‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 27 sur 32 · Ma/yrétout · texte numérisé non relu

Ma/yrétout

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donne un vilain rôle. Madame Sand a plusieurs fois eu recours à elle et en a obtenu des grâces. Elle voulait faire parler à Tauleur pour qu'elle déclarât qu'elle n'avait pas voulu faire crallusion. Vous devinez le conseil que j'ai donné : de minimis non curât prœtor.

Que dites-vous de la répétition d'Éléocle et Polynice, qui s'est donnée à Madrid l'autre jour? Il y a une fatalité qui pèse sur cette race des Bourbons. J'avais assez pratiqué cet infant donEnrique à Biarritz. C'était un assez sot personnage ; je n'aurais jamais cru qu'il finirait de la sorte, et surtout de la main d'un bomme qui n'avait pas la réputation d'aimer les jeux de Mars. Je ne sais pas si l'affaire nuira aux prétentions du duc do Montpensier. Elles étaient déjà fort compromises. Il a le défaut d'êlre Français et d'aimer l'argent, -comme son père. 11 en dépense beaucoup ; mais, au milieu de ses largesses, il a tout à coup des velléités d'économie qui gâtent tout, et qui font <iue l'argent qu'il a donné ne lui rapporte rien. Les grands hommes d'Espagne ont tous reçu de l'argent de lui, mais pas assez. En matière de corruption, il ne faut pas avoir de repentirs.

Je reçois de Paris des nouvelles très contradictoires au sujet du concile. Il paraît que M. Daru, qui est bon catholique, à la manière de Montalembert et de Dupanloup, a témoigné le désir d'envoyer un ambassadeur au concile, et cela sans avoir consulté ses collègues, qui, pour la plupart, sont d'un avis contraire. Il est évident que la présence d'un ambassadeur français ne changerait pas la volonté du Saint-Esprit, qui inspire les Pères du concile. Il n'obtiendrait rien de ces entêtés, et le seul résultat serait de bien constater qu on ne fait aucun cas de nous. Quoi qu'en disent beaucoup de journaux, .je ne crois pas qu'on envoie un ambassadeur à Rome. On a fait sans doute force représentations, qui, bien entendu, n'ont eu aucun effet. Je ne vois pas trop ce que nous avons à voir dans la question de l'infaillibilité. Quant au Syllabus, c'est tout bonnement une attaque contre nos institutions, el^ s'il est décrété, le gouvernement défendra de le publier.

Maintenant, que fera le Corps législatif ? Rappellera-il la division de Civita-Vecchia ? Cela est encore douteux, car on dit que les cathoUques

sont en majorité dans la Chambre. Que fora le gouvernement italien? Rien de bon ne peut sortir de là. On dit que Garibaldi est uniquement occupé à écrire des romans.

Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris entre mes deux médecins, qui me donnent des distractions.

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Cannes, 30 mars 1870.

Mon cher don Antonio,

J'ai reçu votre lettre avec grande joie. Je vois que vous passez le temps assez doucement, que vous voyez bonne compagnie et que vos dîners sont comme toujours appréciés. Vous vivez encore. Pour moi, je souffre comme une béte. J'essaye de tous les remèdes : aucun ne réussit. J'ai à peine la force de lire ; encore, bien souvent je ne comprends rien à la page qui était sous mes yeux, et mes pensées sont à mille lieues très tristement employées. Ce qu'il y a de singulier dans mon état, c'est la répugnance qui me prend vers

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le coucher du soleil pour tout aliment. Si j'essaye (le manger, ma gorge se serre et il m'est impossible d'avaler. Le matin, je mange un peu, mais en faisant sur moi-même un effort moral considérable. Vous ne vous étonnerez pas qu'avec ce régime je sois d'une grande faiblesse. Je crois faire un rare tour de force, lorsque je marche jusqu'au Grand'tfâtel. Enfin cela durera ce que cela durera. Parmi quelques regrets de quitter ce monde, un des grands que j'ai, c'est de ne pas vous serrer la main.

Nous avons un temps assez maussade : point de soleil et quelquefois du vent ; mais il neige à Paris, il neige à Pau, l'hiver ne veut pas s'en aller. A tout prendre, il fait encore meilleur ici que dans le Nord.

On a vendu, à la vente de la bibliothèque de Sainte-Beuve, un volume de Chateaubriand couvert de notes et d'additions de sa main, toutes très irréligieuses. Il paraît que cela a été acheté par la famille, non sans conteste, car ledit volume a été adjugé à trois mille et quelques cents francs. Je crains qu'on ne le détruise, ce qui serait fâcheux. Si j'y avais pensé, j'aurais écrit

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à ce sujet au Brilish Muséum. Reste à savoir s'il aurait voulu donner trois mille francs pour une élucubration quelconque de Chateaubriand.

Quand revient la comtesse Téléki? Je pense qu'elle aura bientôt assez du soleil, des momies et des moines in naturalibus . Savez-vous si ma lettre à M. Mariette lui a été bonne à quelque chose?

Adieu, mon cher Panizzi. Rappelez -moi au souvenir de tous nos amis.

Cannes, 20 avril 1870.

Mon cher sir Anthonv,

Notre pauvre amie, madame de *** est morte.

Elle était devenue folle depuis un mois ou plus. Cela a commencé par une scène assez ridicule. Elle a sauté au cou de Tempereur et lui a demandé de la rendre heureuse, hic et mmc. Ce n'a pas été sans peine qu'on a pu le retirer de ses bras. Pendant la dernière saison que j'avais passée avec elle à Biarritz, elle m'avait donné lieu de croire qu'elle était un peu maie tectœ

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meiitis; puis cela avait passée et, Tannée dernière, à Saint-CIoud, je Tavais trouvée très raisonnable.

A propos de fous, je viens de recevoir une lettre de ma cousine, dont la tète est tout à fait partie. J'espérais qu'elle quitterait sa maison de Paris pour aller vivre à la campagne; mais il parait qu'elle ne veut plus bouger. Grand ennui pour moi à mon retour à Paris, si j'y reviens, enfin.

J'ai reçu hier une lettre de madame de Montijo, qui me demande de vos nouvelles. Elle souffre d'un rhume opiniâtre, et^ contre son usage, elle n'est pas encore installée à sa campagne. Rien, dil-ellc, ne peut donner une idée du gâchis où est l'Espagne, et pas un homme pour gouverner la barque. On vole partout, et ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'il y ait encore quelque chose à voler.

Adieu, mon cher Panizzi. Je regrette fort de n'avoir pu aller à Paris pour la discussion du sénatus-consulte ; maintenant qu'elle est terminée, je pense qu'il est inutile de me presser. Je ne me mettrai en roule que si je me trouve as-

sez rélabli pour n'avoir pas à redouter une troisième rechute.

Cannes, i mai 1870.

Mon cher sir Anlhony,

Que dites-vous de ce qui se passe? Les républicains ne vendent pas chat en poche; ils nous préviennent de leurs façons de gouverner. Ce quHl y a de plus triste, c'est que ces abominations n'excilent ni surprise ni horreur. Le sens moral dans ce pays-ci est tout à fait perverti. On réclame Tabolilion de la peine de mort et on a des assassins pour amis politiques. Ledru-Rollin, qui était revenu à Paris, est reparti subitement pour Londres, la veille de la découverte des bombes au picrate de potasse.

L'empereur a recommandé, le même jour, au général Frossard d'empêcher le prince impérial de sortir. Le général lui a demandé s'il y avait quelque attentat tramé contre le prince. « Non, a répondu l'empereur avec la figure calme que

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VOUS lui connaissez. C'est à moi qu'on veut jeter (les bombes ; mais on pourrait se tromper de voilure. »

Adieu, mon cher sir Anthony. J'espère que, la semaine prochaine, nous serons encore de ce monde.

Cannes, 71 mai 1870.

Mon cher Panizzi,

Quand je reviendrai à Paris, je vais y trouver bien des ennuis. Je vous ai dit l'état où est ma cousine. li s'aggrave tous les jours et je crains quelque catastrophe. Ses parenfs, qu'elle ne peut souffrir et qui cependant seront ses héritiers, ont commencé des démarches pour lui faire donner une tutelle judiciaire. Je voudrais que la pauvre femme ne fût pas enfermée, ce qui la tuerait probablement. Quant à la succession, il y a longtemps que j'en ai pris mon parti et sans regret.

Autre tracas non moindre et que vous comprendrez. Il faut que je déménage et que je

me trouye un logement moins haut. Lorsqu*on a des livres et un tas de vieilleries auxquelles on est attaché, il n*y a rien de plus pénible que de changer de domicile.

J*ai lu avec grand intérêt dans le Times l'histoire de ces deux jeunes gens qui s'habillaient en femmes. Est-il vrai qu'ils appartiennent à une classe plus élevée que celle des Ganymèdes de profession ? Qu'est-ce que ces photographies mystérieuses qui les représentent avec d'autres personnes ?

Voilà le plébiscite passé, Dieu merci, mais la situation n'en est pas beaucoup plus belle.

M. Emile Ollivier est persuadé qu'il est le plus grand homme d'État de notre temps et qu'il peut tout faire. Il me rappelle Lamartine en 1848, qui se croyait aussi le maître de la situation. En attendant, les conspirations vont leur train et la société ouvrière internationale leur donne un caractère européen. Nos ouvriers heureusement n'ont pas encore appris des Traders-Unions à faire sauter avec de la poudre les maisons de leur patron; mais cela viendra sans doute. Ce qui est

profondément triste, c'est l'appui que donnent n. 27

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quantité de gens soi-disant honnêtes aux démolisseurs de tous les pays. Croyez qu'il n'y a pas beaucoup de degrés entre ces libéraux en théorie et les assassins qui tuent au nom d'une idée libérale. Qu'est-ce que cette échauffourée de chemises rouges en Italie ?

Adieu, mon cher Panizzi. Du Sommerard m'a dit qu'il vous avait trouvé bien, sauf que vous ne vouliez pas entrer dans un rwming match.

Cannes, 39 mai 1870.

Mon cher Panizzi,

Je viens de recevoir votre lettre, et j'apprends avec bien du regret la mort de la comtesse Téléki. Je la connaissais peu, mais elle est de ces personnes dont on garde le souvenir. Qu'allait-elle faire à Damas! C'était déjà une grande imprudence, avec une santé comme la sienne, de s'aventurer en Egypte. Mais, en Syrie, où, avec toutes les chances de fièvre, se joint la certitude d'énormes fatigues, c'était vraiment insensé. Je

VOUS plains de tout mon cœur (Vavoir perdu une si excellente amie. Cela ne se remplace pas.

Je pars demain pour Marseille, où je passerai la nuit. Le lendemain, dans raprès-midi, je compte partir pour Paris, où j'arriverai mercredi à huit heures et demie du matin. Au delà, je n'ai plus de projets, et, avec ma santé, il serait absurde d'en faire. L'impératrice m'a écrit qu'elle voulait que je lui tinsse compagnie à Saint- Cloud pour quelques jours ; mais je ne sais si je serai en état présentable.

La pauvre madame de Montebello est sinon morte, du moins dans un état désespéré.

Le docteur Maure, qui se rappelle à votre souvenir, devait partir pour Paris avec moi ; mais les élections pour le conseil général vont avoir lieu, et il canevassera ici jusqu'au milieu de juin.

Bien que je sois payé pour ne pas croire aux médecins, je me laisse aller toujours à bien penser de ceux à qui je n'ai pas eu affaire. On m'a parlé de Chepmell comme d'un habile homme, et l'idée m'est venue de le consulter. Je crois que, 8i vous lui écriviez, il me donnerait un rendez-

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VOUS sans me faire attendre, et c'est un point capital. Vous lui direz que j'ai été pour quelque chose dans son installation médicale à Paris, et qu'il devrait me gnérir pour ma peine.

Adieu, mon cher Panizzi. Je suis horriblement fatigué de mes paquets ; mais je n'ai pas voulu tarder à vous dire toute la part que je prends à la perte de cette pauvre comtesse Téléki.

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