairer un peu les Anglais et les Français, qui admirent leurs institutions, sur les difficultés du gouvernement de France. Nous avons nos fenians cent fois plus dangereux et plus nombreux , quMls ne le sont en Irlande. Donnez à ces genslà les libertés qifils réclament et que M. Thiers dit être nécessaires à tous les peuples, vous aurez en trois mois une révolution. Le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple est, je crois, d'avoir des institutions plus avancées que son intelligence. Lorsqu'on demande pour la France les institutions des Anglais, il faudrait pouvoir leur donner d'abord le bon sens et Texpérience qui les rendent praticables.

Adieu, mon cher Panizzi. Soignez-vous toujours et continuez à vivre vertueusement, puisque c ela vous réussit. Je me trouve assez bien malgré un gros rhume, et je suis beaucoup mieux que Tannée dernière.

I7C LETTRES A M. PANtZZI

Cannes, 2 mars 18C6.

Mon cher Panizzi,

Je viens de lire, dans le Times qui nous est arrivé hier, que lord Russeli avait résigné et désigné à la reine lord Somerset pour faire un cabinet. Est-ce chose certaine? Je ne crois pas que lord Somerset ait la réputation qu'il faut^ je ne dis pas le talent, pour porter une si lourde charge. Nos journaux ne nous ont encore rien dit de cette nouvelle, que le Times donne comme positive.

Thiers me paraît avoir Mlnn fiasco l'autre jour au Corps législatif. J'admire la rare impudence d*un homme qui a été ministre de l'intérieur^ et qui a fait des élections, venant dire à la tribune que le gouvernement ne devait pas avoir de candidats. La mauvaise foi de ces messieurs est vraiment prodigieuse. Au reste^ il me semble qu'il sera bientôt temps de lui dire : Solve^ senescen^

tem^ et, s'il conlinue à prendre pour le monde le salon de la rue Saint-Georges^ il finira par quelque grosse catastrophe peu agréable pour son amourpropre.

Nous avons ici Du Sommerard depuis quelques jours; mais le temps, qui avait été jusqu'alors admirable, s*est mis à la pluie, ce qui est très pénible pour nous autres ciceroni. Nous sommes comme des maîtres de maison dont le rôti a brûlé et qui n'ont pas de pièce de résistance pour le remplacer.

Nous sommes invités à assister à des private iheatricals chez mistress Brougham^ la semaine prochaine. Je crois que nous nous en dispenserons. Milord ressemble au ghost de Guy Fawkes, avec son grand chapeau blanc et son incroyable cravate.

Du Sommerard me parle d'une sorte de tisane de Champagne non mousseuse, qu'il dit excellente. A mon retour, après avoir vérifié le fait, je vous rendrai compte candidement du mérite de ce liquide qui pourrait varier, en blanc ^ le vin des Riceys et vous aider à poursuivre ▼otre régime de tempérance.

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