‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 21 sur 32 · Pseudonyme qui cachait le nom do M. Libri · texte numérisé non relu

Pseudonyme qui cachait le nom do M. Libri

tions et de la situation actuelle de rAngleterre. Je Tai donné à lire à la comtesse Téléki, qui en a été très frappée et ne comprend pas qu'un étranger sache et comprenne tant de choses curieuses ; mais le plus remarquable, selon moi, c'est la façon dont tout Tarticle est fait, disposition, style, etc. Enfin je trouve qu'il y a là dedans quelque chose de supérieur. Je regrette qu'au lieu de s'occuper de mathématiques et surtout de bibliophilie, il ne se soit pas borné h faire du journalisme.

Vous aurez, quand vous viendrez à Paris, une fort jolie petite maison à vous, rue du Faubourg- Saint-Honoré, que M. Fould avait fait construire pour son fils encore garçon, avec une porte mystérieuse sur la rue, dont j'espère que vous n'abuserez pas.

Adieu, mon cher Panizzi; nous avons depuis quelques jours un temps d'hiver qui me désespère. Je voudrais bien que, pour votre arrivée ici, vous fussiez un peu mieux traité. Je n'ai pas entendu parler de M. Gladstone, qu'on attendait à Paris ces jours-ci.

Paris, 24 mai ISGT.

Mon cher Panizzi,

Il me semble, au sujet de votre logement à Paris, qu'il ne serait pas très convenable de ne pas accepter celui que vous offre M. Fould. Où avez-vous pris que ce fût une maison entière ? C'est un petit appartement de garçon que M. Fould avait fait faire, comme je vous Tai déjà dit, avant que son flls fût marié, et qui est juste ce qu'il faut pour un personnage de votre poids. Il y a une entrée particulière sur la rue, pour introduire en secret les concubines, M. Fould compte sur vous, et vous auriez tort, je crois, de vous excuseï*.

Le prince impérial va bien. Il est établi à Saint-Cloud, ce qui vaut bien mieux pour lui que la vie de Paris et des Tuileries.

Que dites-vous du voyage du sultan à Paris ?

Cela a l'air d'un opéra-comique. Je pense que

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tous ces grands personnages viennent voir mademoiselle Thérésa et mademoiselle Menken.

Ces dames font de très brillantes affaires et ont augmenté leurs prix, comme les bouchers ; elles vendent comme eux de la viande fraîche, ou soi-disant telle.

Adieu, mon cher Panizzi. Nous avons un temps exécrable. Il fait plus froid que le pire jour de janvier à Cannes. On nous dit à l'Institut, que c'est une année exceptionnelle, comme il y en a deux par siècle, revenant à un intervalle régulier, et que c'est 1816 qui revient en 1867. Je regrette bien d'avoir subi deux fois pareille misère. Je vois, comme consolation^ qu'il a neigé deux jours de suite à Londres.

Paru, 20 juin 1867.

Mon cher Panizzi,

J'ai déjeuné samedi avec deux personnes très fatiguées de leurs conées passées et se préparant aux corvées à venir, monsietir souffrant

de rhumatismes, madame d'un gros rhume, assez bien Tun et l'autre cependant. Ils m'ont demandé de vos nouvelles. Le fils va parfaitement et court comme une personne naturelle.

Je vous engage à lire, dans le Moniteur d'aujourd'hui, le discours de Sainte-Beuve au Sénat. Il vous amusera. Il est impossible d'avoir plus d'esprit; mais il a sacrifié le fond à la forme et a dit tout ce qu'il fallait pour rendre impossible le vote qu'il demandait. Où s'arrêteront les cléricaux ?

Adieu, mon cher Panizzi. Savez-vous quelque chose du grand concile qu'ils font à Rome ?

Voici un récit qui vous plaira peut-être. M. le

préfet de la Seine a invité le roi des Belges à

dîner avec le conseil municipal. Il a pris sans

açon le bras de la reine, et, se tournant vers le

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roi : « Roi des Belges, donnez le bras à madame Haussmann. »

Je suis mieux de santé, mais non pas assez bien cependant pour entreprendre le voyage de Londres, et, quoique nous soyons très amis, je ne voudrais pas vous donner rembarras de ma carcasse, si je venais à la laisser dans Bloomsbury square; d*ailleurs, on m'a violemment pressé d'aller à Biarritz. Je m'en suis dérendu et m*en défendrai tant que je pourrai ; mais vous comprendrez qu'il serait assez mal à moi de refuser, et d'aller autre part. Si dans cette affaire je n'avais qu'à suivre mon goût à moi, je partirais dès demain sans voir même le sultan ; mais il faut faire son métier de courtisan.

Madame de Montijo est à Paris depuis trois ou quatre jours. Elle est logée avenue Montaigne ; la duchesse de Mouchy et je ne sais qui encore occupant les maisons de sa fille. Elle va très bien et il me semble qu'il y a un peu d'amélioration à ses yeux.

Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et tenez-vous en joie jusqu'à l'automne.

Paris, 5 juillet 1867.

Mon cher Panizzi,

Maxiinilien a eu le sort de bien des aventuriers. Il est une des victimes de notre saint-père le pape, qui déjà a fait tant de mal à sa famille. Le diable, c'est que, quoi qu'on dise et qu'on fasse, une partie de la responsabilité retombe sur nous. Hier, on disait (mais heureusement sans qu'on pût dire de quelle source) que les Mexicains avaient assassiné notre ministre à Mexico, ce qui nous ajouterait des embarras nouveaux. Ce serait un cas comme celui du consul pris par le roi Théodoros d'Abyssinie. Il n'y a que les Yankees et le Lynch Law qui puissent venir à bout des Mexicains. C'est une race tellement pourrie, qu'il n*y a plus d'espoir de la régénérer. Il faut l'exterminer pour faire quelque chose du pays. Je crains bien qu'on en soit venu en Espagne à une situation presque aussi

mauvaise. Toul ce que j'apprends tend à prouver que la gangrène est parlout.

Adieu^ mon cher Panizzi. Le sultan a eu une peur bleue dans le chemin de fer. 11 disait d'arrêter, il voulait descendre, il a crié et pleuré en faisant ses trente Heues à l'heure. Il est fort poli ici, et dit des choses aimables à tout le monde, ou bien Fuad Pacha les lui fait dire.

CXXY

Paris, Il jaiUet 1867.

Mon cher Panizzi,

Je ne sais si vous avez eu connaissance de cette misérable querelle de Sainte-Beuve avec M. Lacaze au Sénat. Cela s'envenime tous les jours. On vient de mettre à la porte les élèves de l'École normale qui étaient allés complimenter en corps Sainte-Beuve. Grâce aux trompeites des journaux l'École de droit et TÉcole de médecine vont faire une démonstration du même genre. Pour augmenter les embarras du ministre de l'instruction

publique, son fils est allé hier souffleter un journaliste, ce qui est une sacro-sainte personne aujourd'hui. Tout est, dans ce temps-ci, à la débandade, faute de commandement.

On a présenté au Corps législatif une loi sur le droit de réunion qui ne peut être discutée cette année faute de temps matériel. Voilà que les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, pour montrer combien cette loi est utile et bonne, demandent à se réunir pour célébrer le 14 juillet, c'est-à-dire l'anniversaire de la prise de la Bastille. Vous qui connaissez le bon sens et la tranquillité de nos ouvriers, pensez -vous que pareille réunion se passerait aussi paisiblement que celle de Hyde-Park le mois dernier? Ce sont de bien mauvais symptômes et le ton des journaux de l'opposition vous montrera quels sont leurs projets ou leurs espérances.

Je crois que le voyage de l'empereur d^Autriche à Paris n'aura pas lieu, et je ne crois pas qu'il faille trop s'en afOiger. Moins nous nous mêlerons des affaires d'Allemagne, mieux ce sera pour nous.

Adieu, mon cher Panizzi. L'impératrice va

lf« LETTKES A M. FASIZZI

passer quatre jours en très grand particulier avec la reine. Je pense qu'elle s'arrêtera bien un jour à Londres. Elle est incognito, mais vous ne ferez pas mal de tous inscrire, si elle vient dans vos parages. Ceci entre nous.

Paris, 19 JuiUet 1867.

Mon cher Panizzi,

Je ne sais qu'une chose, c'est que Timpératriée va passer quelques jours en tète-à-tête avec la reine. Il est évident qu'elle aura au moins une de ses dames avec elle. Lorsque je saurai qui, je vous le manderai aussitôL II me parait improbable qu'elle aille en Angleterre sans s'arrêter au moins un jour à Londres pour se reposer un peu de ses fatigues de maîtresse de maison.

Lorsque vous verrez H. Lowe, faites-lui mes compliments de son dernier discours, qui ressemble un peu aux prédictions de Jérépaie, mais qui me semble un modèle du véritable style par-

lementaire. Ce slyie disparaîtra comme beaucoup d'autres bonnes choses sous l'irruption des mauvaises manières américaines qu'il a prédites, et ce sera grand dommage.

On dit que la session finira la semaine prochaine, pour recommencer au mois de novembre et discuter la loi de la presse, des réunions, etc. Je crois que je me priverai d'y assister si je vis assez pour aller à Cannes.

Adieu, mon cher Panizzi. On dit que notre ministre à Mexico, M. Dano, a é(é fusillé par Juarez. C'est le pire qui pouvait nous arriver.Je ne sais si c'est le cas d'appliquer l'axiome espagnol, siempre lo peor es ci erto.

Paris, 36 juiUet 1867.

Mon cher Panizzi,

Il paraît que le tête-à-tête d'Osborne a été des plus intimes. On m'a dit que Sa Majesté n'allait pas à Londres, donc vous n'avez eu rien à faire.

Malgré toutes ces visites pacifiques de rois et

(le ministres, il y a toujours une inquiétude vague, mais dont relTet est très réel. On dit qu^il y a ici des capitaux énormes, et personne ne veut faire de placement même à quelques mois. Personne ne peut dire de quoi il a peur, mais tout le monde a peur. Nous sommes, en eOet, dans la plus étrange de toutes les situations, ayant les inconvénients du système parlementaire sans en avoir la soli Jité ; les inconvénients de Tabsoluttsme et même ceux de la liberté.

Au milieu de tout cela^ Tempereur continue à être très populaire, et par exemple, toutes les fois qu'il vient à TExposilion, il a une espèce d'ovation de la part des ouvriers qui nomment Pelletan et Jules Favre. J*ai peur que cela ne lui monte la tête et ne Tempêche de voir le danger très réel de la situation. On attend rimpératrice demain soir.

La princesse de *** est ici scandalisant tout le monde par ses façons de faire. Elle donne des rendez-vous et n'y vient pas; elle rit, elle pleure, elle gronde, elle a des accè^ de colère et de larmes. Je la trouve extrêmement jolie et d'une blancheur de peau qui promet beaucoup.

Adieu, mon cherPanizzi. Lisez, dans la Revue

des Deux Mondes^ le deuxième article signé « Collin », sur les associations ouvrières. Il y a aussi, dans la même revue du 15 de ce mois, une réponse de M. d'Haussonvilie au prince Napoléon, très pénible, ce me semble, pour Son Altesse.

Paris, 7 août 1867.

Mon cher Panizzi,

Le prince impérial est revenu de Lucbon en très bonne santé, sans la moindre trace de sa maladie. Madame de Montijo a été un peu souffrante ces jours passés. Elle va mieux à présent.

Avez-vous lu la lettre de mon confrère Tévêque d'Orléans sur les afTaires de Rome et d'Italie ?

Il annonce toute sorte de catastrophes. M. de Sartiges, notre ambassadeur à Rome, qui vient d'arriver ici (je ne sais trop pourquoi), dit que le pape ne s'est jamais si bien porté. Je pense qu'il dépassera les mmos Pétri, Est-il vrai que Nigra ne reviendra pas à Paris ? J'en serais

3«2 LETTRES A X. PANIZZl

fAclié pour ma part, et je crois qu'on aurait tort de le changer.

Je suis de votre avis au sujet de r«nrticle de la Bévue signé Collin. Il est inférieur au premier, mais cependant toujours très remarquable. Si ce qu'il dit est vrai, cela ne promet pas poires molles pour l'avenir. Ce qui m'étonne, c'est que le gouvernement britannique, si prudent d'ordinaire, prenne, pour faire une concession aux radicaux, le moment où ils sont le plus menaçants. On ne cède jamais aux menaces que l'on ne se repente bientôt de n'avoir pas risqué la bataille. Le pis, c'est que cela ne dispense pas de la livrer, et, quand on s'y résout à la fin, on la perd. Ce diable de syst<>me américain nous envahit tous les jours. Je iTois, mon cher Panizzi, que nous sommes nés trop tard. Le bon temps est passé et nous aurons des couleuvres à avaler.

Je n'aime pas ce voyage de Sallzbourg, qui est malheureusement décidé. Je cherche en vain le bon côté et je ne vois que les inconvénients qui me semblent des plus gros. On commence à dire qu'au retour ils ramèneront à Paris François-

Joseph et rinnpératrice. On les dit très médiocres l*un et Tautre, détestant au fond du cœur M. de Beust et prêts à le planter là à la première occasion.

Les Grote ont passé par ici, à ce que j'ai appris, mais je suis tout à fait ruiné dans leur esprit, depuis que j'ai écrit que Cousin avait dit sur Socrate ce que les professeurs allemands ont inventé longtemps après. Madame ne m'a pas pardonné non plus d'avoir estimé douze francs un Titien qu'elle a payé douze mille francs.

Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous le mieux que vous pourrez.

Paris^ 21 août 1867-

Mon cher Panizzi,

Je suis pour ma part tantôt bien, tantôt mal, mais n'ayant jamais de sécurité. On m'a conseillé des capsules d'essence de térébenthine. Elles me réussissent assez bien. Pourvu que cela dure ! C'est ce que disait Arlequin, a la hauteur

3f ; LETTRES A IL FANlZZi

d'uD troisième étage, en tombant d'un cinquième.

Si j'en crois les cancans et les journaux, l'entrer ue de Saitzbourg tournerait à la pastorale. Les malins ont peur de la dernière lettre adressée au ministre de Tin teneur an sujet des chemins vicinaux. Ils disent qu'on veut donner le change et faire croire à la paix. On voit tout dans tout, avec un peu de bonne volonté.

Il y avait, dans la Bévue des Deux Mondes du !*' août, un assez bon article sur Télat de l'Allemagne qu*on attribue au comte de Paris. L'avez-vous lu ? Il conclut plutôt à la paix. S'il est réellement de lui, il est plus fort qu'aucun de ses oncles ; mais cela ne m'empêche pas de trouver qu'un prince a mieux à faire qu'à publier des articles pour le plus grand divertissement des oisifs. Je crois que si, au i" siècle, rimprimerie eût été découverte, le diable aurait eu phis beau jeu à tenter Noire-Seigneur.

J'ai diné hier chez la comtesse de Montijo, que j'ai trouvée assez bien portante. Elle m'a demandé de vos nouvelles. Elle n'en avait pas de sa fille, autrement que par les journaux. Il m'a semblé

LETTRES A M. PAMZZt 305

qu'elle était assez inquiète des mouvements qui ont lieu en Catalogne. Ce n'est pas encore grand'chose, mais dans une maison d'amadou une étincelle pciit foire de grands ravages.

Adieu, mon cher Panizzi. Que dites-vous de lincendie du Saint-Pierre Martyr à Venise?

H me semble que, dans toute TEurope, on devrait retirer des églises les tableaux de maîtres. Il n'y a pas de pires conservateurs que les prêtres, et cepemiant ils veulent tout avoir.

Paris, 2 septembre I8G7.

Mon eher Panizzi,

La chaleur tout à fait tropicale que nous avons depuis trois semaines m'a fait du bien. Je suis donc, pour le présent, dans un état assez tolérable. J'ai cependant, surtout le soir, de petits accès de suffocation, mais pas trop douloureux. En somme, je suis bien mieux (|ue lorsque vous m'avez quitté. Ma prudence y est pour beaucoup.

On m'a offert de me mènera Biarriiz; mais cette même prudence m'a fait refuser, ce qui^ je crois, n'a pas augmenté mon crédit. Je suis comme les chats malades, je me fourre dans un coin et n'en soi*s pas ; d'ailleurs, je ne me sens pas d*humeur assez joviale pour les mocedades ! de Biarritz. J*altendrai donc ici les approches de rhiver et je m'enfuirai aussitôt à Cannes, où j'espère hien vous voir.

Yiollet-Leduc, qui a accompagné Leurs Majestés dans leur voyage à Lille, Dunkerqtie, Amiens, etc., dit qu il n'a jamais vu enthousiasme ou plutôt frénésie pareille. Les points noirs^ qui ont fait mauvais elîet à Paris, ont été pris pour une marque de franchise. Je les traduis également de cette manière. Mon impression est à la paix. Il est vrai que l'Europe est toute pleine de poudre et qu'il surCrait d'une étincelle pour tout mettre en feu ; mais c'est justement ce qui me rassure. Chacun peut voir très clairement ce qu'il a à perdre, et très confusément ce qu'il pourrait gagner. Je crois que le joueur le plus hardi, soit M. de Bismark, hésiterait.

Lisez dans la Revue des Deux Mondes un article assez intéressant (1" septenibre), d'un Polonais nommé Kladzko, sur le congrès de Moscou. A part les exagérations d'émigré, qifil fiiul écarter, il y a là un aperçu curieux de la situation de IKurope orientale. Je me rappelle mon standing joke ovec lord Palmerston,qui n'admettait pas la question d'Orient. Elle s'est rapprochée et n'est plus maintenant à Constantinople.

Vous avez peut-être entendu parler d'une correspondance de Pascal, découverte par M. Cliasles <le l'Académie des sciences, d'où résulterait qu'il «aurait découvert avant Xewton les lois de Tattraction. Cela fait grand bruit. Pour moi, jr ni^ <Ioute pas un instant que ce ne soit l'œuvre d'un faussaire. 11 suffit de lire trois lignes pour s'apercevoir que ce ne peut être le style de Pascal. On y trouve des mots conmie mt/sii/ication, qui ne datent que du xix*" siècle. D'ailleurs, la chose ne manque pas d'une certaine habileté et prouve des connaissances scientifiques peu communes. M. Chastes, le propriétaire des autographes, est, à ce qu'il paraît, à l'abri de toutsoupçon. Deaucoup de gens prétendent que celr vient de

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Libri. Je ireii crois rien, mais comme M. Chasles ne veut pas dire de qui il tient ces papiers, cela laisse libre cours h toutes les médisances.

Paris est absolument \ide de Parisiens ; mais les étrangers et les vilains étrangers y abondent. C'est très ennuyeux; mais je passe mon temps assez doucement néanmoins, vivant en complètt^ solitude.

Adieu, mon cher Panizzi. Va-t-on rcatli/ truly fiiiro la guerre au roi d'Abyssinie ? Cela me semble si peu anglais^ que j'en doute encore^ pourtant un officier de mes amis me dit qu'il espère être attaché comme volontaire à Télatinnjor anglais.

Paris, 1.3 seplembro I8G7.

Mon cher Panizzi,

Je n'assisterai pas a la discussion des lois sur lu presse et sur Torganisalion de Tarmée. Lorsqu'on lit les journaux, on se demande ce que signifie une loi sur la presse. Jamais sous Louis-

Philippe on n'a eu plus de liberlé, et il rnnt l'ajouter, jamais on n'en a plus abusé. Quant à la loi sur Tarmée, je crains qu'elle ne passe qu'avec des modifications qui la rendront mauvaise. J'ai lieu de croire que Tinventeurde toutes ces belles choses s'en mord les doigis à présiml ; mais il n'est pas de ceux qui fassent leur profit du proverbe : Look beforc y ou leap.

Que dites-vous de (îaribaldi et du baptême qu'il |U'opose?ll est impossible d'être plus fou ni plus l)èle. J'espère que ce dernier fiasco l'obligera à se tenir tranquille. On prétend qu'il veut aller à Londres faire de la propagande aniipapiste. Je iloute qu'il soit reçu comme la première fois.

Tout paraît terminé en Espagne. La morab» de la chose, c'est que, tantque l'armée sera fidèle, Prim ne pourra rien faire ; mais Narvaez est bien vieux et l'innocente Isabelle bien folle.

Adieu, mon cher Panizzi. Que dit-on en Angleterre des aQaires d'Orient ? Cela prend rapidement les proportions d'une question européenne. Les journaux russes sont des plus beHiqueux. Ils demandent la fiallieie et la Bulgarie pour commencer.

Sl« LETTRES A U. PANIZZI

Paris, 37 septembre ISCT.

Mon cherPaiiiz/i,

J'espère que vous clés rentré à Londres en bonne santé après vos courses dans le Nord. Si vous n'avez pas clé plus favorisé que nous par lo temps, je vous plains. Voici Tliiver qui s'avance à grands pas. On voit loule sorte d'oiscaiLX qui s'envolent vers le sud et les astrologues nous prédisent un hiver rigoureux.

J'ai Tait une expédition à la campagne chez mon cousin, qui a un cottage à une douzaine de lieues de Paris. Je nV suis resté que deux jours, et cclîi ne m'a pas trop bien réussi. J'ai trouvé que, après tout, l'air de Paris est encore plus respirable que celui de la Brie. Pourtant, je ne suis pas trop mal, considérant le temps et les circonstances aggravantes. Mais j'ai une nouvelle et sérieuse préoccupation : mes yeux m'inquiètent. J'ai envie et pour de considter Lieheich, et, d'un autre côté, si jn perds In vue, que diable deviondrai-je?

Je SUIS fort content de la décision de M. Ratazzi, et je crois qu'il a fait tout ce qui lui était possible de faire, en temps de révolution, avec cet enfant terrible trop bête pour sentir combien il est criminel. Après le congrès de Genève, il n'y avait plus qu'une sottise à faire, il ne Ta pas manquée.

J'ai eu des nouvelles de Biarritz. Tout le monde se porte très bien, et le prince impérial, qu'on avait fait malade, est à merveille. Il parait qu'on vit fort retiré. Le temps est assez mauvais, ce qui me fait croire qu'on reviendra bientôt.

RI. Fould, qui avait écrit de Tarbesà l'empereur, en a reçu une lettre dont il est très content, c'està-dire qu'elle est des plus pacifiques et tout à fait à l'unisson des discours d'Amiens.

Tout le monde cependant ici croit à la guerre ; mais, en vérité, je ne comprends pas pourquoi. Il me semble que, après l'évacuation de Luxembourg, nous n'avons pas de sujet de querelle avec la Prusse. Lui faire la guerre pour avoir gagné la bataille do Sadowa serait par trop absurde, et la conséquence inévitable serait de mettre toute l'Allemagne contre nous. D'un autre côté, je ne

.112 LKTTRES A M. PANIZZI

puis croire que M. de Bismark, qui est un homme de sens, et qui a fort à faire, essaye pour ]a seconde fois do jouer un va-loul en nous provoquant.

Après avoir prèclié le respect des nationalités, nous ne pouvons honnêtement nous opposer h ce que I* Allemagne s'unifie, comme litahe. Il y a grande apparence que cette unification suscitera Ijeaiicoup d'embarras à la Prusse, qui, après avoir excité les passions révolutionnaires, cherche maintenant a les comprimer, et qui bientôt soulèvera des tempêtes. Ce n'est qu'aloi*s que les chances seraient en notre faveur. Jusque-là^ je crois la guerre impossible, je dis entre la Prusse et nous, car, du côté de rOricnl, il peut arriver telle chose qui amène une grande eonfla-

gralion.

Adieu, mon cher Panizzi ; mille compliments et amitiés.

Paris, 9 octobre 1807.

Mon cherPanizzi,

Rien ne faisait présager la mort de M. Fould, qui semblait avoir une santé excellente, et qui, depuis sa retraite, avait repris des forces et menait la vie la plus saine et la plus active. Je ne sais rien encore sur la cause de sa mort. Son médecin, M. Arnal, était venu passer quelques jours à Tarbes, non pas pour lui donner des soins, mais pour respirer lui-même Tair des montagnes. Il Tavait quitté en bonne santé le malin même. Berger, qui était revenu de Tarbes la semaine passée, me disait, samedi dernier, qu*jl n'avait jamais vu M. Fould plus gai ni mieux portant.

Je pense que Tempereur l'aura vivement ref^retté, d'autant plus qu'il a quelques petits reproches à se faire. Lorsqu'on pense à ce qu'est <levenu le conseil privé, qui, en cas de régence, serait le gouvernement, on est effrayé. M. Fould

314 LETTRES A M. PAKIZZI

étail le dernier sur lequel on pût compter comme intelligence et dévouemenl.

Cette mort a produit ici une grande sensation et ajoute encore à la tristesse générale. Les funérailles auront lieu ici le 15, à ce que je crois ; probablement alors la cour sera de retour à Paris. On dit qu^l Tait mauvais temps i\ Riarritz et qu'on y vit de la manière la plus retirée.

Malgré le premier fiasco de Garibaldi, il ne me semble pas que les alTaires du pape soient on bon état. M. Kutazzi aura t-il la force de s'opposer à rinvasion ? Sera-t-il soutenu? Tout cela est fort douteux. On dit^ et je tiens le fait d'une assez bonne autorité, qu'on cherche en ce moment à persuader au pape qu'il vaudrait mieux, pour lui comme pour l'Italie, permettre que les troupes italiennes occupassent les pro\inces> qui lui restent et qu'il se bornât à conserver Home. Il faut convenir qu'il est difficile et surtout très dispendieux d'entretenir un cordon très étendu dans un pays de montagnes, où il est impossible de garder tous les sentiers, tandis que garder Rome même serait chose assez.

aisoe. Je ne serais pas surpris qu'ici on donnai les mains à cet arrangement; mais, du côté du pape, on ne peut attendre que de Popiniàtreté. Il a du courage, du penchant même pour le martyre; mais de sens commun, pas Tombre. C'est une tôle aussi creuse que celle de Garibaldi.

Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que vous pensez à Cannes pour cet hiver. Tous les astrologues prédisent qu'il sera rigoureux.

Paris, 15 ociobre 18G7.

Mon cher Panizzi,

Je suis allé hier à renlerrement de notre pauvre ami, qui était un des plus vraiment lugubres que j'aie vus, malgré la pompe que les ministres ont voulu déployer 5 son occasion.

Quant aux causes de la mort de M. Fould, o\\ n'en sait rien, et les médecins ne me paraissent pas mieux instruits. Il s'est plaint dun peu de malaise avant le dîner, et s'est couché vers cinq

dIG LKTTRES A U. PANIZZI

heures. Il a pris un bouillon et fumé un cigare cl s'est arrangé pour dormir en disant à son valet de chambre de n'entrer que lorsqu'il sonnerait. A sopt heures est venu un télégramme. Son domestique est entré doucement dans sa chambre, a cm qu'il dormait et a déposé la dépèche sur sa tabh de nuit, sans faire de bi*uit. Une heure cl demie après, on est rentré. II était exactement dans la même position, mort et déjà froid. C'est la mort de notre ami Ellice, aussi douce, mais venant bien plus lot. Il avait pris toutes ses dispositions pour sa mort assez longtemps auparavant.

On est inquiet des aflaires de llome. M. Hatazzi dit qu1l ne peut avoir un cordon de soixante-quinze lieues qui ne puisse être Ira- MMsé quelque part, et demande à faire occuper les provinces encore papales, de façon a n'avoir que la banlieue à garder. Ici, c'est un (léchaîneuïcnl furieux contre le gouvernement ilalien, qu'on accuse de manque de foi. Je le crois plus coupable de faiblesse que de manque de foi; mais la conduite qu'on tient avec Garibaldi est honteuse. Si cet imbéeihî a le pouvoir de se moqu(M* des lois et des traités, il serait

LETTRKS A M. PANIZZI 317

plus simple (le le faire (lietaleiir. On croit que, s'il n'y a pas dlnsiirrcclion à Rome, les cliosos peuvent encore s'arrangor.

Vous ai-je dit le mot du prince h Saint Jean de Luz ? Leur canol, par une nuit 1res obscure (un prêtre était à bord), a donné contre un rocher. La nuit était si noire, cpic personne n'a vu le pilole, qui était h Tavant, tomber et se fracasser la tête et se noyer. Les matelots se sont jetés à la mer, ayant de Tenu jusqu'aux aisselles et par-dessus la tête, quand la \ague déferlait. Ils ont porté ainsi le prince sur le rocher, trempé jusqu'aux os. L'impératrice lui criait : « N'aie pas peur, Louis. » 11 a répondu : « Je nrapp(»lle Napoléon. » Cela m'a été conté par deux témoins, Brissac et M. de la Yalletle.

Adieu, mon cher Panizzi. Graissez vos bottes pour Cannes. L'hiver s'aimonce mal.

CXXXY

Paris, 25 octobre 18G7.

Mon cher Pauizzi, Je suis allé lundi dernier à SaintCloud pour

3IS LETTBES A M. rAXlZZI

Tuire ma cour. J ai trouvé Tempereur engraissé vi très bien portant. Le prince impérial est très hàlê ; mais il court à présent comme s*il n*avail jamais été malade. L'empereur et Timpératricc m'ont parlé de )L Fould avec beaucoup de sensibilité et comme s'ils sentaient bien la perte quMIs ont Taite. Mais on s'aperçoit toujours trop tard de futilité de certaines personnes.

L'emperrur d'Autriche a été fort bien i*eçu ; on dit qu'il conmience à apprécier M. de Bcust. Sa lettre à la nmnicipalité de Vienne et -sa répons<^ aii\ é\cques sont bonnes.

Les afliiires d'Italie causent ici beaucoup d>j:litemeNt. On les croit finies ; j'en doute. C'est un cas dont on dn*ail m •'orse : Si vtiol la scaglia, La scafïliii, vous l'ignorez peul-èire, est l'antique pierre l\ fusil des temps héroïques. Il est déplorable que deux \ieuK imbéciles, aussi têtus Fun que l'anlre, menacent la paix du monde. Je n'y \ois qu'un remède, c'est de les enfermer ensemhit» dans une île déserte et de les y laisser jusqu'à <•(» ([ue l'un ait eonverli l'anlre. On accuse Rata//i de trahison. Je crois qu'il n'a été que faible 4't impuissant. Mais comment se fait-il que dans

LETTRES A M. PANIZZl 319

un poys OÙ l'on n'a pas riiabilude de se payer lie mois comme en France, les phrases de Garibaldi et de Mazzini produisent tant d'effet. ITore/v, wordsy tvords! comme dit Hamlet.

Adieu, mon cher Panizzi; je suis assez souffrant depuis quelques jours, bien que le temps soit assez beau et pas froid.

Cannes, 38 novembre 1807.

Je suis fâché de vous savoir souffrant de rhumalismes et mélancolique par-dessus le marché. La politique, sans doute, n'est pas de nature à rendre fort gai ; mais il faut laisser reges delirare et se consoler on les sifflant.

Il y a ici un grand nombre d'Anglais et un plus grand encore d'Anglaises. On nous dit que lady Pahnerston ne viendra pas et que sa petite fille est hors d'état de faire le voyage. Nous vivons ici lady Houghton ; mais je ne Tai pas encore vue. Son mari, à ce que je vois, tient de

l±t LETTBE> A M. FAXIZZl

aiar> |Hn!>p>$ sur l'expêdilion d'Aliyssiiiie. (fo^l e>l le Napîer qui la commaotle ? et qirestil au Wîilhni Napîer que j'ai connu, lauleur de la OufTT^ de h PAtûtsHie? Je désire fort qu'il rràfsîsse: iiiai> je ne voudrais pas être dans la peau du OHisiil anglais et des colleclionncurs de plantes et d'insectes que le roi Théodore lient en prison.

Nos journaux trouvent qu'on a trop pendu à Manchester. 11 parait qu'on a mal pendu ; mais, si on a^ait cédé et fait grâce après les processions et le tapage Tait au Home-Office, il n'y a\a!t plus qu'à mettre la clef sous la porte. Je suis pi^rté à croire que la leçon profitera, et elle était bien nécessaire.

Je suppose qu'on a dit aujourd'hui bien des bélises au Sénat sur les affaires d'Italie et que mes collègues n'auront oublié rien de ce qu'il faut pour être canonisé. C'est une raison de plus pour me réjouir de n'èlre pas à Paris. Je no sais pas si les interpellations seront admises au Corps législatif; mais, à la contradiction près, croyez qu'on y tiendra le mémo langage, et que la majorité sera beaucoup plus papaline que le

gouvernement. C'est, au fond, l'opinion de la grande majorité, et les opposants sont pour la plupart pires que les papalins. Grâce à la polémique des journaux, il n'y a que deux partis : cléricaux ou fénians. Lorsqu'on veut naviguer entre Charybde et Scylla, on a tout le monde contre soi.

Adieu, mon cher Panizzi; tâchez de vous guérir et tenez pour certain que vous y réussirez plutôt ici que dans Bloomsbury square.

Cannes, 16 d^'ccmbrc 1867.

Mon cher Pani/zi,

Je vous trouve courageux d'accepter * en ce moment ce qu'on vous offre. Je crois que je vous conseillais d'accepter la [)remièrc fois. Aujour-

1. On se rappelle qno, quelques années auparavant, les fonclions de sénateur avaient été ofTertes à M. Panizzi par le gouvernement italien, et qu*il avait alors cru devoir décliner cet honneur. Mais l'offre ayant été réitérée, il revint sur sa déterniination et fut nommé au Sénat le 12 mars 1868.

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