‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 5 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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lorsqu'il érigeait ses faiblesses en théorie gouvernementale. On dit que lord Russell a écrit de la bonne encre, de son encre particulière, aux Allemands ; ce qui n'est pas probablement le moyen d'arranger les affaires de ce côté.

Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments. Pendant que vous êtes à la campagne, écrivez ou promenez-vous.

XXIY

Paris, 30 septembre 1861

Mon cher Panizzi,

M. ChilJe, que je vous ai déjà présenté, vous expliquera pourquoi il s'est enfui de chez le roi Mausole. Il vous demandera sans doute votre recommandation auprès de sir Richard Maine.

Comme il est observateur et grand voyageur, et qu'il tient à connaître à fond what's that^ il voudrait bien voir, en compagnie de quelqu'un des plus soUdes policemen, les cuiiosités nocturnes

de Londres, et constater l'utilité des casques. Adieu, je vous écrirai avant de partir.

Paris, 22 septembre iSGi.

Mon cher Panizzi ,

Que diles-vous du traité dont on vient de nous révéler Texisteuce? A en juger par la fureur des cléricaux, la chose leur déplaît extraordinairement. Le traité a plus d'un inconvénient, entre autres celui-ci ; que ni la France ni Tllalie ne peuvent Texécuter dans tous ses articles. Ce qu*il y a de bon, c'est que ce n'esl autre chose au fond qu'une signiPication faite au saint-père d'avoir à faire sa malle. G'esl ainsi que le parti prêtre le prend ici. La légation d'Italie prétend que la chose est fort bien vue de l'autre côté des monts.

Cette affaire coïncidant avec le voyage de Schwalbach, on n'a pas manqué de dire : Ergo

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propter hoc. — Je n'en crois rien. Le voyage lient plus probablement à des tracas intérieurs, très fâcheux, mais où la politique n'est pour rien. Vous savez la situation; ce quil y a de plus triste, c'est que les badauds se demandent ce qui a pu faire perdre patience à Thomme assurément le plus patient de ce siècle.

X. est à Schwalbach ; on dit qu'il va épouser mademoiselle ***, qui est un morceau un peu trop bon peut-élre pour un garçon de son âge. On a le choix, en pareille position, de crever de bonheur en quelques mois, ou d'enrager à la fumée du rôti tout le reste de son existence.

Tous les Espagnols que je vois me garantissent, non pas une émeute, mais une révolution bien complète, sous fort peu de temps. Narvaez parait déterminé à pousser les choses à la dernière extrémité, et à rompre en visière avec tout le parti du progrès. Le retour de la reine Christine seul est un défi violent. Si Narvaez tient bien l'armée dans sa main, ce dont je doute, il peut comprimer la première émeute et ne succombera que par défaut d'argent, accident qui, d'ailleurs, est assez proche, à ce qu'il parait. Mais l'armée

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est-elle loyale? Narvaez a-t-il encore Ténergie qu'il avait à Ardoz*' Tout cela me semble plus que douteux.

Le Times a fait, l'autre jour, sur le Canada un article un peu bien lâche. Je trouve que le cabinet anglais en est venu au point où était arrivé Louis-Philippe sur la fin de son règne, de se vanter de sa couardise et de l'ériger en vertu. Il a grand tort, à mon avis; il ne faut jamais trop se rabaisser, de peur qu'on ne vous prenne au mot.

Adieu, mon cher Panizzi. J'ai loué une maison à Cannes pour cet hiver, mais vous ne vous en souciez pas.

Paris, 2 octobre 18G&.

Mon cher Panizzi,

Comment avez-vous trouvé votre Muséum et sa docte poussière, en revenant de respirer l'air des champs les plus aristocratiques? Vous avez dû

retrouver vos sensations d'écolier, lorsque vous rentriez au collège après les vacances.

Je compte aller à Madrid et y rester jusqu'au milieu de novembre, puis m*en revenir à Cannes, où j'ai retenu mon ancienne maison^ sans repasser par Paris, à moins, chose très improbable, qu'on ne me somme de revenir pour le 15 novembre. Je regrette un peu de manquer à mes habitudes et de ne pas fêter la sainte de ce jour; mais, d'un autre côté, j'ai besoin de prendre soin de mes poumons et le dernier séjour a été si triste, que je n'ai pas le goût de revoir les mêmes choses que vous savez.

Dimanche dernier, je suis allé à Saint-Cloud déjeuner, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe. On m'a demandé de vos nouvelles comme toujours. Le prince a mal à ses dents de sept ans. Il est, d'ailleurs, en très bonne condition, ne grandissant pas beaucoup, mais prenant des muscles. L'impératrice est un peu souffreteuse à Schwalbach, dont elle se trouve bien, quoiqu'elle ait toujours des vomissements comme avant son départ.

Ce qu'on dit de contes et de bêtises au sujet

(le ce voyage est prodigieux. Ce qui Test encore davantage, c'est que des gens sérieux et crus tels croient toutes ces bourdes qu'on débite. On parle entre autres d'une visite of her Majesty à mademoiselle ***, pour la prier de ne plus demeurer à Montrelout, attendu qu'on était affligé de voir sa maison des fenêtres de Saint-GIoud.

Il paraît qu'il y a eu répression assez rude à Turin. Cent soixante personnes ont été tuées dont cinq soldats. Les rues sont droites, et les balles coniques vont loin. Il semble, d^aiUeurs, que le ministère a été fort imprudent dans toute l'affaire et n'a rien fait pour éviter l'émeute en préparant un peu les esprits. A ce qu'il me semble, il n'y a que les exagérés des deux camps qui se plaignent du traité. Je crois qu'en l'exécutant de bonne foi, on rendra la place intenable pour le pape, qui^ d'ailleurs, mourra probablement avant le terme fixé.

Les changements ministériels qu'on attendait n'auront pas lieu. Drouyn de THuys a fait galamment le sacrifice de ses anciennes opinions, et il n'y a plus lieu de lui faire la guerre. Je ne sais quand la session commencera, probablement vers

le mois de février. Elle s'annonce mieux que la précédente qui pourtant n'a pas été mauvaise. Thiers est devenu à peu près républicain, vraisemblnblemcnt parce qu'il espère être nommé président à son tour. Je le regarde comme enfourné dans une voie déplorable dont il ne sortira plus que par une catastrophe.

Un certain M. X., très connu à Paris, a été surpris l'autre jour avec des gamins habillés les uns en femmes, les autres en abbés, il y en avait un en évâqnc. On dit qu'il a pris la fuite.

Adieu, mon cher Panizzi ; je vous écrirai encore une fois avant de me mettre en roule.

Madridf casa de la

Exma S' condesa del Montijo,

1 1 octobre 18G4.

Me voici à Madrid depuis quelques heures seulement et, ne pouvant dormir, je vous écris. Ce voyage, en vérité, n'est plus une grande fatigue

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comme autrefois. Plus de passeports et un chemin de fer assez bon qui vous mène de Bayonne ici en seize heures. Quand les employés sauront mieux leur métier, on pourra faire le trajet en dix heures.

Au point de vue de la politique, les affaires sont meilleures vues de près que de loin. Le ministère Mon, qui était une coahlion, est tombé devant une autre coalition. Le cabinet Narvaez a Fair assez solide^ et sa vieille réputation d'énergie a fait de Teffet sur les ultra-progressistes tapageurs. Reste à savoir ce qu'il deviendra à Tuser et comment il se conduira devant les Certes. Il a deux mois pour s'y préparer, et on a ici comme en tout pays constitutionnel des recettes pour faire parler dans les élections la voix du peuple : vox populi vox Dei. Narvaez flatte les journalistes et les gens qui aiment les places. C'est un assez bon moyen de réussir. De toute façon, je ne crois plus que je verrai un pronunciamiento de ma fenêtre.

En quittant Paris, vendredi dernier, j'ai vu notre amie de Biarrilz. J'ai eu une petite conversalion de quatre heures, dont vous pouvez deviner le thème. Elle avait besoin de sfogarsi. Tout est

fort triste, plus même que vous ne pouvez Timaginer, mais n'en dites mot à personne. J*ai donné de bons conseils, je crois, tout en me rappelant le proverbe : « Ne pas mettre le doigt entre Tarbre et récorce ; » mais je ne sais trop si on les suivra.

La comtesse est en meilleure santé que je ne m'attendais à la trouver. La campagne lui a fait grand bien et de'toute manière elle est mieux que Tannée passée. Elle vous regrette fort et vous accuse de n'être pas venu par suite de vos préjugés anglais contre l'Espagne. J'ai eu beau l'assurer que vous étiez souffreteux, elle dit qu'un changement d'air aussi radical vous aurait fait grand bien, et que l'air de Madrid, après celui de Carabanchel, est le plus propre à guérir les rhumatismes invétérés.

Je n'ai fait que traverser Madrid, mais il m'a paru notablement embelli. Les boutiques sont très belles, beaucoup de maisons nouvelles, des arbres et de Teau partout. Avec de l'eau et du soleil, on peut tout faire en ce pays-ci. Le changement qui m'a le plus frappé, c'est le costume des femmes» qui se francise de plus en plus. Or il est aussi impossible à une Espagnole de porter un chapeau

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qu'à une Française de se coiffer avec une mantille. Adieu, mon cher Panizzi. Vous ai-je dit, dans ma dernière lettre, qu'avec ce M. X., dont je TOUS parlais, la police avait attrapé M. Z., non moins connu. Il y avait longtemps que je lui savais celte réputation-là. Comme il n'y avait pas de mineurs dans la réunion, il n'y a pas matière à procès; car nos lois ne sont nullement bibliques, comme vous savez ; mais le scandale a été énorme. Notre ami le ministre avait reçu la veille M. Z. et était encore horrifié. Je lui ai dit qu'il prenait la chose trop au sérieux et qu'il ne fallait pas se plaindre de ceux qui s'abstiennent de nous faire concurrence.

Madrid, 24 octobre 1864.

Mon cher Panizzi,

J'ai reçu votre lettre et je vois avec plaisir que vous n'allez pas trop mal et que vous résistez aux premiers froids. Je voudrais vous en offrir autant, mais je me suis horriblement enrhumé dans cette

diable de campagne de Càrabanchel, où nous sommes retenus par des malades. Nous en sortons enfin dimanche prochain pour nous établir à Madrid^ où je suis allé aujourd'hui pour me secouer un peu et voir le monde.

La comtesse que vous avez vue à Biarritz a un érysipèle sur la figure. Vous savez qu'elle ne Ta pas médiocrement large, jugez ce que ce doit être h présent. II n'y a pas de potiron qui Tégale.

L'agitation des prochaines élections est grande en ce moment et on ne parle plus d'autre chose. Comme vous faites fl de la poUtique espagnole^ je vous régalerai d'un cancan qui pourra vous intéresser.

Il y a ici un Anglais, sir C..., lequel a pris pour femme une miss ***. Il paraît que, soit à cause de la dilTérence d'âge (il est vieux et elle jeune), soit à cause d'une grande inégalité de proportions, le mariage n'a point été consommé, ou l'a été imparfaitement. II y a quelque temps pourtant que lady C... s'excusait de ne pas aller à un bal sur une fausse couche. Quoi qu'il en soit, elle est devenue amoureuse du duc de F... et elle a demandé le divorce pour

cause d'impuissance de son mari. Sur ce point, quelques filles de Madrid donnaient des renseignements pas trop désavantageux. Mais sir €... a plaidé ^mV^y et le mariage a été cassé, et sa femme, avec un certificat de virginité, vient d'épouser le duc de F... On Tannonce à Madrid, et on se demande si on la recevra dans le monde. Mais ce n'est pas la fin de Taventure. Le duc de F... s'est brouillé avec sa sœur, une petite bossue très spirituelle qui est duchesse d'U... Ils sont en procès pour des majorats et des titres. Or la duchesse d'U... a découvert que son frère était né avant le mariage de sa mère avec le dernier duc de F... Il est né en France et son acte de naissance, d'après les registres de l'état civil à Paris, constate le fait. Pour hériter de son père, il a produit un acte signé d'un curé, un extrait de baptême qui lui donne plusieurs années de moins qu'il n'en a en réalité. En Espagne, l'acte religieux suffit ; mais vous savez qu'il n'en est pas de même en France, depuis qu'on a retiré au clergé le soin de constater l'état civil des chrétiens. Vous voyez qu'un assez joli procès se prépare d'où il pourra bien résulter que miss **" perdra sa virginité,

€i lETTlES A X. PA5IIZI

mais oe s^n plus dachesse, gnod malbeur pour elle, dit-OD. surtout parce qu'avec le duché s*en- Tole une fortune très considérable.

J*ai eu des n<:>uTeIIes de Saint-Clou J meilleures que celles que je tous donnais. D'esprit et de corps, on va mieux. J'ai eu quelque inquiétude pendant un moment. A présent, tout est assez bien. Ici, on est très contraire au traité du 15 septembre. On a quelque envie de vouloir garder le saint-père. Mais i y a la question d'argent qui refroidit le zèle religieux comme en tout pays.

AdieUy m«ju cher Panizzi : je pense quitter Madrid pour la Provence vers le 10 novembre.

Madrid, 12 noTembre 18C4.

Mou cher Panizzi,

Vous m'inquiétez avec votre abstinence de pain et de végétaux farineux, et je ne comprends pas trop ce genre de traitement. Auriez-vous quelques symptômes diabétiques? C'est aujourd'hui la grande mude, et nos médecins en trouvent par-

tout. Je connais une foule de gens qui se portent à merveille et qu'on tourmente avec un régime. Ce qui vous guérirait plus que toutes les drogues, ce serait un repos un peu prolongé dans un pays moins froid et moins humide que celui que vous habitez. Le British Muséum ne pourrait-il se passer de vous pendant trois ou quatre mois? Réfléchissez mûrement là-dessus et pensez que <t le moule du pourpoint », comme dit Rabelais, est chose importante et qu'il faut s'en occuper.

Quoi qu'il en soit des tendresses de sir C..., il va partir pour Londres. Son ex-femme arrive aujourd'hui à Madrid. Hier, l'infant don Ilenrique a été mis dans un chemin de fer et dirigé vers les Canaries. Il parait qu'il a écrit à la reine des impertinences sur sa poHlique. Il a ensuite demandé pardon, mais on Ta envoyé promener. Vous savez peut-être que c'était un des candidats à la main de la princesse votre amie.

Hier, j'ai fait un diner de garçons avec des lorettes ; il y en avait une très jolie qu'on appelle Pepa labanderillera. On m'a présenté comme un évêque anglais chargé de convertir les catholiques. Le diner était exécrable, comme sont les di-

ners d'auberge à Madrid et les filles assez bétes. La Pepa seulement avait des mots et des traits de férocité andalouse qui m'ont assez amusé. En ma qualité d'Anglais et d'évéque, j'ai remarqué que toutes ces dames n'ont bu que de l'eau. Sur le fait de la religion, elles m*ont paru très tolérantes, et elles m'ont dit qu'elles ne brillaient pas de chandelles à saint François.

Toute originalité disparaît de ce pays-ci. Il n'y a plus peut-être qu'en Andalousie qu'on pourrait encore en trouver, et il y a trop de puces et trop de mauvais gites, et surtout je suis trop vieux pour aller l'y chercher.

Il fait un temps d'une pureté admirable, pas un nuage au ciel ; mais il gèle toutes les nuits, et l'air est d'une vivacité telle, qu'on croit respirer des aiguilles. Le Guadarrama est tout blanc, et j'ai peur de geler en route.

On publie ici beaucoup de livres. Avez-vous une édition de Don Quichotte imprimée récemment à Argamasilla par Ribadeneyra, deux gros énormes in-quarto ? Avez-vous eu en cadeau la Chronique rimée (TAlonso XI? Cela ne se vend pas, c'est Sa Majesté qui le donne.

Adieu mon cher Panizzi ; donnez-moi vite de^ nouvelles de votre santé. Cette abstinence de pain me chiffonne. Faites de l'exercice vous vous en trouverez bien. Je vous quitte pour aller faire mes visites d'adieu.

Cannes, 27 novembre 1861.

Mon cher Panizzi,

Une occasion se présente d'avoir un vin asses extraordinaire. C'est du vin de Champagne léger qui ne mousse pas, rouge et qu'on peut boire avec de l'eau ou sans eau. Il rend gai et ne grise pas. Gela est incompréhensible pour des Anglais ; mais^ quand vous dînerez seul, je pense que vous en laisserez tomber dans votre œsophage une bouteille, avec quelque satisfaction. L'occasion étant chauve par derrière, calvus comosa fronte, j'ai écrit à Du Sommerard de vous faire envoyer une feuillelte de ce vin, en double fût, et avec toutes les précautions possibles; il y en a environ cent dix ou cent quinze bouteilles. Quand vous en aurez goûté^

vous m'en direz des nouvelles. Ne croyez pas qu'il u. 5

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s'agisse d'un nectar. C'est seulement du vin très agréable, d'excellent ordinaire et particulièrement propre aux rhumatisants.

Les nouvelles qu'on vous a données sont de deux grands mois arriérées. La concorde règne dans le ménage de nos amis ; après des nuages qui pouvaient amener un orage, le beau temps a reparu.

Je crois également que les renseignements qu'on vous fournit sur la santé de monsieur ne sont pas exacts. Il est assez actif et^ d'ailleurs, écoute ses médecins. Il a seulement le défaut d'aimer le cotillon plus qu'il n'appartient à un jeune homme de son âge, et de prendre les femmes pour des anges descendus du ciel. Les plus grands philosophes enseignent, au contraire, qu'il faut ne pas trop se préoccuper des femmes pour rester plus libre et vaquer plus tranquillement à l'étude des sciences. Il se monte la tête pour un chat coiffé et pendant une quinzaine de jours pense au bonheur rêvé. Puis, quand il y est parvenu , ce qui serait facile à vous et à moi {occasione et tempore prâelibatis)y il se refroidit et n'y pense plus. Ce métier, qui est celui d'un amoureux de ro-

man, n'est pas si fatigant que celai que j*ai fait dans ma jeunesse, sans que je Taie payé trop cher.

Je suis charmé du succès que le traité du 15 septembre a eu en Italie; encore plus de la vigueur de la Marmora, qui n'a pas craint de recommencer raSaire d*Âspromonte. C'est le vrai moyen à'escarmentar les fous qui voudraient mettre le feu aux poudres. Toutes les discussions de la presse et de la tribune sur le traité étaient bien absurdes. Les gens qui aiment leur pays en France et en Italie devaient garderie silence.

Il y a un grand fait acquis, c'est que les troupes françaises quittent Rome. A quoi bon des explications et des précautions à prendre pour des cas à venir, qui peut-être n'arriveront pas ? Je pense et j'ai lieu de le croire, d'après ce que j'entends dire à des gens en qui j'ai confiance, que Tltalie laissera le pape faire des bêtises et jouer sa partie. Elle n'a pas besoin de s'en mêler. Plus elle sera sage, plus il sera fou. Vous connaissez l'engeance cléricale et vous savez ce qu'on peut attendre d'elle.

Adieu, mon cher Panizzi ; mademoiselle Lagden

et mistress Ewer me chargent de vous faire mille compliments et amitiés, elles se font une fête de vous recevoir.

Cannes, 5 décembre 1864.

Mon cher Panizzi,

Veuillez considérer que je vous écris en ce moment ma fenêtre ouverte, et que les Anglais n'osent sortir qu'avec une ombrelle bleue en dessous, blanche en dessus. Ce soleil, auquel vous devez cette taille et cette carrure si respectables, ce soleil tout à fait italien, vous le trouveriez ici, avec une poste aux lettres qui vous permettrait d'écrire deux fois par jour à M. Jones vos instructions. Je ne parle pas du télégraphe en cas de besoin.

En ce qui regarde votre mauvaise humeur et votre crainte d'ennuyer vos amis, permettez-moi de vous dire que vous vous fichez du monde.

Nous aurons soin de vous, et nous vous choierons de notre mieux. Si vous êtes trop méchant, on vous laissera dans votre coin. Nous ne vous obli-

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gérons pas à abattre des pommes de pin à coups de flèche^ ni à monter sur des montagnes de trois mille mètres, vous serez libre de suivre vos goûts ; seulement nous vous offrons de mauvais dtners et des déjeuners idem avec des causeries, du whist et du piquet, et deux dames pour vous soigner, qui s*en font une fête. Il s'agit de savoir franchement si la chose vous convient, et alors de le dire un peu à Tavance, afin que nous pourvoyions à votre logis. Je crois vous avoir dit que nous avons une chambre, mais elle est au nord, et peu digne de votre mérite. À côté de nous est un hôtel très tranquille, dont le propriétaire m'a quelques obligations. Vous pourriez y avoir une chambre et y loger votre valet de chambre. En frappant au mur, on pourrait vous aviser que la soupe est sur la table, mais il faudrait être prévenu un peu d'avance.

Jusqu'ici, nous sommes tous en assez bon état de conservation. M. Mathieu (de la Drôme) nous avait annoncé des tempêtes abominables. Nous avons eu le plus beau temps de juin qu'on puisse imaginer.

Adieu, mon cher Panizzi, ou plutôt au revohr.

Miss Lagden et mislress Ewer vous espèrent et vous languissent^ comme on dit dans le dialecte de ce pays.

Cannes, 24 décembre 1861.

Mon cher Panizzi^

M. Cousin me prie de vous demander le sens exact de cette phrase qu'il trouve dans une lettre du cardinal Mazarin : Senza far lunarii. Il semble, d'après le contexte, que cela voudrait dire : « Sans faire Tastrologue ; sans me mêler de prédire. » Est-ce une locution usitée ? et que signifie précisément lunarii? Nous n'avons pas ici un seul Italien en état de nous donner la solution de rénigme. Soyez notre Œdipe.

Malgré la douceur de notre climat, j'ai attrapé un gros rhume en allant voir nos doctrinaires de Cannes, le duc de Broglie et sa fille. Il a de plus un fils, officier de marine, élève de l'École polytechnique, qui entend trois messes par jour et en sert deux. J'ai été trois ou quatre jours sans sortir, toussant horriblement, mais sans

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être tourmenté de mon asthme pendant ce temps-là.

Notre philosophe^, au lieu de m'offrir ses consolationsy essayait de me démontrer que je serais infailliblement prié de succéder à Mocquart ^ ce qui était loin de me réjouir, comme vous pouvez le penser. Yoici la nomination faite et un choix qui me semble assez bon. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'on ait pensé h moi un instant. Je suis trop bien avec madame pour que monsieur m'accorde sa confiance. Pourtant, à tout hasard, j*avais fait mon thème, pour le cas où je recevrais quelque proposition contraire à mon repos. J'aurais accepté la charge, refusé le titre et les émoluments, de façon à me donner le droit, au bout de quelque temps, de dire que je n'en pouvais plus et que je priais qu'on me permit de retourner à mes moutons. Heureusement il n'a pas été besoin de recourir à cette extrémité.

Il y avait dans le Times de la semaine passée un article excessivement violent contre l'empereur, à propos des dépenses militaires de toute

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