‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870, publChapitre 5 sur 31 · II · texte numérisé non relu

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8*agisse d*un nectar. C*est seulement du vin très agréable, d'excellent ordinaire et particulièrement propre aux rhumatisants.

Les nouvelles qu'on vous a données sont de deux grands mois arriérées. La concorde règne dans le ménage de nos amis ; après des nuages qui pouvaient amener un orage, le beau temps a reparu.

Je crois également que les renseignements qu'on vous fournit sur la santé de monsieur ne sont pas exacts. Il est assez actif et^ d'ailleurs, écoute ses médecins. Il a seulement le défaut d'aimer le cotillon plus qu'il n'appartient à un jeune homme de son âge, et de prendre les femmes pour des anges descendus du ciel. Les plus grands philosophes enseignent, au contraire, qu'il faut ne pas trop se préoccuper des femmes pour rester plus libre et vaquer plus tranquillement à l'étude des sciences. Il se monte la tête pour un chat coiffé et pendant une quinzaine de jours pense au bonheur rêvé. Puis, quand il y est parvenu , ce qui serait facile à vous et à moi {occasione et tempore prœlibatis), il se refroidit et n'y pense plus. Ce métier, qui est celui d'un amoureux de ro-

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man, n'est pas si fatigant que celui que j'ai fait dans ma jeunesse, sans que je l'aie payé trop cher.

Je suis charmé du succès que le traité du IS septembre a eu en Italie; encore plus de la vigueur de la Marmora, qui n'a pas craint de recommencer l'affaire d'Aspromonte. C'est le vrai moyen d'escarmentar les fous qui voudraient mettre le feu aux poudres. Toutes les discussions de la presse et de la tribune sur le traité étaient bien absurdes. Les gens qui aiment leur pays en France et en Italie devaient garderie silence.

Il y a un grand fait acquis, c'est que les troupes françaises quittent Rome. A quoi bon des explications et des précautions à prendre pour des cas à venir, qui peut- être n'arriveront pas? Je pense et j'ai lieu de le croire, d'après ce que j'entends dire à des gens en qui j'ai confiance, que l'Italie laissera le pape faire des bêtises et jouer sa partie. Elle n'a pas besoin de s'en mêler. Plus elle sera sage, plus il sera fou. Vous connaissez Vengeance cléricale et vous savez ce qu'on peut attendre d'elle.

Adieu, mon cher Panizzi ; mademoiselle Lagden

et mistress Ëwer me chargent de vous faire mille compliments et amitiés, elles se font une fête de vous recevoir.

Cannes, 5 décembre 18G4.

Mon cher Panizzi,

Yeuillez considérer que je vous écris en ce moment ma fenêtre ouverte, et que les Anglais n'osent sortir qu'avec une ombrelle bleue en dessous, blanche en dessus. Ce soleil, auquel vous devez cette taille et cette carrure si respectables, ce soleil tout à fait italien, vous le trouveriez ici, avec une poste aux lettres qui vous permettrait d'écrire deux fois par jour à M. Jones vos instructions. Je ne parle pas du télégraphe en cas de besoin.

. En ce qui regarde votre mauvaise humeur et votre crainte d'ennuyer vos amis, permettez-moi de vous dire que vous vous fichez du monde.

Nous aurons soin de vous, et nous vous choierons de notre mieux. Si vous êtes trop méchant, on vous laissera dans votre coin. Nous ne vous obli-

gérons pas à abattre des pommes de pin à coups de flèche^ ni à monter sur des montagnes de trois mille mètres, vous serez libre de suivre vos goûts; seulement nous vous offrons de mauvais dtners et des déjeuners idem avec des causeries, du whist et du piquet, et deux dames pour vous soigner, qui s*en font une fête. Il s'agit de savoir franchement si la chose vous convient, et alors de le dire un peu à Tavance, afin que nous pourvoyions à votre logis. Je crois vous avoir dit que nous avons une chambre, mais elle est au nord, et peu digne de votre mérite. Â, côté de nous est un hôtel très tranquille, dont le propriétaire m'a quelques obligations. Vous pourriez y avoir une chambre et y loger votre valet de chambre. En frappant au mur, on pourrait vous aviser que la soupe est sur la table, mais il faudrait être prévenu un peu d'avance.

Jusqu'ici, nous sommes tous en assez bon état de conservation. M. Mathieu (de la Drôme) nous avait annoncé des tempêtes abominables. Nous avons eu le plus beau temps de juin qu'on puisse imaginer.

Adieu, mon cher Panizzi, ou plutôt au revoir.

Miss Lagden et misiress Ewer vous espèrent et vous languissent^ comme on dit dans le dialecte de ce pays.

Cannes, 24 décembre 1861.

Mon cher Panizzi,

M. Cousin me prie de vous demander le sens exact de cette phrase quUl trouve dans une lettre du cardinal Mazarin : Senza far lunarii. Il semble, d*après le contextCi que cela voudrait dire : « Sans faire Tastrologue ; sans me mêler de prédire. » Est-ce une locution usitée ? et que signifie précisément lunarii? Nous n'avons pas ici un seul Italien en état de nous donner la solution de rénigme. Soyez notre Œdipe.

Malgré la douceur de notre climat, j'ai attrapé un gros rhume en allant voir nos doctrinaires de Cannes, le duc de Broglie et sa fille. Il a de plus un fils, officier de marine, élève de TÉcole polytechnique, qui entend trois messes par jour et en sert deux. J'ai été trois ou quatre jours sans sortir, toussant horriblement, mais sans

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è(re tourmenté de mon asthme pendant ce temps-lè.

Notre philosophe^, au lieu de m'offrir ses consolations, essayait de me démontrer que je serais infailliblement prié de succéder à Mocquart', ce qui était loin de me réjouir, comme vous pouvez le penser. Voici la nomination faite et un choix qui me semble assez bon. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'on ait pensé h moi un instant. Je suis trop bien avec madame pour que monsieur m*accorde sa confiance. Pourtant, à tout hasard, j'avais fait mon thème, pour le cas où je recevrais quelque proposition contraire à mon repos. J'aurais accepté la charge, refusé le titre et les émoluments, de façon à me donner le droit, au bout de quelque temps, de dire que je n'en pouvais plus et que je priais qu'on me permit de retourner à mes moutons. Heureusement il n'a pas été besoin de recourir à celte extrémité.

Il y avait dans le Times de la semaine passée un article excessivement violent «contre l'empereur, à propos des dépenses militaires de toute

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