‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 3 sur 32 · II · texte numérisé non relu

II

pas besoin de vous dire combien ce retard me contrarie, mais le moyen de refuser?

Je suis parfaitement résolu à m*excuser !^i, selon son usage, Sa Majesté m'invite à prolonger mon séjour. Alors j'aurai fait preuve de bonne volonté et j'aurai le droit de résister. Maintenant ce n'est pas possible. Vous avez en ce moment la meilleure partie de moi-môme sous votre toit, je veux dire mon habit et mes culottes. Dans le cas où vous auriez un ami assez bête pour se charger de m'apporler ledit habit (l'habit et le gilet seulement), et si cet ami partait avant le 12 de ce mois, j'en paraîtrais plus beau devant mes hôtes augustes. Cependant ne vous donnez aucune peine pour cela. Mon habit numéro deux est encore mettable, et il y en aura de plus vieux, selon toute apparence. Il est donc bien entendu que vous payerez M. Poole, que vous me ferez crédit, et que vous me répondrez de mes culottes devant Dieu et devant les hommes; enfin que, si une occasion facile et imprévue se présentait, vous m'enverriez l'habit et le gilet avant le 12 juin. Selon toutes les probabihtés,je pourrai être à Londres pour ma fête, qui est le 25 de ce mois.

A ce propos, je vous dirai que le chemin de fer de Bayonne à Madrid sera ouvert, non pas le 1*' octobre, comme on me Tavait dit, mais le 15 juillet.

Aller à Madrid le 15 juillet , c*est, quand on n'est pas incombustible, une affaire un peu grave. Je sais que nous serions à Carabanchel, où il y a un peu d'air; mais le mauvais côté de l'affaire est qu'on ne peut rien voir, ni taureaux, ni opéra ni manuscrits. Tout le monde est en vacances. Il vaudrait mieux, à mon avis, partir vers le milieu de septembre, ou au commencement d'octobre. Le mois de novembre est encore très beau à Madrid, seulement il ne faut pas sortir sans un paletot qu'on porte sur le bras pendant le jour, mais qu*il faut endosser dès que le soleil se couche.

Adieu, mon cher Panizzi; je vous ai dit que j'avais retrouvé dans ma cave du vin de Porto vraiment sublime ; le docteur Maure y fait des brèches notables, mais il en restera toujours une ou deux bouteilles pour Votre Seigneurie.

La seconde considération est que je suis tou* jours très souiïrant. Je suis si mal à mon aise, que je ne sais si j'oserais me mettre en route.

La vie qu'on mène ici est horriblement fatigante, bien que j*évite de faire des promenades et que je me retire dans ma chambre de bonne heure, et que je ne boive guère que de l'eau. Je tousse toutes les nuits au lieu de dormir. Bien des choses que je vous raconterai me donnent encore du tracas et me font faire du mauvais sang. Cependant je ferai de mon mieux. Avant samedi, vous recevrez de mes nouvelles. Si je puis être à Londres ce jour-là, je partirai ; mais cela est fort douteux : le docteur me conseille de rester (enfermé chez moi à Paris trois ou quatre jours sans parler, sans remuer, jusqu'à ce que cette loux, qui me fatigue tant, ait disparu. Enfin j'espère que, quoi qu'il arrive, je serai au Brilish-Miiseum avant la fin du mois.

J'ai fait votre commission auprès du prince impérial, qui m'a chargé de vous dire qu'il ne vous oubliait pas, et qu*il espérait bien vous revoir. Je suis également chargé de force compliments pour vous par deux dames que vous

connaissez et avec qui vous avez fait la fameuse campagne de la Rune.

Les élections aux conseils généraux sont assez bonnes ; cependant il y a un certain nombre d'orléanistes qui ont été nommés.

J'ai eu avec quelqu'un une grande conversation au sujet du clergé. Vous en auriez été content ; malheureusement, parler et agir sont deux.

Le temps so remet un peu, cependant les soirées sont toujours très fraîches ; en outre, Fontainebleau est fort humide.

Adieu, mon cher Panizzi; vous aurez sous peu un mot de moi.

Paris, 27 Jain 1864.

Mon cher Panizzi,

L'impératrice, rempereur et le prince impérial m*ont chargé tous les trois et à différentes rt'prises, surtout in extremis, je veux dire au moment de la séparation définitive, de tous leurs

ficine du ministre de l'intérieur, s'est avisé l'autre jour de publier les débats d'un procès de presse. Il a été aussitôt cité au parquet. Cela fait grand scandale, à ce que je vois par les journaux, et montre quelles espèces de niais sont chargés des détails.

J'ai trouvé ici une lettre de Vienne où Ton paraît avoir pour les Prussiens la même tendresse que les rats portent aux chats. Vous aurez vu le discours de M. de Beust à la Chambre saxonne. Cela est très divertissant et ne promet pas pour trop tôt le grand teutonique Verein.

Madame de Montijo va mieux^ à ce qu elle dit, et vous attend à Carabanchel cet automne. Elle (commence à mieux écrire votre nom, car elle vous nomme Panisi au lieu de Panueci. Mais hî z toscan est une pierre d'achoppemmt terrible pour une bouche castillane.

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et donnez-vous pour loi d'aller tous les jours chez Biooks * à pied. Mettez-moi à ceux de lady llolland.

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