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tf« LETTRES A M. FASflZZl
d'huî, il y a toutes les raisons qui vous ont déterminé i refuser, raisons dont, à mon avis, vous \ous eiagériez l'importance. Il y a de plus la très grande probabilité que vous ne pourrez pas être utile au point où les choses sont arrivées. Mais la seu!e objection valable, ce me semble, c'est que %'os habitudes anglaises et votre respect des lois vous feront faire énormément de mauvais sang, au milieu de gens en révolution. Si vous étiez plus jeune Je vous dirais : Luttez! À présent que vous avez fait vos preuves eu matière de lutte, cl que vous avez gagné otium cum dif/nitate^ je vous vois avec peine descendre dans Tarène. Je ne sais ce que Favenir nous réseiTc. Pour ma pari, je le vois fort sombre. Le combat s'engage .entre deux engeances que je déteste également, les révolutionnaires et les cléricaux. Ce sont les folies des premiers qui ont donné tant de puissance aux seconds^ puissance probablement éphémère, mais à laquelle succédera Tanarcliie la plus terrible. Ce qu'il y a de plus triste, cVst que je ne vois nulle part de têtes politiques pour diriger les honnêtes gens. Nos Chambres sont arrivées à un état de surexcitation incroyable, et entraînent
le gouvernement. Nigra avait bien raison de dire que Fempereur était le seul ami qu'eût TUalie en France. Garibaldi et la majorité se mettent à la traverse de ses desseins.
Nous avons ici grande foule d*Anglais. J'ai rencontré hier lord et lady Elclio, avec une très jolie fille à eux. Je Tai trouvé très alarmé de ce qui se passe en Angleterre et des progrès que la démocratie y fait. Le fénianisme n'est pas une plaisanterie. Je vois dans mon journal que ces messicMus ont fait sauter des murs et tué ou blessé quanlité de gens pour délivrer un des leurs de la prison i\e Clerkenwell. Le ton des journaux irlandais, les processions funèbres et les excitations à Tassassinat sont des choses nouvelles en Angleterre. Espérons que cela ne s'acclimatera pas.
Lorsque vous verrez lady Palmerslon, veuillez trouver moyen de me rappeler à son souvenir et <le lui faire mes complimenls de condoléance.
Nous avons eu de la neige ici, pendant tout un jour ! Mais le reste du monde était alors gelé. Ici, cette neige n'a fait du mal qu'aux insectes et à moi. Je suis toujours fort souiîreteux.
Adieu, mon cher Panizzî; portez-vous bien. A
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biontôl, j*espère; car vous ne pouvez pas ne pa» vous arrêter ici en allant à Florence ^.
CXXXYIII
Cannes, 8 mm 18C8.
Mon cher Panizzi,
On me parle (Kun remède étrange, qui a guéri un de mes amis. Il s*agit de bains d air comprimé qu'on donne à Montpellier. Mon ami m'assure qu'après une douzaine d'heures passées sous une cloche, où Ton comprime Tair, il s'était trouvé le poumon complètement libre d'un emphysème qui allait Tobliger à quitter son métier d'avocat, et qui lui faisait soulTrir toutes les misères imaginables. Je pense faire rexpérience ce printemps. Si vous voulez m'y tenir compagnie, vous aurez une très belle bibhothèque, celle de la duchesse d'Albany, de beaux tableaux et une admirable cuisine, outre un assez beau pays.
I. M. Pai)izzi fut & co moment gravement malade à Londres, €t la correspondance resta interrompue Jusqu*en mars I8G8.
J'ai la douleur de vous devoir quatorze shillings. Si vous ne venez pas en France celle année, indiquez-moi comment vous rembourser ; autrement, si la cloche à air comprimé ne fait pas son office, je crains fort de mourir votre débiteur. J'ai envie, pour m'acqiiitter, de vous léguer les ouvrages de dévotion que je possède.
Adieu, mou cher Panizzi. Edouard Foiild est venu passer quelques jours avec nous pendant les vacances de la Chambre. J'attendais Du Sommerard; mais il est malade des suites de l'Exposition. Je tâcherai de passer ici le reste du mois; mais cela dépend un peu de ce que décidera Jupiter.
Cannes, 19 mars 1868.
Mon cher Panizzi,
Vous avez accepté dfms le moment où vous le deviez. L'important, c'est qu vous n'eusiez de votre chaise curule que de la façon dont j'use de la mienne, lorsque voire santé vous
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le permetlra. M. dWzeglio m'avait déjà annoncé votre nomination, ci elle a été publiée dans un journal français, le suis sur qu'elle sera approuvée par tout le monde, de Tautre côté de la Manche comme de celui-ci.
Je ne sais si \ous suivez les débals de nos Chambres. Le gouvemcmenl donne des verges pour se faire fouetter à des gens qui les prennent avidement, de la plus mauvaise grâce du monde et sans dire merci.
Sauf un petit mouvement républicano-légitimiste à Toulouse, la loi sur le recrutement de l'armée a été très bien reçue, et dans ce pays-ci avec une sorte d'enthousiasme. Il parait qu'il en est de même partout et que la bosse belliqueuse des Gaulois n'est pas renfoncée; mais il n'est pas question de guerre encore, et j'espère même qu'il n'en sera phis question, me vivo. Les af-* faires européennes son t beaucoup moins brouillées qu'on ne le craignait, et la Russie même parait rcnlrersos cornes pour quelque temps. C'est que chacun a fort h faire chez soi.
On m'a conté aujourd'hui une assez bonne histoire de mistress Norton et de lord Suffolk. Elle
LETTRES A M. PANIZZI 3i7
voulait lui faire acheter je ne sais quoi, dans une vente de charité. Il s'excusait, disant que cela coûtait trop clier. Don't you hiow I am the prodigal son. — No^ I thowjht you were the fat calf.
Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et passez votre temps le plus innocemment que vous pourrez.
Cannes, 4 avril 1808.
Mon cher Panizzi,
Comment vous traite le printemps ? Et d'abord avez-vous un printemps ? On me dit des choses épouvantables du temps que vous avez dans le Nord. C'est ce qui m'a obligé à demeurer ici jusqu'à présent, et je ne m'en trouve pas plus mal. Ensuite, je ne vois pas trop ce que je ferai. Je balance, incertain entre retourner à Paris, ou bien aller à Montpellier ou à Lyon essayer de l'air comprimé, bien que je n'en attende guère un bon résultat. Si je vais en droite ligne à Paris,
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je serai obligé d'aller plus lard à Montpellier ; uïàh au moins j'aurai rempli mes devoirs sénatoham, el j'étoufferai a^ ec une bonne conscience. Je ne sais pas trop si c'est une grande consolation.
Je Ils avec intérêt la discussion du Parlement. M. Gladstone et lord Stanley sont d'babiles orateurs. Il me semble que l'un et l'autre, selon Tbabitude parlementaire, sont parraitement a côté de la question. Tout est fielion dans le système constitutionnel, et on fera un jour une histoire assez curieuse des queslions qui ont été traitées dans ce monde sans qu'on en parlât. An reste, qui est-ce qu'on trompe? comme dit Basile. Tout le monde sait à quoi s'en tenir. Ce qui me parait certain, c*est qu'un bénéfice en Irlande ne vaut pas grand'chose à présent. Mais la concession inévitable salisrera-t-elle les Irlandais? j*en doute fort, et, de plus, je ne sais s'ils sont gens à être jamais salisraits.
Je suis Trappe de voir avec quelle rapidité le vieil édifice anglais se dcmolil. Le premier indice que j*ai remarqué Tut lorsqu'on permit d'aller en bottes à l'Opéra. Il en est de même partout en
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Europe, voire de l'autre côté de l'Atlantique. La fameuse constitution américaine s'en va à tous les diables, et la guerre civile qui vient de finir n'a été qu'un prélude, croyez-le bien, à d'aulres exercices du même genre.
Ici, les petites explosions républicaines de Toulouse et de Bordeaux ont montré que le parti rouge est toujours actif, aussi insensé et aussi béte qu'autrefois ; mais on s'applique à lui rendre les voies faciles.
Il parait que notre saint-père le pape a manqué, l'autre jour, passer dans un monde plus digne de lui. 11 y a eu un moment de très vives alarmes, mais on dit qu'à présent il va bien. Il a aux jambes je ne sais quelle vilenie qui peut tout d'un coup lui jouer un tour. D'ailleurs, il approche beaucoup des années de saint Pierre. Non videbis annos Pétri. Ne serait-ce pas un grand miracle s*il manquait à la prédiction ?
Nous avons eu à l'Académie la réception de Tabbé Gratry. Je doute que vous lisiez ces fadaises. Jamais on n'a dit plus de platitudes. Jamais curé de village n'a débité de sermon plus vulgaire.
Adieu« moD cher Panizzi. Je voudrais bien savoir tos projets pour cet été; car il y a longtemps que je ne vous ai vu, et je suis devenu si peu remuable, que le moindre voyage m'effraye. Ne pourrions-nous pas, nous armant tous deux de notre grand courage, nous arranger pour nous rencontrer dans quelque Camp du drap d'or?
Selon toute apparence, notre session durera jusqu'en juillet. Irez-vous voir la fin de la vôtre? Je vous conjure de ne pas attendre l^hiver à Londres et les recrudescences de rhumatismes qui ne vous manqueraient pas.
Montpellier, 25 avril 18CS.
Mon cher Panizzi,
Vous aurez lu peut-être les discours de Jules Favre et de Rémusat à rAcadéraie. Vous qui connaissiez Cousin, ils ont dû vous amuser. C'est ainsi qu'on écrit l'histoire.
Mon ami Narvaez vient d'entrer en paradis^ ayant une absolution spéciale du pape. C'est une
grande perte pour TEspagne, où vous pouvez compter sur des pronunciamientos. Narvacz n*avait pas toujours été si bien avec notre sainte mère TÉglise. Il y a quelques années, à la suite d'une querelle avec Rome, il avait mis la main sur Targent de la bula de criizada. Les gens pieux, en Espagne, payent quinze sous pour ne pas faire maigre, et cette permission s'appelle bulle de croisade, parce que, pour avoir le privilège de faire gras, on s'engage à se croiser ou à payer quinze sous.Narvaez, se trouvant possesseur d*un très bon magot, en fit bon usage. Il en donna des pensions à tous ses amis et amies. Il n'y avait pas une proxénète à Madrid, qui ne fût pensionnée sur la bulle. Cela vous montre combien le saint-siège est miséricordieux.
Ce qui n'est pas moins curieux, c'est la lettre de Kerveguen à Mazzini et la réponse de ce dernier, attestant que les fonds secrets italiens servaient à payer des journalistes français. Quelle canaille que tout ce monde qui fait Topinion en Europe et décide des affaires publiques. Cela n'empêche pas que tout épicier, soumis au régime d'un seul journal par jour, prend, au bout d'un
mois, TopinioD de sa feuille, et vote en conséquence.
Adieu, mon cher Panizzi. Savez-vous que tout ce qui se passe en Angleterre m'élonne et m'effraye ! Un ministère en flagrante minorité qui ne veut pas s'en aller; d'autre part, ces concessions faites à rirlande et au catholicisme, payées par de nouvelles tentatives des fenians. Comme cela ressemble peu à la vieille Angleterre d'autrefois ! Y a-t-il des prophètes assez clairvoyants pour dire quel sera le résultat des prochaines élections? Il me semble, mon cher ami, que le Vésuve se prépare à quelque grande explosion. Quand j'avais des poumons, cette perspective m'aurait paru attrayante. Je vous avoue que je voudrais que l'explosion fût ajournée jusqu'après mon enterrement.
Paris, 38 mai 1868.
Mon cher Panizzi,
Je suis a Paris depuis plusieurs jours et je vous aurais écritplus tôtsi j'en avais été capable; mais
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j*ai passé mon temps dans des rages rentrées, et j'éprouvais le besoin de manger un cardinal.
Si vous avez lu nos journaux, vous aurez vu les faits et gestes de ces messieurs, et leurs prétentions d'avoir des médecins orthodoxes et bons catholiques. Il y a au Sénat une certaine quantité de vieux généraux, qui, après avoir usé et abusé de la vie, sont à présent tourmentés de la peur du grim gentleman belote, et dont les cléricaux font ce qu'ils veulent. Si nos cardinaux n'étaient pas des hommes si médiocres, ils auraient gagné la bataille; mais ils ont été si maladroits et si étourdis, qu'ils ont fait un fiasco honteux.
Peut-on comprendre qu'un homme comme Dupanloup lui-même dise et écrive sérieusement que c'est une horrible impiété de croire qu'on ne peut rien créer ni rien détruire? Ils veulent avoir des professeurs de chimie à eux pour propager sans doute la théorie contraire. M. de Bonnechose accuse un médecin de matérialisme pour avoir dit que l'homme est un animal mammifère bimane.
Vous noierez que la définition qu'il citait est empruntée à Cuvier, qui croyait en Dieu. Si vous aviez vu l'explosion de fureur de tous les séna-
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leurs en ^'enlendant trailer de mammifères bima* nef, Tou> auriex ri du rire des dieux homériques.
Je suis allé aux Tuileries, où j*ai déjeuné en petit comité. Tous très bien portants. Le prince a grandi et il est maintenant plein de santé et d*acti\ilé. Il ma semblé aussi qu'on le tenait mieux que par le passé. Pendant le déjeuner, l*emporeur Ta envoyé demander pour me le montrer. Réponse que le prince est à travailler et ne sera pas libre avant une demi-heure. Cela m*a Tait plaisir et m'a montré que le général Frossard fait >on métier.
Après avoir pris vingt-huit bains d'air comprimé à Montpellier, je suis arrivé ici en bien meilleur éliil que je n'étais, loi^sque je vous ai écrit. Je ne suis pas guéri. J*ai des étouffements, mais très courts, et le manque de respiration, qui était mon état ordinaire, n'est plus que Textraordinaire aujourd'hui. De plus, j'avais un emphysème et mes poumons fonctionnaienl si mal, que le haut de ma poitrine no se soulevait pas visiblement, même lorsque je faisais une inspiration profonde. Tout cela a changé. Je respire plus facilement; ma poitrine fonctionne normalement, et mon méde-
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€in de Paris, de même que le docteur Maure, qui y est en ce moment, ne m'ont plus trouvé trace d'emphysème. Vous voyez que c'est un progrès matériel assez considérable.
Je tâcherai, à la fin du mois prochain ou au commencement de juillet, d'aller passer quelques jours avec vous. La difficulté présente n'est pas dans ma santé; mais je suis chargé de plusieurs rapports au Sénat, deux entre autres, assez sérieux, car il s'agit de réprimer l'irréligion. Après la grande bataille de ces jours passés, il est peu probable qu'un débat sérieux s'engage, et' je pense qu'on adoptera mes conclusions, que les pétitionnaires vazan al carajo. Cependant je ne puis m'absenter que lorsque cela sera fini. En tout cas, si je viens, ce sera avant votre tournée on Ecosse, que je vous vois entreprendre avec un peu d'inquiétude. Ne feriez-vous pas mieux d'aller à Ems ou à Ilombourg que d'aller chercher les brouillards et l'humidité des lacs?
Adieu , mon cher Panizzi ; soignez-vous et portez-vous bien.
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Paris, 11 juin 1868.
Mon cher Panizzi,
L'empereur a été un peu soufiï-ant de rhuaialismes, pour être allé à Rouen. Cet animal de cardinal de Bonnechose lui a fait un discours sur la porle de son église, d'où venait un vent glacial, landis qu'il avait le soleil sur la tête. A présent, Tempereur est tout a fait bien. Je voudrais que son indisposition le guérit de Tenvie de s'approcher des cardinaux. L'impératrice et le prince impérial vont parraitement bien. On dit qu'elle a des projets de voyage, ce qui ne me plaît pas trop, mais il ne s'agil pas de celui de Rome.
Malgré (ouïes les prédictions et les inventions des nouvellistes je crois que nous finirons Tannée sans guerre, et même sans tapage, à moins qu'il n'y en ait en Espagne, où, depuis la mort de Narvaez, la chose est très probable; mais je ne pense pas qu'il y ait un contre-coup dans le reste de l'Europe. M. de Bismark est éreinlé, et c'est encore
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une garantie de tranquillité pour le pauvre monde. Vous connaissez le proverbe : « Quand les chats sont endormis, c'est la fête des souris. » Il s'en Tant beaucoup, d'ailleurs, qu'il ait les mauvaises dispositions qu on lui prête, et enfin il a d'assez grandes occupations chez lui.
J'espère que la reine enverra au British Muséum la défroque de Théodoros et que j'en aurai rétrenne. Je ne trouve pas que ce pauvre diable eût tout à fait tort de mettre les missionnaires au violon.
Adieu, mon cher Panizzi. Tenez-vous dans votre chambre, lorsque le vent soufflera de l'est.
CXLIY
Pari8, 16 juia 1868.
Mon cher Panizzi,
Nous avons ici un temps merveilleux et une abondance de fruits extraordinaire. La moisson s'annonce également très bien, ce qui est un grand point pour les élections prochaines. On pense