Le Club libéral dans Saint-James's
Paris, 10 août 1864.
Mon cher Panizzi,
J'ai trouvé M. Fould en assez bonne santé, se préparant, après les fêles, à aller présider le conseil général et à se reposer un peu à Tarbes. Il me charge de tous ses compliments pour vous et M. Glndstone. Il est dans ce moment en grande faveur, ce me semble, auprès de monsieur et madame^ occupé d'ailleurs à rapprocher des collègues qui ne s'aiment guère et qui ne s'aimeront jamais. Suivant toute apparence, cela finira par un replâtrage qui durera Dieu sait combien de temps.
Vous aurez peut-être su que, il y a peu de jours, on a donné à Rome une nouvelle édition de l'affaire Mortara. C'est un petit juif nommé Cohen, âgé de neuf ans, qu'on a baptisé malgré ses parents. On aurait dû les brûler vifs : on s'est contenté de les envoyer promener. Il parait que cela a fait un mauvais effet parmi
car vous savez que rimpératrice ne peut souffrir Saint-Cloud. Je ne serais pas surpris qu'on méditât quelque voyage, mais où? Chilo sa?
Je ne doute pas qu*il n'y ait prochainement du tapage en Espagne. Le ministère est faible et n*a pas de généraux. On dit que le ministre de la guerre est une créature d'O' Donnell. Les Concha sont peu bienveillants pour le cabinet actuel. D'autre part, les progressistes ont pour chefs deux hommes qui ne manquent pas de talenl, mais qui manquent absolument de scrupules , Prim et Olozaga. Il ne serait pas impossible qu'on profitai de notre présence à Madrid pour nous donner le spectacle d'un pronunciamientft. La chose est assez drôle et vaut la peine d'être vue. J'espère que cela vous décidera à venir.
Parmi le petit nombre de bipèdes qui sont encore à Paris, on fait beaucoup de conjectures sur le voyage du prince Ilumbert. Il y a des gens qui disent qu'il vient pour la princesse *** et que le pape payera la dot de la mariée. Je ne crois pas à cela, mais vous savez que je suis sceptique.
Ce qui me semble certain et qui doit avoir donné naissance à ce canard^ c'est qu'on n'est pas con-
LETTRES A M. PANIZZl 47
tent de Sa Sainteté. Montebello, qui esl venu ici, en a conté de toutes les couleurs et dit qu'on lui fuit faire un métier peu de son goût. Cette conversion du petit Cohen a mis Tarmée de très mauvaise humeur et a fait aussi, je crois, quelque impression en haut lieu.
Adieu, mou cher Panizzi. On s'attend à ce que M. de Bismark jette sa Chambre par la fenêtre. La Prusse et rAulriclie sont fort aigres Tune pour Pautre et les petits États très irrités; mais tout avorte chez ces gens-là. Si la France et l'Angleterre étaient bien unies, elles pécheraient de beaux poissons dans celte eau trouble.
Paris, 5 septembre 18C4.
Mon cher Panizzi,
Pendant que vous êtes en villégiature, je tousse et j'étouffe. Il faut absolument qu*on me donne une maison de campagne au bord du Nil, si l'on veut que je vive. Mes contemporains de-
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vraieni bien se cotiser pour me faire cette galanterie.
Vous m'avez fait rire avec votre indignation aristocratique, contre la possibilité d'une mésalliance dans la maison de Savoie. Je vous ai dit que je n'y croyais pas alors, et j'y crois encore moins aujourd'hui^ mais en ma qualité de plébéien, je ne trouverais pas la chose si terrible; je la trouverais même très avantageuse à ladite maison, si a de beaux yeux, et à une peau qui doit être fort douce, se joi^^nail la dol que vous savez. Cela vaudrait la peine d'épouser une négresse.
Tout le monde croit qu'il va y avoir une insurrection à Madrid très prochainement, et peut-être une révolution. Eu Espagne, on n*obéit qu'à une grande épée, et il n'y en a pas dans le cabinet Mon. Elles ne manquent pas en dehors. Il y a 0' Donnell, Narvaez, les deux Concha et Espartero. Le ministre actuel de la guerre est un pauvre hère, créature dO'D'onnell, mais qui par lui-même ne peut rien. Si Prim et les progressistes, qui ont fait, comme il semble, de nombreuses recrues essayent d'un pronunciamiento, il
est possible que le cabinet aille à tous les diables et rinnocente Isabelle en môme temps. Il y a à Madrid plus de vingt mille Français, artisans, industriels ou réfugiés, qui, un jour d'émeute, fournissent des professeurs de barricades très iiabiles, ainsi qu'on a pu le voir dans la dernière révolution. C'est à quoi aboutissent souvent les efforts pour faciliter les communications internationales. Chacun prend les maladies de son voisin.
Tout cela ne devrait pas vous empêcher d'aller avec moi en Espagne. Les étrangers n'ont rien à craindre dans ces occasions-là; ils voient les choses de près et se forment l'esprit et le cœur.
Je crois que M. Fould aura fort affaire pour remettre ensemble des collègues fort désunis. Quel parti prendra- t-on pour la session prochaine, résistance ou concession ; c'est ce que personne encore ne sait au juste, peut-être même celui qui décide en dernier ressort.
Les derniers discours de lord Palmerston me paraissent séniles. Sohe senescentem I Cela ressemble aux dernières années de Louis-Philippe,